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Six, seven, go to hell or go to heaven

 Je l'ai fait. Franchement, je ne sais pas ce qui m'a pris. L'envie de savoir, sans doute, une forme de curiosité très malsaine. Et puis je me suis lancé. Au début, j'étais même un peu surpris, c'était pas si mal, en fait... Le piège à con, quoi. Parce que non, j'ai souffert jusqu'au bout, ensuite.

Bref, j'ai enfin lu Les chasseurs de Dune et Le triomphe de Dune, les deux tomes qui clôturent le cycle jusqu'alors inachevé de Frank Herbert, par Brian Herbert et Kevin J. En Personne. J'ai cette espèce de satisfaction morose d'avoir fait un truc pénible et assez inutile, mais d'être allé au bout.

Mais, d'abord, un peu de contexte. Dune, c'est bien évidemment ce classique de la SF qui revient dans l'actualité à intervalles plus ou moins réguliers, que ce soit à cause d'adaptations audiovisuelles, de documentaires sur les adaptations avortées, de révisions des traductions d'époque, d'adaptations en BD, de bouquins revenant sur le cycle et son sens, etc. Si vous n'étiez pas dans une caverne depuis une décennie, vous savez.

L'auteur, Frank Herbert, avait poursuivi son cycle. J'en ai pas mal causé dans ces colonnes et ailleurs. Si le premier roman est un classique, ses suites sont diversement reçues : Herbert s'ingénie à casser le statu-quo d'un tome à l'autre, à changer de ton, à retourner la lecture de certains événements et de certains personnages. Il se livre pendant les cinq tomes suivants à un délicat exercice de corde raide qui a laissé quelques lecteurs sur le bord du chemin.

Et puis il a cassé sa pipe, laissant les personnages, à la fin du tome 6, un peu en carafe, dans une espèce de cliffhanger. Et les choses en étaient restées là pendant longtemps. Et puis son fils, avec qui il avait été longtemps fâché, puis avec lequel il s'était réconcilié au point de coécrire avec lui un roman (assez oubliable d'ailleurs), a décidé de reprendre le flambeau. S'adjoignant un complice, il a pondu un certain nombre de préquelles revenant des générations avant les événements du premier bouquin, voire des millénaires.

Prises telles quelles, ce sont des space operas pas forcément si mal foutus en soi, mais qui semblent sérieusement hors sujet dans le contexte. Il y a parfois des idées malignes, on a l'occasion de voir des mondes dont on a entendu parler précédemment sans que le récit de s'y attarde, cela développe des concepts... Mais ça n'a pas la profondeur de l'original. Le vieil Herbert, je l'ai dit maintes fois, procède souvent par soustraction, donne à imaginer plus qu'il ne montre, et c'est souvent la force de Dune. Ces préquelles normalisent vachement la narration. Plus que leur déroulé (sur lequel il y aurait à dire pourtant), c'est surtout le côté très démonstratif qui coince. Les auteurs développent trop, montrent trop, et sabotent la part de mystère. Il y a à l'oeuvre un "effet midichloriens", si je puis dire, qui est le talon d'Achille de pas mal de préquelles en règle générale. Et par ailleurs, il y a un côté fanfic souvent gênant.

Parfois, ça contredit un peu la série d'origine (et sa logique, surtout) et souvent, ça contredit aussi très frontalement la Dune Encyclopedia, sortie il y a bien des lunes et jamais réimprimée, qui elle aussi avait un côté très démonstratif, pouvait faire des propositions discutables, mais avait été validée par le vieil Herbert. On sentait que le Jihad Butlérien était quelque chose de très différent, dans sa tête.

Bon. Au moins, pendant longtemps, ils se sont bien gardés de poursuivre l'histoire commencée dans La maison des mères, malgré un certain nombre de pistes laissées par Herbert dans le corps du récit. Il y avait trop de trucs bizarres, ambigus ou trop énigmatiques pour se lancer là-dedans sans se mouiller la nuque avant.

Et puis ils ont trouvé deux disquettes 5 pouces du vieux. L'une contenait un synopsis, et l'autre des notes. Et là, c'est le drame. Ce "Dune 7" prévu par Herbert existait donc en partie et ils sont partis de là. J'adorerais voir le contenu des trucs, ça devrait être édifiant.

En tout cas, au début, ça part de la situation laissée en plan à la fin du tome précédent. Le déroulé est cohérent. Seul sujet d'agacement, l'écriture plate et diserte du tandem, qui brode, qui tartine, qui parfois bégaie. Mais au départ, on sent qu'il y a une ligne directrice forte et qu'ils s'y tiennent à peu près. La mise en avant de Duncan Idaho, par exemple, est en totale cohérence avec ce qui était mis en place dans les tomes précédents. En faire cet espèce de boss final a du sens.

Plus on avance, hélas, plus les auteurs se sentent obligés de raccrocher les wagons avec leurs propres productions. Il y a des références précises à des événements qui ne sont pas dans le cycle initial. Puis des références à des personnages de l'univers étendu, comme Serena Butler ou complètement réinventés comme Norma Cenva, seulement mentionnée en passant dans L'Empereur-dieu de Dune.  

Et là, forcément, ça coince. On a une impression déplaisante de frelaté, comme si les deux compères essayaient de justifier leurs tripatouillages. D'un autre côté, j'admets que le synopsis était probablement peu précis et qu'il leur fallait reconstituer le puzzle. Mais là, c'est au mieux maladroit, au pire malhonnête.

La résurrection d'un certain nombre de personnages, dont Paul, elle était annoncée dans les romans d'Herbert. La façon dont c'est fait me fait parfois tiquer. Avait-on vraiment besoin aussi de Jessica ou Yueh ? Pas sûr. Du Baron ? Pourquoi pas, mais... ça aurait pu être fait finement, ça aurait été mieux. Bref, passé le premier tiers du tome 7, on sent la roue libre. Et l'abus du vocabulaire herbertien, manié sans finesse (c'était aussi le cas dans la série télé Dune : Prophecy, par exemple où les soeurs disent parfois "Shaï-Hulud" alors que ça n'a guère de sens dans leur bouche).

 Et plus ça avance, plus les défauts deviennent gênants. L'écriture du tandem les amène à faire deux bouquins au lieu d'un. Y a du gras, trop de gras. Et surtout, la menace ultime, celle du retour des machines, eh bien... Primo, je ne suis pas certain du tout que c'était ça, l'idée initiale de Herbert. Et deuzio, le traitement des machines en mode Terminator, dans la trilogie consacrée au Jihad Butlérien, ben... Il est sérieusement à côté de la plaque.

On termine donc sur de la grande bataille spatiale, avec des retournements de situation, un "montage alterné" qui fait très Star Wars, bref, un space opera très classique qui n'a plus grand-chose à voir avec Dune.

Les pages de conclusion posent un tout autre problème. Et là, je peux accorder le bénéfice du doute au duo infernal : il y a une forme de bouclage de boucle qui a du sens pour une grosse fin de cycle comme ça, mais... qui contrevient un peu à la logique de brisage du statu-quo systématique par Herbert. Sauf que justement, le statu-quo final est... final. La fin ne peut pas être complètement ouverte. Qu'avait-il en tête ? Peut-être quelque chose de ce genre. C'est ici une question de structure profonde de la série, de besoin de donner à la fin un tour un peu satisfaisant. Arrivé là, franchement, j'étais surtout content d'en voir le bout.

Punaise, j'aimerais vraiment le voir, ce synopsis. J'ai trop de questions.

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