Accéder au contenu principal

L'éternel retour

Roulez, tambours, résonnez, pompettes, l'heure est venue de me livrer une fois encore à mon petit compte rendu du festival d'Angoulème.

Jeudi :
Le temps de finir de donner mes cours du matin, je saute dans un bus, puis un RER, puis un métro, puis enfin le TGV. Quand j'arrive en Charente, Monsieur Vincent, documentaliste du lycée à côté de chez moi, m'attend sur le quai. Je remonte jusqu'à la bulle New York pour récupérer mon badge chez La Cafetière, et je me ruine chez le bouquiniste hollandais près de l'entrée, comme tous les ans. Puis apéro, passage à la soirée d'anniversaire d'un traducteur que je ne nommerai pas pour ne pas faire de pub à Walking Dead, puis je repars avec un barbu marseillais que je ne nommerai pas non plus pour ne pas que vous parliez de "lire, lire et lire" ni de demi-molles, vu que c'est lui qui me loge. Puis tisane (une première au festival, je vieillis) (mais c'était pour évacuer les cocktails consommés en rafale toute la soirée) et dodo. Je m'aperçois en me couchant que j'en ai oublié de dîner.

Vendredi :
Je descends au Champ de Mars avant que ça ne devienne trop délirant côté foule. J'ai quelques personnes à y voir pour organiser des expos, puis je rencontre Russ Braun, dessinateur qui a officié sur The Boys, et qui me dédicace un Jimmy's Bastards. On discute de ma traduction de sa série, et du sens de mots comme "enculé", qu'il a découvert dans la VF. Ravi d'aider à parfaire la connaissance de la langue française de nos visiteurs. I live to serve, tout ça.

Et il m'a dessiné un Idi !


Je loupe la conférence sur les French Comics. Je savais que j'allais être en retard, mais quand j'arrive, l'accès est carrément bloqué. Tant pis.
Puis je monte au conservatoire, où je donne par conférence sur Batman (je suis en ouverture du cycle), et cette année, si la salle est pleine, on n'a pas non plus besoin de refuser de monde. Vérification faite, le programme ne donne pas les noms des conférenciers. Il semblerait que ça a joué.
Repas avec des amis, dans une brasserie toute proche, un moment de détente bienvenu.
Ensuite, rendez-vous boulot et scéance de dédicaces chez La Cafetière. Le soir, apéro, puis deuxième apéro, au cours duquel 21g me file des exemplaires italiens et espagnols de ma BD sur Lovecraft.
Puis cavalcade : je passe une partie de la soirée à chercher un auteur que je dois absolument voir, et j'arrive à chaque fois là où il était cinq minutes après qu'il en soit parti. Au passage, je file un Lovecraft italien à un copain lui aussi italien, quelle coïncidence ! Cette odyssée aura eu le mérite de me faire croiser plein de potes avec qui ne j'aurais pas eu l'occasion de discuter, sinon.
Epuisé, je me couche tôt. Chez Edmond, cette fois-ci.

Samedi :
Là, c'est la grosse journée. Je passe à la somptueuse expo Corben, où je retrouve l'auteur que je cherchais. C'était bien la peine de cavaler, tiens ! Puis un croque à la Maison des Peuples (je recommande, c'est très sympa, pas cher, bien situé), et je retourne dédicacer.
Après la séance, réunion avec un dessinateur danois qui publie prochainement chez un de mes éditeurs, et dont je supervise plus ou moins le boulot (en fait, il s'agit juste de donner un coup de polish technique sur certains codages de sa BD, le bullage, des trucs dans le genre) (ça va être excellent, ce bouquin). Puis re-apéro, galère pour trouver le restau, restau, puis passage au Mercure où je me fais payer des coups.
Le copain italien de la veille a adoré l'album, et surtout me signale que la traduction en est excellente. Ça c'est une bonne nouvelle (la traduction US étant nettement plus discutable) (c'est une malédiction qui pèse sur mes albums publiés en Amérique, à moins que les confrères de là-bas soient juste de grosses tanches, ce qui est possible aussi).

Dimanche :
Petit dèj avec Shong, avec qui j'ai fait un album y a déjà de ça dix ans, bigre ça ne nous rajeunit pas.
Pas assez dormi.Néanmoins, je convoque la force d'aller me faire l'expo Batman. Je signale au passage que, si je n'aime guère les privilèges à la con, là je profite de mon badge coupe-file. Sans lui, j'aurais dû renoncer, vu que je suis attendu en dédicace juste après). C'est complètement délirant, comme expo. Belle scénographie, et des originaux à tomber. Bravo les mecs. Je note avec amusement (en fait, on me l'avait signalé auparavant) que je suis présent sur tous les murs. Le commissaire d'expo a insisté pour que tous les traducteurs soient crédités sous les repros de planches. Qu'il en soit remercié une fois encore.
Puis je remonte à La Cafetière.
Et là, c'est le drame.
Je m'installe. Une personne vient se mettre devant pour faire la queue… mais pas pour moi. Juste après moi, c'est Fabcaro qui vient signer sur le stand. Et les gens arrivent d'avance. La queue s'allonge. L'époque qu'il racontait dans un de ses albums, quand il n'avait personne en signature, est bien révolue. Ça s'accumule devant le stand. Ce n'est pas la peine d'insister, je sais que je ne signerai rien aujourd'hui. Ceci dit, je passe un moment très agréable à discuter avec les premiers de la file, hein. Puis Fabcaro arrive, et je cède ma place. Du coup, je vais faire un petit tour, puis je récupère mon paquetage.
Avec tous les bouquins que j'ai achetés ou qu'on m'a refilé, ça pèse un âne mort. Mais c'est assorti au reste, vu que ma chemise sent l'ours mort, que j'ai des yeux de lapin mort, et probablement une haleine de chacal en voie d'extinction. (ou plutôt en voix d'extinction).
Retourner à la gare chargé comme un bourricot est une épreuve. Je fais une pause pour remanger à la Maison des Peuples, pause bienvenue vu qu'un orage de grêle éclate au moment où je passe devant l'endroit. Ça s'appelle un signe du ciel, ça.
Puis je passe dire au revoir à quelques copains sur le Champ de Mars, je saute dans le train, et me revoilà chez moi.

Lundi :
Ça faisait près de deux décennies que j'avais réussi à éviter de bosser les lendemains de retour d'Angoulème. Aujourd'hui, je n'ai pas cette chance. Je peux vous assurer que ça pique.





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Là tu me vois, là tu me vois plus

 En zappant devant la télé l'autre soir, je suis retombé sur un bout d' Insaisissables ( Now you see me ), un film de prestidigitateurs qui profitent de leurs talents pour monter des braquages audacieux au nez et à la barbe des autorités. Je l'avais vu à l'époque, ainsi que sa suite, et j'avais pas détesté le premier, tout en émettant quelques réserves. Le deuxième, par contre, je l'avais trouvé raté à mort, parce qu'il amplifiait les défauts du premier. C'est en rédigeant cette note que j'ai découvert l'existence d'un troisième épisode, je savais même pas.  Le film est de notre Louis Leterrier national, dont j'ai pas vu tant de trucs que ça. Il a fait des trucs que je trouve plutôt cool et des machins que je trouve insauvables, et puis des trucs que je n'irais même pas toucher avec un bâton (genre un Fast and Furious , mais on y reviendra). Ceci dit, ça me semble être un bon faiseur, genre efficace. Les trucs de prestidigitateurs, à...

L'oncle Jo

Vous l'aurez peut-être remarqué, même si j'en parle assez rarement ici, j'aime bien Joseph Conrad. Les plus attentifs d'entre vous l'auront d'ailleurs repéré dans mes divers suppléments à l'univers du Château des Étoiles, où j'ai réussi à le glisser en douce.  Il a ressurgi récemment (ce midi, en fait) dans le cadre d'une mini-conférence donnée en visio (malgré le fait qu'une fois encore, je sois une quiche en terme de matos son, heureusement, ne me laissant pas abattre par le décès de mon adaptateur USB-C-Mini-Jack, j'ai pu faire le truc quand même), conférence qui était plutôt orientée Lovecraft. Le rapport, me demanderez-vous ? Très ténu. Mais c'est sur ce fil tenu que j'ai tiré à un moment. Parce que je suis comme ça, on me changera pas. Le sujet, c'était l'horreur maritime, un genre que HPL a quand même un peu exploré. Et, à un moment, je comparais celle-ci à sa grande soeur, l'aventure maritime. Dès lors, le nom de ...

T'es OK, t'es Bat

Souvent, lorsqu'il y a des remakes, reprises ou variations sur un thème ancien, d'aucuns s'insurgent à la trahison parce que la nouvelle version ne ressemble pas assez à l'ancienne, ou que les choix de l'auteur conduisent à repenser le fond. Récemment encore, il y a le cas de la série Harry Potter (outre les polémiques entourant la transphobe en chef) qui désarçonne les fans. Précédemment, les nouvelles traductions de Tolkien, en introduisant Bessac à la place de Sacquet, pour toutes sortes de raisons dont de très bonne, ont fait grincer des dents. Très souvent, les débats de ce genre s'enflamment, avec toutes sortes d'arguments qui relèvent d'un phénomène intime plutôt que d'une vérité universelle.  Quand le processus se prolonge, on s'aperçoit que chaque génération a sa version à elle. Plein de jeunes gens ont grandi avec le Superman de Cavill et ne voient pas ce que des vieux cons comme moi trouvent à Christopher Reeves, mais vont tomber à br...

Un bonsoir en passant

Moins de War Zone ces jours-ci, vous l'aurez peut-être remarqué... Il se trouve que la famille s'est agrandie hier (bon, c'est pas exactement une surprise, hein*) et donc que les heureux parents (moi et madame) sont très occupés. Donc moins de vaticinations Warzonesques dans l'immédiat. Je vais essayer de fouiller mes sauvegardes pour vous gratifier ce soir d'un bout de l'Encyclopédie des Connaissances Inutiles, quand même. * la surprise, ce sont les conditions du truc. la clinique était en train de déménager. Je vous ferais bien un topo des opérations, mais vous n'y croiriez juste pas. C'est resté très bon enfant grâce au professionnalisme de tout le monde là-bas, mais, c'était du genre "tiens, y pas de lavabo dans cette salle ?" "non, il n'a pas encore été livré" ou la noria de chirurgiens en tenue qui poussaient des brancards chargés de cartons (je vous jure devant Dieu, je les vu de mes yeux et j'étais à jeun). Mais bo...

Li Bai, ou Li Po

"Le vivant est un voyageur de passage ; le mort, celui qui est rentré chez lui."   Il y a trois poètes que je place au-dessus de tous les autres. Curieusement, ce sont trois pochetrons et trois esprits libres. La ressemblance s'arrête là. L'un était un matheux par ailleurs, un autre un voyou et le troisième un mystique. J'ai déjà dû parler dans ces colonnes d'Omar Khayyam, le Persan qui a un cratère lunaire à son nom, excusez du peu, et de Villon, qui à mon sens a écrit l'une des pages les plus poignantes de la littérature française (et sur lequel j'ambitionne toujours de publier une BD, le scénar est prêt, il ne me manque qu'un dessinateur et un éditeur). Mais je ne crois pas avoir parlé de Li Bai, ou seulement en passant.  À peu près contemporain de Pépin le Bref, Li Bai est un homme au destin en dents de scie. Né en exil (son père était en disgrâce), puis conseiller d'un empereur, puis à nouveau exilé. Il faut dire qu'il avait été recrut...

Night at the opera

Nous vivions à une époque où tout nouveau genre de SF émergent se voit affubler d'un nom en "punk". Le phénomène date bien sûr des années 80 et de l'émergence du cyberpunk à partir de 84 et de Neuromancer . D'ailleurs, le mot ne s'est pas imposé tout de suite, à un moment, le fandom américain appelait ça "mirrorshades" du fait de ces lunettes de soleil à verres chromés que portaient les protagonistes des récits sur les illus, ainsi que certains des auteurs.   La première grosse anthologie était d'ailleurs titrée chez nous "Mozart en verres-miroir". Quand les deux papes du genre, William Gibson et Bruce Sterling ont estimé avoir fait le tour du truc à la fin de la décennie, ils sont partis dans une direction rétrofuturiste qui fut rapidement appelée steampunk par comparaison. Et puis ça s'est emballé et tout ce qui a suivi a été qualifié en punk : dieselpunk, biopunk, splatterpunk (si si, le mot a été utilisé dans les années 90 pou...

Rendez-vous en terre inconnue

 Ça fait très longtemps que j'avais envie de me relire Rendez-vous avec Rama , le roman d'Arthur C. Clarke (connu pour avoir également écrit une série sur des odyssées spatiales, dont les adaptations ciné sont installées assez haut dans la liste de mes obsessions). Pourquoi ai-je précisément entrepris cette relecture maintenant ? Ça, c'est assez compliqué. Le bouquin, je l'avais lu au départ dans la deuxième moitié des années 80, vers 15-16 ans, en bibliothèque, à l'époque où j'écumais tout ce que celles du quartier et des quartiers voisins avaient en termes de SF. La plupart n'en avaient pas des masses, mais certains auteurs étaient pas trop mal représentés : Clarke, bien sûr, mais aussi Asimov, Van Vogt, Dick, Herbert, et puis parfois des bizarreries, des Fleuve Noir, des collections oubliés, un ou deux Néo. Dès que j'avais eu trois sous, j'avais repris quelques Clarke, mais pas Rama , je ne sais plus pourquoi. Par contre, j'ai retrouvé dans mo...

Nestor Ivanovitch Makhno

" Quand il se développe, l'anarchisme ne reconnaît aucune limite. " (Nestor Makhno, 1888-1934) Dans la mythologie gauchiste, Makhno, homme d'action bien plus que théoricien, tient une place à part. D'aucuns aiment à le réduire à un simple "chef des anarchistes", expression paradoxale pourtant non dénuée de vérité, mais le personnage est, comme souvent dans ce genre de cas, plus complexe. Il faut déjà savoir que la "république" libertaire mise en place par Makhno et ses compagnons couvrait l'Est de l'Ukraine, un territoire peuplé de près de 7 millions d'habitants, qui vécurent donc pendant quelque temps sous ce que l'on appellera, faute de mieux, un régime anarchiste. Le mode de fonctionnement de cet état sans état semble avoir été viable, et ce sont des forces extérieures (principalement l'Armée Rouge commandée à l'époque par Trotski) qui en ont précipité la chute. Il faut dire que le communisme libertaire des makhnovist...

Le début de la gloire

Tiens, en jetant un oeil aux stats du blog, je note que les gens commencent à taper "Crusades Humanos" dans Google pour se renseigner. C'est peut-être le début d'un buzz, c'est bien. J'en profite donc pour donner quelques news. La date de sortie n'est toujours pas fixée avec précision, mais c'est du début janvier (les premiers exemplaires ne devraient pas tarder à sortir de chez l'imprimeur). Pour ceux qui n'auraient pas tout suivi, Crusades est une nouvelle série signée Zhang Xiaoyu, Izu et Alex Nikolavitch (ça, c'est moi), qui renverra le Da Vinci Code 600 ans en arrière. Le tome 1 fera près de 140 pages, histoire de bien installer le récit. Le tome 2 est déjà écrit pour un quart, et j'ai eu une réunion hier avec Izu, le co-scénariste et initiateur du projet, pour nous répartir le travail sur le reste. Et attention, il est possible que Zhan Xiaoyu passe par Angoulème fin janvier. Mais là aussi, je vous tiens au courant à...

Crise de la quarantaine

 Quarante ans de Tchernobyl. Ça fait drôle quand même. Voilà un événement qui a changé pas mal de choses en notre monde. Il a servi de révélateur à la décomposition de l'empire soviétique, a poussé à réévaluer pas mal de systèmes de sécurité, a semé la peur dans le coeur des gens, et il en reste un monument de béton et d'acier à la gloire des défauts de l'humanité : négligence, incapacité à assumer, j'en passe.  De façon un peu gratuite deux pages de la série Havok/Wolverine : Meltdown Un peu oubliée mais que j'ai toujours bien aimée    Il y a aussi là dedans une part d'héroïsme, parfois contraint ou involontaire, qui a empêché la catastrophe d'être bien pire. Alors qu'elle était déjà bien gratinée, hein. Certaines leçons ont été tirées de tout ça, certains ajustement ont été apportés, mais saviez-vous qu'il y a encore une demi-douzaines de réacteurs de ce type encore en service dans le monde ? Quarante ans, quand on arrive au bout, on se dit que ça ...