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Articles

Affichage des articles associés au libellé L'Encyclopédie des Connaissances Inutiles

Li Bai, ou Li Po

"Le vivant est un voyageur de passage ; le mort, celui qui est rentré chez lui."   Il y a trois poètes que je place au-dessus de tous les autres. Curieusement, ce sont trois pochetrons et trois esprits libres. La ressemblance s'arrête là. L'un était un matheux par ailleurs, un autre un voyou et le troisième un mystique. J'ai déjà dû parler dans ces colonnes d'Omar Khayyam, le Persan qui a un cratère lunaire à son nom, excusez du peu, et de Villon, qui à mon sens a écrit l'une des pages les plus poignantes de la littérature française (et sur lequel j'ambitionne toujours de publier une BD, le scénar est prêt, il ne me manque qu'un dessinateur et un éditeur). Mais je ne crois pas avoir parlé de Li Bai, ou seulement en passant.  À peu près contemporain de Pépin le Bref, Li Bai est un homme au destin en dents de scie. Né en exil (son père était en disgrâce), puis conseiller d'un empereur, puis à nouveau exilé. Il faut dire qu'il avait été recrut...

Night at the opera

Nous vivions à une époque où tout nouveau genre de SF émergent se voit affubler d'un nom en "punk". Le phénomène date bien sûr des années 80 et de l'émergence du cyberpunk à partir de 84 et de Neuromancer . D'ailleurs, le mot ne s'est pas imposé tout de suite, à un moment, le fandom américain appelait ça "mirrorshades" du fait de ces lunettes de soleil à verres chromés que portaient les protagonistes des récits sur les illus, ainsi que certains des auteurs.   La première grosse anthologie était d'ailleurs titrée chez nous "Mozart en verres-miroir". Quand les deux papes du genre, William Gibson et Bruce Sterling ont estimé avoir fait le tour du truc à la fin de la décennie, ils sont partis dans une direction rétrofuturiste qui fut rapidement appelée steampunk par comparaison. Et puis ça s'est emballé et tout ce qui a suivi a été qualifié en punk : dieselpunk, biopunk, splatterpunk (si si, le mot a été utilisé dans les années 90 pou...

"And everything I had to know I heard it on my radio"

 C'est très curieux comment fonctionne la mémoire. Il y a les trucs qu'on a bachotés et appris à la dure pour nous les graver dans les neurones, et d'autres qui s'y sont installés sans qu'on leur demande rien.  J'y repensais tout récemment en passant dans des coins où je n'avais pas remis les pieds depuis un bail, avec des souvenirs enfouis qui remontaient, des bouffes avec des copains, des trajets, dans des endroits qui ont pourtant pas mal changé, mais qui convoquent la mémoire et, je dois l'admettre, une pointe de nostalgie. Et puis, et c'est pas la première fois, en cherchant une station sur un poste de radio, du genre où on tourne le bouton en tendant l'oreille entre les parasites, je suis tombé sur le jingle RTL :   Et alors là, dans le genre trou du lapin mémoriel, ça se pose-là. L'épluchage des haricots, les goûters pantagruéliques au retour de longues balades à vélo, les repas sur la petite table... toutes sortes de souvenirs reliés ...

La plupart Espagnols, allez savoir pourquoi

 Avec le retour d' Avatar sur les écrans, et le côté Danse avec les loups/Pocahontas de la licence, ça peut être rigolo de revenir sur un cas historique d'Européen qui a été dans la même situation : Gonzalo Guerrero. Avec son nom de guerrier, vous pourrez vous dire qu'il a cartonné, et vous n'allez pas être déçus.  Né en Espagne au quinzième siècle, c'est un vétéran de la Reconquista, il a participé à la prise de Grenade en 1492. Plus tard, il part pour l'Amérique comme arquebusier... et son bateau fait naufrage en 1511 sur la côte du Yucatan. Capturé par les Mayas, l'équipage est sacrifié aux dieux. Guerrero s'en sort, avec un franciscain, Aguilar et ils sont tous les deux réduits en esclavage. Il apprend la langue, assiste à des bagarres et... Il est atterré. Le peuple chez qui il vit est en conflit avec ses voisins et l'art de la guerre au Mexique semble navrant à Guerrero. Il finit par expliquer les ficelles du combat à l'européenne et à l...

Une chronique de merde

J'ai eu une épiphanie. Genre, un bouleversement mental. Depuis toujours, je connais le mot "drokk" employé dans Judge Dredd. En tout cas depuis que je lis Judge Dredd, donc on se situe milieu des années 80, ou début de la deuxième moitié. C'est l'interjection classique de la série (employée aussi à l'occasion dans Dan Dare) et, dans une interview de je ne sais plus quel auteur anglais, lue il y a longtemps, il revenait là-dessus en disant "oui, c'était pour remplacer fuck parce qu'on pouvait pas mettre des gros mots et tout le monde comprenait". Notons que dans Battlestar Galactica, ils disent "frak" et ça revient au même.   Sauf  que non, les deux mots ne sont pas exactement équivalents. Le diable est dans les détails, hein ? Frak/fuck, ça tient. C'est évident. Par contre, Drokk il a une étymologie en anglais. Et ce n'est pas fuck. Il y a en vieux norrois, la langue des vikings, un mot, "droek" qui signifie grosso...

La pataphysique, science ultime

 Bon, c'est l'été. Un peu claqué pour trop mettre à jour ce blog, mais si j'en aurais un peu plus le temps que les mois précédents, mais là, justement, je souffle un peu (enfin presque, y a encore des petites urgences qui popent ici et là, mais j'y consacre pas plus de deux heures par jour, le reste c'est me remettre à écrire, bouger, faire mon ménage, etc.) Bref, je me suis dit que j'allais fouiller dans les étagères surchargées voir s'il y avait pas des trucs sympas que vous auriez peut-être loupés. Ici, un papier d'il y a déjà huit ans sur... la pataphysique.     Le geek, et plus encore son frère le nerd, a parfois une affinité avec la technologie, et assez souvent avec les sciences. Le personnage du nerd fort en science (alors que le « jock », son ennemi héréditaire, est fort en sport) est depuis longtemps un habitué de nos productions pop-culturelles préférées. Et, tout comme l’obsession du geek face à ses univers préféré, la démarche de la science ...

Dredd-full

En faisant des recherches sur tout à fait autre chose (enfin, pas "tout à fait autre chose", mais "un autre truc un peu voisin", disons), j'ai découvert que les Penny Dreadful, ces magazines populaires anglais du 19e siècle, plus ou moins ancêtres lointains des pulps (oui, bon, je vérifiais certaines dates dans l'histoire des pulps , j'en avais besoin pour un boulot, et je voulais clairement différencier ça des dime novels et des penny dreadfuls ) (ça va ? vous êtes contents ?) étaient des hebdomadaires entre 8 et 16 pages.  ça a aussi donné son nom à une série télé avec Eva Green   Je vous vois venir, tous. Vous allez me dire "ouais, et alors ?" Et alors ? Alors, j'ai déjà parlé du fait que les pulps américains ont infusé dans les comics, par les thèmes abordés mais aussi par le format : certains des premiers éditeurs de comics étaient précédemment des éditeurs de pulps qui avaient senti le vent tourner. Même Marvel, qui s'appelait à...

Noir c'est noir. Ou pas.

 Je causais ailleurs de l'acteur Peter Stormare, qui jouait Czernobog (ou Tchernobog, ou Crnobog, prononcer "Tsr'nobog" dans ce dernier cas) dans la série American Gods , mais qui était aussi Lucifer dans le film Constantine et le nihiliste qui veut couper le zizi du Dude.   de nos jours, il lui latterait plutôt les roubignoles au Dude Tchernobog (ou Czernobog, ou Crnobog) c'est un dieu classique des mythologies slaves, sur lequel il a été beaucoup écrit, un dieu noir et hivernal opposé à la lumière, enfermé dans un cycle de mort et de résurrection, avec donc un rôle dans la fertilité. C'est sur ce mythe-là que Gaiman base son personnage dans American Gods , justement. Les chrétiens l'ont immédiatement assimilé à un diable, et c'est la lecture qu'en fait Disney dans le segment "La nuit sur le Mont Chauve" dans Fantasia .   J'entends cette image   Faut dire que le gars est pas aidé : son nom signifie précisément "dieu noir"...

Motion Pictes

 Je reviens quand même assez souvent sur Robert E. Howard dans ces colonnes. J'ai pas mal parlé de Red Sonja , et encore dernièrement , souvent de Conan , et j'avais causé des adaptations de Solomon Kane et de Kull . Mais je ne crois pas avoir évoqué un autre héros de Howard, un peu moins connu, qui est Bran Mak Morn. Héros d'une poignée de nouvelles publiées dans Weird Tales , Bran est donné comme le "dernier roi des Pictes" et mène une résistance désespérée contre les Romains. Il est l'illustration des idées d'Howard voyant le barbare comme plus noble que les civilisés (conception qui lui vaudra d'ailleurs quelques passes d'armes épistolaires avec son camarade Lovecraft, qui lui se plaçait résolument dans le camp des Romains). La fin de ses aventures a d'ailleurs quelque chose de lovecraftien : elle voit le roi invoquer d'immondes créatures, les "Vers de la terre" pour venger ses compagnons, sachant qu'il risque d'y lai...

Ne pas perdre le nord

J'ai toujours adoré les cartes. Depuis petit. Depuis ces bandes dessinées sur les pirates, je crois, où elles permettaient de trouver le trésor. Et puis, il y avait, dans la cuisine d'une de mes tantes, une énorme carte de Mercator qui me fascinait, et qui a longtemps conditionné ma vision du monde. Un truc de ce genre : Bon, à l'époque, il y avait dessus l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, la Yougoslavie, la RDA et autres nations disparues, emportées par le vent de l'histoire. Mais ce qui m'a marqué (et dont je n'ai compris que plus tard les conséquences en termes de représentation) c'est la projection elle-même, qui rend le Groenland énorme et l'Amérique du Sud toute petite. Cet effet de loupe dans l'Océan Arctique conduisait à mettre en avant des îles à la forme curieuse, l'archipel du Spitzberg, ou Svalbard, comme on dit désormais. Ça aussi, ça avait un côté fascinant, genre île sur le toit du mo...

Un escalier vers les étoiles

Comme je le disais hier, j'ai tendance désormais à passer ma pause post-prandiale à bouquiner sur l'escalier extérieur, histoire de profiter du soleil. Et si, à midi, le soleil l'éclaire totalement, plus on avance, et plus l'ombre du mur ouest recouvre les marches, ce qui fait que peu après 14 heures, l'escalier n'est plus illuminé. Ça a l'air tout con et banal, dit comme ça, mais c'est le genre de constatations qui ont fait avancer la science des astres. L'observatoire de Samarcande  Car si, maintenant, nous disposons de télescopes assistés par ordinateur, voire de satellites avec gyroscopes et tout le toutim, ça n'a pas toujours été le cas. En des temps plus héroïques, il a fallu trouver d'autres solutions, et l'astronomie de ces époques lointaines, c'était déjà costaud. Et l'une de ces solutions, ça a été le coup de l'escalier. L'idée est simple : une volée de marche, et autour, des points de repère. Et do...

Mutant !

Tiens, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas fendu d'une rediff de vieil article. Celui-ci est sorti dans le n°18 de Fiction (nouvelle formule) vers 2013 (déjà) et était consacré à la figure classique du Mutant. Extrait d'un Mechanics Illustrated (Notons que c'est la première fois que Wolverine se fait allumer par Cyclope, bien avant la création des deux personnages) Le Mutant En cette époque où Fukushima et autres fuites radioactives conduisent à repenser radicalement la pêche, l’agriculture et la notion même de comestible, et où de grandes multinationales réécrivent le génome de bêtes grains de maïs qui finissent dans nos assiettes, ce terme inquiétant pourrait redevenir d’actualité. Mais actualité ne veut pas dire nouveauté. Car le mutant a été très tôt un des concepts clés de la science-fiction, même s’il n’était pas forcément nommé dès le départ (et même si la science-fiction elle-même ne portait pas encore de nom à l’époque). L’épouv...

Sur la route de Memphis

Alors je suis plongé depuis quelques jours dans la lecture studieuse d'un bouquin que je voulais depuis longtemps : 1177 avant J.-C., le jour où la civilisation s'est effondrée , d'Eric H. Cline. S'il traite de sujets que je connais déjà pas mal (la transition bronze-fer, l'invasion des "peuples de la mer", l'historicité de la Guerre de Troie, etc.), il les approfondit et surtout croise pas mal de trucs, dans l'idée de brosser un tableau global d'une période de crise, en évitant les explications mono-causales. C'est là-dedans que j'ai trouvé les références de l'autre jour aux flammes précédant les armées (là, j'arrive à son chapitre sur l'Exode, et curieusement il ne fait pas le rapprochement qui moi, m'a sauté aux yeux direct, alors qu'il cite pourtant la colonne de flamme des Hébreux), et je prends plein de notes dans tous les sens. Ça servira forcément un jour. Et puis, au détour d'une page, hop, l'au...

Bas de chausses

Ça commence à peler grave. J'envisage très sérieusement de remettre des chaussettes quand je suis chez moi (c'est intéressant, hein ?). Et d'un coup, je repense au vieil Albert. Einstein. Vous savez, le moustachu tellement obsédé qu'il voyait des courbes partout. Einstein a dit : "du jour où j'ai compris que les chaussettes ne servaient à rien, j'ai totalement cessé d'en mettre". Et là, pourrait-on dire, c'est le drame. Parce qu'en effet, Einstein ne portait pas de chaussettes, même quand il donnait des cours à Princeton. Un personnage du roman Au dessous du volcan pourrait dire "que hombre" en le voyant, quoi. Le gros problème, ce n'est pas la présence ou l'absence de chaussettes aux pieds, en ce qui me concerne, mais le fait que du coup, au lieu de mettre des chaussures, il portait de ces infâmes sandales de cuir façon Birkenstock. Alors vous pourriez me dire (à bon droit) ça pourrait être pire, il aurait pu p...

Les aventuriers du professeur perdu

C'est en cherchant complètement autre chose que je suis tombé sur des dessins animés de Profesor Baltazar, une vieille série yougoslave des années 60-70. Je me ne souviens pas avoir vu d'épisodes de ce kartunovic (ça aurait été russe, j'aurais dit kartounski), mais j'ai pourtant une certaine tendresse pour le personnage de cet aimable professeur, dont j'ignorais jusqu'à ce matin que c'était une vedette de la télé. Car si je n'ai pas, à ce que je sache, suivi ses aventures sur écran, je les lisais sous forme de petites BDs offertes avec des chewing-gums, des cigarettes en gomme rose dont on achetait un paquet pour quelques dizaines de Paras quand j'étais minot. L'équivalent exact, et je m'en étais fait la remarque à l'époque, des aventures de Malabar sous nos latitudes, jusqu'au principe des quatre ou cinq cases muettes dans lesquelles le héros battait un méchant ou résolvait un quelconque problème grâce à un chewing-gum, McGyver...

Toute la vérité, rien que la vérité

On m'a souvent demandé quelle était la part de vérité historique dans Crusades (cette fabuleuse série que j'ai co-signée aux Humanos). Il faut dire qu'on a pris un malin plaisir à entremêler le vrai et le faux, l'historique et le complètement farfelu, le fantasme et le fait avéré. C'est, il faut le dire, dans la nature de l'exercice. Autant, sur un truc comme Burton, même si je peux broder ou mixer des événements, je dois quand même coller au plus près de la réalité, autant sur Crusades, il y avait de la marge (on m'a signalé néanmoins qu'un lecteur avait écrit aux Humanos pour dire que l'entrevue avec le Pape, au tome 1, était impossible : cette semaine-là, le Souverain Pontife était en déplacement ailleurs, et pas à ce palais lyonnais). On va faire le tour des personnages, du coup. Guillaume de Sonnac a réellement existé, il a vraiment été grand-maitre de l'ordre du Temple, et a bien été tué à Mansourah. Par contre, rien ne prouve qu...