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La vie moderne

 Gros travaux en ville par chez moi. La rue principale est bloquée. Alors, par rue principale, il faut bien comprendre que la ville est ancienne et que cette artère a été tracée au moyen-âge, bien avant la construction du donjon millénaire (ou presque, à une vache près) qui surplombe le quartier. C'est à dire qu'elle a été conçue pour les charrettes à ânes.

 



Depuis des années, comme c'est un passage quasi obligé pour rallier la grande artère nord-sud qui traverse toute la commune, et qu'en plus c'est LA rue commerçante à 3 km à la ronde, les municipalités successives ont tout tenté pour fluidifier le machin. C'est en sens unique, mais il y a des camions de livraisons et des bus qui l'empruntent, et il suffit dès lors d'un type garé un peu de travers pour générer un bouchon de trois à quatre kilomètres derrière. Je vous jure.

Et puis là, nouveau plan de circulation et on en profite au passage pour changer une partie du réseau de flotte qui datait de... Personne ne sait, mais quelque part entre l'invention du silex et celle de la machine à vapeur me semble être bonne estimation.

Du coup, seule la moitié de la rue est praticable (et faut le dire vite) jusqu'à une rue transversale qui permet de repartir en arrière. Ça fait une boucle et ça donne accès à un parking tout neuf.

Depuis un mois et demi que c'est le cirque, on pourrait croire  que les gens sont habitués et font un détour, hein ? Eh bien ils continuent de s'enquiller à toute blinde dedans, après avoir bombé sur le quai (qui est en ville d'un côté, mais comme de l'autre côté c'est le fleuve et les arbres, il y a plein d'idiots qui croient rouler sur une route de campagne et foncent) pour se retrouver comme des cons à leur point de départ. Après avoir zigzagué, parce que même si le stationnement est interdit et qu'il y a des panneaux partout, plein de gens n'ont pas l'air d'avoir eu le mémo.

Bref, les deux derniers que j'ai vus bomber et aller s'enquiller dans la boucle, ils roulaient en Audi. Vous me direz, c'est cohérent, on reste sur la charrette à ânes, en fait.

Je me dis, encore heureux que c'est en été, vu qu'en hiver, cette rue est un véritable enfer sur terre de base, même en l'absence de travaux.

Là, je l'ai empruntée à pinces (parce qu'entre boire et conduire, vous savez que j'ai choisi y à très longtemps) pour me rendre à la Poste, tout au bout de cette venelle plus défoncée qu'un Iggy de calibre réglementaire.

Là aussi, grands travaux : ils ont encore changé les automates pour peser le courrier et vendre les timbres.

Le nouveau modèle vend en effet les timbres, mais plus comme avant. Avant, vous sélectionniez "carnet de timbres" sur le petit écran, vous payiez, et hop, votre carnet de timbres tombait dans la petite escarcelle, tel un paquet de chips au distributeur de malbouffe de la gare.

Maintenant, le menu vous donne "vignette à l'unité" et "autres produits". Et dans "autres produits" un prompteur pour taper le code du produit (pas le nom, non, un code numérique) mais il vous propose aussi d'en passer le code barre.

Je m'enquiers de la chose auprès d'un préposé, qui va me chercher le carnet dont j'avais besoin à l'autre bout de la salle, sur un petit présentoir mal foutu. Je lui sors ma carte pour le payer, il me fait non, me ramène au distributeur. Il passe le code barre du carnet, je paye, le préposé me tend le carnet.

J'avoue que là, dans le genre process complètement pété du cul, ça se pose là. Je n'ai rien dit au pauvre gars, qui n'est pas responsable de ce truc qui a été conçu par un consanguin terminal ou un macroniste pratiquant, mais on a encore sauté un seuil dans la merdification générale.


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