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Coïncidence de calendrier

 Revu quelques vieux films ces derniers temps. Je suis retombé sur Les Duellistes, notamment, mais je ne vais pas m'attarder dessus, c'est difficile d'évoquer un petit chef d'oeuvre de ce niveau. Le premier film de Ridley Scott, où l'on sent qu'il veut se faire son Barry Lyndon à lui, a tellement de qualités que ça tournerait à l'énumération fastidieuse. Il était sacrément bon, en ce temps-là, le Ridley.

 


Non, ce dont je voulais causer aujourd'hui, c'est de Léviathan, par George Pan Cosmatos. Je l'avais pas revu depuis un bail, et j'en gardais un plutôt bon souvenir, celui d'un sous Alien ou d'un sous Abyss plutôt pas trop mal foutu, une série B d'exploitation trop friquée pour son propre bien.

Parce que sur la DA et les effets spéciaux, on a quand même Ron Cobb et Stan Winston. Ça envoie du lourd. La station sous-marine est très chouette, une espèce d'apogée de la SF à gros tuyaux, ce que j'ai décidé d'appeler à partir de dorénavant le "pipe-punk", parce que voilà.


Et puis il y a le casting. Peter Weller, déjà, que ça fait toujours plaisir de voir, même dans des films approximatifs, mais aussi Richard Crenna, dont on sent bien que c'était pas sa guerre, mais c'est pas grave, le trop rare Ernie Hudson (S.O.S. Fantômes, mais aussi OZ !) et une de mes chouchoutes, Amanda Pays, qu'on a vue dans Flash, X-Files et que j'adore depuis Max Headroom. Bon, comme c'est une série B inspirée d'Alien, on aura les inévitables plans petite culotte. Cosmatos ne s'est jamais singularisé par sa subtilité. Il y a aussi Hector Elizondo, une gueule de cinéma et de télé, mais qui fait surtout des voix sur des dessins animés.

 

Vous allez me dire, sur le papier, ça peut être vachement bien. Et vous auriez raison. C'est pas pour rien que j'en gardais un bon souvenir. Y a plein de trucs chouettes. Mais resituons-le : à la fin des années 80, ce sont pas moins de trois films de créatures dans des stations sous-marines qui sortent coup sur coup. Abyss par James Cameron, qui reste un monument du genre, Mutants Aquatiques en Liberté, de Sean Cunningham, qui assume totalement son côté série B (et dont l'élément le plus notable du casting est d'ailleurs Miguel Ferrer) et donc ce Léviathan.

Ces trois films se ressembleraient énormément s'ils avaient été réalisés dans le même état d'esprit. Et ce n'est pas le cas. Léviathan, c'est un film d'exploitation friqué, avec quelques bonnes idées. Par exemple, le décor a été construit d'un bloc, à taille réelle pour être étouffant au possible. Et il y a des trucs absolument cheap à côté. La plupart des scènes sous-marines en scaphandre sont réalisées à l'aide de filtres, et on ne croit ni à la pression des grands fonds, ni à la noirceur abyssale.

 

D'ailleurs, les enjeux de ce côté là ne sont pas compris (là où Cameron en fait un moteur de très belles scènes dans Abyss). On tente de nous faire croire que l'épuisement de l'oxygène rendra scaphandres et installations vulnérables à la pression, et ça n'a pas grand sens. Même un air vicié et irrespirable suffit à gonfler le truc, normalement. De même, la pression atmosphérique dans la station n'est jamais tout à fait précisée. Détail ? Pas forcément. Si la station est maintenue à une pression normale ce qui permet à nos héros de remonter à toute blinde à la fin du film, alors une chute de pression ne change rien à la fragilité de l'installation. Si l'atmosphère est pressurée à égalité de ce qui règne au fond, alors ça explique leur système d'ascenseur dans la piscine. On peut avoir l'un ou l'autre, mais pas les deux (Cameron, dans Abyss, a une installation sous pression et lors de la remontée, il adresse le problème. il s'en sort par une pirouette scénaristique, mais il a conscience du truc).

 

Y a des faux raccords partout (dans un truc sous-marin où l'alimentation en oxygène est cruciale, c'est un comble), les acteurs ne sont pas formidablement dirigées, et ne sont pas aidés par un script qui les caractérise à la truelle (signé pourtant David Peoples, qui a pourtant au compteur quelques films de mon top 20, voire de mon top 5).

Globalement, le film est prévisible, c'est un truc de monstre en milieu confiné. J'ai cité Alien, mais The Thing vient par moments à l'esprit, pour le côté gluant et protéiforme de la bestiole. Y a des scènes dérangeantes. Y a des trucs bien pensés. Mais pour autant, aucune vraie fulgurance.

 

Et pourtant, on n'en est jamais bien loin. Il y a dans cette série B sympathique le fantôme d'un film bien plus solide. Certains plans sont très bien bordés (Alex Thomson, le directeur de la photo était sur Excalibur, L'Année du Dragon et j'en passe) quand d'autres semblent sortir d'une série télé de l'époque.

C'est pour ça que je ne parviens pas à détester Léviathan. Malgré tous ses gros défauts, il reste très distrayant, parfois bien foutu, c'est vraiment le genre de trucs qui pourrait bénéficier d'un recut un peu énervé, je pense. C'est trop basique pour rester dans l'histoire, mais y a trop de moyens pour le cantonner à un simple film d'exploitation.

Si vous avez l'occasion...

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