vendredi 9 novembre 2018

Dijon et retour


Me voilà donc de retour après deux jours dans un colloque universitaire consacré au label Vertigo, chez DC Comics, avec en invité d’honneur l’excellent Frank Quitely.


J’ai ouvert la charge avec une communication liminaire, voire préliminaire, consacrée à l’archéologie du label, aux vieux comics d’horreur qui lui ont fourni une partie de son décorum, mais aussi au célèbre coup de fil de Len Wein à Alan Moore qui pourrait constituer d’une certaine manière le coup d’envoi de Vertigo, sa naissance dix ans avant son baptême.

Puis l’arrivée des grands anciens, des Gaiman, Morrison, Milligan et Ennis qui allaient peu après l’alimenter.

Ensuite, les autres intervenants sont passés aux choses sérieuses. Des considérations pointues sur les notions de labels indépendants et alternatifs (concluant au caractère hybride de Vertigo), avec pdes propositions de grilles d’analyse, une communication de Xavier Fournier évoquant tous ces éditeurs et labels qui auraient pu constituer une révolution du même genre, et un retour sur les trading cards sorties à l’époque et constituant une manière de manifeste esthétique, avec la référence à l’Art Nouveau, aux Symbolistes.

Puis une analyse du personnage de Spider Jérusalem et de ses paradoxes (Warren Ellis serait-il un genre d’anar de droite pas de droite?), une autre de Fables et de ses divers niveaux d’intertextualité, puis deux interventions sur Hellblazer, sur la série comme manifeste emblématique de Vertigo, et l’autre sur la représentation des sexualités, notamment celle de Constantine.

Tout cela est pointu, passionnant, et est l’occasion d’interrogations, de discussions et même de débats très cordiaux.

Le soir, bières avec certains des interventions puis dîner avec un certain vil faquin de ma connaissance suivi d’ une visite de Dijon by night.

Rentré un peu tard, mais bien dormi et j’ai pu prendre le petit déjeuner avec Quitely, décidément un type charmant en plus de dessiner comme un dieu.

Et c,est reparti pour une nouvelle journée, en anglais cette fois-ci. Un intervenant remet en cause, et de façon très intéressante la notion d’invasion british qu’on associe souvent à Vertigo, un autre travaille sur la distinction adult readers / mature reader , on revient sur les paniques portales et leur traitement dans la série. Décidément, le personnage de Constantine est riche et passionne tout le monde. On évoque l'humanisme du protagoniste (qui se transforme en nihilisme chez Azzarello).

Le cas Gaiman est étudié, ce qui permet de revenir sur les poses et postures associées à ces scénaristes.
Quitely vu par ouame

Et enfin, l’après-midi est consacrée à Quitely, à des expos auxquelles il a participé, puis il revient sur ses méthodes de travail, ses doutes, sa maniaquerie. C’est plein d’anecdotes à hurler de rire mais cela permet aussi de mieux comprendre son travail.

Au total, deux journées passionnantes. Dont je suis revenu avec quelques bouquins signés. Intervenants de haute volée, organisation au poil, rencontres formidables... vous auriez vraiment dû venir, tous !

mercredi 7 novembre 2018

Interview


Hop, une petite interview réalisée le week-end dernier, à l'occasion du Salon Fantastique.

Et sinon, amis dijonnais, j'ouvre demain jeudi le colloque "25 ans de Vertigo" avec une intervention consacrée à la préhistoire du label, et il y sera fortement question d'un barbu bougon de Northampton.

C'est à la Maison des Sciences de l'Homme, et c'est pendant deux jours.

mardi 6 novembre 2018

Corum as you are


Tiens, je vois que c'est officiel, alors je peux vous signaler l'édition en VF, fin janvier, de l'adaptation en BD des Chroniques de Corum, d'après Michael Moorcock, dont je signe la traduction et la postface. C'est un très vieux boulot de Mike Mignola, plusieurs années avant Hellboy, et c'est hyper intéressant, parce que ça correspond au moment où il commence à se débarrasser de l'influence de Mike Ploog, pour aller vers une épure à la P. Craig Russell. On est encore loin de son Doctor Strange ou du Cycle des Epées (récemment réédités, d'ailleurs) mais le Mignola que nous connaissons commence à prendre forme à ce moment-là.

Par ailleurs, ce bouquin a pour moi une saveur toute particulière. Les comics de Corum sont les premiers comics en Version Originale que je me sois jamais procuré, il y a de ça une bonne trentaine d'années. Sans eux, je ne serais peut-être pas tombé si complètement dans la lecture en VO, et mon histoire personnelle et professionnelle aurait peut-être été bien différente. Ils ont un côté madeleine, donc…

La nostalgie, camarade, tout ça tout ça… 

jeudi 1 novembre 2018

Bons baisers d'Athènes

Ça fait longtemps que je vous ai pas partagé mes notes sur la mythologie. J'en ai retrouvé une qui me semble intéressante à propos d'Ulysse, même si elle mériterait d'être développée plus avant :


En dehors de ses confrontations avec des monstres épouvantables qui étaient peut-être des incarnations de puissances naturelles (courants marins, volcans, plantes narcotiques), Ulysse est surtout connu pour le stratagème qui mit fin à l'interminable guerre de Troie, celui du Cheval de Bois. L'histoire est connue : pour débloquer un conflit enlisé depuis trop longtemps, Ulysse propose de simuler un retrait des troupes achéennes, ne laissant sur la plage qu'un sacrifice propitiatoire censé assurer à chacun un retour rapide et sûr dans ses foyers. La suite de l'histoire montre que le sacrifice n'a pas dû plaire aux dieux : Ulysse et Agamemnon subissant de terribles avanies en chemin et à leur retour. Et pour cause, le sacrifice est faux, c'est une ruse. Le cheval est creux et contient un commando de guerriers Achéens qui s'infiltreront dans la cité ennemie.

Mais ce sont les détails du pseudo-sacrifice qui sont intéressants. Les Achéens ont assemblé une énorme figurine de bois représentant un cheval à roulettes, tel qu'on en a trouvé, en petit format, dans un certain nombre de tombes de l'âge du Bronze. Après le départ de la flotte grecque, les Troyens examinent cette offrande et lui font franchir les portes de la ville pour l'amener sur l'esplanade devant les temples. À la nuit tombée, les guerriers sortent du cheval et ouvrent les portes à l'armée achéenne revenue discrètement pendant la nuit, lui permettant de piller la ville.

Un point mérite d'être souligné. La dédicace laissée sur la figurine est la suivante : « Pour assurer leur retour en leurs foyers, les Grecs dédient cette offrande à Athéna. » Il y a déjà là un indice de ruse et de duplicité. Le cheval est un animal lié symboliquement à Poseidon, et un des mythes qui le concernent le montrent dans une opposition formelle avec Athéna. Par exemple, quand la ville d'Athènes est fondée, ses habitants se demandent à quel dieu consacrer la ville. Poseidon et Athéna se proposent comme divinité tutélaire et offrent chacun un cadeau. Celui de Poseidon est le cheval, celui d'Athéna l'olivier (il existe d'autres versions de cette histoire, avec d'autres dons, mais c'est celle-ci qui me semble pertinente dans le cas présent). Le cheval est une arme de guerre, l'olivier un symbole de paix. Les Athéniens, comme le nom qu'ils se donnèrent par la suite en atteste, choisissent l'olivier.

Offrir à Athéna un cheval, surtout avant de prendre la mer, et donc de s'aventurer sur le territoire de Poseidon, c'est une anomalie, un indice que ce retour n'est qu'en trompe l'œil, d'autant qu'Athéna est vue aujourd'hui comme une déesse de la sagesse (sous l'influence de la Minerve étrusque et romaine, à laquelle elle a été assimilée par la suite), mais ses aspects guerriers (la lance qu'elle porte, par exemple, détail sur lequel nous reviendrons dans les chapitres suivants) en font avant tout la déesse de la ruse employée à des fins militaires.

Dans toute son épopée, Ulysse se comporte comme un serviteur d'Athéna.


Voilà pour ce bout de pensée que je vous soumets à la volée…

Et au passage, puisque je suis là, rappel de mes sorties publiques du mois :

Du vendredi 2 au dimanche 4, je dédicace au Salon Fantastique sur le stand des Indés de l'Imaginaire avec les Moutons électriques.

Les jeudi 8 et vendredi 9, il y a un colloque "25 ans de Vertigo" à l'université de Dijon et je donne la communication liminaire, qui est une forme d'archéologie du label, avec notamment la "Brit invasion" du milieu des années 80.

Les jeudi 15 et vendredi 16, je participe au colloque H.P. Lovecraft à l'université de Nancy. Je serai à une table ronde avec Christophe Thill, Nicolas Fructus, et surtout Druillet et Nicollet. Face à deux légendes vivantes de ce genre, je me sens tout petit.

Le samedi 24, je serai aux Rencontres de l'Imaginaire à Sèvres.

dimanche 21 octobre 2018

Mises en bières

Bon, la soirée à la Brasserie de l'Etre, dans le quartier de Crimée, ça a été absolument super. Merci, encore à la librairie La Dimension Fantastique d'avoir organisé ça.

Je n'ai pas pu causer à tous les auteurs présents (ni même les entrevoir, dans certains cas), parce que c'était un joyeux foutoir où chacun allait et venait, mais j'ai adoré. Excellentes bières artisanales (bien amères, goûtues, charpentées) (et servies avec le sourire, vraiment, on est super bien accueilli là-bas) , gens super sympas et très enthousiastes, j'ai vu des tas de copains, signé des piles de bouquins, c'était vraiment bien.

Et ça me permet de revenir sur un sujet dont j'ai déjà causé ici : Uter Pandragon de Thomas Spok, vu que j'ai pu causer avec l'auteur. Et ça, c'était super. Comme je l'ai déjà dit, j'ai vraiment aimé son bouquin, et on a pu discuter de nos approches respectives du sujet, et c'était passionnant. Et en plus c'est un type charmant. Donc n'hésitez pas à aller y voir de plus près.



Sinon, rappel :
Cet après-midi, à 14h30, je présenterai une projection de Ant-Man And The Wasp au théâtre André Malraux de Chevilly-Larue. le film sera suivi d'une petite conférence sur les super-héroïnes.

mercredi 17 octobre 2018

Trois Coracles…




Bon, voilà que mon éditeur, les Moutons électriques, vient de m'envoyer la couve de mon prochain bouquin, qui s'intitule simplement Trois Coracles Cinglaient vers le Couchant. Ça sort au printemps, normalement. L'image est signée Melchior Ascaride, comme pour mes deux précédents romans, et je suis tout fou, là. J'adore.

Bon, du coup, je vous donne aussi le texte qu'il y aura au dos :

Trois coracles cinglaient vers le couchant.

À leur bord, Uther, un chef de guerre de l'île de Bretagne, et ses compagnons de toujours. Leur destination, une île au bout de la mer, là où dit-on vivent les fées et les morts glorieusement tombés au combat. Que va-t-il chercher si loin des terres habitées par les hommes ?

Alors que l'Empire romain n'en finit pas de mourir, et qu'un monde nouveau se refuse encore à naître, Uther sait-il seulement qu'il va enfanter d'une légende destinée à traverser les siècles ?



Et un extrait ici.

mardi 16 octobre 2018

Biodiversité de proximité

Un truc pour lequel je suis content d'habiter dans un patelin encore un peu vert et assez éloigné de Paris pour ne pas être sous le smog, ce sont les bestioles. L'autre jour, je suis tombé sur une mante religieuse, elle faisait genre 5 cm de long. Je savais même pas qu'on pouvait en trouver dans la région. à 400 mètres de chez moi, il y a un mur dans les anfractuosités duquel vivent au moins deux espèces de lézards, et qu'on voit se prélasser aux temps chauds (le truc est orienté plein Sud, ils ont adopté l'endroit). Près de la gare, le square abrite trois espèces de bourdons. J'ai chez moi des abeilles charpentières, d'énormes trucs bleus gros comme des scarabées. Il y a des lucanes. Des libellules certaines années. Des demoiselles, aussi (j'ai appris à les différencier des libellules il n'y a pas si longtemps). J'ai encore croisé une poule d'eau avant-hier, et il y a parfois des cormorans et des martins pécheurs. Bon, et j'ai croisé déjà deux fois des frelons asiatiques. Ça c'est plus emmerdant.

Je ne suis pas à la campagne, pourtant, mais la verdure alentour est suffisante pour abriter et favoriser ce foisonnement. J'aime bien me poser pour observer les sauterelles. Ça me fait tout drôle de croiser un renard ou une belette (ça m'est arrivé une fois ou deux) voire un faucon crécerelle. Peut-être d'ailleurs est-ce cet entre deux, le fait de n'être ni dans une grande ville, ni au milieu de champs pesticidés qui permet tout ça, je n'en sais rien. En tout cas, ça me fait du bien. Je profite des derniers beaux jours pour observer ces voisins de plus ou moins petit format.

lundi 8 octobre 2018

Le Niko près de chez vous

Bon, je reposte mon programme des prochaines semaines, parce qu'il est chargé et que ça évolue tout le temps :


Vendredi 12 octobre, dédicace au festival Quai des Bulles à St Malo, avec les éditions 21g.

Samedi 20 octobre à partir de 18h, rencontre et dédicace à la Brasserie de l'Être, à Paris, organisée par la librairie Dimension Fantastique. Avec de la bière et Sabrina Calvo, Gabriel Katz, Thomas Spock, Romain Delplancq,Rodolphe Casso, etc. Donc ça va être super. Alors attention, la brasserie est assez éloignée de la librairie, puisqu'elle est vers Crimée, rue Duvergier.

Dimanche 21 octobre, rencontre consacrée aux super-héroïnes à 14h30 au cinéma théâtre André Malraux de Chevilly la Rue (94), à l'occasion d'une projection d'Ant-Man and the Wasp.
Le programme ici.

Samedi 27 octobre, dédicace à la Fnac de Belfort, avec Jérôme Wicky en vedette américaine !

Vendredi 2 au dimanche 4 novembre, dédicace au Salon Fantastique avec les Indés de l'Imaginaire et les Moutons électriques.

Jeudi 8 et vendredi 9 novembre, colloque 25 ans du label Vertigo à l'université de Dijon, en présence de Frank Quitely. J'y assurerai la communication inaugurale, consacrée à l'archéologie du label.
Le programme ici.

Jeudi 15 et vendredi 16 novembre, colloque H.P. Lovecraft à l'université de Nancy, et j'y donnerai la réplique à Nicolas Fructus, Philippe Druillet et Jean-Michel Nicollet à l'occasion d'une table ronde.

dimanche 7 octobre 2018

Apophis prodigue


En décembre, je me retrouverai au sommaire du tome 4 de Dimension Super-héros, une anthologie consacrée aux vieux personnages publiés jadis par Lug dans les revues au format poche genre Mustang et Zembla. Ce sera chez Rivière Blanche (et donc ma troisième participation à une antho chez cet éditeur), et on y trouvera tout un tas de gens très bien. Là-dedans, je me fends d'un texte consacré à Ben Leonard, alias Râ, protecteur des immortels d'Héliopolis (et le reste du temps journaliste au Globe). La nouvelle s'intitule Le Retour d'Apophis, et j'y vais à fond dans le mythologique et l'apocalyptique, parce que bon, autant jouer sur mes propres points forts.

Et pour vous faire patienter, du coup, je vous en livre un pitit extrait :

La panique régnait dans la cité cachée et secrète d’Héliopolis quand Râ atterrit doucement devant les immenses pylônes du temple-palais. Une foule s’était massée entre les obélisques scintillantes et les sphinx de béryl. Râ se posa devant les statues à demi animales, irradiant une lumière chaude. Elle eut aveuglé tout autre que les présents. Ils l’accueillirent avec des exclamations craintives.
— Râ, tu es venu ! Toi aussi tu te réfugies en notre place forte pour attendre la terreur qui sans faute viendra nous anéantir ?
Râ leva les bras pour demander un silence qu’il n’obtint pas. C’est par-dessus le murmure inquiet de la foule qu’il dut parler lui-même.
— Comme vous le savez, je suis dépositaire d’une partie des souvenirs laissé derrière lui par votre frère Râ quand son Kâ fut arraché à son corps ! Mais j’ai beau fouiller sa mémoire, je n’y trouve aucune trace de ce que contenait ce temple secret et lointain. Seulement l’avertissement de ne jamais y pénétrer. Mais Atûm pourvoira à mes failles.
La foule se tut d’un coup, puis s’écarta pour le laisser accéder à l’étroit passage entre les deux pylônes de pierre. Il ressentit alors durement sa double nature. Quoique porteur de l’âme d’un immortel, du roi de la Cité, il n’était pas tout à fait des leurs. En tant que Ben Leonard, il demeurait humain, trop humain. Les préoccupations, désirs et peurs des habitants d’Héliopolis lui demeuraient globalement étrangers.

lundi 1 octobre 2018

Ludions

J'ai passé pas mal de temps le nez sur mon clavier en septembre. Beaucoup de grosses traductions, un scénario à écrire au pas de charge, un roman que je tiens à avancer de même, et un article à rendre pour une grosse anthologie, sans compter une conférence donnée dernièrement, et deux autres à préparer pour les semaines qui viennent.

Mon temps de lecture (autre que la doc pour le scénario à faire et l'article à écrire), de consommation de films et de séries (j'ai juste fini l'excellent Taboo, avec Tom Hardy et Jonathan Price) s'est réduit d'autant.

Mais ce week-end, je me suis autorisé deux sessions jeux.

J'ai testé l'autre soir Seven Wonders Duel et Lord of Hellas, deux jeux très différent, malgré leur référence commune à l'antiquité classique. Le premier a une mécanique très chouette, et des effets de seuil vicelards. J'ai bien aimé.

Le second m'a fait penser à Blood Rage : même complexité apparente au premier abord, gros monstres qui apparaissent à l'occasion et qu'on peut glorieusement dégommer, chouettes figurines. Mais si certains mécanismes sont communs, d'autres sont très originaux (pour ce que j'en vois, mais je ne suis pas un hardcore gamer) et rendent l'ensemble fluide et très agréable, avec des arbitrages intéressants à mener par les joueurs.

Et puis hier, on m'a offert Bandes Dessinées, le jeu des collectionneurs, un truc très rigolo. Alors en voyant la boîte, je dis "tiens, c'est normal qu'il y ait que des couvertures Delcourt et Soleil de représentées ?" ce à quoi on m'a répondu "ben, ils sponsorisent le trucs".

Le jeu lui-même est un système d'échanges assez simple, dans lequel les participants doivent choisir des séries à collectionner, qu'ils financent initialement en revendant certains des albums en leur possession, puis éventuellement en allant travailler pour un éditeur (ce qui permet au passage de déclencher la sortie de nouveaux albums). Mécanique très fluide pour des parties courtes et fun, dans lesquelles on peut perfidement obliger les adversaires à payer leurs albums nettement plus chers que ce qu'ils avaient prévu au départ. Très très marrant et tout à fait utilisable en famille (bon, moi, je me fais griller assez vite parce que les gens voient que je collectionne avant tout les albums des copains, donc ils m'amènent à les payer plus cher chaque fois qu'ils le peuvent). Si l'auteur veut une idée d'extension ou de spin-off, je pense qu'il y a un truc à faire avec les files de dédicaces à Angoulème.

jeudi 27 septembre 2018

Yeux ronds yeux ronds petit patapon

Dans les petites notes archivées de trucs qui ont probablement du sens, mais je ne sais pas encore tout à fait lequel, il y a ceci :

Les cyclopes de la mythologie grecque sont des êtres ambivalents. Il semble en exister plusieurs sortes : les assistants d'Héphaïstos, forgeant pour lui les armes des dieux, et les pâtres cannibales que rencontre Ulysse au fil de ses voyages. Et des déclinaisons, vu que les murailles cyclopéennes sont bâties, comme leur nom l'indique, par des cyclopes, et que dans la Théogonie, la foudre n'est pas une fabrication des cyclopes, mais les cyclopes eux-mêmes.

Qu'ils fabriquent des éclairs (ou les incarnent) ou élèvent des forteresse, les cyclopes se rangent dans une catégorie d'être apparentée aux tricksters, des personnages qui, comme le Loki nordique, sont utiles aux dieux, mais délicats à manier (Kronos se sert d'eux mais les craint et les enferme dès qu'il a fini de les employer). Le trickster est généralement un personnage intelligent et rusé. Il existe d'ailleurs une version de la naissance d'Athéna où elle se trouverait être la fille d'un cyclope lanceur d'éclairs, et non pas de Zeus.

Du coup, quel rapport avec la bande à Polyphème, ces brutes épaisses élevant des moutons dans les montagnes ? Fils de Poseidon, ils ne sont pas de la même famille que les précédents, et ne constituent donc pas la décadence d'une race semi-divine, mais celle d'un motif. Là où c'est intéressant, c'est que le Cyclope de l'Odyssée paye cher sa rencontre avec un trickster patenté, l'industrieux et rusé Ulysse.

Cyclope, c'est "l'œil rond", et dans le cas présent, cet œil unique et rond est un œil stupide. Et le peu de vision que cela donne à Polyphème lui est même ôté. "à celui qui a, on donnera, et à celui qui n'a pas, même le peu qu'il a lui sera pris", dit la parabole évangélique. On est dans ce cas-là avec le Cyclope à l'œil crevé.

Si l'on regarde ces tricksters primordiaux et ces brutes devenues aveugles, chaque itération du motif cyclopéen fait sens d'emblée. C'est la conjonction des deux versions qui pose question. Est-elle fortuite ? A-t-elle un sens caché plus profond ?

jeudi 20 septembre 2018

Reviendu

Bon, j'ai regagné mes pénates après ma petite expédition à Thouars.

Et je recommande l'endroit. Oh, au premier abord, les maisons années 50 sont tristounes, celles de n'importe quelle petite ville de province. Et puis on arrive dans le vieux centre ville, et là, paf,  y a de la vieille pierre, mais par packs de douze. J'aime bien les vieilles pierres, alors je me suis régalé. Mieux encore, j'étais invité par le service patrimoine, et c'est un de ses membres qui m'a fait la visite, donc j'ai eu droit au grand tour, et c'était génial. Franchement, y a de la muraille, de la vieille maison, de l'église patinée, du château, de la venelle, tout ce que j'aime. Encore merci, c'était génial. (et l'expo Mythe & super-héros est d'autant plus chouette qu'elle me cite extensivement comme si j'étais une autorité en la matière, là faut vite que je prenne du Daflon, mes chevilles ont quadruplé de volume) (ça va déformer mon jean, ça va pas le faire).

Mais j'étais là pour bosser. Et donc, hier, j'ai enchaîné deux ateliers avec des mômes. Et vous savez quoi, le collège, à Thouars, ils l'ont mis là où ils avaient de la place. Donc dans l'ancien château des ducs. Je suis fou de jalousie, du coup : moi, mon collège, c'était béton et mosaïque bleue, et peinture jaune pipi dans les couloirs. Eux, ils ont… un château, quoi. Rien que le réfectoire, c'est de la voûte en pierre de taille, et le fond, une cheminée (condamnée) dans laquelle on devait pouvoir rôtir… je dirais trois bœufs, facile. quatre, peut-être, en tassant un peu. La salle d'arts plastique, c'est sous les combles. Avec des poutres phénoménales. Bref, c'est pas exactement Poudlard, parce que c'est quand même du goût français Grand Siècle, mais c'est monumental. J'étais scié.

Après ces deux ateliers, ça a été une petite séance de dédicaces à la librairie, puis causerie à la bibliothèque. Je vous en parlais l'autre jour, il ne faut PAS remanier une conf deux jours avant. Parce que du coup, les deux versions se télescopent dans la tête, et j'ai asséné au public un bout que j'avais supprimé, mais que j'ai sorti quand même (et qui était partiellement redondant avec l'état de la conf tel que refaite). Je me serais foutu des baffes, tiens. Mais bon, le public a été super.

Bref, après une journée pareille, je suis flappi. Mais je reste très impressionné par le lieu, et absolument ravi de l'accueil : tout le monde a été d'une immense gentillesse. Merci à tous les Thouardais ? Thouartais ? **consulte fébrilement wikipedia** Thouarsais, donc. C'était super !

Franchement, si vous passez dans le coin, allez y faire un tour.