Accéder au contenu principal

Retrouver le goût de l'absence

Normalement, à cette période, je devrais être en train de préparer mon séjour en Charentes. Cette année, ça faisait depuis au moins la rentrée que je le savais : y avait peut de chance que j'y aille. La situation au niveau de l'organisation du Festival d'Angoulème ne faisait que dégénérer chaque jour un peu plus et, si on n'avait jamais été dupes de son attitude vis à vis du tout venant des auteurs, on se retrouvait pile sur cette ligne de crête où il suffit d'un caillou mal placé pour que tout bascule d'un côté ou de l'autre.

Hommage aux consoeurs qui, en menaçant de ce qui est devenu le "girlcott", ont permis à l'asso FIBD et à 9e Art de montrer frontalement leur vrai visage et l'étendue de leur mépris. Dès lors, le rejet a été massif. Lorsque les éditeurs ont annoncé soutenir le mouvement (dans les faits, ils en prenaient surtout acte et voyaient bien qu'ils avaient tout intérêt à lâcher l'affaire plutôt que de s'emmerder à monter des stands vides), c'était terminé.

Lorsque tout le monde s'est mis à pleurer du manque à gagner économique, il a été facile de démontrer que les seuls pour qui ça ne changeait rien de ce côté étaient les auteurs (depuis que les confs du conservatoire ont été supprimées, en ce qui me concerne, le festival était même une charge financière, et même lorsqu'elles me finançaient une partie du week-end, elles étaient payées en dessous du tarif de la Charte, d'usage dans ce genre de prestations, et n'étaient pas défrayés) (et ce n'est que mon exemple à moi, j'ai toujours réussi à pas trop mal m'en tirer)*.

Depuis des années, le CNL conditionne l'obtention de ses subventions à une rémunération au moins symboliques des auteurs présents, mais le festival et plusieurs éditeurs ont lutté contre pied à pied. Un calcul rapide montre que ça représenterait un budget de 3 à 400.000 balles grand maximum pour beaucoup, beaucoup de monde (environ 1700 auteurs présents en moyenne par édition). Ça a l'air beaucoup? C'est moins d'un quart du budget d'édification des chapiteaux, et à peu près à jeu égal avec ce que coûtent les agents de sécurité, pourtant considérablement moins nombreux. Ce serait intéressant de savoir ce que coûte à l'année le patron du festival à lui tout seul.

L'intéressant, derrière, c'est que les auteurs ont pris conscience de leur pouvoir. Une fois soudés et organisés, ils tiennent le truc, alors que cette profession est par construction atomisée et individualiste. Pas mal de gens se démènent dans l'ombre dans nos instances syndicales et souvent y laissent leur santé et leur carrière. Y a plein de dossiers sur lesquels on devrait être plus offensifs (les pouvoirs publics nous savonnent souvent la planche, d'ailleurs, comme sur la gestion du régime complémentaire, dont on est squeezés dans les faits).

Toutes raisons qui m'ont conduit il y a des mois déjà à faire une croix sur l'édition 2026, bien avant son annulation. Dans le doute, j'avais quand même déplacé un atelier qui risquait de tomber ce week-end, mais c'était par acquit de conscience.

Depuis, un festival off, pirate, s'est organisé sur les ruines du précédent, s'appuyant de tous les acteurs qui n'étaient pas directement liés à l'orga. Magelis, Espace Franquin, médiathèque et j'en passe. Il y aura des auteurs, des stands, des expos, mais une autre ambiance, qui devrait ressembler un peu plus à un vrai festival et un peu moins à une foire aux bestiaux. Je salue les confrères, consoeurs, copains et copines qui y seront. D'autres trucs sont organisés dans plein de villes de France pour marquer le week-end. Pour ma part je passerai à Ground Control ce dimanche, à Paris Gare de Lyon.

Les Festival d'Angoulème tel qu'on le connaissait a vécu. Personne ne peut encore imaginer à quoi ressemblera l'édition 2027. L'ancienne orga s'accroche encore au truc mais s'est cramée toute seule à coups de déclaration d'une arrogance et d'un déni de réalité qui ferait passer Macron pour un vieux sage.

Peut-être que c'est l'occasion de me sevrer, sait-on jamais ? Y a plein de petits salons locaux bien plus sympas, après tout, que leurs organisateurs ont bien plus de mal à mettre en place (encore récemment, des gens que je connais ont un mal de chien à renouveler un chouette événement parce qu'il manque 10.000 euros).

Bien sûr que j'ai attendu en frétillant le dernier week-end de janvier pendant des années, des décennies, même. Ces colonnes se sont annuellement fait l'écho de mes aventures là-bas. Je ne regrette rien, d'ailleurs. Rien. Pas même le FIBD tel qu'il existait, m'aperçois-je en écrivant ces lignes.

 

 

 *En ce qui concerne les conférences, les choses s'étaient lentement dégradées de ce côté et je peux en parler maintenant, du coup. Fut un temps où les plus importantes étaient données deux fois, parce qu'on refusait trop de monde sinon. Puis l'orga s'est étonnée sur le ton du "pourquoi payer deux fois la même conférence?" On a donc arrêté de dédoubler après discussion avec notre coordinateur, qui était atterré comme nous. Quitte à refuser autant de monde qu'on en laissait rentrer. Puis les plages horaires ont été réduites, pour faire place à "des événements qui attirent plus de monde" (démontrant ainsi que l'orga nous méprisait tellement qu'elle n'allait même pas voir comment ça se passait concrètement. Ma dernière conf n'a jamais été payée, malgré deux relances, mais le fait est, fallait chaque année que je vérifie qui s'en occupait, parce qu'au-dessus du coordinateur, que je salue et ne remercierai jamais assez de m'avoir embarqué dans ce qui a quand même été une chouette aventure, on avait affaire à des administratifs qu'on ne connaissait pas, aux identités floues et changeantes. L'année suivante, ils n'ont pas recontacté le coordinateur. On ne lui a pas dit que c'était fini, hein, on ne l'a pas recontacté.

Ça, c'est mon petit bout de la lorgnette. Mon expérience perso. Mais elle recoupe celle de plein de petits éditeurs, d'intervenants divers, de prestataires, de tous ces gens avec qui j'ai pu causer. Tout le monde encaissait ça comme un mal nécessaire. Le Girlcott a montré que les plus nécessaires dans l'affaire, c'étaient nous et pas eux, et que l'empereur, une fois de plus, était nu.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le retour

Bon, c'était en discussion depuis quelques mois, mais ça y est, c'est officiel : Eschatôn est de retour, plus de dix ans après sa première édition, aux éditions Askabak . Eschatôn , c'est pour ceux qui n'auraient pas suivi mon premier roman publié, y a plus d'une dizaine d'années maintenant, un truc bizarre mêlant guerre sainte spatiale, créatures lovecraftiennes et considérations sur la foi et le savoir. C'est une édition révisée, d'ailleurs. J'ai passé un peu de temps à en corriger le style, à virer des coquilles qui étaient restées dans le bouquin final et me chagrinaient depuis et à assouplir quelques jointures du récit qui étaient un peu raides. C'est essentiellement cosmétique : fondamentalement, il s'agit du même bouquin. À un moment ou beaucoup de mes trucs sont devenus introuvables, ça fait quand même plaisir d'en revoir certains revenir. Un peu avant, chez le même éditeur, vous verrez passer aussi ma nouvelle La nuit en Kitek ,...

Muses

 J'ai encore bougé pour des raisons familiales, mais ça n'empêche pas de se poser, des fois. Là, j'allais voir des frangins à Rouen, on avait à causer, mais ça n'a pas empêché l'un d'eux de me faire découvrir le Musée local des Beaux-Arts. Ça doit faire une petite quatorzaine d'années, je dirais, que je passe de temps en temps en ville et je n'avais jamais eu l'occasion encore de découvrir l'endroit. J'ai amèrement regretté de ne pas y être allé plus tôt. Primo, c'est gratuit, donc c'est fin con de s'en priver, deuzio y a des merveilles. Ah, et tertio, il est en travaux, donc certaines oeuvres n'ont pas leurs cartons et d'autres sont inaccessibles pour l'instant. Pas grave, je reviendrai. Je suis depuis longtemps partisan de voir les oeuvres en vrai chaque fois que possible, que ce soient des tableaux, des sculptures, des originaux de BD. Bien sûr, une oeuvre forte le reste même en photo ou en reproduction, mais la me...

Annonce importante

Vous aurez peut-être vu passer les nouvelles sur la fin de Makassar. C'était un distributeur de livre, spécialisé dans les petits éditeurs. Ils ont permis la mise à disposition aux libraires de cinq des miens, dont mes biographies chez 21g, celles de Lovecraft, Disney et Gagarine (plus des trucs que j'avais traduits). En tombant, ils laissent des ardoises parfois imposantes chez pas mal de petits éditeurs dont certains n'y survivront pas. Un distributeur indépendant qui disparaît, des éditeurs indépendants qui disparaissent, c'est encore une victoire pour les gros requins qui essaient de mettre la main sur la totalité du secteur culturel et dont les piles omniprésentes de bouquins ineptes torchés par des fils à papa ou négrés pour des débiles légers exhibées dans toutes les gares et toutes les grandes surfaces culturelles ne nous donnent qu'un avant goût. Dans le même temps, même des gros groupes de librairie sont à la peine (plutôt que de faire leur boulot de libra...

The road to the War Zone

Il m'arrive parfois de mettre le nez sur la provenance gougueule de mes lecteurs : le système de ce blog me permet en effet de savoir quelles requêtes gougueule ont amené ici les gens qui ne me connaissaient pas (parce que les gens qui me connaissent ont depuis longtemps l'adresse de la War Zone, vous vous en doutez*). Et à chaque fois, je suis surpris, et souvent atterré. Que "Alex Nikolavitch" ou "War Zone" (mais parfois, visiblement, il s'agit de gens cherchant des infos sur la suite d'un jeu vidéo, je crois) ou Crusades caracolent en tête des requête, c'est un peu normal. Fulchibar aussi (si vous ne savez pas ce qu'est le fulchibar, ne vous en faites pas, nous non plus, mais c'est justement à ça que tient le concept) (et puis le fulchibar, ça ne s'explique pas. ça se vit). Les noms de personnalités évoquées dans ces pages servent aussi de point d'entrée, comme Vlad Drakul, Frédéric Lefebvre, Makhno, Tesla ou Crowley. C'est...

à Angoulème en dédicaces

Le festival d'Angoulème approche, c'est pour la fin du mois. Il faut commencer à s'organiser. Alors si vous avez un agenda,  notez donc ça : En plus de mes passages au stand des éditions La Cafetière, bulle New York, je serai en dédicaces sur l'espace Champ de Mars au stand du MOTIF. Vendredi 27 de 17 à 19 heures Samedi 28 de 14 à 16 heures Dimanche 29 de 12 à 14 heures Venez nombreux !

Le nouveau Eastern

 Dans mon rêve de cette nuit, je suis invité dans une espèce de festival des arts à Split, en Croatie. Je retrouve des copains, des cousins, j'y suis avec certains de mes rejetons, l'ambiance est bonne. Le soir, banquets pantagruéliques dans un hôtel/palais labyrinthique aux magnifiques jardins. Des verres d'alcools locaux et approximatifs à la main, les gens déambulent sur les terrasses. Puis un pote me fait "mate, mec, c'est CLINT, va lui parler putain !"   Je vais me présenter, donc, au vieux Clint Eastwood, avec un entourage de proches à lui. Il se montre bienveillant, je lui cause vaguement de mon travail, puis je me lance : c'est ici, en Dalmatie, qu'il doit tourner son prochain western. Je lui vante les paysage désolés, les déserts laissés derrière eux par les Vénitiens en quête de bois d'ouvrage, les montagnes de caillasse et les buissons rabougris qui ont déjà servi à toutes sortes de productions de ce genre qui étaient tellement fauchées ...

Mouk mouk

Vous savez probablement ce que c'est qu'un Alpha Male. Le Alpha Male, dans une meute, c'est ce qu'on appelle le mâle dominant, le boss, le capo. C'est le plus super viril que les autres ils ont peur de lui et lui laissent les gonzesses. Ça existe chez les loups, les chiens, les chimpanzés et semble-t-il, les hommes. Le Alpha Male n'a pas forcément grand-chose de plus que les autres, à par le fait d'être reconnu comme tel par les autres. C'est comme ça qu'un nain inculte peut devenir président, par exemple. Il a juste besoin d'être Alpha Male ou d'arriver à le faire croire. C'est quasi magique. Bon, c'est simple, en fait, ce truc de Alpha Male. Ce qui l'est moins, c'est ce que j'ai vu au cul du camion. Pardon, sur le côté du camion. Enfin bref. Ça m'a plongé dans des abîmes de perplexité, en tout cas. C'était un gros camion, un trente tonne qui fait peur, genre un peu Alpha Bahut sur les bords, quoi. Et sur le côté ...

Le point sur les traductions

Bouclé pas mal de trucs dernièrement. J'ai envoyé un Young Avengers , par exemple, et le tome 2 de Prototype (avec de vrais morceaux de Mathieu Doublet dedans, et je vous jure que je n'y suis pour rien). Et puis je continue à faire du Star Wars . Là, je boucle le tome 8 de l'intégrale Spawn (encore un beau pavé, celui-ci), et je m'arrache les cheveux sur certains passages de The Mystery Play , de Grant Morrison (et je propose, comme titre français, le Mystère des mystères ). Pas repéré d'autres sorties que celles que j'avais mentionnées dernièrement. Mais j'ai touché mon exemplaire de Wormwood 2, Ça fait mal quand je fais pipi… , que je recommande à tous ceux parmi vous qui n'ont pas une âme sensible. à la réflexion, à tout ceux qui n'ont pas d'âme, tout court. c'est plus prudent. si vous en avez une, la lecture de ce truc risque d'y occasionner quelques dégâts.

Space jesuit ecolo on the run !

Dans mon rêve de cette nuit, j'étais un Jésuite de l'espace chargé d'étudier l'écologie d'une planète nouvellement découverte. Sauf que des colons avaient accidentellement introduit des espèces terriennes et étaient en train de bousiller l'écosystème, du coup. Au camp de base numéro 4, je me souviens distinctement avoir expliqué à un cosmonaute "les charmes et les lapins se sont magnifiquement adaptés, hélas". Le tout dans un décor insolite et grandiose de forêt extraterrestre dont des morceaux commençaient de plus en plus à ressembler au bois de Meudon, me demandez pas pourquoi. Le truc, c'est qu'en me réveillant, il me semble que cette histoire de jésuite écolo n'est pas qu'une production enfiévrée de mon esprit malade. Il me semble avoir lu un roman de SF dans le genre. J'ai de bons souvenirs du Cas de Conscience de James Blish, du père Carmody créé par P.J. Farmer,et il y a des jésuites dans Hypérion de Dan Simmons. Je précis...

The sound of Seznec

Ce matin, j'étais sur Paris. J'avais des boulots à rendre, et puis j'en ai profité pour me reprendre une paire de bottes, parce que bon. Et dans le métro, il y avait des grandes affiches 4x3 pour la nouvelle superproduction historique de Robert Hossein. Bon, il y avait aussi d'immenses affiches 4x3 pour un concert à Bercy d'un certain Michael Bublé, dont j'ignore totalement ce qu'il chante, ce qui fait que bon, je ne vais pas en parler, je note juste que la pub, dans ces conditions, s'apparente à ce qu'on appelle "bruit" en théorie de l'information. Le "signal". est perdu, le message est non signifiant. Alors que Robert Hossein, je connais. Il a fait du chemin depuis qu'il jouait l'ignoble commissaire Rosen dans Le professionnel . Maintenant (bon, depuis une bonne vingtaine d'années, si ce n'est plus, j'ai perdu le compte), il se refait des grandes controverses historiques. Fallait-il couper la tête à Jeann...