Accéder au contenu principal

Nouvelle formule

ah, voilà une info que j'avais pris au vol à la radio, mais sans en avoir tous les morceaux, et que j'ai pu creuser via la presse écrite.

Des patients se plaignent de soucis avec la nouvelle formule d'un produit qui s'appelle Levothyrox, et une partie du corps médical pige pas, sachant que seuls les excipients (les produits qu'on ajoute au principe actif pour pouvoir en faire un comprimé) ont changé.

Moi, de mon côté, je suis pas totalement surpris du truc.

Alors, quelques explications, qui valent ce qu'elles valent, parce que ça fait quand même un paquet d'années maintenant que je n'ai plus enfilé la blouse blanche.

Le Levothyrox, c'est un médicament conçu pour compenser des problèmes de production de l'hormone thyroïdienne, qui commande plein plein de trucs dans le métabolisme*. Autant dire que c'est puissant. Et c'est bien pour ça que c'est dosé à minima. le "µg" ça signifie "microgramme",  donc dans un comprimé à 75 µg, le plus usuel vous avez 0,075 milligrammes, ou 0,000075 grammes, si je ne me goure pas d'un zéro.

Il y a quelques années, quand a été introduit un générique du Levothyrox, il a eu des plaintes de patients auprès des soignants. Dans la pharmacie où je bossais (je sais pas dans les autres), on les a prises très au sérieux, et on a vite arrêté de délivrer le générique. Ça doit être le seul générique qu'on refusait de donner, d'ailleurs. Voilà pourquoi :

Un générique, c'est le même produit chez un autre fabriquant (et parfois chez le même fabriquant, pour des raisons commerciales). Ce qui importe, c'est le principe actif (que les pros appelleront "molécule", ou "DCI", ou tout autre jargonnerie). Si Clamoxyl est une gélule à 500mg, vous pouvez vendre à la place n'importe qu'elle autre gélule à 500mg d'amoxicilline. Qu'importe si la paroi de la gélule est en gélatine ou en cellulose, ou si la bourre de la gélule est en lactose ou en carbonate de calcium (sauf si vous êtes intolérant au lactose, et la notice mentionne à part les produits de ce genre qui peuvent poser problème, ce qui vous permet de demander une autre amoxicilline au même dosage). Le changement d'excipient, grosso modo, il change pas grand-chose. Si vous êtes un peu intolérant au lactose, au pire, sur les 500 mg de produit, votre intestin en refusera d'en absorber quelques milligrammes. Même si c'est 50mg qui repassent direct dans les chiottes, c'est pas très grave, ça ne nuira globalement pas à l'efficacité du produit. Pareil pour le Doliprane 1000mg que vous pouvez remplacer par un paracétamol 1g, et ainsi de suite**.

Là où ça change tout avec le Levothyrox, c'est qu'avec des dosages exprimés en microgrammes, et qu'on fait évoluer par tranche de 25 microgrammes (si ça n'a pas bougé depuis mon époque, le produit est dispo en 25, 50, 75, 100, 125, 150 et 200 µg, de mémoire) et qu'il est puissant, ça veut dire que la moindre différence dans l'absorption du truc au niveau intestinal, même si elle n'est que de 10 ou 20µg (ce qui est, je le répète, une quantité minuscule) va conduite à surdoser ou sous-doser le produit par rapport à ce qui était prévu, et surtout par rapport aux habitudes de dosage prises. Vu la puissance du produit, c'est vite la cata. Des gens un peu fragile peuvent le ressentir très fortement. Ce qui fait que tout changement de formule du bazar, même sans changer la teneur en principe actif, peut avoir des conséquences.

Mais comme le dosage est exactement le même, et que l'excipient est réputé globalement inerte, la plupart des gens concernés dans le corps médical n'arrivent pas à comprendre le problème. Qui, si la sécu ou les médecins avaient fait remonter correctement les infos il y a quelques années, au moment de la sortie du générique, aurait déjà été identifié depuis longtemps.








* c'est pour ça qu'il est d'ailleurs souvent détourné de son usage dans le cadre de régimes amaigrissants. j'ai même eu jadis entre les pattes une ordonnance d'un nutritionniste vedette auteur de best sellers à base de régimes miracles qui en prescrivait, c'est dire à quel point il croyait lui-même en ses propres salades (et cerise sur le gâteau, c'était accompagné d'un diurétique, ce qui signifie qu'il était deux fois dans l'illégalité en deux lignes, le mec)(ce salopard n'est plus toubib, d'ailleurs, il a été radié pour d'autres raisons). alors oui, c'est très efficace, mais je déconseille vivement de s'en servir pour ça, vu le bordel que ça fout à tous les niveaux. Une erreur de dosage dans une préparation amaigrissante à base de thyroïde, il y a quelques années, avait tué quelqu'un.

** après, la forme galénique peut avoir son importance : une gélule ne fond pas à la même vitesse qu'un comprimé, et c'est pas une bonne idée de filer des gélules au même dosage à quelqu'un qui prend son traitement par demi-comprimés, par exemple.

Commentaires

soyouz a dit…
Très intéressant. Merci pour tes lumières !


(dans l'espace, on ne vous entend pas formuler)

Posts les plus consultés de ce blog

Euphorique

 Ah, l'info est donc officielle. Très bientôt sortira Euphories Cosmiques , la nouvelle anthologie des éditions Askabak. J'avais participé à Demeures Terribles , la précédente, et je suis très content de La nuit en Kitej , le texte que j'ai livré pour celle-ci. Et y aura d'autres annonces en rapport avec cet éditeur dans pas longtemps. Couverture de Melchior Ascaride       Couverture de l'édition cartonnée de Melchior Ascaride   Couverture variante de Bruno Letizia Un extrait de mon texte : "Mais il t’en faut plus. Tu n’es pas venu pour admirer ce paysage macabre, ces rues en apparence vides, seulement peuplées d’ombres mouvantes, ce fantôme de cité surplombant un océan de nuit se fondant dans l’infini. Te voilà dans cet ailleurs que tant tu as désiré. Tu dois lutter contre une forme de vertige, contre cette sensation viscérale d’être allé déjà beaucoup trop loin. Tu sens des forces travailler ton être en ses tréfonds, non pas les désirs et volontés qui t’o...

JC et ses doubles (Double Ellis, deuxième partie)

Hop, deuxième article sur Ellis, légèrement mis à jour par rapport à la version publiée en 2008. Alan Moore ne le savait probablement pas à l'époque, mais quand il créa John Constantine dans les pages de Swamp Thing, au milieu des années 80, il avait introduit dans la psyché collective plus que le simple irritant, l'aiguillon motivateur que ce personnage était à l'origine. John Constantine s'est rapidement imposé comme un nouvel archétype hantant nos illustrés favoris. Et cet archétype hante particulièrement, depuis, l'œuvre d'un certain Warren Ellis, mutant à mesure, s'amalgamant, évoluant et revenant sur lui-même au point de s'offrir brièvement à l'auteur dans sa propre série. Warren Ellis a écrit Hellblazer, la série consacrée au personnage. Ce run, fort méritoire et plein de qualités, n'a pourtant pas marqué durablement la série comme un de ses points hauts. Il n'aura pas eu l'impact dévastateur de celui de Garth Ennis. Il n...

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Si la cantatrice est chauve, c'est parce qu'elle avait chopé le rôle dans Star Trek, le film

On fait plus des vaisseaux comme ceux de Chris Foss Le futur, c'était quand même mieux avant J'ai toujours été un grand amateur de space opera, ce n'est pas pour rien que mon premier album en grand format et en couleurs, Central Zéro , relevait de ce genre précis. Depuis tout petit, au point de dévorer des juveniles d'auteur de SF comme Asimov ou Henlein, dont je ne découvris qu'un peu plus tard le reste de la production, quand je fus en âge de chiper des J'Ai Lu SF sur l'étagère de mon grand-frère, puis de mettre en coupe réglée les rayonnages de la bibliothèque municipale pour dévorer en masse Van Vogt et les autres. Par la suite, en terme de SF, je suis un peu passé à autre chose, aux grandes fresques philosophiques d'Herbert, aux univers déglingués de Dick, aux charges politiques de Spinrad, aux cyber et steam punkeries diverses… Le space op' était relégué aux lectures de vacances, de préférence du bon gros space op' vintage, j'ai parlé ...

Ayé !!!!!

Ayé, j'ai tout envoyé, la version relue, l'icono, les légendes de l'icono, tout. Ça devenait urgent, ils avaient commencé à maquetter, donc je ne pouvais plus finasser, là. Pinaise, il m'en aura donné des suées, ce bouquin. Mais c'est dans le tuyau, c'est entre les mains d'un pouvoir supérieur à ma pauvre carcasse, c'est parti mon kiki, ça sort en avril si le temps se maintient et qu'on échappe aux révolutions, fins du monde, augmentations du prix du papier, grèves des postes et autres invasions de sauterelles. Ça s'appellera Mythe et Super-héros, ce sera chez les Moutons Electriques, ça intéressera sans doute quelques érudits du comics qui l'annoteront fébrilement pour y relever les conneries que j'aurais pu y laisser malgré la relecture et me montrer du doigt en riant. Bon, plus qu'à me remettre à mes traductions et autres scénarios en retard. Ce tas-là, à gauche du bureau, c'est celui des "urgent depuis longtemps". Ep...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

William Hope Hodgson

" Comme si, en son sein, toutes les abominations de la mer avaient trouvé refuge… " (William Hodgson, 1875-1918) C'est parfois le destin des écrivains que d'être oubliés. Et d'être redécouverts par la suite, pour des raisons extérieures à leur œuvre. En effet, de nos jours, William H. Hodgson est surtout vu, à l'instar d'Arthur Machen, comme "le précurseur direct d'Howard Philips Lovecraft", ce qui, sans être faux, est néanmoins réduire quelque peu la portée de son travail dans le domaine de l'horreur, même si, par sa puissance visionnaire, La Maison au Bord du Monde chasse en effet sur des terres qui seront plus tard largement explorées par le démiurge de Providence, qui pourtant le découvrira sur le tard. Le jeune Hodgon s'était engagé dans la marine à l'âge de 13 ans. Fort maltraité par un autre membre d'équipage, il se mit au judo et au culturisme pour pouvoir se défendre, ce qui lui permit de sauver un de ses compagnons ...

Compte à rebours avant Apocalypses : 31 jours

Hop, je viens d'avoir la date officielle pour la sortie d' Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps , mon prochain bouquin à paraître chez les Moutons électriques. C'est pour le 6 novembre prochain. Du coup, je vous en rebalance un petit extrait : Ce qu’on appelait l’esprit "fin de siècle" dans années 1990, en le considérant comme un mal transitoire, se retrouve à perdurer sous une forme plus appuyée encore : l’approche de l’an 2000 avait remis sur le devant de la scène le discours millénariste et commencé à le banaliser, l’automne 2001 lui donne un impact dans un monde séculier qui chercher à se déséculariser, à reprendre une place cosmique dans un plan divin. Les groupes de pression fondamentalistes de toutes obédiences ont trouvé des caisses de résonnance dans la société. Si le phénomène n’est pas nouveau, il prend ces dernières années une ampleur assez inédite. En France, des organisations catholiques comme l’Institut Civi...

Le super-saiyan irlandais

Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball , Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku ).    Le roi des singes, encore en toute innocence. Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dr...

Beware the blob

La perversion alimentaire prend parfois des allures d'apostolat suicidaire. Que ce soit en termes de picole ou de bouffe, il m'arrive de taper dans le bizarre et de tenter des expériences qui tétaniseraient d'effroi une créature lovecraftienne. Comme on a les amis qu'on mérite, et que j'ai dû commettre des ignominies sans nom dans une vie antérieure, certain de mes amis, camarades et autres proches ont aussi leur bouffées culinaro-délirantes. C'est ainsi que certain libraire sévissant dans une grande enseigne vendant de la culture neuve et d'occasion dans le quartier étudiant de Paris m'a initié à toutes sortes de pickles qui arrachent la gueule et à des boissons polonaises que même les Polonaises évitent de prendre au petit déjeuner. C'est aussi ce douteux personnage (ou un ami commun exilé, je ne sais plus, il y a des traumas que l'esprit humain tente miséricordieusement de brouiller) qui m'avait fait découvrir la pâte à tartiner au spe...