Accéder au contenu principal

Low key flash

Divers hasards font que j'ai vu à une semaine d'intervalle le récent film Flash et la fin de la série Loki. Le premier s'est fait complètement défoncer à sa sortie, la deuxième a généralement de bonnes critiques. Achtung, je spoile un peu tout le bazar.


 

 Ce qui est intéressant, c'est que les deux trucs jouent un peu avec les mêmes idées, et se trouvent dans des positions similaires par certains côtés. Les deux touchent à des notions de multivers et sont un moyen de mettre fin à un chapitre de leur univers respectifs, parfois pour des raisons  tenant plus à des vicissitudes de production qu'à la narration pure. On ignore ce que le final de Loki doit aux ennuis judiciaires de Jonathan Majors, jusque là conçu comme le prochain grand méchant du MCU. Notons que la série ne ferme aucune porte à ce niveau. Vu qu'on joue sur des variants multiversels et des paradoxes temporels, tout est encore possible.

Mille fois repoussé, Flash a connu des ennuis d'écriture, de choix de réalisateur, et là aussi des ennuis judiciaires non de son super-vilain, mais de l'interprète du rôle titre. Ce film qui devait s'insérer dans la continuité de Justice League, à la production presque aussi chaotiques (je maintiens que les reshoots de Whedon auraient moins suscités de quolibets s'ils avaient décidé que Henri Cavill jouait un Viltrumite, finalement). À l'arrivée, on a un film malade, qui arrive trop tard, après une série de déceptions comme Wonder Woman 1984 et Black Adam. La durée insensée de la production porte à croire que le truc est repassé sur le banc de montage un peu trop souvent pour son propre bien.

Pourtant, le film essaie. S'il tire le spectateur par la manche un peu trop souvent à coups d'easter eggs parfois assez grossiers ou de vannes plutôt lourdes comme le Bat-What-else qui n'a pas réussi à m'arracher plus qu'un sourire (et fondamentalement, j'aime pas cette version de Barry Allen qui essaie d'être Peter Parker), il parvient à faire naître un peu d'émotion par moments.

J'ai toujours pas d'avis sur les effets spéciaux. Si la version officielle est vraie, alors ils ont essayé un truc stylisé et se sont ramassés. Pourquoi pas. En effet, ils se sont alors vautrés bien comme il faut. Mais j'aimerais comprendre ce qu'ils essayaient de faire, au juste.

Bref, pas le pire truc produit par DC ces dernières années, mais un machin bancal. C'est con, parce que Flashpoint, qui sert de base au truc, est une bonne histoire. Qui pose en partie les mêmes problèmes de cohérence temporelle, d'ailleurs, et d'effet papillon curieusement rétroactif.

Ces histoires de boucles et de paradoxes temporelles reviennent aussi dans Loki. Forcément, dès qu'on joue avec le voyage temporel, on peut générer des incohérences. Dans Flash, les scénaristes assument leur tricheries à l'aide d'une rustine dans le récit, l'explication assez pastafarienne de Bat-Keaton. Qui reste une rustine. Mais permet de justifier la vision avec les Superman-Christopher-et-George ou la vision apocalyptique de la version Nicolas Cage. Qui ont surtout valeur de clin d'oeil, et servent un peu ici à préparer le reboot général.

Ce film est à l'image de ses conditions de production et des raisons même de son existence, une bulle de chaos.

Un truc, c'est que pour que ces histoires de fin de période et de versions alternatives se montrent efficaces auprès du spectateur, il faut qu'il se soit investi un peu dans les personnages et les concepts. Pour Loki, on a eu une douzaine d'années et quand même un paquet de films, et le charisme de Tom Hiddleston pour passer la pilule. Du coup le caractère embrouillé de la série (sur une échelle allant de 1 à Legion, on est sur un bon 8) passe pas mal. Le rythme est parfois déconcertant, certaines pirouettes sont pas plus fines que le plat de spaghettis de Bat-Keaton et les règles semblent changer en cours de route, mais globalement ça fonctionne. Et on a le temps de s'attacher aussi aux personnages secondaires comme Möbius ou Sylvie. Le format série permet aussi de développer des choses qui permettent de maximiser l'effet de l'apocalypse et de la dissolution des choses, sans avoir besoin d'en faire des caisses dans le krakapoum wagnérien. Même un nouveau personnage comme Ouroboros, joué par Ke Huy Quan qui a décidément le vent en poupe en ce moment, parvient à être fun sans être un pur comic relief, et est développé dans la longueur, même s'il demeure ultra secondaire dans le récit.

Barry-Ezra Miller, lui, n'a eu qu'un film pour nous imposer son personnage auparavant. Bon, un gros film si on est sur la version Snyder Cut, mais un film seulement. Du coup, tout semble rushé, Du coup, le personnage de la Superwoman aurait pu être très chouette, mais ne constituant qu'un à-côté du récit, il est sacrifié aux enjeux. Et ce sacrifice tombe à plat.

Même le traitement de la boucle d'essais/échecs, commune aux deux oeuvres, montre la différence fondamentale. Là où Loki fait un pas de côté pour essayer de comprendre le truc, d'apprendre les clés, puis de changer d'option, Barry va s'enfermer dans la boucle et devenir fou. Le dilemme moral est quasi le même, il est traité très différemment.

On sait que le MCU ne va pas très bien, et que le Covid, la fin de cycle, le vieillissement des concepts et leur surexposition, plus la gestion très dirigiste, vont finir par buter la poule aux oeufs d'or. Mais les derniers spasmes de la bête parviennent à être inventifs. J'ai suivi Loki avec grand intérêt (et si je n'ai pas encore vu The Marvels, je suis curieux de voir comment ils développent certains des personnages). J'ai regardé Flash avec une forme de commisération navrée. C'est loin d'être aussi raté que ce que l'on a bien voulu en dire, mais si la plupart des morceaux est de bonne tenue, l'assemblage est trop bancal pour pleinement fonctionner.




Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradoxe de Cthulhu

 Je viens de donner une conférence sur Lovecraft dans une Bibliothèque Universitaire, en introduction à un mois d'expos, de projections, de tables ronde et de travaux consacrés au Maître de Providence. Un sujet que j'ai abordé, c'était bien entendu les côtés obscurs du bonhomme, notamment le racisme. Je ne me suis pas tant que ça étendu sur le sujet, mais quand même. Et j'ai senti une gêne dans une partie de l'auditoire, notamment des jeunes étudiants racisés. Comme ce n'était pas non plus le coeur de mon sujet (il s'agissait de présenter une introduction synthétique au personnage, sa vie, son oeuvre, son impact), je ne suis pas rentré de plain pied dans des considérations du type "faut-il séparer l'homme de l'artiste", ça nous emmènerait trop loin et ça se tranche au cas par cas, plus facilement d'ailleurs avec des gens morts qu'avec des vivants qui peuvent encore nuire (l'actu nous en donne de trop fréquents exemples). Je me s...

Six, seven, go to hell or go to heaven

 Je l'ai fait. Franchement, je ne sais pas ce qui m'a pris. L'envie de savoir, sans doute, une forme de curiosité très malsaine. Et puis je me suis lancé. Au début, j'étais même un peu surpris, c'était pas si mal, en fait... Le piège à con, non, j'ai souffert jusqu'au bout, ensuite. Bref, j'ai enfin lu Les chasseurs de Dune et Le triomphe de Dune , les deux tomes qui clôturent le cycle jusqu'alors inachevé de Frank Herbert, par Brian Herbert et Kevin J. En Personne. J'ai cette espèce de satisfaction morose d'avoir fait un truc pénible et assez inutile, mais d'être allé au bout. Mais, d'abord, un peu de contexte. Dune , c'est bien évidemment ce classique de la SF qui revient dans l'actualité à intervalles plus ou moins réguliers, que ce soit à cause d'adaptations audiovisuelles, de documentaires sur les adaptations avortées, de révisions des traductions d'époque, d'adaptations en BD, de bouquins revenant sur le cyc...

De géants guerriers celtes

Avec la fin des Moutons, je m'aperçois que certains textes publiés en anthologies deviennent indisponibles. J'aimais bien celui-ci, que j'ai sérieusement galéré à écrire à l'époque. Le sujet, c'est notre vision de l'héroïsme à l'aune de l'histoire de Cúchulainn, le "chien du forgeron". J'avais par ailleurs parlé du personnage ici, à l'occasion du roman que Camille Leboulanger avait consacré au personnage . C'est une lecture hautement recommandable.     Cúchulainn, modèle de héros ? Guerrier mythique ayant vécu, selon la légende, aux premiers temps de l’Empire Romain et du Christianisme, mais aux franges du monde connu de l’époque, Cúchulainn a, à nos yeux, quelque chose de profondément exotique. En effet, le « Chien du forgeron » ne semble ni lancé dans une quête initiatique, ni porteur des valeurs que nous associons désormais à l’héroïsme. Et pourtant, sa nature de grand héros épique demeure indiscutable, ou en tout cas...

Aïe glandeur

Ça faisait bien longtemps que je ne m'étais pas fendu d'un bon décorticage en règle d'une bonne bousasse filmique bien foireuse. Il faut dire que, parfois, pour protéger ce qu'il peut me rester de santé mentale, et pour le repos de mon âme flétrie, je m'abstiens pendant de longues périodes de me vautrer dans cette fange nanardesque que le cinéma de genre sait nous livrer par pleins tombereaux. Et puis parfois, je replonge. Je repique au truc. De malencontreux enchaînements de circonstances conspirent à me mettre le nez dedans. Là, cette fois-ci, c'est la faute à un copain que je ne nommerai pas parce que c'est un traducteur "just wow", comme on dit, qui m'avait mis sur la piste d'une édition plus complète de la musique du film Highlander . Et qu'en effet, la galette était bien, avec de chouettes morceaux qui fatalement mettent en route la machine à nostalgie. "Fais pas le con, Niko ! Tu sais que tu te fais du mal !" ...

En cherchant bien, je suis même sûr qu'on peut y trouver les oeuvres complètes du Fulchibar

à l'occasion de démarches administratives à Paris, Je suis repassé vite fait à la librairie Regard Moderne , rue Gît le Cœur dans le 6ème, où je n’avais plus remis les pieds depuis cinq ou six ans, en fait depuis que je ne passe plus à St Michel qu’en coup de vent et dans des but précis, genre rendez-vous urgents, courses spécifiques, etc. Pour ceux qui ne connaissent pas, Regard Morderne , c’est une minuscule librairie alternativo underground dans laquelle on trouve de tout, du comics aux études sur les drogues psychédéliques, des trucs sur le SM, le NSK, l’érotisme et les tatouages, Lovecraft, le Kama-sutra et Fantômas, sur la contre culture en général, les pulps, le polar, des artbooks zarbis, des K7 de William Burroughs et des DVD du Jim Rose Circus (ou l'inverse, d'ailleurs, on s'y perd). Regard Moderne , c’est un peu comme si on ouvrait une librairie dans la tête d’ Artemus Dada . Le truc, c’est que ça a toujours été immensément bordélique, mais que le bonhomme ...

Mixe, c'est l'année

Ah, reçu hier dans ma boiboite le premier exemplaire sorti de presse (et non façonné, donc, ce qui en fait un objet assez rigolo) de Mythe et Super-héros , cette ébouriffante somme érudite sur nos illustrés préférés (enfin, elle m'ébourifferait si j'avais encore du cheveu). L'image de la bête Bien entendu, j'ouvre le truc, et je tombe sur une faute de style assez épouvantable (un bouquin qui "présente une présentation", affreux). C'est toujours comme ça. Ça m'avait fait pareil sur Central Zéro (une lettre qui avait sauté et qui faisait que le maléfique ecclésiarque se mettait à parler petit nègre à un instant crucial) et sur la trad de V for Vendetta (une transition de bulle pas élégamment gérée). Y a une couille dans un de mes bouquins, il faut que je tombe dessus en ouvrant au hasard le premier exemplaire qui me tombe dans les pattes. Une éditrice que je connais m'avait confié ne plus ouvrir d'emblée les colis contenant les premiers exempla...

Mangé aux mythes

Bon, je sue sang et eau pour finir dans les délais la rédaction de Mythe et Super-Héros , mon ouvrage à paraître chez les Moutons Electriques. Et puis je me suis avisé qu'il faudrait que je commence à réunir l'iconographie, aussi. Depuis ce matin, je scanne, je cherche, j'épluche. Et j'adore. Mais c'est du boulot, la vache, j'aurais pas cru à ce point.

On ne peut pas gagner à tous les coups !

Bon, merci à tous ceux qui m'ont encouragé devant leur écran de télé (et j'hallucine quand je vois comme la nouvelle a fait le tour, je viens même de recevoir un mail de Sylvain "Boston Justice" Delzant qui a suivi la saga de chez lui, dans son pays loin là-bas, et avec une constance qui force l'admiration. Trop une star internationale, le Niko.) Rigolo aussi, quand je fais mon marché, des mamies que je n'ai jamais vues de ma vie me disent bonjour, maintenant. Alors les mamies que je connais, je ne vous en parle même pas. Et il y a ces regards curieux, ce temps d'arrêt marqué par des gens en me voyant, ce regard "je connais cette tête, il joue dans/chante quoi, lui, déjà ?". Ça, ça m'avait fait pareil quand j'avais eu ma photo dans l'Echo des Savanes , jadis. C'est très warholien, je sais que d'ici quinze jours, ces regards-là se raréfieront avant de disparaître totalement dans un mois. Ce fut une expérience amusante et in...

Toi, tu vas te faire appeler Arthur

Comme je le disais hier, les bandes annonce du prochain Guy Ritchie consacré au roi Arthur et à Excalibur me plongent dans un abîme de sentiments partagés. Il se trouve que, maintenant que le manuscrit de l'Île de Peter est entre les mains d'un pouvoir supérieur (celui de l'éditeur, pour faire court), j'ai pu attaquer mon prochain bouquin, et qu'il tape précisément dans cette période et cette mythologie-là. Et, vous connaissez ma maniaquerie documentaire, j'en suis à collectionner les cartes donnant les limites des royaumes et provinces du Vème siècle grand-breton, celles qui donnent les lignes de côtes, etc. Y a pas le quart de la moitié de tout ce matériel accumulé qui me servira de façon effective, mais c'est comme ça que je bosse, j'y peux rien. Je potasse les sources les plus anciennes pour tenter d'approcher au plus près une texture, une fragrance, pas forcément une réalité mais tout au moins une forme de vraisemblance. Je m'immerge. Je ...

Le pouvoir du faux

Aujourd'hui, j'avais envie de revenir sur deux images très différentes, mais qui m'ont marqué à vie y a très longtemps et pour à peu près la même raison : La première est de Walt Simonson, tirée de Thor 337, premier épisode d'un des meilleurs runs sur le personnage, un des sommets de Marvel dans la première moitié des années 80, au même rang par exemple que les Daredevil de Frank Miller. Ce n'est pas l'image la plus spectaculaire de son run, ni même de l'épisode, d'ailleurs. Mais elle conclut l'histoire de façon poignante. La deuxième, elle est de Frank Frazetta. C'est celle qu'on appelle souvent "le chariot des ours", mais qui était la couverture de Phoenix in obsidian , un roman de Michael Moorcock, pas son meilleur et de loin (la couve a plus marqué que le bouquin, c'est pas peu dire), sorti chez nous sous le titre Les guerriers d'argent . Qu'est-ce qui rapproche selon moi ces deux images que tout oppose dans le cad...