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Micro-ondes positives

 Bon, j'en remets grassement une couche sur l'anthologie Marmite & Micro-ondes, consacrée aux cuisines imaginaires (de science-fiction, de fantasy, d'horreur, etc.), réunie par Olivier Gechter et Vincent Corlaix, aux éditions Gephyre, et dont le financement participatif est en cours pour encore deux semaines.

Y a une super brochette d'auteurs dedans, et c'est en leur nom à tous que je fais un peu de forcing, parce que j'ai bien envie de lire leurs contributions (oui, cette note de blog est bassement intéressée). Histoire de vous faire un peu saliver, je vous donne un extrait de ma propre contribution, intitulée "Cuisines de la Terre Lointaine" (oui, l'hommage a Clarke est appuyé, et alors, tu vas faire quoi ?) :



Tonio eut soudain envie de voir le ciel. D’une ondulation experte, il se propulsa vers la baie.

« Hal, ouvre le rideau, s’il te plaît. »

Les moteurs se mirent en marche et le lourd volet métallique en branle, dégageant l’espace devant l’épaisse vitre blindée d’un mètre sur deux. Enfin, l’extérieur devint visible, tourbillons d’ocre et de bruns se lovant lentement autour d’un immense ovale rouge orange sombre. Tonio sourit. Il avait tellement intériorisé le rythme auquel tournait la station qu’il savait d’instinct quand elle ferait face à la Grande Tache Rouge. Jupiter se déployait devant lui dans toute sa colossale splendeur. Il ne se lassait pas du spectacle.

« Hal ? Smoothie de protéines, arôme 438-B, s’il te plaît. »

Le distributeur vrombit. Tonio donna une poussée de son immense main osseuse sur la vitre, cueillit le récipient dans son alcôve puis, de son pied longiligne, redonna une poussée sur la paroi pour se propulser à nouveau vers la baie. Elle avait déjà commencé à légèrement s’obscurcir. Tirant sur sa paille, il absorba quelques gorgées de l’épais liquide. L’arôme couvrait parfaitement la légère amertume des levures. Il claqua de la langue, appréciant les notes de traîne presque charbonneuses. Il l’avait toujours aimé, celui-là. C’était l’un de ses premiers.

La baie était désormais à demi-opaque. On ne distinguait plus que des formes mates, sans la richesse des couleurs joviennes. Il donna l’ordre à Hal de refermer les volets. Il avait beau savoir que cette propriété du verre le protégeait des radiations insensées émises par la magnétosphère de la géante gazeuse, il en ressentait toujours une terrible frustration. Le spectacle majestueux le faisait vibrer. Le reste du temps, on ne pouvait contempler que le piqueté froid des étoiles, ou la surface grise de Callisto, quelques centaines de kilomètres plus bas.

 

Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Et à ceux qui se seraient posés la question hier, ouais, je me suis planté sur la date d'Halloween, à croire que le confinement est déjà en train de me péter la notion du temps aussi violemment que la fois précédente. Bon… Prenez soin de vous…
 

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