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À Baal de guerre

Juste pour ma culture, je me suis mis le nez dans des contes cananéens, extraits de tablettes notamment en provenance d'Ougarit, la ville où aurait été inventé l'alphabet.

L'un d'entre eux concerne Baal, et c'est tellement pas approprié, un dimanche de Pâques... Ou bien ?


Dans l'obscur début des temps, selon la jolie expression de mon recueil, les dieux se demande qui régnera sur le monde. Chose intéressante, il y a déjà un dieu suprême, El, dieu du ciel (oui, si le nom vous dit quelque chose, c'est pas pour rien, il y a eu des fusions par la suite) mais il semble se désintéresser de la question, laissant ses enfants, les dieux, se débrouiller entre eux.

Yam, dragon de la mer (oui, contrairement à ce qu'on croit, le dieu de la mer n'est pas Dagon, qui semble plutôt lié, dans la région, à la culture et aux moissons) prend le pouvoir et se montre tyrannique, imposant des tributs exorbitants non seulement aux habitants de la terre, mais également aux dieux, quelle audace !

Finalement, Baal, qui était de toute façon sur les rangs pour être maître du monde, se propose pour se débarrasser ce de rival. Comme il n'est pas sûr de lui, il se fait aider et on lui donne deux massues qui retournent à l'envoyeur lorsqu'elles ratent leur cible, Mjolnir style.

Après quelques tentatives plus ou moins réussies, il parvient à démolir Yam. Par la suite, histoire d'affirmer son statut, il se fait construire un palais. Curieusement, il demande à ne pas avoir de fenêtres au départ, de peur que Yam ne revienne.

Puis il prend conscience que Mot, le dieu de la mort et des enfers, est un sérieux prétendant. Il s'en va le défier, mais on ne vainc pas la mort. Il se retrouve prisonnier du monde d'en-bas. Lorsqu'il parvient à en sortir, et à restaurer la pluie sur terre (oui, le coup des massues montre bien qu'on est face à un dieu de l'orage), il s'arrange pour un partage du pouvoir. Le monde est en ordre, les affaires peuvent reprendre.

Plusieurs trucs sont intéressants là-dedans : on a une répartition des pouvoirs qui est celle d'une triade cosmique comme celle des Grecs :  ciel, mer, enfer, Zeus, Poséidon et Hadès, donnant la primauté au détenteur de la foudre. C'est un signe que les motifs mythiques circulent pas mal. Notons qu'Ougarit tombe à peu près en même temps que les grandes cités grecques de l'âge du bronze mycénien, à l'époque des Peuples de la Mer et au moment où les anciens situaient la guerre de Troie.

Autre truc amusant, l'histoire de Baal en enfer, ressemble pas mal à celle de Perséphone, mais avec ce twist qu'il n'épouse pas le dieu de la mort. Sa résurrection au printemps (oui, je vous disais que c'était pas si idiot d'en parler à Pâques) a la même valeur que celle de la déesse grecque.

Par ailleurs, le combat contre le dragon aquatique renvoie à Marduk contre Tiamat et à El/Yahweh contre Léviathan. Pas de coïncidence ici, on est dans le domaine sémitique classique. 

Bref, plein de choses intéressantes dans ces tablettes... 

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