Accéder au contenu principal

Vers un retour aux étoiles

J'évite généralement de faire dans la nécrologie dans ces pages, parce qu'on n'en finirait pas (mais bon, Bowie, dix ans déjà, je m'en remets pas) mais une disparition y a trois jours m'a surpris : celle de Erich von Däniken.

 Si si, je vous jure, ce dessin de Kirby a un rapport

Voilà un nom que je n'avais pas entendu depuis des lustres et, à dire vrai, ça fait typiquement partie de ces gens dont, quand on apprend la mort, la première réaction est de se dire "mais... il était pas cané depuis des décennies, lui?"

De fait, le pire c'est que la plupart des gens de maintenant n'ont même jamais entendu parler de ce gars. Pourtant, son impact culturel est encore sensible aujourd'hui. Il suffit d'ouvrir youtube ou les chaînes de télé consacrées aux "documentaires". Si vous zonez assez longtemps dessus, vous tomberez fatalement sur un truc expliquant que les pyramides et le sphinx sont plus anciens qu'on ne le croit, que les Incas construisaient grâce à des aliens venus d'ailleurs que que d'ailleurs c'est pour ça que pas loin de chez eux ils ont les pistes d'atterrissage de Nazca.

Bon, ben tous ces trucs, c'est la faute à Von Däniken. Non qu'il ait invité les aliens en des temps immémoriaux à faire à la Terre ce que Bouygues a fait à Casablanca, non, mais à la fin des années 60 il a écrit un bouquin sur le sujet.


 L'époque y est propice. Depuis quelques années, Lobsang T. Rampa est un succès de librairie dévoilant les arcanes du Tibet secret (inspirant au passage Lee et Ditko pour Doctor Strange, mais pas qu'eux) (nonobstant le fait que l'auteur est Lama comme moi je suis Archevêque), Castaneda nous embarque dans les profondeurs des mondes annexes accessibles grâce à diverses herbes et plantes (là aussi, y a à en dire sur l'authenticité des choses, mais son influence continue à se faire sentir jusque dans mon cycle du Mitan) et donc, Däniken est le suivant à faire les beaux jours des collections ésotériques qu'on n'appelle pas encore complotistes, expliquant l'influence secrète des Aliens sur toutes les cultures anciennes (de préférence non blanches, d'ailleurs, y a peut-être dès trucs là-dessous, hein, je dis ça je dis rien). Le résultat culturel, ça a été Eternals de Jack Kirby, mais aussi plus lointainement des films comme Mission to Mars et Prometheus, excusez du peu. Ça lance une mode et s'ensuivirent des trucs allant du très mauvais (La Lune, clé de la Bible, de Jean Sendy, était une grosse déception) au très distrayant (Les livres maudits de Bergier, L'Atlantide et le règne des géants de Denis Seurat) et vous avez tous eu un de ces trucs entre les mains à un moment ou un autre, ou une vieille voisine qui dégoisait des théories fumeuses tirées de Gérard de Sède et consorts.

J'ai beaucoup lu ces conneries en mon temps. Non que je les prisse particulièrement au sérieux,  mais j'estimais que c'était du super biscuit pour écrire des récits fantastiques, fantasy, SF, etc. J'en suis un peu revenu. Oui, ça a nourri des trucs dans mon boulot (Crusades, entre autres), celui de gens plus connu que moi (Hellboy doit beaucoup aux bouquins de l'époque sur l'ésotérisme nazi) mais j'en suis assez vite revenu.

En fait, y a eu un moment une prise de conscience. Outre le fait qu'Internet donnait de plus en plus de résonance à des théories de ce genre et que l'ambiance autour devenait inquiétante, j'ai eu un moment de "chboum là-d'dans", comme dirait Dan Ackroyd. Je disais depuis des années "tous ces mecs-là ont raté leur vocation, ils auraient dû écrire de la fiction au lieu d'essayer de faire croire que tout est vrai et ça aurait été bien meilleur" et puis j'ai pigé que ça existait, que quand ce genre de types écrivait des romans, ça s'appelait Jimmy Guieu et Dan Brown.

Bref, surpris de voir que le gars Däniken était non seulement encore vivant, mais participait encore régulièrement à des trucs comme Ancien Aliens (que je regardais pas, parce que comme je disais ça me faisait plus rire, et qu'en plus la scénographie de ces machins me navre profondément, les ficelles sont des câbles de ponts suspendus) mais c'est incroyable de voir que des gens comme ça ont pu avoir un tel impact culturel, aussi durable.

Commentaires

Tororo a dit…
Oh, les pauvres Incas qui devaient pousser à la roue pour garer l'engin sacré quand son réservoir était à sec!

Posts les plus consultés de ce blog

Euphorique

 Ah, l'info est donc officielle. Très bientôt sortira Euphories Cosmiques , la nouvelle anthologie des éditions Askabak. J'avais participé à Demeures Terribles , la précédente, et je suis très content de La nuit en Kitej , le texte que j'ai livré pour celle-ci. Et y aura d'autres annonces en rapport avec cet éditeur dans pas longtemps. Couverture de Melchior Ascaride       Couverture de l'édition cartonnée de Melchior Ascaride   Couverture variante de Bruno Letizia Un extrait de mon texte : "Mais il t’en faut plus. Tu n’es pas venu pour admirer ce paysage macabre, ces rues en apparence vides, seulement peuplées d’ombres mouvantes, ce fantôme de cité surplombant un océan de nuit se fondant dans l’infini. Te voilà dans cet ailleurs que tant tu as désiré. Tu dois lutter contre une forme de vertige, contre cette sensation viscérale d’être allé déjà beaucoup trop loin. Tu sens des forces travailler ton être en ses tréfonds, non pas les désirs et volontés qui t’o...

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Si la cantatrice est chauve, c'est parce qu'elle avait chopé le rôle dans Star Trek, le film

On fait plus des vaisseaux comme ceux de Chris Foss Le futur, c'était quand même mieux avant J'ai toujours été un grand amateur de space opera, ce n'est pas pour rien que mon premier album en grand format et en couleurs, Central Zéro , relevait de ce genre précis. Depuis tout petit, au point de dévorer des juveniles d'auteur de SF comme Asimov ou Henlein, dont je ne découvris qu'un peu plus tard le reste de la production, quand je fus en âge de chiper des J'Ai Lu SF sur l'étagère de mon grand-frère, puis de mettre en coupe réglée les rayonnages de la bibliothèque municipale pour dévorer en masse Van Vogt et les autres. Par la suite, en terme de SF, je suis un peu passé à autre chose, aux grandes fresques philosophiques d'Herbert, aux univers déglingués de Dick, aux charges politiques de Spinrad, aux cyber et steam punkeries diverses… Le space op' était relégué aux lectures de vacances, de préférence du bon gros space op' vintage, j'ai parlé ...

JC et ses doubles (Double Ellis, deuxième partie)

Hop, deuxième article sur Ellis, légèrement mis à jour par rapport à la version publiée en 2008. Alan Moore ne le savait probablement pas à l'époque, mais quand il créa John Constantine dans les pages de Swamp Thing, au milieu des années 80, il avait introduit dans la psyché collective plus que le simple irritant, l'aiguillon motivateur que ce personnage était à l'origine. John Constantine s'est rapidement imposé comme un nouvel archétype hantant nos illustrés favoris. Et cet archétype hante particulièrement, depuis, l'œuvre d'un certain Warren Ellis, mutant à mesure, s'amalgamant, évoluant et revenant sur lui-même au point de s'offrir brièvement à l'auteur dans sa propre série. Warren Ellis a écrit Hellblazer, la série consacrée au personnage. Ce run, fort méritoire et plein de qualités, n'a pourtant pas marqué durablement la série comme un de ses points hauts. Il n'aura pas eu l'impact dévastateur de celui de Garth Ennis. Il n...

Ayé !!!!!

Ayé, j'ai tout envoyé, la version relue, l'icono, les légendes de l'icono, tout. Ça devenait urgent, ils avaient commencé à maquetter, donc je ne pouvais plus finasser, là. Pinaise, il m'en aura donné des suées, ce bouquin. Mais c'est dans le tuyau, c'est entre les mains d'un pouvoir supérieur à ma pauvre carcasse, c'est parti mon kiki, ça sort en avril si le temps se maintient et qu'on échappe aux révolutions, fins du monde, augmentations du prix du papier, grèves des postes et autres invasions de sauterelles. Ça s'appellera Mythe et Super-héros, ce sera chez les Moutons Electriques, ça intéressera sans doute quelques érudits du comics qui l'annoteront fébrilement pour y relever les conneries que j'aurais pu y laisser malgré la relecture et me montrer du doigt en riant. Bon, plus qu'à me remettre à mes traductions et autres scénarios en retard. Ce tas-là, à gauche du bureau, c'est celui des "urgent depuis longtemps". Ep...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Compte à rebours avant Apocalypses : 31 jours

Hop, je viens d'avoir la date officielle pour la sortie d' Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps , mon prochain bouquin à paraître chez les Moutons électriques. C'est pour le 6 novembre prochain. Du coup, je vous en rebalance un petit extrait : Ce qu’on appelait l’esprit "fin de siècle" dans années 1990, en le considérant comme un mal transitoire, se retrouve à perdurer sous une forme plus appuyée encore : l’approche de l’an 2000 avait remis sur le devant de la scène le discours millénariste et commencé à le banaliser, l’automne 2001 lui donne un impact dans un monde séculier qui chercher à se déséculariser, à reprendre une place cosmique dans un plan divin. Les groupes de pression fondamentalistes de toutes obédiences ont trouvé des caisses de résonnance dans la société. Si le phénomène n’est pas nouveau, il prend ces dernières années une ampleur assez inédite. En France, des organisations catholiques comme l’Institut Civi...

Beware the blob

La perversion alimentaire prend parfois des allures d'apostolat suicidaire. Que ce soit en termes de picole ou de bouffe, il m'arrive de taper dans le bizarre et de tenter des expériences qui tétaniseraient d'effroi une créature lovecraftienne. Comme on a les amis qu'on mérite, et que j'ai dû commettre des ignominies sans nom dans une vie antérieure, certain de mes amis, camarades et autres proches ont aussi leur bouffées culinaro-délirantes. C'est ainsi que certain libraire sévissant dans une grande enseigne vendant de la culture neuve et d'occasion dans le quartier étudiant de Paris m'a initié à toutes sortes de pickles qui arrachent la gueule et à des boissons polonaises que même les Polonaises évitent de prendre au petit déjeuner. C'est aussi ce douteux personnage (ou un ami commun exilé, je ne sais plus, il y a des traumas que l'esprit humain tente miséricordieusement de brouiller) qui m'avait fait découvrir la pâte à tartiner au spe...

Le banquier n'est PAS votre ami (air connu)

La Crise, vous vous souvenez ? Ça devait entraîner la moralisation du secteur bancaire. On en rigole encore. C'est l'histoire du scorpion qui traverse la rivière, ça. Enfin... Bon, comme tout le monde, je suis bien obligé d'avoir un compte en banque. Et les banques, je m'en méfie pis que de la peste. Parce que la peste, on peut en guérir, Monsieur Fleming (celui de la pénicilline, pas celui de James Bond) y a pourvu. Alors que la banque, c'est un peu moins certain, déjà. Donc, j'ai un compte en banque, dans un établissement qu'on appellera Kesdèpe pour les besoins de la démonstration. Jusqu'alors, je n'avais pas trop eu à m'en plaindre. En plus de dix ans, juste deux incidents à la con dûs (officiellement) à des fausses manipes de grouillots et de stagiaires. Le reste du temps, on me pompait sur les frais de dépassement quand je dépassais, mais ça faisait partie du jeu. Je préférais payer mes chèques un peu plus cher, mais qu'ils passent quan...

Le super-saiyan irlandais

Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball , Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku ).    Le roi des singes, encore en toute innocence. Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dr...