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La villa du verre brisé

 Dans mon rêve de cette nuit, j'étais soldat, engagé dans une guerre un peu étrange, évoquant dans son cadre et ses uniformes la difficile unification de l'Italie, mais avec en sus d'énormes dirigeables et d'élégants biplans.


Bien entendu, je n'étais pas avec la crème des pilotes, mais en bas avec la piétaille. Je portais l'uniforme gris de je ne sais quelle faction, et nous combattions des blancs, dont je crois me souvenir qu'ils étaient loyalistes, mais je ne sais pas envers qui ni quoi.

Nous progressions dans un paysage méditerranéen, des pentes couvertes de garrigue, nous réfugiant dès que nous le pouvions derrière les murs de palais et de villas vidés de leurs occupants, nous cachant à l'ombre des haies d'ifs. Le pilonnage adverse semblait tomber à l'aveugle, et nous épargnait peu ou prou. Peut-être visait-il une autre unité, considérée comme plus dangereuse que notre petite bande.

Nous trouvâmes une grande villa visiblement abandonnée dans la précipitation et pûmes souffler un peu. Nous avions un abri, nous nous trouvions sur une hauteur correspondant à notre ordre de mission : remonter nos petites pièces d'artillerie, des sortes de mortiers, et répondre au pilonnage par un autre, en essayant de moucher les canons adverses. Tels que nous étions installés, seul le pointeur s'exposerait, et il fallut tirer à la courte paille pour le désigner. Ça tomba sur un autre type.

Je commençai à explorer les lieux. Le grand escalier intérieur, en marbre, était couvert de gravats. Un impact avait décollé une partie des stucs du plafond. Je tournai sur le pallier. Une femme et son bébé en larmes avaient été laissés derrière, oubliés lors du repli. Elle trembla à mon approche. Elle devait être du camp ennemi. Je la rassurai et lui donnai un peu de mes rations.


 

Puis l'enfer se déchaîna. Nous avions été repérés. Des biplans firent plusieurs passes en mitraillant à qui-mieux-mieux, faisant éclater les dernières fenêtres restantes, labourant les allées du parc devant. Ça hurlait de partout. Par une fenêtre fracassée, je vis une colonne ennemie remonter la route. Ils étaient dix fois plus nombreux que nous. Ils abattaient mes camarades chaque fois qu'ils les rencontraient, même lorsque ceux-ci levaient les mains après avoir jetés leurs armes.

À la hâte, je déboutonnai ma veste d'uniforme. Il y avait beaucoup de boutons. Trop. La femme m'indiqua un coffre où je trouvai un pantalon de jardinier et de grosses godasses. Je me changeai, pris un chapeau de paille, la remerciai et, en bras de chemise, m'enfonçai dans les broussailles du coteau, une espèce de lupara à la main.

Devant la maison, les clameurs s'étaient calmées. Tous mes camarades étaient morts. Quelques avions effectuaient de larges cercles autour de la position. Je courais, courbé, espérant ne pas être vu.

Puis le réveil a sonné.

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