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Affichage des articles associés au libellé Considérations profondes

My mama said to get things done...

Je suis passé à Aurore Système, petit salon de SF organisé à Ground Control, à Paris, par la librairie Charybde. Je ne connaissais pas le lieu, que j'ai découvert et qui est très chouette. Je venais surtout pour une table ronde sur l'IA, qui est un des sujet importants de nos jours et déchaîne les passions, surtout sous sa forme "générative", les chat GPT, Midjourney et autres. Je me suis tenu un peu à l'écart de ces trucs-là, pour ma part. Je suis très méfiant (même s'il m'est arrivé d'employer Deep-L professionnellement pour dégrossir des traductions du français vers l'anglais, que je retravaillais en profondeur ensuite), parce que l'ai bien conscience du processus et des arrières pensées derrière. J'en ai déjà causé sur ce blog, ici et ici .  La table ronde réunissait trois pointures, Olivier Paquet, Catherine Dufour et Saul Pandelakis, qui ont écrit sur le sujet, et pas mal réfléchi. Lors des questions qui ont suivi, on a eu aussi une...

IA, IA, Fhtagn

 En ce moment, je bosse entre autres sur des traductions de vieux trucs pulps apparemment inédits sous nos latitudes. C'est un peu un bordel parce qu'on travaille à partir de PDFs montés à partir de scans, et que vu le papier sur lequel étaient imprimés ces machins, c'est parfois pas clean-clean. Les illustrateurs n'avaient  vraiment peur de rien Par chance, les sites d'archives où je vais récupérer ce matos (bonne nouvelle d'ailleurs archive.org qui est mon pourvoyeur habituel en vieilleries de ce genre, semble s'être remis de la récente attaque informatique qui avait failli m'en coller une. d'attaque, je veux dire) ont parfois une version texte faite à partir d'un OCR, d'une reconnaissance de caractère. Ça aide vachement. On s'use vachement moins les yeux. Sauf que... Ben comme c'est de l'OCR en batch non relu, que le document de base est mal contrasté et avec des typos bien empâtées et un papier qui a bien bu l'encre, le t...

Bande à part

 Un truc dont je parle régulièrement en cours de BD (et j'ai dû en toucher un mot ici aussi à un moment ou un autre), c'est l'influence du format sur la narration. C'est très McLuhanien : suivant que l'on publie en revue, directement en album, avec une pagination contrainte ou libre, etc. la même histoire n'aura absolument pas la même tête. Bah, comment ? (ouais, elle est nulle, je sais)   Le manga, la BD franco-belge, le comic strip, le comic book, la BD anglaise... ont des codes narratifs subtilement ou brutalement différents. Une des raisons du succès du manga auprès des jeunes, c'est son dynamisme narratif (en tout cas dans le shonen, qui caracole en tête des ventes). Lorsqu'il y a de la bagarre, ça pète dans tous les sens de façon spectaculaire. À l'inverse, un mangaka qui veut faire dans le contemplatif peut prendre son temps, déployer sa narration, étirer le temps. Jamais un auteur de franco-belge travaillant au grand format 46 pages couleurs ...

Combinazione

Oeuvrer dans un genre défini, la fantasy, le polar ou la SF, par exemple, c'est travailler avec certains codes. Chacun de nous, même non-lecteur, a une image très claire, sans doute trop d'ailleurs, de ce que sont ces trois genres (et il y en a d'autres, hein, comme la romance, le roman régional, le roman historique, mais parlons de ce que je connais le mieux, voulez-vous?) et c'est justement en grande partie à cause de ces codes. C'est le même principe qui fait que vous ne confondez généralement pas le rap, la musique baroque, la polka et l'électro-blues guatémaltèque qui a fait la joie des hipsters pendant 6 ou 8 mois. Notons qu'à la question "c'est quoi le Jazz", Charles Mingus répondait "je ne sais pas et je m'en fous". Mais quels sont-ils, ces codes de genres ? À quoi reconnaît-on la fantasy ou la SF ? On connaît la boutade de Spinrad : "la science-fiction c'est tout ce qui est publié sous l'étiquette science-fic...

C'est pas le Wakanda, bordel !

Je ne sais pas pourquoi j'ai scotché sur ce portrait de Ramsès. Il n'a rien de particulier, tant l'art égyptien antique est basé sur des formes de stéréotypes qui font que, dans le fond, tout se ressemble un peu.      J'ai eu mes "périodes égyptiennes", ado c'était une culture qui me fascinait, et de dévorais des bouquins sur les fouilles, je me régalais de photos représentant des trésors venus de si loin dans le temps. Par la suite, d'autres peuples anciens ont exercé sur moi un attrait relevant de l'obsession, comme les Aztèques et les Mayas (beaucoup moins les Incas, curieusement) ou comme les Celtes d'Irlande ou les scribes islandais médiévaux. Dans ces cas-là, pendant quelques temps, je dévore tout ce que je trouve en prenant des notes. Et puis ça retombe et je passe à autre chose. Comme je dis, ce sont des périodes. Il suffit d'un rien d'ailleurs pour que je replonge et me mette à jour. Il y a une vingtaine d'années, par exemp...

Bien, bien, bien...

Je vois passer beaucoup de trucs sur les dérives du "bien être". Et ça faisait longtemps que j'avais envie de me fendre d'une homélie sur le sujet, mais ce sera une homélie du samedi parce que demain je serai en dédicace. Parce que c'est bien d'interroger ces notions-là, qui sont en général méticuleusement taillées pour qu'on ne se pose pas la question. Vous pouvez le faire Comment est-ce taillé pour ? Rien que par le terme lui-même : on ne peut pas reprocher à quiconque de vouloir aller bien. Le problème, c'est l'injonction à aller bien que recouvre la notion de "bien être". Le mal être, c'est un truc qu'on a tous vécus, et qui ne va pas en s'arrangeant avec les craintes que nous inspirent le présent et l'avenir, les pressions croissantes exercées à divers niveaux par la société. Chacun cherche son équilibre propre, ce n'est pas nouveau ni inquiétant. La sagesse, c'est parvenir à cet équilibre, d'une certaine...

Il s'en est fallu d'un cheveu

 Un super-héros d'antan, que j'ai à peine évoqué dans mon bouquin sur le sujet, c'est Samson, qui a pourtant eu des comic books à son nom, dont un personnage post apo, et un allié de l'incroyable Hulk (accessoirement, Samson est, avec Hercule, l'un des modèles avoués du Superman de Siegel et Shuster). à l'époque, les Philistins faisaient des javas à tout casser Je repensais à ce personnage suite à un calembour vaseux selon lequel il était dommage que Véronique Samson et Dalida n'aient jamais chanté en duo. Et je me suis dit que c'était l'occasion, ça faisait longtemps, de me fendre d'une homélie dominicale à la noix, comme je sais faire. Et donc Samson, personnage biblique, est issu du Livre des Juges. Et ça, j'en recommande la lecture, parce que c'est assez énorme dans le genre. Malgré un canevas répétitif (les Israélites se détournent du Seigneur, qui finit par leur envoyer une bonne punition, puis un juge pour les tirer de la mouise, r...

État des lieux

 Intéressant de voir que, dans pas mal de scénarios de prospective*, on est face à des situation d'effondrement des états suite à des mises en tensions par des facteurs divers. De fait, on en est témoins au jour le jour, la notion d'état comme structure notamment administrative assurant toutes sortes d'équilibrages sociaux est sous tension, surtout d'ailleurs pour des raisons idéologiques visant à dépouiller le pouvoir des responsabilités qui vont avec. Et, d'un côté, on critique à longueurs de chaînes info l'état Léviathan qui se mêle de tout et coûte cher, et d'un autre, les mêmes personnes semblent terrorisées à l'idée de la disparition du régalien, de l'armée et de la police, bras armés du même état.     Toutes les violences policières et les comportements néo-coloniaux sont justifiés par cette peur. On veut l'état pour taper sur les classes dangereuses, avec une démultiplication de la surveillance de celles-ci au mépris du droit, mais on s...

Dans la vallée

 Les aléas de déplacements conduisent mon train à remonter une vallée que je ne connais pas. Je m'emplis les yeux d'un paysage somme toute banal, mais plaisant. Mon esprit vagabonde le long des coteaux. Je connais le nom de la rivière qui serpente au fond ; en quoi est-elle différente de cent autres contemplées lors de trajets ? En rien, sans doute. Il ne s'agit que de l'organisation assez similaires d'éléments classiques. Champs, maisons et bâtiments sur les pentes, la voie ferrée, et l'eau tout en bas. Et pourtant je les découvre comme quelque chose de nouveau.   Une intuition me traverse. Il s'agit à présent de la mettre en mots. Cette vallée, individualisée par son nom et celui des petites villes qui s'égrènent sur sa longueur n'a d'existence que comme somme de tous ces éléments, eux-mêmes sommes d'éléments constitutifs plus petits, briques, panneaux, surfaces de ciment, herbe, arbres, qui eux mêmes sont un assemblages de parcelles plus é...

Noir c'est noir. Ou pas.

 Je causais ailleurs de l'acteur Peter Stormare, qui jouait Czernobog (ou Tchernobog, ou Crnobog, prononcer "Tsr'nobog" dans ce dernier cas) dans la série American Gods , mais qui était aussi Lucifer dans le film Constantine et le nihiliste qui veut couper le zizi du Dude.   de nos jours, il lui latterait plutôt les roubignoles au Dude Tchernobog (ou Czernobog, ou Crnobog) c'est un dieu classique des mythologies slaves, sur lequel il a été beaucoup écrit, un dieu noir et hivernal opposé à la lumière, enfermé dans un cycle de mort et de résurrection, avec donc un rôle dans la fertilité. C'est sur ce mythe-là que Gaiman base son personnage dans American Gods , justement. Les chrétiens l'ont immédiatement assimilé à un diable, et c'est la lecture qu'en fait Disney dans le segment "La nuit sur le Mont Chauve" dans Fantasia .   J'entends cette image   Faut dire que le gars est pas aidé : son nom signifie précisément "dieu noir"...

Suite cathartique

 Le sujet de la note d'hier me renvoie à quelque chose de plus large. Je le disais, je suis fasciné depuis un bail par la figure de Cuchulainn, et le roman de Camille Leboulanger vient interroger frontalement les raisons de cette fascination. J'ai déjà écrit sur le sujet : le héros, notamment le guerrier, se met en marge du corps social. Nombre de cultures prévoient des rites de purifications au retour de ceux qui ont versé le sang, et des marques indiquant la nature de ces personnages. Encore de nos jours, l'uniforme et ses colifichets séparent le soldat du "civil", le mettant à part, par nature, de la civilisation, dont la nature est justement de réduire les conflits violents et de les cantonner, pour le meilleur ou pour le pire, à la marge, ou d'en réduire l'impact via des formalismes divers qui vont des affrontements sportifs aux rituels judiciaires. On sait à quel point la figure d'Achille a influencé tout l'imaginaire militaire antique, de la...

Éloge de la ruine

 J'ai toujours aimé les ruines et les vieilles pierres. Gamin, l'église effondrée (aujourd'hui totalement disparue hélas) s'élevant à quelques encablures du village ancestral me fascinait. J'ai toujours aimé visiter les châteaux, et plus ils étaient déglingués, plus ça me plaisait. Un lieu comme les Arènes de Lutèce, magique, s'étendant à une porte cochère d'une rue banale et constituant une bulle intemporelle dans la cité, m'apaise à tout coup. Non loin de chez moi, la carcasse vide d'une tour médiévale dont l'intérieur est effondré depuis des siècles m'attire lors de mes promenades. Des gens de mon entourage se piquent de psychogéographie, d'autres d'urbex. Ma ruinophilie se situe sans doute quelque part entre les deux. Pas assez aventureux (et d'un format trop malcommode) pour aller crapahuter dans des lieux où ma masse ferait craquer le plancher, pas assez théoricien sans doute pour me lancer dans de grandes analyses (en ...

Bienheureux et ignorés

 En ces temps apocalyptiques, où l'on s'attend confusément à une invasion de dinosaures zombies avant Noël, ou à un météore géant et radioactif, histoire de finir l'année en bouquet final, j'ai repensé à cette ancienne légende des "Justes secrets", qui existe sous diverses formes dans diverses traditions. Illustration d'Edmund Dulac pour le Rubbayat du sage Omar Khayyam Dans ces versions les plus classiques, elle dit qu'il existe une poignée d'hommes (douze en terre d'Islam, trente-six dans le Talmud, paraît-il), à la bonté foncière, à la parfaite équanimité, de discrètes fontaines de sagesse dont la simple existence retient la main vengeresse de Dieu. Par leur simple présence, ils constituent la démonstration que notre espèce n'est pas un ratage intégral, qu'elle dispose encore d'une réserve de grandeur cachée, qu'elle ne mérite pas l'oblitération ni le Dies Irae façon krakapoum wagnérien. Ils sont les piliers secrets du m...

Générations perdues

 En ce jour des Poilus où je ne me rase pas plus que les autres jours, mais là, c'est pour leur rendre hommage, je repense au fait que tous les témoins de l'époque ont disparu. Quand j'étais minot, on voyait encore aux cérémonies du 11 novembre des petits vieux porter le drapeau et déposer la gerbe au monument. Je me souviens, il y a peut-être un quart de siècle, d'un gamin qui avait hérité le drapeau du grand-père et de la responsabilité qui allait avec, et que les dernières badernes regardaient d'un sale œil. Tardi, toujours au taquet pour représenter la Der des Der J'avais trouvé ça pourtant intéressant. Le gamin avait l'âge actuel de mon fils, et il était pas beaucoup plus jeune que moi à l'époque, et surtout il avait l'âge de l'ancêtre, au moment où celui-ci était allé voir ses potes se faire trouer la paillasse au nom d'un ordre du monde dont ils signaient, eux et leurs adversaires, l'effondrement dans la gadoue et le fracas. Toute...

Prophète de Mahler

Est-ce qu'on se refait un petit topo sur un trope moisi de la fantasy et SF ? Allez ! Aujourd'hui, la prophétie, rien que ça, en mode oracle, ô désespoir. Petite sœur des histoires d'élus, la prophétie est un motif déjà très utilisé dès l'antiquité. Avec d'autant plus de facilité que des prophètes professionnels et amateurs y sévissaient un peu partout. Les Romains consultaient l'oracle pour un oui ou pour un non (sans hésiter d'ailleurs à demander un second avis le cas échéant) et toute l'histoire d'Oedipe est basée sur une prophétie qui a mal tourné. Il y a d'ailleurs à l'époque trois sortes de prophéties : - L'oracle sibyllin, généralement imbitable ou codé, dans lequel tout un chacun peut trouver ce qu'il veut. La vitalité du secteur "décryptage de Nostradamus" montre la plasticité et la puissance d'une prophétie bien tournée. - La prophétie ouverte, qui suppose un choix de la part du receveur, c'est celle qui c...

Le retour de la perte de l'âge d'or enfui mais qui est devant nous

En fait, je pourrais continuer longtemps sur les trope de la fantasy et l'intérêt qu'il y a pour les auteurs, moi y compris, à les interroger et à les dépasser. Donc, je vais pas me gêner. Après avoir causé des prologues historico-didactiques et de l' élu , voilà qu'on va évoquer l'âge d'or. Sous diverses formes, l'idée d'une époque enfuie et lointaine, de haute magie et grand prestige, dont les protagonistes ne sont que les héritiers et descendants dégénérés ou spoliés, irrigue un peu toute la fantasy. Lâche d'or Elle trouve son origine dans les mythologies. L'Âge d'Or est une expression qui nous vient des Grecs, et qui désigne une période où le temps n'opérait pas son travail de sape sur le monde, et que dieux et humains pouvaient vivre en bonne entente. Depuis sa fin, le monde tombe toujours plus bas. On trouve une conception assez similaire dans la Bible avec l'Eden, la sortie du jardin correspondant à l'apparition de la mort...

Celui-là est l'élu

On parlait l'autre jour des clichés dans l'heroic fantasy . C'est un vrai sujet, quasiment inépuisable. Ce genre, qui a disons un petit siècle (faisons-le débuter par Eddison ou Dunsany, par exemple) nous a déjà donné des classiques, s'est stratifié en sous-genres, a vu naître des imitateurs et imitateurs d'imitateurs, tout en se réinventant à intervalles plus ou moins réguliers. (the Butler did it) (même que c'était Charles Ernest) Alors, il est toujours difficile de faire la part de ce qui constitue "les codes du genre" et de ce qui relève du banal cliché. La frontière est de toute façon mouvante et perméable. Tous ces clichés n'en étaient d'ailleurs pas forcément au départ, mais ils le sont devenus à l'usage. Certains sont bénins, d'autres orientent le sens des œuvre et du genre tout entier : la prophétie, le roi perdu, la perte de la tradition, etc. L'un de ceux-ci, que je retrouve redoutable, est celui de l'élu, du sauveur ...