Accéder au contenu principal

Le super-saiyan irlandais


Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball, Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku). 


 Le roi des singes, encore en toute innocence.

Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dragon (et pour cause : l'initiation est dès lors terminée) et le récit tourne alors à l'enchaînement de tournois d'arts martiaux, puis de combats toujours plus épiques contre des adversaires toujours plus monstrueux. Le côté purement mythologique des premiers épisodes se serait dilué dans une épopée un peu répétitive.

Mais revenons un peu sur ces aspects mythologiques, et voyons s'ils se sont vraiment perdus en chemin.

On l'a vu, le petit Goku est un avatar du Singe de Pierre, alias le Roi des Singes, personnage très puissant, mais né sur sa montagne reculée et découvrant peu à peu le monde absurde des hommes et des dieux, s'y faisant autant d'amis que d'ennemis. Le singe dispose d'un bâton magique et du pouvoir de se déplacer sur les nuages, et cela se retrouve sans surprise dans sa contrepartie dessinée. Par ailleurs, Goku a une queue de singe, qui le conduit à se transformer en gorille géant sous l'influence de la lune.

Goku, dans le manga, est un être assez innocent, naïf et bienveillant qui sort de sa forêt pour découvrir un monde auquel il n'était pas préparé, celui des machines, de l'avidité des méchants, et surtout des filles, un truc qui lui semble bien mystérieux et qu'il n'identifie pas immédiatement pour ce qu'il est.
 
La femme, éternel mystère que Goku s'en va sonder.

 C'est là que s'installe durablement une polysémie. Oui, je sais ce que vous allez dire, tout de suite les mots compliqués, et polysémie toi même d'abord. Donc autant que j'explique. Polysémie, cela veut dire qu'il y a plusieurs significations, en gros. Et que là que, derrière notre petit Goku, nous découvrons les ombres de plusieurs autres personnages mythiques en plus du roi des signes. Des singes, pardon. Mon clavier a tendance à fourcher dès lors que je tape le mot singe, et c'est peut-être un singe, pardon, un signe d'autre chose. (c'est ça que signifie précisément le mot « polysémie » : non pas plusieurs singes, mais plusieurs signes) (si vous voulez vous servir des singes comme moyen mnémotechnique, par contre, libre à vous).

Car les filles sont un signe qui réveille quelque chose chez le singe. Et ça nous renvoie directement à deux récits beaucoup plus anciens, et qui n'ont rien de chinois ni de japonais.

Le plus ancien est l'épopée de Gilgamesh, texte cunéiforme écrit en Akkadien à la fin de l'âge du Bronze. Elle raconte la quête d'immortalité d'un roi, quête qui échoue sur le fil après des exploits incroyables et le massacre de divers monstres. Mais le personnage qui nous intéresse aujourd'hui n'est pas Gilgamesh lui-même, mais son meilleur ami Enkidu. Ce dernier est un être bestial et simiesque, né dans une oasis au milieu du désert mais parti à la découverte du monde absurde de la ville et des hommes. Et ça lui est arrivé à cause d'une femme. La découverte de la femme lui fera perdre son innocence (et une partie de sa force considérable : la description qu'en donnent les tablettes montre la vigueur avec laquelle il la découvre longuement, et le tremblement de ses genoux quand il se relève après une semaine de découverte approfondie) (la perte au contact d'une femme de l'innocence d'un être né dans une oasis au milieu du désert est aussi un motif central dans notre culture, mais la Bible lui donne un sens très différent). La différence entre Enkidu et Son Soku, c'est que le premier découvre la femme avant de quitter l'état de nature, et que le second la découvre après être sorti de la forêt. La coïncidence de motif pourrait n'être que cela, une coïncidence. Sauf que…

Enkidu, aux oreilles bestiales (parce qu'on ne peut pas montrer
la queue bestiale en ces lieux ouverts à tous).

Le récit source plus récent et plus proche de nous, c'est le roman du Graal, de Chrétien de Troyes, narrant avec force détails les aventures de Gauvain et Perceval (c'est pas faux, à une vache près). Et là, c'est après avoir quitté la cabane de sa vieille mère et sa forêt natale que Perceval tombe sur une jolie pucelle, qu'il met du temps à identifier pour ce qu'elle est. La France médiévale n'étant ni le Japon moderne (où Goku trouve un truc imparable pour savoir ci quelqu'un est une fille ou pas, en vérifiant par palpation la présence ou l'absence de roubignoles) ni la Mésopotamie antique (ou Enkidu montre sa bonté foncière en grimpant une courtisane consentante, tandis que Gilgamesh montre son état de citadin corrompu en exerçant son droit de cuissage sur des femmes terrorisées), les rapports entre Perceval et les diverses pucelles sont d'une chasteté de bon aloi. Mais le fait demeure, la rencontre le trouble terriblement, et rend concrète une catégorie (les jeunes filles) qu'il ne connaissait que par ouï-dire sans avoir la moindre idée de ce à quoi cela ressemblait concrètement.

Autre point qui rapproche ces deux héros de Son Goku, leur innocence foncière est telle que, même quand ils la perdent, ils ne s'en départissent jamais totalement et restent dès lors des êtres fondamentalement bons, qui deviennent un modèle pour les autres. Le chevalier rouge qu'affronte Perceval au départ est un félon, un pillard, un chevalier brigand. Mais une fois vaincu, il s'en va faire acte de contrition chez Arthur. De même, si Gilgamesh semble au départ être un monstre corrompu, il s'assagit très vite au contact d'Enkidu.

Relisez Dragonball et DBZ, et vous verrez que ce schéma se répète à plusieurs reprises, des adversaires valeureux comme Vegeta, Krilin ou Yamcha deviennent au contact de Goku ses camarades indéfectibles.

Et quand un adversaire est irrécupérable, la puissance d'Enkidu, Perceval et Son Goku est telle qu'il ne reste pas très longtemps un problème.

 
Le Moïse de service.
 
Après, les origines de Goku ne vont pas sans rappeler celles de Moïse, d'Actarus et de Superman, mais ça pourrait faire l'objet d'un autre papier, c'est pas le sujet du jour.

Parce qu'on va plutôt revenir sur l'aspect guerrier de notre héros, qui est en fait une sorte de demi-dieu : il est fils humanisé d'êtres très puissants vivant sur un autre monde, les Saiyens ou Saiyans, d'où sa queue de singe d'ailleurs, ainsi que sa propension, en grandissant, à des contorsions musculaires lui permettant de mettre en branle toute son énergie vitale.

Mais allons à présent faire un tour en Irlande, et penchons-nous sur un vieux texte, la Razzia des vaches de Cooley (oui, dit comme ça, ça fait pas rêver, mais en Irlande médiévale, les « Tain Bo », ou récits de pillages de troupeaux étaient la forme épique fondamentale, faut faire avec) et son héros le grand guerrier Cúchulainn (lui aussi frappé en quelque sorte d'animalité comme Enkidu et Goku, puisque son nom signifie « le chien de Culann », Culann étant un forgeron du coin et y a une histoire à la clé, mais ce sera pour une autre fois). Comme Achille (on y reviendra d'ailleurs tout à l'heure) Cúchulainn est un héros guerrier et tragique, promis aux plus grands exploits en échange d'une vie brève. Sa mort est d'ailleurs le truc le plus badass du monde, à côté de quoi la fin du Braveheart avec Mel Gibson fait kermesse de patronage. Jugez du peu : blessé au ventre, ses entrailles commençant à dégouliner (c'est là que Mel Gibson baisse le rideau en gueulant, souvenez-vous), Cúchulainn se redresse, fait « je veux mourir debout », avise un menhir tout proche et s'y attache avec sa longue ceinture de cuir, qui lui permet de maintenir au passage la tripaille qui déborde. Il prend ensuite une épée dans chaque main et fait à ses ennemis : « maintenant, venez. » Même Tony Montana a un côté légèrement petit joueur en comparaison.

 
La lumière de héros. Ça pulse.

 
Mais, et vous me l'objecterez avec raison, même si ça bastonne ferme dans DBZ, il n'y a quand même pas de tripaille à l'air. Et en fait, si je vous citais l'histoire de la razzia des vaches, c'est pour un autre passage, que je vais carrément vous citer en grand :

« Ses premières contorsions vinrent alors à Cúchulainn et il se rendit horrible, multiforme, monstrueux, étrange. Ses jambes tremblèrent en lui comme un arbre contre le courant d'un fleuve, ou comme un fétu de paille contre le courant ; tremblèrent tous ses membres depuis le sommet de la tête jusqu'au sol. Il fit le jeu méchant du pillard avec son corps au milieu de sa peau. Ses pieds, ses cuisses et ses genoux vinrent derrière lui. Ses talons, ses mollets et ses jambes vinrent devant lui. Les muscles de ses mollets lui vinrent sur le devant des jambes et chaque nœud en était aussi gros que le poing fermé d'un guerrier. Il étendit les muscles de son crâne si bien qu'ils furent dans le creux de la nuque, si bien que c'était aussi grand qu'un enfant d'un mois qu'était chaque protubérance, immense, innombrable, sans égale et sans mesure. […] Il s'enfonça l'un de ses yeux dans la tête de telle façon que, de sa joue, un héron aurait eu du mal à l'atteindre au fond de son crâne. L'autre œil jaillit si bien qu'il fut dehors sur sa joue. Sa bouche se contorsionna de façon étrange. Il sépara sa joue de l'os de la mâchoire si bien qu'on lui vit le gosier. Ses poumons et ses bronches vinrent voler dans sa bouche et dans sa gorge. […] La lumière du héros se leva sur son front et il fut aussi long et aussi épais qu'une pierre à aiguiser de guerrier, et il était aussi long que son nez. Il devint fou furieux. »

Et là, franchement, si vous n'avez pas l'impression de lire la description particulièrement fleurie d'un super-saiyan (ou à défaut, d'un Ken le Survivant de calibre réglementaire), je ne sais pas ce qu'il vous faut. Et notez que ce n'est qu'à la fin du truc qu'il devient fou furieux. Avant, il était juste agacé. Le petit Nicolas S. de Neuilly, c'est un grand calme impavide, en comparaison. Même Hulk est un peu tranquillou. Par contre, quand vous regardez les muscles cubiques des héros de DBZ et la « lumière du héros » qui jaillit d'eux, avouez que ça prête à comparaison. Et dans un autre passage, on décrit dans des circonstances analogues ses cheveux qui se dressent sur sa tête. Et là où c'est rigolo, c'est que si en temps normal, il a les cheveux bruns aux racines, roux au milieu et blonds aux pointes (les Celtes se décoloraient à l'aide d'un onguent à base d'urine, et c'est vrai que dit comme ça, ça fait un peu footballeur, comme teinte), quand il s'énerve, ils sont uniformément dorés. Un super-saiyan, je vous dit.
 Et là, ça commence à blaster carrément.

Et là, ça nous renvoie d'ailleurs à Achille (je vous avais bien dit qu'on y reviendrait), protagoniste très connu de l'Iliade d'Homère, qui si ses démonstrations de rage sont moins spectaculaires, fait quand même les gros yeux quand il s'énerve, émet une flamme lumineuse par le front à cette occasion, et a les cheveux qui deviennent blonds (xanthos, en grec, c'est bon à savoir si vous voulez cartonner au Scrabble), alors qu'en temps normal il est plutôt châtain (oui, vous allez me dire que châtain c'est peut-être bien la même racine que xanthos, mais c'est Cúchulainn qui se décolore pas les racines, j'ai dit, faut suivre des fois).

Slaine, autre guerrier celte avec des muscles pas prévus dans le manuel.
 

Voilà, tout ça pour démontrer qu'il y a des imageries qui traversent le temps et l'espace, qui ressurgissent là où on ne les attend pas.

La prochaine fois, je vous raconte comment Naruto, en vrai c'est le Roman de Renard. Non, je déconne, j'en sais strictement rien, j'ai pas été vérifier. Mais allez savoir, tiens.

Article publié en 2015 sur Comics Sanctuary

Commentaires

Lledelwin a dit…
...Je bloque à mi-lecture sur la Razzia des vaches de Cooley.
C'est fou qu'il n'y ai jamais eu d'adaptation cinématographique de ce récit, non ?
...
Attendez.
Un couple s'engueule pour savoir qui a apporté le plus de pognon dans le mariage.
Ils finissent par compter leurs avoirs respectifs et finissent en dénombrant le bétail.
Aha, c'est monsieur qui gagne, grâce à son taureau brun de concours !
Madame ralichone sévère et décide d'aller piquer le taureau blanc de Cooley car, ça tombe bien, les hommes du coin sont réduit à l'incapacité par une malédiction qui leur fait ressentir les douleurs de l'accouchement... Ouais, ils se tordent de douleurs en se tenant le bide. Mais Cuchulain est là et fait le taf ! Madame fait des avances éhontées au héros pour qu'il bosse pour elle et lui ramène le bestiaux. Il l'envoie chier. Madame, vexée comme un pou, va se plaindre à son mari et les deux unissent leurs force parce qu'on parle pas mal comme ça de Madame.

Guyvonarc'h peut faire de l'acrobranche en commentaire tant qu'il veut pour expliquer que déterminer qui a le plus d'avoir revient à déterminer qui est le chef du ménage ET DONC du royaume, vu que Monsieur et Madame sont les rois du Connemara, IL N'EMPECHE QUE tout ceci a le coté épique d'un épisode de Derry Girl. Mais peut-être suis-je légèrement influencée par le fait que le nom de la reine, Medb, se prononce Mève, comme Maeve, la mère de famille dans ce sympathique feuilleton absolument pas épique du tout.
Lledelwin a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Alex Nikolavitch a dit…
Oui, c'est assez curieux, le fond époque irlandais n'a pas inspiré l'audiovisuel, tout le monde n'en a que pour les vikings.
Lledelwin a dit…
Faut avouer qu'il y a de la matière, mais que cette matière a un coté légèrement parodique dès le départ :

- Alors c'est un fermier qui a épousé une déesse et ils vivent heureux jusqu'à ce que...
- Cool, et ils s'appelent commment ?
- Crunnchú et Macha
- ...
- Ouais, non, je sais pas non plus comment ça se prononce. Donc ils vivent heureux jusqu'à ce que ce soit la grande rassemblées des Ulates
- ...qui ?
- Les gens d'Ulster
- ...On va garder ça comme nom.
- Et là Crunnchù peut pas fermer sa gueule et vante les qualités de sa femme, ce qui va facher celle-ci qui se barre !
- Classique. Le mari qui vante son épouse-fée, la fée se fache, classique.
- Oui, mais non car en fait le roi fait une démo de course de cheval et Crunnchù est là, en mode "aha, ma femme elle fait mieux que ça !" alors le roi est en mode "AH ouais ?" et Crunnchù est en mode "Ah ouais !" et Macha est en mode "les gars, je suis enceinte jusqu'aux yeux, merde quoi" et le roi est en mode "rien à foutre ! Vas-y courre un peu qu'on rigole" et Macha courre et GAGNE LA COURSE
- Enceinte jusqu'aux yeux ? A l'écrit, ça passe, mais je vois pas trop comment rendre ça à l'écran : une meuf, enceinte jusqu'aux yeux, qui gagne la course contre des chevaux ?
- J'avoue... Mais c'est pas fini : à la fin de la course, elle accouche sur la ligne d'arrivée de jumeaux : un garçon et une fille !
- Des archers ? Le soleil et la lune ?
- J'en sais rien, non, pourquoi ?
- Oh comme ça...
- Bon, je reviens à mon histoire : et là, Macha, ses jumeaux dans les bras, se relève furieuse et lance au roi d'Ulster et à toute sa cour que puisqu'ils l'ont forcé à courir enceinte, ils souffriront les douleurs de l'enfantement quatre jour et cinq nuit et HURLE sa malédiction !
- Avec les gamins dans les bras ? Ils sont sourd ensuite !
- ...Et donc la malédiction des Ulates, c'est ça : chaque fois que l'Ulster est menacée, ses guerriers sont au lit, en train de se tordre de douleur en se tenant le bide !
- ...
- ...badass, non ?
- ...franchement, je sais vraiment pas ce que ça donnerait à l'écran.
Alex Nikolavitch a dit…
ça peut donner un truc assez vénère, en vrai.
Lledelwin a dit…
...J'avoue.
Mélusine surprise au bain qui se fache tout rouge et fait trois fois le tour du château de Lusignan sous sa forme mi-femme mi serpente et sur un nuage bleu bordé d'or et d'argent en maudissant Renaud et en promettant que tout ce qu'elle a bati pour lui s'effondrera pierre à pierre, ça peut tout autant donner un truc bien vénère ou bien ridicule
Alex Nikolavitch a dit…
JE crois que rien n'est ridicule si c'est fait avec sérieux.

Posts les plus consultés de ce blog

Travail d'Arabe chez les Pingouins

Tiens, l'Espagne se fait son printemps arabe. Modalités relativement similaires, mais contexte différent : l'Espagne est censée être une démocratie normale, avec élections libres et multipartisme. La contagion de ce genre de mouvements de côté-ci de la Méditerranée fait quand même un peu tache. Encore, ça aurait été la Grèce, mauvais élève sous tous rapports*. Mais non : l'Espagne faisait figure d'espèce de miracle européen, le pays qui était sorti du Franquisme et de l'arriération économique pour se hisser aux standards de l'Union en moins de vingt ans. L'alternance politique y est quasi de règle. Et pourtant, le peuple conteste un système qui met toujours les deux mêmes partis au pouvoir, avec les mêmes combines, les mêmes gens, les mêmes effets de manche, les mêmes coups tordus, et le même manque de redistribution. Quels vilains ingrats, le peuple. C'est qu'il refuserait de se laisser tondre sans rien dire, en plus ! Heureusement que notre pays à ...

Lecturations

Avec tout ça, ça fait quelques temps que je ne vous ai pas raconté avec quels bouquins je me nourris la tête. Pourtant, je m'en enfile en rafale, fidèle à ma bibliomanie ancienne, avérée et irrécupérable. Petite sélection : Cet après midi dans le RER, par exemple, c'était This is not America , un petit recueil de nouvelles par Thomas Day, un des auteurs français de SF et de fantastique dont je pense le plus grand bien. Trois textes réunis un peu artificiellement ici parce qu'il y est question de l'Amérique, allant du paranoïaque au sacrificiel en passant par le déglingué rigolo. Celui tournant autour des assassins de Kennedy est vraiment très bon. Naissance des divinites naissance de l'agriculture , de Jacques Cauvin, est un essai très dense et assez technique, mais tout à fait passionnant, sur les mutations culturelles accompagnant le passage à l'agriculture. La Bible et l'invention de l'histoire , de Mario Liverani, poursuit les effort récents de reme...

Devoirs de vacances

Bon, me voilà reviendu de cette semaine de vacances que je m'étais royalement octroyé, et qui aura été quand même pas mal parasitée par le boulot. Un coup d'oeil à la pile des "à faire avant la fin du mois", et me voilà reparti pour un tour. Y de l'actu qui se prépare pour la rentrée, en plus, entre l'intégrale Crusades , puis le Burton , puis enfin, un peu plus tard,  Apocalypses . Sans parler des nombreuses traductions qui encombreront bientôt les étals des libraires. Mais bon, j'aurai au moins mis cette semaine à profit pour lire tranquille, sous un parasol, en m'emplissant les poumons des fragrances de la campagne. Et j'avais gardé tout exprès pour ma semaine de vacances le  Druide de mon vieux camarade Olive Péru. J'avais envie de me le lire tranquille, à la fraiche, quand j'aurais eu nettoyé mon emploi du temps de tous les espèces de congères qui en bouchaient l'horizon. Ça faisait plusieurs mois que je me disais : ce sera ...

Insérez ici une bordée de jurons obscènes

Aaaaah, les vacances, le farniente, le doux abandon, après un mois de juillet et un début Août qui avaient été très, très chargés. Mais les gros boulots à finir ont été finis, expédiés, bouclés. Et donc, je m'accorde quelques jours en famille, au fin fond de la cambrousse, peinard, à tester des spécialités locales. J'ai pris une clé USB avec les boulots en cours, juste au cas où, histoire de pouvoir réagir s'il y a un pépin ( Apocalypses est à la maquette, autant que je puisse répondre aux questions de l'éditeur s'il y a le moindre souci), mais bon, l'expédition des affaires courantes, c'est dix minutes au mail le matin, et douze le soir, et la vie est belle. Oh, tel éditeur pour lequel je fais des traductions toque, mais juste pour me dire que cette fois il m'envoie un peu en avance le PDF à traduire, au lieu de le faire en retard comme pour chaque tome, systématiquement, de telle série sur la VF de laquelle j'officie. Rien d'urgent, mais je ...

Que sont nos idées devenues ?

Alors hier soir, j'étais super inspiré pour la War Zone, j'avais imaginé un petit univers où, au lieu de batailler sans fin dans un milieu des comics qui ne le méritait pas, Kirby avait été embauché par HBO au milieu des années 70, et The Eternals était devenu une série de dessins animés à gros budget, réalisée par Ralph Bakshi, un truc pour adultes qui avait totalement révolutionné l'entertainment télévisuel*. Et accessoirement, ça racontait aussi la carrière d'un groupe de musique pionnier du genre Western Celtique, Enya Morricone. Et puis Blogger a planté, impossible de se connecter, et j'ai pas noté toutes mes idées, et ce soir j'ai trop bossé alors j'ai la flemme de recréer ce petit monde-là dont je n'ai de toute façon déjà plus que des bribes dans ma tête, qui s'effilochent au vent mauvais de la fatigue lancinante. Il y avait Alex Toth dans le mix, aussi, ce qui fait que John Milius avait fait un film de Mightor . Bref. Et sinon, je viens de r...

Beware the Doctor !

Hop, voici une réédition qui tombe à pic !

Détective d'un nouveau genre

Ce qui est génial avec les brocantes et les vide-greniers, c’est qu’on peut parfois reconstituer le parcours d’un bouquin : J’ai chopé le Faërie , de Tolkien, en parfait état. Ou très précisément l'état d'un bouquin qui a été ouvert une fois et une seule, puis refermé, et oublié dans un carton, puis mis en broc. En voyant l'allure générale et le stand des gens à qui je l’ai acheté, j’ai pu faire mon Sherlock instantané : Après la sortie du film Seigneur des Anneaux, quelqu’un dans la famille (probablement le fiston, pas présent sur place, mais visible par une partie du bazar présenté sur le stand, donc je sais qu'il existe et à peu près quel âge il a) a adoré. Il a acheté les bouquins, et les a lus : j'ai noté la présence d’une trilogie Seigneur des Anneaux avec signes d’usage, les bouquins ont été lus d'une couverture à l'autre, et peut-être deux ou trois fois. Pour lui faire plaisir, quelqu’un lui a offert un autre Tolkien : Faërie ou il se l'...

Pour le salut de nos âmes

Un message envoyé directement par Ben Sixtine, qui s'inquiète semble-t-il de nos facéties. Mais pax vomiscum* à tous quand même. * Oui, un informateur me souffle dans l'oreillette que la saison des gastros a commencé.

Tiens, ça faisait longtemps...

Que je ne vous avais pas gratifiés d'un extrait de Crusades , la formidable série que je coécris avec Izu, magnifiquement mise en images par Zhang Xiaoyu. Voilà qui est réparé, avec une page du tome 3 !!!

Carbonisé !

Je compte les tagliatelles à la Carbonara au rang des plus grandes conquêtes de l'esprit humain. Surtout quand on mégote pas sur le parmesan. J'étais justement pas plus tard que dernièrement en train de méditer devant une assiette généreusement garnie en tagliatelles à la Carbonara (et en parmesan) quand je me suis avisé d'un détail en apparence insignifiant, mais qui pouvait avoir son importance. La sauce Carbonara est, comme son nom l'indique, une invention des Carbonari. Alors là, je vous vois me regarder d'un œil torve et incrédule, mais je vous assure que je ne vous raconte pas des craques. Ou en tout cas, pas plus que d'habitude. Donc, les Carbonari. Le nom remonte aux anciens charbonniers italiens, qui opéraient dans les forêts profondes des Apennins. Là, ils vivaient dans le dénuement et des cabanes, et ils produisaient du charbon de bois. Dès le Moyen-Âge, les dissidents politiques avaient pris l'habitude de se réfugier dans les cahutes des char...