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Mais où sont les neiges d'antan

Ça me fait marrer : à chaque fois, c'est le même cirque dès qu'il neige. On nous présente ça comme une catastrophe nationale parce que trois avions sont déroutés le temps de dégeler les pistes, un train bloqué sur la voie, et que les premiers bus ne roulent pas le temps de saler les axes principaux. Et même quand les bus roulent, les petits malins prennent prétexte de la neige pour ne pas aller en cours ou au boulot.

Et à chaque fois, chaque année, c'est le même chantier. Ce n'est pas, pourtant, comme si la météo ne prévenait pas plusieurs jours à l'avance. Ce n'est pas, non plus, comme si nos contemporains n'avaient jamais vu la neige. Mais non, d'une année sur l'autre, on oublie, ou on se dit qu'on passera au travers des flocons, et puis quand ça arrive quand même, on fait ce qu'on fait de mieux : on râle. Sans rien faire pour arranger les choses cette fois-ci ni les suivantes.

Alors, dehors, on voit les automobilistes rouler au pas parce que la route est couverte d'un centimètre de neige. Et c'est fort satisfaisant, sur les axes où ils se croient généralement tout permis et éclatent systématiquement la limite de vitesse, en temps normal. Et puis derrière, il y a les pisse-froid qui klaxonnent, parce que bon, klaxonner, on se dit que ça permettra de se passer les nerfs en asticotant les nerfs de tout le voisinage. On voit les petites nanas qui, le matin, voyant que ça arrêtait de neiger, sont sorties habillés en mi-saison, et puis qui du coup, font la gueule et grelottent quand ça se remet à tomber, et laissent une piste rigolote dans la poudreuse, quelques traces d'escarpins à talon au milieu de toutes les cannelures dues aux grosses semelles antidérapantes.

Et on gueule à propos de la mairie qui ne fait pas déneiger toutes les rues, et des voisins qui ne déneigent pas tout leur bout de trottoir, mais ces bonnes âmes qui gueulent, les voit-on sortir la pelle pour mettre la main à la pâte ? Ou acheter un petit sac de sable ou de sel à garder dans un coin, juste au cas où ? Ou décider de remiser la voiture pour justement couper par les rues non déneigées, à pied, ce qui leur prendra peut-être même moins de temps pour faire les petits trajets  ?

Et puis ils gueulent que la neige en ville, c'est tout de suite crade, c'est tout de suite moche, c'est tout de suite la bouillasse. Mais c'est tout de suite crade parce que vous essayez de rouler dessus en bagnole, bande de cons ! La neige, ça ne s'apprécie qu'à pied. Mais vu le pourcentage de nos contemporains qui sortent la bagnole dès que le trajet dépasse 500 mètres, forcément, c'est pas facile à piger comme notion.

Personnellement, je coupe à pied par les petites rues, voire je fais un détour exprès par les petites rues. J'adore le bruit de la neige fraîche quand je marche dessus, et la façon dont elle modifie l'espace sonore, affûtant certains sons et en atténuant d'autres. Et puis la neige fait ressortir toute l'imbécilité crasse des gens, leur incompétence face aux phénomène les plus récurrents et les plus banals. Ça les fait un peu vaciller de ces piédestaux intimes qu'ils se bâtissent à eux-mêmes, quand des gens beaucoup moins ramenards vivent dans des coins où il tombe un mètre et ne s'en formalisent pas, et vivent avec, et s'adaptent. La neige est un formidable révélateur des caractères. Rien que pour ça, je l'adore. Moi qui sort somme toute assez peu, quand il neige, je sors plus.

Commentaires

Mamie a dit…
Oui, merci de plaider en faveur de la neige ! Soit dit en passant, l'Anglische moyen considère 10cm de neige comme conditions météorologiques exceptionnelles, et, de fait, râle deux fois plus qu'un Français. Mais que sont devenus les luges, les bonshommes de neige et les igloos ?
Odrade a dit…
héhé je me rappelle Angoulème sous la neige. Et la gérante de l'hôtel qui me dit que sisi, ils ont des machines à déneiger, mais personne ne sait s'en servir.
Faut venir apprendre en Helvétie, les gaulois ! tsss
Oui ce matin encore rock n'roll pour aller au boulot (25 km quand même), mais trankilos, on fait son chemin.


O.

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