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Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.


 Un exemple rigolo, c'est Alien. Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars, qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick.

Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé des idées déjà mises en oeuvre dans Dark Star, son film d'étudiant avec John Carpenter. On y retrouve les prolos de l'espace, la créature qui infeste le vaisseau (bon, dans Dark Star, elle est moins impressionnante) etc.

L'idée de la créature qui monte à bord n'a d'ailleurs rien de nouveau, on a déjà un truc du genre dans L'Horreur Tropicale, de William Hodgson, daté de 1905. Là, une espèce de murène géante bouffe l'équipage d'un bateau. La source, là, c'est l'expérience de l'auteur comme mataf, qui avait été relativement peu concluante ; il en avait conservé une sainte horreur de la chose maritime.

Ce n'est pas la seule source pulp, ni Lovecraftienne (oui, Hodgson est un précurseur de Lovecraft, même si celui-ci n'en pas pas eu conscience au départ). Les Caveaux de Yoh-Vombis, de Clark Ashton Smith, sont aliénisants au possible.

 

Le pitch : des explorateurs de Mars descendent malgré les avertissements dans les profondeurs d'une cité en ruine, totalement murée, et se font agresser par une créature qui leur saute au visage et les dissout. Là aussi, il y a une source plus ancienne, la découverte du tombeau de Toutankhamon ("Mes amitiés à Toutankhamon, ducon", comme dirait Kurt Russell) et l'histoire de malédiction qui s'en est suivie.

L'autre source lovecraftienne est bien plus connue. Si l'indifférentisme lovecraftien est au coeur d'Alien, le fait que la créature ne soit pas malveillante en soi mais ne fasse que défendre son territoire, le look très nouveau de la bête... vient du peintre suisse Giger, embauché par Scott et O'Bannon. Le truc qui avait fait tilter Scott, c'est Necronom IV, tirée du portfolio Necronomicon, la référence à HPL étant dès lors évidente.


 Mais d'où Giger et O'Bannon se connaissaient-ils ? Du Dune avorté de Jodorowsky, qui a également fourni à la production d'Alien l'art de Chris Foss et de Moebius (Ron Cobb, le quatrième mousquetaire, venait lui de chez Disney, où il avait bossé sur... La Belle au bois dormant. Par la suite, il fera notamment les concept art du Conan de John Milius, et voilà qu'on reboucle encore sur l'univers entourant Lovecraft).

C'est vraiment un exercice rigolo, tirer sur un fil culturel comme ça pour voir ce qui vient avec. Vous pouvez le faire sur Star Wars (et notamment vous aurez de vrais morceaux de Kirby dedans), sur Batman, sur Tolkien et sur plein d'autres trucs. Ça permet de découvrir d'autres oeuvres et d'enrichir bien des lectures et des visionnages...

 

PS : je viens d'y repenser, mais une autre ref, contemporaine de Hodgson, c'est  Joseph Conrad. Il a écrit de l'aventure maritime, mais pas que, sans y mettre vraiment un caractère horrifique, c'est sur le fil. Mais Nostromo, c'est le titre d'un roman de Conrad et un des lieux du récit est une ville appelée Sulaco...

 

 

 

Dans l'esprit, tirer sur des fils pour voir d'où viennent et où vont les choses, je vous remets ma conférence de 2021 qui se livre au même exercice avec Lovecraft lui-même. Forcément, tout se recoupe :

 

 

Et au fait, bonne année à tous ! 

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