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Passe le juin

Ouuuuh, méchant le rêve à tiroirs. Je vais dans un festival de province, je prends le train vers le nord, c'est interminable, j'arrive à la gare en bas de la côte, je remonte, j'oblique, je vais au bout du chemin forestier et me voilà arrivé dans ce complexe qui a encore grandi. À l'immense masure façon Amityville ou Famille Adams et au gymnase bas de plafond, ils ont ajouté une tour immense, en béton, qui vieillit déjà mal.

(ce festival n'existe pas en vrai, mais ça doit faire trois ou quatre fois que j'y vais en rêve)

 

 je sais, dit comme ça l'image semble n'avoir aucun rapport

mais j'y viens, pourtant

 

Plutôt que de me poser à ma table, je circule pour voir les copains, assister à des conférences, grailler des trucs au buffet, prendre un ou deux bouquins. On me propose un boulot, un livre enquête sur un pays en guerre tout proche, ça implique que j'aille m'y immerger une semaine. Franchement j'hésite.

Après la fermeture du festival, on repart en ville, avec des copains et d'autres auteurs on s'engueule pour savoir où on va manger, on s'aperçoit que la plupart ont oublié leurs affaires, je regarde l'heure et m'aperçois qu'il est temps que je reprenne mon train, le ventre vide, du coup.

Je ne me souviens pas avoir donné mon accord pour le livre enquête, et pourtant le train m'amène directement à la capitale du pays martyr, en proie à une guerre civile orchestrée par un puissant voisin. Rester au niveau du sol n'est pas tenable, y a des projectiles traçants dans tous les sens dans le ciel nocturne. Un guide m'indique un endroit plus sûr : une ancienne tranchée d'autoroute, dans laquelle on a construit toutes sortes de bâtiments qui ne dépassent pas.

On circule par des coursives et des passerelles. Courbés, en courant, on rallie l'espèce de centre administratif de cette ville dans la ville, étirée en longueur. Dans les endroits où les passerelles dépassent, les habitants tirent vers le no man's land avec des... je sais même pas comment décrire leur arme. C'est un truc bricolé, avec une poignée, une détente et un rail, qui projette des objets carrés et plats, d'une quinzaine de centimètres de côté pour quatre ou cinq d'épaisseur. Les trucs volent sur la tranche, en semant des étincelles, et foutent le feu à l'impact, à 3 ou 400 mètres de là.

J'arrive au centre administratif, on me fait passer un examen médical rapide, je remplis des paperasses, je n'arrive pas à comprendre de quel côté de la ligne de démarcation je me trouve. Apparemment, pas de celui où on voulait m'envoyer. Aucun des contacts qu'on m'a donnés n'est bon.

J'ai peur de commettre des impairs. Je zone un peu, je regarde en prenant des notes. On me mate de travers. Apparemment j'ai une tête d'espion. Qui sont ces gens ? Dans quel camp sont-ils ? Cela a-t-il encore la moindre importance ? Leur conflit actuel n'est-il pas qu'une spirale de vendettas locales dont la mécanique insensée à échappé à tout contrôle, et dont personne ne se souvient plus des origines ?

Un obus tombé à dix mètres. Je recule pour échapper aux fragments de béton. Lorsque je sors de sous la corniche, je découvre que mon guide n'a pas été assez rapide. Me voilà livré à moi-même.

Je commence à faire profil bas, je m'enfonce dans les profondeurs de la tranchée. Toute une faune me regarde. J'ai envie d'un café.

Une porte vitrée illuminée, au fond d'un couloir éclairé uniquement par des puits de lumière étroits, tous les cinq mètres, dont la lumière palpite au rythme des balles traçantes passant au-dessus. Les fracas des combats m'arrivent encore, à la fois étouffés et réverbérés.

Je m'approche et je regarde. Sous les néons blafards, des rangées de bouquins. Je déchiffre péniblement le panneau, je crois que je suis devant une bibliothèque universitaire.

J'entre, je salue le gars indifférent à l'accueil et je regarde autour de moi.

Je tombe dans les rayonnages sur un bouquin qui vient de sortir traitant de certains aspects politiques du conflit et d'une guerre souterraine faite d'assassinats ciblés et de propagande crasse. Je tique sur le nom de l'autrice. C'est une pote, mais je suis surpris qu'elle se soit attaquée à un sujet pareil : en vrai, elle est bien journaliste une partie de son temps, mais pas du tout spécialisée conflits et géopolitique. Je feuillette le truc, des titres de chapitres me donnent à penser que c'est exactement ce qu'il me faut pour comprendre ce qui se passe.

Un fonctionnaire local m'interpelle. Je ne bite rien à ce qu'il me raconte. Sa collègue m'explique : si je n'ai pas la carte, je dois m'acquitter d'un droit d'usage.

Je fouille mes poches, heureusement que les mecs acceptent l'euro et que j'ai l'appoint. Je me pose dans un coin, je consulte l'index, j'ouvre le livre, je me réveille.

C'était bien la peine de banquer les frais de consultation sur place. Béné, tu me dois 7,95, du coup.

Commentaires

Tonton Rag a dit…
51+1 = ?
Alex Nikolavitch a dit…
ouais, je n'ai plus l'âge du pastis.

je suis effondré.

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