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État des lieux

 Intéressant de voir que, dans pas mal de scénarios de prospective*, on est face à des situation d'effondrement des états suite à des mises en tensions par des facteurs divers. De fait, on en est témoins au jour le jour, la notion d'état comme structure notamment administrative assurant toutes sortes d'équilibrages sociaux est sous tension, surtout d'ailleurs pour des raisons idéologiques visant à dépouiller le pouvoir des responsabilités qui vont avec. Et, d'un côté, on critique à longueurs de chaînes info l'état Léviathan qui se mêle de tout et coûte cher, et d'un autre, les mêmes personnes semblent terrorisées à l'idée de la disparition du régalien, de l'armée et de la police, bras armés du même état.

 


 

Toutes les violences policières et les comportements néo-coloniaux sont justifiés par cette peur. On veut l'état pour taper sur les classes dangereuses, avec une démultiplication de la surveillance de celles-ci au mépris du droit, mais on s'offusque quand celui-ci fait son travail et contrôle qu'il ne se fasse pas dépouiller par des entreprises, édiles et autres profiteurs bien installés dans les rouages. Ceux-là même qui travaillent activement à déglinguer toutes les sécurités pour lesquelles vous cotisez, genre retraites, chômage et autres. L'état, à leurs yeux, est là pour défendre leurs privilèges, point à la ligne. Intéressant de voir, parmi eux, ceux qui ont le mot "Républicain" en permanence à la bouche, sans définir jamais ce qu'il signifie (spoiler : ce n'est pas toujours démocratique).

Ce qui est intéressant, c'est qu'un effondrement complet de l'état, Mad Max style, ce n'est jamais vraiment arrivé**. Même à la fin de l'empire romain, la plupart des royaumes barbares ont mis directement la main sur les administrations locales, et les ont mises au travail à leur profit. L'état changeait de mains et de périmètre, mais la notion d'état ne disparaissait pas. On ne retombait pas dans la pure anarchie.

Mais quand on y réfléchit, l'effondrement de l'empire romain a rapidement conduit (en quelques siècles quand même) à l'établissement d'un autre système qui délocalisait pour partie les prérogatives de l'état. Système qui reposait pour partie sur le servage (mis en place, si je me souviens bien, par Dioclétien, c'était une institution romaine tardive visant à parer à l'exode rural qui mettait en péril l'approvisionnement de l'empire en céréales).

Bref. Réduire le périmètre de l'état à ses fonctions les plus répressives, c'est essayer de remettre en place une forme de féodalité. Ce qui est rigolo (ou pas) c'est qu'à chaque fois, c'est sous prétexte de mise à jour du système, de "modernisation". Ces gens trichent avec les mots, tout le temps.


(Incidemment, cette note que j'avais commencée y a quelques mois, puis mise de côté faute de temps, sort au moment où Urban Comics annonce la réédition de Lazarus, comic book de politique fiction et d'anticipation signé Rucka et Lark, dont j'assure la traduction, et dont c'est précisément le sujet)


*J'ai récemment pas mal bossé sur des scénarios de ce genre dans le cadre d'ateliers de prospective, justement.

**à part peut-être à la fin de l'Âge du Bronze, et encore : les gros états, type Égypte ont tenu, parfois au prix d'un remplacement de leur élite.

Commentaires

Andre-Francois a dit…
Pssst, ça s'écrit l'État avec un É majuscule :-)
Alex Nikolavitch a dit…
on reconnaît l'obsession de certains pour l'usage des majuscules !

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