Accéder au contenu principal

Interview Tim Truman

Une des choses dont j'avais été très fier sur l'ancien Superpouvoir, c'était d'avoir pu interviewer un auteur que j'apprécie énormément, Tim Truman. Cette interview, qui date de 2007, a été perdue dans le crash du site, mais j'ai retrouvé le texte dans mes archives perso, en cherchant tout à fait autre chose. Alors pour pas que ça reste dans un placard, je vous la remet ici :






Alex Nikolavitch, pour Superpouvoir.com : Salut Tim. Pour présenter rapidement Tim Truman, disons que c'est un des dessinateurs historiques des indés des années 80, avec notamment Grimjack et Scout, avant de passer chez Vertigo, sur Jonah Hex au début des 90's, et maintenant chez Dark Horse, avec du Star Wars (Aura Sing, Outlander) et surtout Conan. Tim, tu as étudié à l'école de Joe Kubert. En France, nous en entendons souvent parler, mais sans en savoir beaucoup plus. Peux-tu nous dire comment ça fonctionne, et comment c'était ?

Tim Truman : Je n'y suis pas resté très longtemps, mais quand j'y ai pris des cours, de 79 à 81, c'était un cursus de 3 ans spécialisé dans le dessin pour les comic books et les comics strips, avec aussi des classes d'illustration et de publicité. Joe venait d'ajouter un module d'animation. Nos profs étaient tous des vétérans de l'industrie américaine des comics : Hy Eisman, le grand Bob Oksner, Dick Giordano, Dick Ayers., John Belfi, et Joe Kubert lui-même. Ce fut une expérience formidable. On m'a demandé de faire une petite présentation aux élèves, ce printemps, et j'espère avoir le temps de le faire.



AN : En tant qu'auteur, comment te définirais-tu ?

Tim Truman : Les trois choses que j'essaie de marquer dans mes histoires sont "personnages", "thème" et "crédibilité". Je veux poser des personnages marquants qui sont transformés par les évènements de l'histoire. J'essaie de garder à l'esprit une thématique qui soit un axe central, un pivot autour duquel tourne toute l'histoire. Et je veux que les personnages et les péripéties soient crédibles, même quand je fais dans le fantastique délirant. Pour y arriver, je fais pas mal de recherches. J'étudie des cultures réelles et je tente de les utiliser pour appuyer les éléments de mon récit.

Parfois, il me semble que je suis trop subtil dans les conclusions que je veux en tirer  dans l'histoire, mais je crois que la subtilité peut être un élément clé pour construire une histoire qui aille au-delà du simple récit d'aventures. Je n'aime pas dire aux lecteurs quoi penser ou quoi croire. Idéalement, je veux que le lecteur participe, qu'il fasse partie de l'histoire, observant les personnages et parvenant à leurs propres conclusions sur les protagonistes et ce qu'ils subissent. Laisser quelques questions intéressantes tourner dans la tête du lecteur est mieux que de lui donner toutes les réponses.

La plupart de mes histoires sont de l'aventure, bien sûr, mais en général, elles impliquent des personnages issus du peuple. Des personnages  "sortis du ruisseau", et peu de membres de "l'élite". Quand j'écris des personnages qui pourraient faire partie de l'élite, comme dans Hawkworld, ils passent généralement par des expériences qui les font descendre dans la rue, et les obligent à voir le monde par les yeux des gens "normaux".

Et puis je suis très attiré par les anti-héros. J'aime les héros avec des failles, et je n'aime pas les méchants totalement mauvais.

Ce qui est amusant, c'est que même si j'aime dessiner et que je suis sans doute plus connu comme dessinateur, j'ai plus confiance en mes capacités de scénaristes. Bien sûr, quand je suis les deux en même temps, c'est probablement l'idéal pour moi. Pourtant, j'apprends énormément quand j'écris pour d'autres dessinateurs. Par exemple, quand je travaille avec eux sur Conan, que j'écris, c'est très intéressant de voir comment des gens comme Richard Corben, Paul Lee et Gary Nord interprètent mes scripts et mes synopsis. Ils peuvent trouver des points de vue surprenant et rafraîchissants sur les personnages, et des compositions auxquelles je n'aurais pas forcément pensé si j'avais dessiné ces histoires moi-même.

AN : Après l'école, tu es arrivé chez First Comics, pour y créer Grimjack avec John Ostrander. Une partie du design avait déjà été faite par Lenin Delsol, mais le résultat était très différent du personnage que nous connaissons. Quelle a été l'étendu de ton apport ?

Tim Truman : Suffisante pour que John Ostrander obtienne par contrat des droits égaux pour nous deux sur le personnage, ce dont je le remercie. Quand John et moi avons commencé à travailler ensemble, ça a donné lieu à une réelle fusion d'idée et d'influences.



AN :  C'est aussi chez First Comics que tu as réalisé un graphic novel, Time Beavers, et là, tu étais aussi scénariste. C'était ta première tentative en tant que tel ?

Tim Truman : Avant que je ne passe professionnel, j'étais aussi intéressé par l'écriture que par l'illustration. Mais il me semblait qu'il y avait plus d'écoles et d'opportunités pour des dessinateurs, alors je me suis orienté comme ça. Une des raisons pour lesquelles les comix underground et les BDs européennes m'attiraient et me fascinaient, c'était que des dessinateurs comme Spain Rodriguez, Robert Crumb,  Jack Jackson, George Metzger, Phillippe Druillet, Moebius, et Hugo Pratt écrivaient et dessinaient leurs propres histoires. Hormis quelques notables exceptions comme Eisner, Kubert, Kane, Toth et quelques autres, peu d'auteurs américains mainstream le faisaient. Et j'étais donc déterminé à y arriver un jour.



J'avais publié quelques histoires avant d'avoir mon diplôme de la Kubert School, et plus tard, j'ai écrit et dessiné quelques histoires pour des revues de jeux de rôle. Chez First, j'ai écrit deux histoires du Munden's Bar (en back-up de Grimjack) avant que Mike Gold ne me donne le feu vert pour Time Beavers. Ce fut un projet très amusant, et un des premiers graphic novels à être publié aux USA, dans la première douzaine.

AN :  C'était un développement de ces "funny animals" étranges que tu avais créé dans Night of the Killer Bunnies, une histoire de Grimjack assez délirante ?

Tim Truman : J'ai toujours été attiré par ce genre d'histoires. Pas mal de mes travaux d'étudiants à la Kubert School étaient des trucs d'aventures étranges avec des funny animals. C'est quelque chose qui est facile, pour moi. Plus facile, en fait, que le dessin réaliste. Quelques uns de mes travaux préférés peuvent être vus sur mon site :






Quand je regarde ces dessins, je pense que c'est clairement le style avec lequel je suis le plus à l'aise. Dans les nouvelles planches de Grimjack, j'essaie d'ailleurs d'employer ce genre de techniques d'exagération humoristique, très cartoony, pour libérer mon style, et je trouve que ça fonctionne pas mal. Tu vois, cette année, je me suis aperçu qu'il ne fallait plus que j'essaie à ce point de dessiner les choses de la façon dont j'aime qu'elles ressemblent. J'ai essayé d'arrêter d'aller à l'encontre de mon "style naturel", et je laisse les choses sortir de la façon que veulent mon esprit et ma main.



AN : Tu as créé par la suite Scout, une série post-apocalyptique, dont le personnage principal s'appelait Emanuel Santana. Cela brassait politique, shamanisme, Indiens d'Amérique… Tu te vois comme un auteur politique ?

Tim Truman :  Oui, mais probablement plus sous un angle sociologique. Je suis  un gauchiste assumé. Pas un libéral (au sens américain du terme, qui correspondrait en France à un socialiste), mais un gauchiste. Je suppose qu'on pourrait définir mon orientation politique comme un mélange étrange de socio-populisme des années 20, mixé avec la défense des droits civiques qu'on associe aux libertariens. Mes grands-pères, mon père et mes oncles étaient mineurs de fond, ouvriers dans des usines, bûcherons, etc… Et ils étaient tous syndicalistes. Le beau-père de ma mère a participé à la grande grève des mineurs de Virginie Occidentale, dans les années 20. Sous leur influence, j'ai été élevé dans l'idée que les gouvernements devraient être au service des travailleurs, et pas des corporations.



AN :  Santana, ça évoque aussi des références musicales. Tu es toi-même musicien, et tu as travaillé avec les Grateful Dead. La musique, c'est important dans ton approche créative ?

Tim Truman :  Très important. J'ai été très influencé par l'imagerie véhiculée par les chansons de Grace Slick et Paul Kantner, du Jefferson Airplane, quand j'étais jeune. Ils ont nourri mon imaginaire, et j'ai utilisé ça par la suite dans mon travail. J'écoute beaucoup de rock et de blues quand je bosse. Certaines chansons sont la bande-son de ce que je produis.



Je suis  vraiment un geek de la musique. Mes styles favoris sont le blues  et le heavy anglais  des années 60 et 70, les rocks anglais et américains basés sur le blues, le rock de San Francisco, le country-rock, le blues… J'aime aussi pas mal de groupes progressifs. Tout ce qui met la guitare en avant, en fait. Je suis sans doute plus un fan de musique que de BD. J'aime les deux, mais si je devais choisir entre ma collection de comics et ma collection de CDs, je choisirais la seconde sans hésiter.

Ces influences musicales se retrouvent dans quasiment tous les aspects de mon travail visuel. Quand je compose une page, j'ai en tête des concepts musicaux comme le rythme, le crescendo, etc… Pour moi, la page idéale, c'est celle qui véhicule une sorte de bande-son quand on la regarde.

Quand je travaille avec un scénariste ou un dessinateur, j'essaie d'employer les mêmes techniques que si cette personne et moi étions dans un "boeuf". On regarde, on écoute ce que joue l'autre, et ensuite on balance quelque chose qui va le souligner, ou le compléter, pour le plus grand bénéfice de la musique elle-même.







AN :  Un autre élément important dans ton oeuvre, c'est aussi le Western. Du western modernisé, comme dans Scout, Dead Folks, etc... Ou à l'ancienne, dans Jonah Hex ou The Kents, voire les deux à la fois (dans Grimjack 10-11, basé sur un voyage temporel, où le héros pille ce qui ressemble fort au cadavre de Clint Eastwood). Tu t'identifies aux personnages de Western ?

Tim Truman :  Je vais encore me faire passer pour un genre de héros des classes populaires, mais je pense que les classes laborieuses, dans le Western, c'est quelque chose qui me parle. Des gens normaux pris dans des situations qui ne le sont pas.

J'en suis venu à la conclusion que pratiquement tous les genres de fiction aventurière américain sont influencés par le Western. Même les polars ou les histoires de super-héros brassent des thèmes, des personnages et des situations qui prennent directement leurs racines dans les westerns.



AN :  Cette question vaut aussi pour Simon Girty, un personnage assez sombre de l'histoire américaine que tu sembles vouloir réhabiliter.

Tim Truman :  Plus le "réévaluer" que réellement le "réhabiliter". Girty a toujours eu une réputation déplorable, parce qu'il a combattu aux côté des "sauvages païens", des tribus indiennes. J'ai réalisé que si les vieux historiens le détestaient, ce n'était pas parce qu'il était un homme détestable, mais parce qu'il était perçu comme un traître à sa race. Et plus je lisais à son sujet, plus j'ai découvert les mensonges véhiculés à son sujet. J'ai voulu éclairer différemment sa carrière et ses mobiles.




AN :  Après Crisis, DC t'a confié le relaunch de Hawkman. Tu as établi ses nouvelles origines dans la mini-série Hawkworld, en prenant bien garde à rester cohérent avec la version du Silver Age. Puis est venue la série régulière, qui a fait exploser la continuité. J'ai cru comprendre que ça venait d'une décision éditoriale sur laquelle tu n'avais pas de contrôle. Comment as-tu ressenti la chose ? Et comment John Ostrander est-il venu se greffer à tout ça ?

Tim Truman : C'était très certainement une décision éditoriale, mais Ostrander et moi avons accepté de jouer le jeu. Ce fut tragique, en effet. La mini-série initiale avait été conçue d'une façon qui aurait pu fonctionner. C'était l'histoire des années de formation de Katar Hol sur Thanagar, une quinzaine d'années avant la continuité DC de l'époque.

Cette mini s'était vraiment bien venue, et avait obtenu le prix Haxtur, en Espagne. Mais j'ai une capacité d'attention très limitée dans le temps. Je mets beaucoup d'énergie dans mes projets, et quand j'en ai terminé, j'ai terminé. J'ai dit ce que j'avais à dire, fait ce que je voulais faire, et je vais planter mes dents dans autre chose ensuite. Après avoir rendu la mini-série, j'étais mentalement passé à autre chose, j'en avait fini avec ce sujet. Mais comme elle avait été remarquée, l'editor voulait que mon nom reste sur ce qui allait suivre. Alors on m'a crédité comme co-scénariste, alors qu'en fait, j'étais plutôt un genre de consultant. Rétrospectivement, je trouve ça assez égoïste de ma part, et ça a contribué à lier mon nom et mon travail au bazar de continuité qui s'en est ensuivi. D'une façon inutile et imméritée, je pense.







Ceci dit,  John Ostrander a écrit de bonnes histoires. Dommage qu'on n'ait pas plus défendu la chronologie qui avait été décidée au départ. Ça aurait évité d'abîmer le personnage.

AN : Justement, Geof Johns a fini par intégrer ta version de Hawkman à la nouvelle définition du personnage. As-tu lu ces épisodes ? Qu'en as-tu pensé ?

Tim Truman : Désolé, mais non. Je ne sais même pas ce qu'ils en ont fait. Mais j'ai prévu d'aller y jeter un coup d'oeil à l'occasion.

AN :  Tu as défini John Ostrander comme ton "frère", et Joe R. Lansdale comme ton "autre frère". La relation entre vous doit être forte. Et vous semblez partager un certain sens de l'humour noir, un humour un peu macabre. Vous êtes très semblables ? Ou vos ressemblances masquent des différences notables par ailleurs ?

Tim Truman :  Nous sommes très semblables sous certains aspects, et très différents sous d'autres. Il me semble que ma sensibilité personnelle et mes intérêts se situent grosso modo à mi-chemin entre John et Joe. John a une approche moins sombre que la mienne, et la mienne est moins sombre que celle de Joe. Quand Joe écrit, ça vient des tripes, il planifie très peu, il pose des personnages et des situations intéressantes, puis attaque la page 1 et laisse l'histoire s'écrire d'elle-même.




John pour sa part, semble travailler beaucoup plus en amont. Il veut avoir une idée précise de là où l'histoire l'entraînera avant de commencer à l'écrire.

Et de fait, je suis un peu entre les deux. Comme je le disais, je pense d'abord aux personnages et au thème général, et c'est ce qui m'importe le plus. Tout ce que je fais ensuite est fondé sur l'interaction entre les personnages et ce thème.

Ce qui fait que, quand je travaille avec eux, nous nous équilibrons mutuellement. Nos histoires relèvent vraiment d'une collaboration à part égale.

AN :  Te voilà à présent big boss sur Conan. Tu en as dessiné quelques épisodes (écrits par Busiek puis Lansdale), et maintenant tu écris la série régulière (en laissant le dessin à d'autres). Ton rapport avec Conan est similaire à celui que tu entretiens avec les héros de Western ou Grimjack ?

Tim Truman : Probablement, dans la mesure où, comme la plupart de mes personnages de Western préférés, Conan est principalement un genre très héroïque d'anti-héros. Si une telle expression a un quelconque sens.



AN : Est-il difficile de rendre justice à ce personnage, de ne pas le trahir ? (et je pense personnellement que sur Conan, tu es parfaitement dans le ton)

Tim Truman : Toutes les difficultés que je rencontre, je me les crée à mesure, parce que je veux faire les choses bien. Le Conan de Robert E. Howard est sans doute l'influence majeure de mon travail, quand j'étais jeune. Dire que je vénère le personnage est en dessous de la vérité. Comme ce personnage est important pour moi et ses autres fans, je me documente autour de Conan comme je le ferais pour un personnage réel, historique. Alors je me mets pas mal de pression pour faire les choses bien, pour faire quelque chose que Robert E. Howard lui-même pourrait approuver.



Ceci dit, pour rester moi-même en tant qu'auteur, je ne veux pas non plus copier Howard. Je veux que mon travail soit compatible avec son style sans qu'il ait l'air de vouloir être lui. Je pense que Howard comprendrait et respecterait mon approche, et qu'il ferait pareil si, pour une quelconque et étrange raison, nos rôles étaient inversés.

AN : As-tu des regrets à propos de ta carrière ? Des trucs que tu aurais voulu faire mais n'aurais pas fait, ou feras un jour ?

Tim Truman : Mon seul regret c'est, qu'en début de carrière, j'ai été catalogué comme un "rapide", et que je n'ai pas passé assez de temps à raffiner ma technique comme je l'aurais dû. J'ai pris de mauvaises habitudes qu'il m'a fallu des années pour surmonter. Mais bon, autant être un type dont le travail se bonifie avec l'âge que l'inverse, comme c'est trop souvent le cas, pas vrai ?

Commentaires

Présence a dit…
Quel plaisir de découvrir cette interview grâce au lien présent sur le site d'Artemus Dada.

J'ignorais tout des aléas éditoriaux ayant conduit à en rajouter une couche dans l'imbroglio des origines Hawkman. Je garde encore en souvenir les tomes de la série Wilderness dont celui consacré à Simon Girty.

Il me semble avoir lu récemment que Timothy Truman allait apporter une conclusion à la série Scout, avec l'aide de son fils. J'espère que ce projet se matérialisera.
Alex Nikolavitch a dit…
ah, c'est une bonne nouvelle, pour Scout !

Posts les plus consultés de ce blog

Feuilles d'automne

Bon, je suis le nez dans le guidon jusqu'à la fin du mois. Outre une très grosse traduction, je dois boucler un bouquin qui sortira au printemps prochain, une espèce de roman à clés / recueil de nouvelles en mode fix-up dans un univers lovecraftien mais pas que (c'est mon "Projet Tentacules 2" dont je causais dernièrement. le "projet Péniche" avance, mais je ne le bouclerai que vers Noël, tel que c'est parti).




En attendant, un petit extrait :

De nos jours, la Frontière a disparu, balayée par la marche conjointe de l’histoire et du progrès. Cette ligne mouvante, qui structurait du temps de nos pères tout l’imaginaire de la Conquête de l’Ouest, marquait la limite entre les territoires civilisés et des régions sans lois, celles où sévissaient les frères Dalton ou Liberty Valance. Sur la Frontière fleurissaient comptoirs commerciaux, villes de mineurs exploitant des filons parfois vite taris, et troupeaux de bestiaux laissés à paître sur des étendues enco…

Uchronies Express

Je me retrouve à filer des idées à un cinéaste amateur qui bricole une uchronie dans son coin. C'est hyper amusant à faire et son truc va être super rigolo. Ce que j'en ai vu m'épate et m'éclate.

Il y a fatalement des idées non retenues, mais dont il serait dommage, je crois, qu'elles restent sous le boisseau. En voilà une, par exemple :

"En Allemagne, un politicien écrit du fond de sa prison un ouvrage expliquant l'importance de la surveillance émotionnelle de masse : Mein Voight-Kampff. Ses théories sont mises en œuvre 70 ans plus tard par le jeune Mark Zuckerberg."

Projet Péniche

Bon, mon prochain roman a atteint aujourd'hui les 300.000 signes, ce qui est à peu près la taille que faisait L'Île de Peter. Et il est loin d'être bouclé, le bougre. Je pense qu'il culminera à 450.000 signes, voire 500.000, ce qui le rapprocherait du format d'Eschatôn.

Curieusement, je n'en ai pas encore écrit la fin, contrairement à mon habitude. Les grandes lignes en sont déjà tracées, bien sûr, mais je me réserve la possibilité de prendre quelques chemins et canaux de traverse. C'est déjà le cas, d'ailleurs : le narrateur de la portion que je vous donne à lire aujourd'hui était un personnage assez secondaire au départ, dont j'ai fini par étoffer le rôle, histoire de multiplier encore un peu plus les points de vue (ce sera un roman choral, un patchwork de textes très différents les uns des autres, comme le sera un autre bouquin que je prépare, un recueil de nouvelles à fil conducteur dans lequel on trouvera pèle-mêle coupures de journaux, réc…

Dans l'espace, personne ne vous entendra avancer

Je repensais à ces longs travelings sur des vaisseaux spatiaux qu'on voit dans plein de films, d'Alien à Star Wars, et parodiés dans La Folle Histoire de l'Espace. Pour ce que j'en sais,  le premier du genre est dû à Kubrick dans 2001. La caméra y regarde longuement passer le Discovery, ce qui nous donne à la fois une idée des dimensions du bidule, mais aussi de la lenteur (relative : la vitesse d'un machin pareil sur une telle trajectoire doit dépasser les 11 km/seconde) des voyages spatiaux. Ces plans magnifiques donnent une impression de majesté et sont toujours hyper importants dans l'icônisation d'un gros engin de ce genre.

Et comme souvent, un tel plan n'a de sens que cinématographique. Dans la réalité, je vois mal comment un observateur quelconque pourrait se trouver en situation d'observer un tel déplacement par un vaisseau. Il faudrait une trajectoire absolument synchrone, hormis en ce qui concerne la vitesse, qui me semble difficile à obt…

Cosmonautes 3

Suite de ma petite série de rediffs en hommage au cinquantenaire du débarquement sur la Lune. Aujourd'hui, le 2001 de Kubrick :


Si Stanley Kubrick est sans doute trop bien éduqué pour le formuler ainsi, ce qu’il cherche à faire avec 2001, l’Odyssée de l’espace (2001: A Space Odyssey, 1968)*, c’est bien à ringardiser le cinéma de science-fiction spatiale tel qu’il se pratiquait depuis les années 1950. Il cherche à créer une expérience totalement inédite tout en employant des motifs visuels familiers aux spectateurs. Il faut dire qu’à l’époque, la course à l’espace bat son plein et que la Lune est en ligne de mire et à portée de main. L’imagerie du film, d’un réalisme glacial issu des bureaux d’étude de la NASA (qui a largement contribué au projet) oppose formellement l’espace infini et ouvert du cosmos à des espaces infiniment clos qui se referment de plus en plus : intérieur du vaisseau spatial, puis intérieur de la capsule de sortie, puis intérieur du scaphandre, dernière protect…

Irresponsables, mais pas coupables

Les comics sont remplis de personnages de savants fous. Mais ils regorgent aussi de savants posés en modèles, qui travaillent pour l'amour de la science et le progrès de l'humanité. L'archétype en est bien entendu Reed Richards, que tout le monde s'accorde à trouver fantastique.
Pourtant, quand on y regarde de plus près, les savants "bons" des comics sont aussi dangereux que leurs contreparties maléfiques. Commençons par Reed Richards, emblématique des Marvel Comics. Lançant sa fusée au mépris du danger, il s'expose à des radiations inconnues, et pourrit au passage ses compagnons d'aventure. Par la suite, il inventera des transmetteurs de matière, qui deviennent prétexte à une invasion skrull, et le célèbre portail vers la Zone Négative, source d'emmerdes incroyables, exposant la Terre à des menaces de type Annihilus ou Blastaar. Pourtant, Richards est souvent présenté comme le savant le plus génial de la planète, caution morale des autres et ul…

Super-traumas de destruction massive

On le sait tous, pour peu qu'on ait un peu mis le nez dans les illustrés racontant les aventures de l'un ou l'autre super-slip combattant au nom de la vérité, de la justice ou de quoi que ce soit du même genre : leur origine est généralement lié à un traumatisme personnel plus qu'à l'obtention des pouvoirs. Pas de Spider-man s'interrogeant sur ses responsabilité sans la mort de l'Oncle Ben. Pas de Batman en croisade, sacrifiant sa vie dorée de milliardaire à une guerre sans fin sans l'agression subie par Thomas et Martha Wayne. Pas de Billy Butcher sans le viol de Rebecca et ses conséquences. (oui, bon, Butcher n'est pas exactement un super-héros, je sais). Pas de Docteur Strange sans la perte de sa dextérité de chirurgien qui l'a conduit à chercher des solutions drastiques et irrationnelles et à se remettre totalement en question sur le plan personnel. Pas de Wolverine en quête de lui-même sans les tripatouillages du projet Arme X. Et d'a…

Aïe glandeur

Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas fendu d'un bon décorticage en règle d'une bonne bousasse filmique bien foireuse. Il faut dire que, parfois, pour protéger ce qu'il peut me rester de santé mentale, et pour le repos de mon âme flétrie, je m'abstiens pendant de longues périodes de me vautrer dans cette fange nanardesque que le cinéma de genre sait nous livrer par pleins tombereaux.

Et puis parfois, je replonge. Je repique au truc. De malencontreux enchaînements de circonstances conspirent à me mettre le nez dedans. Là, cette fois-ci, c'est la faute à un copain que je ne nommerai pas parce que c'est un traducteur "just wow", comme on dit, qui m'avait mis sur la piste d'une édition plus complète de la musique du film Highlander. Et qu'en effet, la galette était bien, avec de chouettes morceaux qui fatalement mettent en route la machine à nostalgie.

"Fais pas le con, Niko ! Tu sais que tu te fais du mal !"
Et là, c'…