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Writever juin, part 1

 Bon, après un passage à vide dû au surmenage, j'essaie de me remettre aux Writever. Le thème archéologique de cette session devrait m'inspirer un peu.


1.
"Avec des silex, on pourrait mettre Paris en bouteille"
C'est ce que répétait toujours Ouglouk à son clan auquel il avait enseigné l'art de la taille. Ils n'y comprenaient pas grand-chose, mais ils devaient reconnaître que ses bazars étaient utiles. On le laissa continuer à raconter n'importe quoi pendant un temps.

 

2.
Le célèbre archéologue Heinrich S. avait tendance à falsifier ses rapports. Dans le métier, on disait qu'il avait tendance à appâter le gogo en lui faisant prendre des vestiges pour des lanternes.

 

3.
Les Mohichas avaient poussé très loin le concept d'art pariétal. Plutôt que de peindre aux murs des cavernes, rares dans leur région, ils peignaient à l'intérieur des crânes de victimes sacrificielles. Passer par le trou de l'occiput pour œuvrer demandait de la dextérité, et admirer le travail terminé un œil acéré.
Mais leurs terribles divinités savaient. 

 

4.
Il y a toujours eu des archéologues plus ou moins scrupuleux, jetant l'opprobre et ternissant la réputation d'une profession exercée normalement, et dans des conditions spartiates, par des gens honorables.
Bellocq, par exemple, s'en mettait plein les fouilles.

 

5.
Normalement, tomber sur un os ne devrait pas représenter un problème pour un paléontologue. Sauf si l'os est visiblement celui d'une créature contrefaite et gigantesque venue d'autre dimension, et qu'il porte des marques fraîches de dents plus monstrueuses encore.

 

6.
Pendant longtemps, ils avaient cru que les pillages nocturnes de leur chantier de fouilles étaient le fait de bédouins avides. La seule sentinelle laissée sur place, un soir, fut retrouvée déchiquetée. Une nuit de pleine lune, on plaça des guetteurs équipés de jumelles sur la falaise surplombant les lieux.
Ils découvrirent que les pillards n'étaient autre que les momies du site, se réveillant sous l'influence des étoiles.

 

7.
Selon un sondage, 74% des momies regrettent d'avoir subi le processus. 30% aurait rétrospectivement préféré la crémation, 20 % l'inhumation et très curieusement, le reste évoque l'immersion, alors que ce pays était essentiellement un désert. Mais peut-être était-ce par goût de l'exotisme.


8.
"Elle est tombée, la ville puissante, la colère de l'Eternel s'est abattue sur elle en raison de son impiété, et il n'en reste que ruines"
Ce texte antique avait enflammé l'imagination des archéologues amateurs, qui s'en étaient allés chercher la mythique cité, objet de la haine inextinguible des prophètes.
Ils ne trouvèrent pas grand-chose. On mit en doute la véracité de l'Ecriture.
et puis, une fois de plus, les professionnels cassèrent le rêve : à l'époque où était censé régner le terrible et sanguinaire roi Metonphalzar II, sa capitale ne pouvait être qu'une bourgade de 20 ou 30000 âmes tout au plus. En fait, on en avait même retrouvé les vestiges 50 ans auparavant, mais ils n'avaient impressionné personne.

 

9.
Dakota Williams, le célèbre archéologue aventurier, souffrait d'une faiblesse fort handicapante : une allergie carabinée aux pollens. C'est pourquoi il ne partait plus en expédition entre mars et juin, depuis qu'il avait failli y laisser sa peau en éternuant sur une idole posée sur une dalle sensible aux vibrations. 


10.
Les archéologues de l'ère post maritime avaient pas mal catalogué toutes sortes d'objets curieux de la période précédant l'effondrement. Notamment ce qu'ils appelaient "biface", une galette de vinyle généralement noire à la surface texturée et à l'usage mystérieux, peut-être rituel.
Lorsque l'on décrypta enfin l'écriture de l'époque, on découvrit que le mot "biface" était souvent employé dans certains textes. Il fallut un siècle aux philologues pour comprendre qu'on ne parlait pas du tout de la même chose, mais de vestiges plus anciens encore.


11.
Lorsqu'on parvint enfin à déchiffrer les glyphes curieux retrouvés dans les ruines, on découvrit la richesse de la mythologie de l'époque précédent l'effondrement. méritocratie, ruissellement, probité des élus, on devinait des métaphores complexes sous l'absurdité foncière de ces histoires.
Puis on comprit que la population y croyait vraiment, et le mystère de la fin de cette civilisation dispendieuse fut enfin résolu.


12.
Une fois encore, un illuminé publia un compte-rendu extatique sur la découverte d'une strate alluvionnaire qui représentait à ses yeux la preuve tangible du déluge biblique.
Une étude a alors décidé de dater toutes ces strates trouvées dans tous les coins du monde, et en a conclu que le déluge avait lieu tous les douze ans en moyenne depuis 5000 ans.


13.
Il fallut du temps pour identifier ces objets comme des statuettes, et plus longtemps encore pour comprendre ce qu'ils représentaient exactement. Ce fut lorsqu'on se livra à une analyse ADN poussée des restes Fomahliens sur la base de plusieurs échantillons retrouvés lors de fouilles, puis qu'on en clona un, que l'on saisit la nature du problème : de structure asymétrique et très étrange, au dimorphisme sexuel la rendant encore plus exotique, les indigènes de la planète en avaient encore exagéré la forme sur leurs oeuvres d'art. Quoique l'on ignorât si les objets représentaient des mâles ou des femelles, et même si la notion avait un sens chez eux, on baptisa ces trouvailles "Vénus fomahliennes".


14.
Tous les vestiges ne tiennent pas dans le temps, ils ne supportent pas tous les sols, toutes les conditions. Une fois exhumés, on tente de les garder sous atmosphère protectrice, mais encore faut-il que les aléas de l'histoire ne viennent contrarier cette conservation.
Le "Grand Merdier", comme on en est venu à appeler la période commençant au 21e siècle de l'ancien calendrier, a produit une amnésie vestigielle. On parle de passé décomposé.


15.
Elfes, nains, blouzouks et trolls s'étaient lancés dans une course contre la montre pour arriver les premiers à l'épave du Reine des Océans, mythique navire ayant sombré avec à son bord la légendaire épée de Zebheule, censée ramener la paix dans ce monde. Le sorcier Bandapar était satisfait d'avoir lancé la fausse rumeur : ces factions s'entretueraient, et la paix serait faite.


(note, je ne le fais plus que sur Mastodon, qui est plus confort pour ça)

Commentaires

@now@n a dit…
C'est chouette comme façon de les compiler !
Alex Nikolavitch a dit…
c'est ce que j'avais commencé à faire quand je les faisais sur Twitter. Mais l'hiver ayant été éreintant, j'avais lâché le truc.
Je dois avoir encore un bout de machin avec une douzaine de micro-textes dans la partie en attente du blog...
Lledelwin a dit…
'2 Le célèbre archéologue Heinrich S'

AH ! I understood that reference ! (souvenir d'un article sur le bonhomme qu'on pourrait résumer par "le gars était totalement mytho, il prétendait dans son journal avoir échappé belle au grand incendie de San Francisco et aux combats de la révolution cubaine, ON SAIT qu'il était pas sur place, et il avait aucune raison de bidonner sinon pour se faire mousser ! Alors bon, le récit de la découverte du trésor de Priam, hein... Pincettes de taille XXL !)
Alex Nikolavitch a dit…
Oui, c'était un fion parfaitement gratuit de ma part. content que les lecteurs le repèrent.

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