Accéder au contenu principal

Interview Tim Truman

Une des choses dont j'avais été très fier sur l'ancien Superpouvoir, c'était d'avoir pu interviewer un auteur que j'apprécie énormément, Tim Truman. Cette interview, qui date de 2007, a été perdue dans le crash du site, mais j'ai retrouvé le texte dans mes archives perso, en cherchant tout à fait autre chose. Alors pour pas que ça reste dans un placard, je vous la remet ici :






Alex Nikolavitch, pour Superpouvoir.com : Salut Tim. Pour présenter rapidement Tim Truman, disons que c'est un des dessinateurs historiques des indés des années 80, avec notamment Grimjack et Scout, avant de passer chez Vertigo, sur Jonah Hex au début des 90's, et maintenant chez Dark Horse, avec du Star Wars (Aura Sing, Outlander) et surtout Conan. Tim, tu as étudié à l'école de Joe Kubert. En France, nous en entendons souvent parler, mais sans en savoir beaucoup plus. Peux-tu nous dire comment ça fonctionne, et comment c'était ?

Tim Truman : Je n'y suis pas resté très longtemps, mais quand j'y ai pris des cours, de 79 à 81, c'était un cursus de 3 ans spécialisé dans le dessin pour les comic books et les comics strips, avec aussi des classes d'illustration et de publicité. Joe venait d'ajouter un module d'animation. Nos profs étaient tous des vétérans de l'industrie américaine des comics : Hy Eisman, le grand Bob Oksner, Dick Giordano, Dick Ayers., John Belfi, et Joe Kubert lui-même. Ce fut une expérience formidable. On m'a demandé de faire une petite présentation aux élèves, ce printemps, et j'espère avoir le temps de le faire.



AN : En tant qu'auteur, comment te définirais-tu ?

Tim Truman : Les trois choses que j'essaie de marquer dans mes histoires sont "personnages", "thème" et "crédibilité". Je veux poser des personnages marquants qui sont transformés par les évènements de l'histoire. J'essaie de garder à l'esprit une thématique qui soit un axe central, un pivot autour duquel tourne toute l'histoire. Et je veux que les personnages et les péripéties soient crédibles, même quand je fais dans le fantastique délirant. Pour y arriver, je fais pas mal de recherches. J'étudie des cultures réelles et je tente de les utiliser pour appuyer les éléments de mon récit.

Parfois, il me semble que je suis trop subtil dans les conclusions que je veux en tirer  dans l'histoire, mais je crois que la subtilité peut être un élément clé pour construire une histoire qui aille au-delà du simple récit d'aventures. Je n'aime pas dire aux lecteurs quoi penser ou quoi croire. Idéalement, je veux que le lecteur participe, qu'il fasse partie de l'histoire, observant les personnages et parvenant à leurs propres conclusions sur les protagonistes et ce qu'ils subissent. Laisser quelques questions intéressantes tourner dans la tête du lecteur est mieux que de lui donner toutes les réponses.

La plupart de mes histoires sont de l'aventure, bien sûr, mais en général, elles impliquent des personnages issus du peuple. Des personnages  "sortis du ruisseau", et peu de membres de "l'élite". Quand j'écris des personnages qui pourraient faire partie de l'élite, comme dans Hawkworld, ils passent généralement par des expériences qui les font descendre dans la rue, et les obligent à voir le monde par les yeux des gens "normaux".

Et puis je suis très attiré par les anti-héros. J'aime les héros avec des failles, et je n'aime pas les méchants totalement mauvais.

Ce qui est amusant, c'est que même si j'aime dessiner et que je suis sans doute plus connu comme dessinateur, j'ai plus confiance en mes capacités de scénaristes. Bien sûr, quand je suis les deux en même temps, c'est probablement l'idéal pour moi. Pourtant, j'apprends énormément quand j'écris pour d'autres dessinateurs. Par exemple, quand je travaille avec eux sur Conan, que j'écris, c'est très intéressant de voir comment des gens comme Richard Corben, Paul Lee et Gary Nord interprètent mes scripts et mes synopsis. Ils peuvent trouver des points de vue surprenant et rafraîchissants sur les personnages, et des compositions auxquelles je n'aurais pas forcément pensé si j'avais dessiné ces histoires moi-même.

AN : Après l'école, tu es arrivé chez First Comics, pour y créer Grimjack avec John Ostrander. Une partie du design avait déjà été faite par Lenin Delsol, mais le résultat était très différent du personnage que nous connaissons. Quelle a été l'étendu de ton apport ?

Tim Truman : Suffisante pour que John Ostrander obtienne par contrat des droits égaux pour nous deux sur le personnage, ce dont je le remercie. Quand John et moi avons commencé à travailler ensemble, ça a donné lieu à une réelle fusion d'idée et d'influences.



AN :  C'est aussi chez First Comics que tu as réalisé un graphic novel, Time Beavers, et là, tu étais aussi scénariste. C'était ta première tentative en tant que tel ?

Tim Truman : Avant que je ne passe professionnel, j'étais aussi intéressé par l'écriture que par l'illustration. Mais il me semblait qu'il y avait plus d'écoles et d'opportunités pour des dessinateurs, alors je me suis orienté comme ça. Une des raisons pour lesquelles les comix underground et les BDs européennes m'attiraient et me fascinaient, c'était que des dessinateurs comme Spain Rodriguez, Robert Crumb,  Jack Jackson, George Metzger, Phillippe Druillet, Moebius, et Hugo Pratt écrivaient et dessinaient leurs propres histoires. Hormis quelques notables exceptions comme Eisner, Kubert, Kane, Toth et quelques autres, peu d'auteurs américains mainstream le faisaient. Et j'étais donc déterminé à y arriver un jour.



J'avais publié quelques histoires avant d'avoir mon diplôme de la Kubert School, et plus tard, j'ai écrit et dessiné quelques histoires pour des revues de jeux de rôle. Chez First, j'ai écrit deux histoires du Munden's Bar (en back-up de Grimjack) avant que Mike Gold ne me donne le feu vert pour Time Beavers. Ce fut un projet très amusant, et un des premiers graphic novels à être publié aux USA, dans la première douzaine.

AN :  C'était un développement de ces "funny animals" étranges que tu avais créé dans Night of the Killer Bunnies, une histoire de Grimjack assez délirante ?

Tim Truman : J'ai toujours été attiré par ce genre d'histoires. Pas mal de mes travaux d'étudiants à la Kubert School étaient des trucs d'aventures étranges avec des funny animals. C'est quelque chose qui est facile, pour moi. Plus facile, en fait, que le dessin réaliste. Quelques uns de mes travaux préférés peuvent être vus sur mon site :






Quand je regarde ces dessins, je pense que c'est clairement le style avec lequel je suis le plus à l'aise. Dans les nouvelles planches de Grimjack, j'essaie d'ailleurs d'employer ce genre de techniques d'exagération humoristique, très cartoony, pour libérer mon style, et je trouve que ça fonctionne pas mal. Tu vois, cette année, je me suis aperçu qu'il ne fallait plus que j'essaie à ce point de dessiner les choses de la façon dont j'aime qu'elles ressemblent. J'ai essayé d'arrêter d'aller à l'encontre de mon "style naturel", et je laisse les choses sortir de la façon que veulent mon esprit et ma main.



AN : Tu as créé par la suite Scout, une série post-apocalyptique, dont le personnage principal s'appelait Emanuel Santana. Cela brassait politique, shamanisme, Indiens d'Amérique… Tu te vois comme un auteur politique ?

Tim Truman :  Oui, mais probablement plus sous un angle sociologique. Je suis  un gauchiste assumé. Pas un libéral (au sens américain du terme, qui correspondrait en France à un socialiste), mais un gauchiste. Je suppose qu'on pourrait définir mon orientation politique comme un mélange étrange de socio-populisme des années 20, mixé avec la défense des droits civiques qu'on associe aux libertariens. Mes grands-pères, mon père et mes oncles étaient mineurs de fond, ouvriers dans des usines, bûcherons, etc… Et ils étaient tous syndicalistes. Le beau-père de ma mère a participé à la grande grève des mineurs de Virginie Occidentale, dans les années 20. Sous leur influence, j'ai été élevé dans l'idée que les gouvernements devraient être au service des travailleurs, et pas des corporations.



AN :  Santana, ça évoque aussi des références musicales. Tu es toi-même musicien, et tu as travaillé avec les Grateful Dead. La musique, c'est important dans ton approche créative ?

Tim Truman :  Très important. J'ai été très influencé par l'imagerie véhiculée par les chansons de Grace Slick et Paul Kantner, du Jefferson Airplane, quand j'étais jeune. Ils ont nourri mon imaginaire, et j'ai utilisé ça par la suite dans mon travail. J'écoute beaucoup de rock et de blues quand je bosse. Certaines chansons sont la bande-son de ce que je produis.



Je suis  vraiment un geek de la musique. Mes styles favoris sont le blues  et le heavy anglais  des années 60 et 70, les rocks anglais et américains basés sur le blues, le rock de San Francisco, le country-rock, le blues… J'aime aussi pas mal de groupes progressifs. Tout ce qui met la guitare en avant, en fait. Je suis sans doute plus un fan de musique que de BD. J'aime les deux, mais si je devais choisir entre ma collection de comics et ma collection de CDs, je choisirais la seconde sans hésiter.

Ces influences musicales se retrouvent dans quasiment tous les aspects de mon travail visuel. Quand je compose une page, j'ai en tête des concepts musicaux comme le rythme, le crescendo, etc… Pour moi, la page idéale, c'est celle qui véhicule une sorte de bande-son quand on la regarde.

Quand je travaille avec un scénariste ou un dessinateur, j'essaie d'employer les mêmes techniques que si cette personne et moi étions dans un "boeuf". On regarde, on écoute ce que joue l'autre, et ensuite on balance quelque chose qui va le souligner, ou le compléter, pour le plus grand bénéfice de la musique elle-même.







AN :  Un autre élément important dans ton oeuvre, c'est aussi le Western. Du western modernisé, comme dans Scout, Dead Folks, etc... Ou à l'ancienne, dans Jonah Hex ou The Kents, voire les deux à la fois (dans Grimjack 10-11, basé sur un voyage temporel, où le héros pille ce qui ressemble fort au cadavre de Clint Eastwood). Tu t'identifies aux personnages de Western ?

Tim Truman :  Je vais encore me faire passer pour un genre de héros des classes populaires, mais je pense que les classes laborieuses, dans le Western, c'est quelque chose qui me parle. Des gens normaux pris dans des situations qui ne le sont pas.

J'en suis venu à la conclusion que pratiquement tous les genres de fiction aventurière américain sont influencés par le Western. Même les polars ou les histoires de super-héros brassent des thèmes, des personnages et des situations qui prennent directement leurs racines dans les westerns.



AN :  Cette question vaut aussi pour Simon Girty, un personnage assez sombre de l'histoire américaine que tu sembles vouloir réhabiliter.

Tim Truman :  Plus le "réévaluer" que réellement le "réhabiliter". Girty a toujours eu une réputation déplorable, parce qu'il a combattu aux côté des "sauvages païens", des tribus indiennes. J'ai réalisé que si les vieux historiens le détestaient, ce n'était pas parce qu'il était un homme détestable, mais parce qu'il était perçu comme un traître à sa race. Et plus je lisais à son sujet, plus j'ai découvert les mensonges véhiculés à son sujet. J'ai voulu éclairer différemment sa carrière et ses mobiles.




AN :  Après Crisis, DC t'a confié le relaunch de Hawkman. Tu as établi ses nouvelles origines dans la mini-série Hawkworld, en prenant bien garde à rester cohérent avec la version du Silver Age. Puis est venue la série régulière, qui a fait exploser la continuité. J'ai cru comprendre que ça venait d'une décision éditoriale sur laquelle tu n'avais pas de contrôle. Comment as-tu ressenti la chose ? Et comment John Ostrander est-il venu se greffer à tout ça ?

Tim Truman : C'était très certainement une décision éditoriale, mais Ostrander et moi avons accepté de jouer le jeu. Ce fut tragique, en effet. La mini-série initiale avait été conçue d'une façon qui aurait pu fonctionner. C'était l'histoire des années de formation de Katar Hol sur Thanagar, une quinzaine d'années avant la continuité DC de l'époque.

Cette mini s'était vraiment bien venue, et avait obtenu le prix Haxtur, en Espagne. Mais j'ai une capacité d'attention très limitée dans le temps. Je mets beaucoup d'énergie dans mes projets, et quand j'en ai terminé, j'ai terminé. J'ai dit ce que j'avais à dire, fait ce que je voulais faire, et je vais planter mes dents dans autre chose ensuite. Après avoir rendu la mini-série, j'étais mentalement passé à autre chose, j'en avait fini avec ce sujet. Mais comme elle avait été remarquée, l'editor voulait que mon nom reste sur ce qui allait suivre. Alors on m'a crédité comme co-scénariste, alors qu'en fait, j'étais plutôt un genre de consultant. Rétrospectivement, je trouve ça assez égoïste de ma part, et ça a contribué à lier mon nom et mon travail au bazar de continuité qui s'en est ensuivi. D'une façon inutile et imméritée, je pense.







Ceci dit,  John Ostrander a écrit de bonnes histoires. Dommage qu'on n'ait pas plus défendu la chronologie qui avait été décidée au départ. Ça aurait évité d'abîmer le personnage.

AN : Justement, Geof Johns a fini par intégrer ta version de Hawkman à la nouvelle définition du personnage. As-tu lu ces épisodes ? Qu'en as-tu pensé ?

Tim Truman : Désolé, mais non. Je ne sais même pas ce qu'ils en ont fait. Mais j'ai prévu d'aller y jeter un coup d'oeil à l'occasion.

AN :  Tu as défini John Ostrander comme ton "frère", et Joe R. Lansdale comme ton "autre frère". La relation entre vous doit être forte. Et vous semblez partager un certain sens de l'humour noir, un humour un peu macabre. Vous êtes très semblables ? Ou vos ressemblances masquent des différences notables par ailleurs ?

Tim Truman :  Nous sommes très semblables sous certains aspects, et très différents sous d'autres. Il me semble que ma sensibilité personnelle et mes intérêts se situent grosso modo à mi-chemin entre John et Joe. John a une approche moins sombre que la mienne, et la mienne est moins sombre que celle de Joe. Quand Joe écrit, ça vient des tripes, il planifie très peu, il pose des personnages et des situations intéressantes, puis attaque la page 1 et laisse l'histoire s'écrire d'elle-même.




John pour sa part, semble travailler beaucoup plus en amont. Il veut avoir une idée précise de là où l'histoire l'entraînera avant de commencer à l'écrire.

Et de fait, je suis un peu entre les deux. Comme je le disais, je pense d'abord aux personnages et au thème général, et c'est ce qui m'importe le plus. Tout ce que je fais ensuite est fondé sur l'interaction entre les personnages et ce thème.

Ce qui fait que, quand je travaille avec eux, nous nous équilibrons mutuellement. Nos histoires relèvent vraiment d'une collaboration à part égale.

AN :  Te voilà à présent big boss sur Conan. Tu en as dessiné quelques épisodes (écrits par Busiek puis Lansdale), et maintenant tu écris la série régulière (en laissant le dessin à d'autres). Ton rapport avec Conan est similaire à celui que tu entretiens avec les héros de Western ou Grimjack ?

Tim Truman : Probablement, dans la mesure où, comme la plupart de mes personnages de Western préférés, Conan est principalement un genre très héroïque d'anti-héros. Si une telle expression a un quelconque sens.



AN : Est-il difficile de rendre justice à ce personnage, de ne pas le trahir ? (et je pense personnellement que sur Conan, tu es parfaitement dans le ton)

Tim Truman : Toutes les difficultés que je rencontre, je me les crée à mesure, parce que je veux faire les choses bien. Le Conan de Robert E. Howard est sans doute l'influence majeure de mon travail, quand j'étais jeune. Dire que je vénère le personnage est en dessous de la vérité. Comme ce personnage est important pour moi et ses autres fans, je me documente autour de Conan comme je le ferais pour un personnage réel, historique. Alors je me mets pas mal de pression pour faire les choses bien, pour faire quelque chose que Robert E. Howard lui-même pourrait approuver.



Ceci dit, pour rester moi-même en tant qu'auteur, je ne veux pas non plus copier Howard. Je veux que mon travail soit compatible avec son style sans qu'il ait l'air de vouloir être lui. Je pense que Howard comprendrait et respecterait mon approche, et qu'il ferait pareil si, pour une quelconque et étrange raison, nos rôles étaient inversés.

AN : As-tu des regrets à propos de ta carrière ? Des trucs que tu aurais voulu faire mais n'aurais pas fait, ou feras un jour ?

Tim Truman : Mon seul regret c'est, qu'en début de carrière, j'ai été catalogué comme un "rapide", et que je n'ai pas passé assez de temps à raffiner ma technique comme je l'aurais dû. J'ai pris de mauvaises habitudes qu'il m'a fallu des années pour surmonter. Mais bon, autant être un type dont le travail se bonifie avec l'âge que l'inverse, comme c'est trop souvent le cas, pas vrai ?

Commentaires

Présence a dit…
Quel plaisir de découvrir cette interview grâce au lien présent sur le site d'Artemus Dada.

J'ignorais tout des aléas éditoriaux ayant conduit à en rajouter une couche dans l'imbroglio des origines Hawkman. Je garde encore en souvenir les tomes de la série Wilderness dont celui consacré à Simon Girty.

Il me semble avoir lu récemment que Timothy Truman allait apporter une conclusion à la série Scout, avec l'aide de son fils. J'espère que ce projet se matérialisera.
Alex Nikolavitch a dit…
ah, c'est une bonne nouvelle, pour Scout !

Posts les plus consultés de ce blog

T'es OK, t'es Bat

Souvent, lorsqu'il y a des remakes, reprises ou variations sur un thème ancien, d'aucuns s'insurgent à la trahison parce que la nouvelle version ne ressemble pas assez à l'ancienne, ou que les choix de l'auteur conduisent à repenser le fond. Récemment encore, il y a le cas de la série Harry Potter (outre les polémiques entourant la transphobe en chef) qui désarçonne les fans. Précédemment, les nouvelles traductions de Tolkien, en introduisant Bessac à la place de Sacquet, pour toutes sortes de raisons dont de très bonne, ont fait grincer des dents. Très souvent, les débats de ce genre s'enflamment, avec toutes sortes d'arguments qui relèvent d'un phénomène intime plutôt que d'une vérité universelle.  Quand le processus se prolonge, on s'aperçoit que chaque génération a sa version à elle. Plein de jeunes gens ont grandi avec le Superman de Cavill et ne voient pas ce que des vieux cons comme moi trouvent à Christopher Reeves, mais vont tomber à br...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Euphorique

 Ah, l'info est donc officielle. Très bientôt sortira Euphories Cosmiques , la nouvelle anthologie des éditions Askabak. J'avais participé à Demeures Terribles , la précédente, et je suis très content de La nuit en Kitej , le texte que j'ai livré pour celle-ci. Et y aura d'autres annonces en rapport avec cet éditeur dans pas longtemps. Couverture de Melchior Ascaride       Couverture de l'édition cartonnée de Melchior Ascaride   Couverture variante de Bruno Letizia Un extrait de mon texte : "Mais il t’en faut plus. Tu n’es pas venu pour admirer ce paysage macabre, ces rues en apparence vides, seulement peuplées d’ombres mouvantes, ce fantôme de cité surplombant un océan de nuit se fondant dans l’infini. Te voilà dans cet ailleurs que tant tu as désiré. Tu dois lutter contre une forme de vertige, contre cette sensation viscérale d’être allé déjà beaucoup trop loin. Tu sens des forces travailler ton être en ses tréfonds, non pas les désirs et volontés qui t’o...

Les Zi-as

Hop, deuxième épisode, suite du précédent, consacré cette fois-ci aux IA, publié dans le même supplément numérique à Fiction. ici aussi, l'illus est de Gewll Intelligence Artificielle  Les mains dans le cambouis, la tête dans les étoiles « J'ai peur, Dave » lâchait au bout du compte le superordinateur Hal 9000 au moment où l'astronaute David Bowman le lobotomisait sans pitié aucune (désolé de vous avoir spoilé la fin du film au passage). Ce cri pathétique est autant destiné à son bourreau qu'au spectateur : il s'agit de faire comprendre que malgré sa froideur, malgré sa logique, malgré ses crimes, Hal n'est pas si différent de nous, que s'il présente une différence de nature matérielle, spirituellement c'est beaucoup moins tranché. Il peut sembler redondant de se livrer dans ces colonnes à une petite réflexion sur l'intelligence artificielle si peu de temps après avoir y évoqué le robot, tant les deux problématiques sont liées. Mais ...

Relativisons avec Cüneyt Arkin

Ayant découvert avec horreur qu'un de mes vieux articles mis en ligne il y a des années, puis réuploadé suite au naufrage du vieux forum de Superpouvoir avait perdu toute son iconographie*, je me suis dit qu'il fallait y remédier. Et donc, revoici pour vos yeux ébahis et sous un tonnerre d'applaudissement ma critique d'un superbe film de capes et d'épées turc. Le Star Wars Turc n'était qu'un épiphénomène particulier dans l'immense et tentaculaire carrière du plus grand héros d'action anatolien de tous les temps : l'immense Cüneyt Arkin ! Alors que la politique de nos jours semble essentiellement consister à pointer du doigt l'autre, dans sa culture et même sa civilisation, pour se goberger d'une illusoire supériorité basée sur des clichés rassis, j'ai décidé qu'il serait amusant de voir les clichés que véhiculent à propos de l'occident chrétien d'autres peuples avec lesquels les rapports sont parfois conflictuels.  ...

Hail to the Tao Te King, baby !

Dernièrement, dans l'article sur les Super Saiyan Irlandais , j'avais évoqué au passage, parmi les sources mythiques de Dragon Ball , le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) (ou Pèlerinage au Couchant ) (ou Légende du Roi des Singes ) (faudrait qu'ils se mettent d'accord sur la traduction du titre de ce truc. C'est comme si le même personnage, chez nous, s'appelait Glouton, Serval ou Wolverine suivant les tra…) (…) (…Wait…). Ce titre, énigmatique (sauf quand il est remplacé par le plus banal «  Légende du Roi des Singes  »), est peut-être une référence à Lao Tseu. (vous savez, celui de Tintin et le Lotus Bleu , « alors je vais vous couper la tête », tout ça).    C'est à perdre la tête, quand on y pense. Car Lao Tseu, après une vie de méditation face à la folie du monde et des hommes, enfourcha un jour un buffle qui ne lui avait rien demandé et s'en fut vers l'Ouest, et on ne l'a plus jamais revu. En chemin, ...

Mon chien est un fantôme

J'ai revu Ghost Dog, la voie du samouraï il n'y a pas plus tard que quelques temps de ça. Voilà un film à l'ambiance tout à fait étrange, et que j'aime beaucoup pour tout un tas de raisons. (tiens, j'ai envie de me revoir Smoke , aussi)   De toute façon, j'ai toujours apprécié Whitaker (Bird , putain, quel film. je lui en pardonnerais presque Terre Champ de Bataille) Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, ce film de Jim Jarmush, sorti il y a une vingtaine d'années, raconte le dernier baroud d'un tueur à gages joué par Forest Whitaker, qui opère dans une ville moyenne de la Côte Est des USA, peut-être une banlieue de New York, et qui vit selon les préceptes du Hagakure , un des manuels des samouraïs (on en connaît deux principaux. Le plus fondu est justement celui-ci, qui est franchement un bréviaire d'un fanatisme zen très bizarre. pour avoir une version moins psychotique, voir Le Traité des Cinq Anneaux (ou Roues, selon les traductions) ...

Paradise Found

 Vous qui me lisez depuis longtemps, vous savez le peu de bien que je pense du diptyque Prometheus (auquel j'avais consacré deux articles, ici et ici ) Alien : Covenant (dont je parlais là ). Si ces deux films avaient d'indéniables qualités plastiques et fourmillaient d'idées intéressantes, je les trouvais néanmoins ratés pour diverses raisons.     Beaucoup de choses expliquent cet échec perçu. Une valse-hésitation lors de la production, empêchant de préciser jusqu'à tard le statut de ces films par rapport à la saga Alien, dont ils sont censés être le prologue, thématiques intéressantes, mais peut-être hors sujet, choix de montage parfois malheureux (les deux séquences de Covenant employées comme teasers promotionnels au lieu d'être intégrées au film, qu'elles auraient pourtant éclairé), etc.   Visiblement, je n'étais pas seul à avoir de grosses frustrations par rapport à ces films, à y voir des occasions gâchées. Un certain John Willins s'est carrément...

Dernière minute

Le forum de Superpouvoir est enfin de retour. Après un accident qui l'a rendu amnésique de tous les évènements entre à peu près le 11 septembre et hier. On remerciera Nico D. qui a bossé comme un dingue pour sauver ce qui était sauvable. Dans l'intervalle, j'ai créé cette nouvelle Warzone ici-même. J'ignore encore si j'en ferai le suivi intégral sur superpouvoir ou si elle reste ici. On verra bien. En tout cas, champagne.

Prométhée-moi d'arrêter ça tout de suite

Bon, histoire de procrastiner sur une traduction à rendre lundi dernier qui me fatiguait un peu, je me suis maté la fin de Prometheus . C'est dire si je suis pas bien dans ma tête : normalement, on procrastine en faisant un truc moins pénible que ce qu'on veut éviter, et en fait je crois que j'aurais eu mieux fait de continuer à bosser. C'est le petit Jésus qui m'a puni, sans aucun doute. Et la vache, qu'est-ce qu'il m'a mis ! Si la première moitié du film donnait à penser que le scénario était un truc mal branlé passé entre trop de mains pour être tout à fait cohérent, la seconde corrige cette fausse impression. Il n'est pas mal foutu, en fait. Il n'a juste strictement aucun sens et, au lieu de suspendre le disbelief, il lui fait subir des actes à la fois cruels, immoraux, dégueulasses, et globalement réprouvés par la morale et Télérama. Le scénario de Prometheus , c'est une œuvre expérimentale et abstraite qui tente de s'affranch...