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Les singes et les scarabées

 C'est assez récemment que j'ai découvert l'existence du groupe The Monkees. Alors, bien sûr, j'en connaissais plein de morceaux. Des trucs comme "I'm a believer" et tout, j'ai vu Shrek comme tout le monde. Simplement, dans ma tête (c'est pas les seuls, hein, c'est le cas de plein de morceaux pop de cette époque), tout cela se rangeait dans une vaste catégorie de ma tête intitulée "Beatles", avec "Mister Blue Sky" (j'ai découvert y a peut-être dix ou douze ans que c'étaient pas les Beatles) et d'autres trucs dans le même genre.

C'est pas pour dire, mais les mecs cherchaient un peu aussi

Je me doute que ça doit vous faire marrer, c'est le signe de ma profonde inculture musicale. Autant, ces colonnes en sont témoin, je peux aller creuser les sujets obscurs pendant des mois pour aller trouver ce qui me semblera une pépite de savoir aberrant (qui ne fascinera que moi, d'ailleurs, et éventuellement un ou deux grands malades tordus dans le même sens), autant les groupes de musique, j'ai du mal à m'y intéresser. Y compris les groupes que j'aime beaucoup. Je suis pas capable de vous citer à la volée tous les membres de Pink Floyd, par exemple. Et ça donne parfois des conversations bizarres du genre "mais si, machin... c'est le bassiste des Bidülmush, t'adores ce groupe, pourtant" "ouais, mais je connais ni le nom des mecs, ni leur gueule". C'est à cause de collisions du genre que je m'étais aperçu, y a un bail, que le seul morceau d'Elton John que j'aimais vraiment était un truc de Joe Jackson, tu m'étonnes que j'arrivais pas à retrouver la ref.

De fait, la rock star est globalement une icône qui me laisse de marbre, et la mythologie qui l'entoure me semble souvent un poil inquiétante, et si je peux faire des blagues sur Keith Richards et sa consommation de coke, ou sur Iggy Pop, en vrai, ça m'intéresse pas des masses. (nonobstant le fait que je puisse apprécier leur musique. Les Stones, avant leur disparition tragique à la fin des années 70, ils produisaient des trucs épatants) (quoi ? Non, rien).

Du coup, ce genre de télescopages de la protéiforme catégorie "Beatles" dans mon ciboulot m'avait amené depuis longtemps à considérer le quatuor de Liverpool comme un des trucs les plus surcotés du monde. Ben forcément, je mettais dans le même sac l'original et les imitateurs plus ou moins brillants.

Bref, de temps en temps, je tente de corriger cette image, et je me replonge dans leur discographie, et ouais, y a des trucs vraiment bien et cool. Quelques morceaux que j'aime vraiment beaucoup. Mais j'aurais du mal à m'enfiler un album entier d'un bloc. La musique des Beatles fait partie de mon paysage mental, bien sûr, comme pour tout le monde ayant vécu dans la deuxième moitié du XXe siècle, mais moins que plein d'autres trucs. Pourquoi ça m'a pas marqué autant que plein d'autres gens ? Est-ce le fait que, quand j'étais jeune, on m'a asséné ça comme une sorte de sommet indépassable (avec parfois des arguments débiles, du genre que les collégiens utilisent dans des discussions enflammées sur la musique, après les avoir lus ou entendu Dieu sait où, et déformé parce qu'ils les ont compris de travers, genre "mais tu vois, les Beatles étaient tellement créatifs qu'ils ont épuisé au moins 80% des toutes les mélodies possibles, tu vois ?", argument que j'ai jamais compris, je m'intéressais déjà un peu à la combinatoire, ça me semblait n'avoir aucun sens. Je sais même plus le chiffre, d'ailleurs, c'était peut-être 90 ou 96 % , et je suis même plus bien sûr de qui me l'avait sorti) et que, du coup, je suis allé voir ailleurs parce que ce piédestal m'emmerdait ? C'est possible.

Sans volonté délibérée de ma part, y a plein de trucs qui tombent sous le sens pour les gens et qui m'échappent, ça va du Coca au football en passant par plein d'auteurs stars dans des domaines où je suis censé être pointu, des séries tv mythiques (Lost, par exemple) alors que j'ai par ailleurs la réputation d'être assez bon public en règle générale.

Pourquoi je vous raconte tout ça, déjà ? Ah, oui, les Monkees. Je viens de prendre conscience de leur existence en tombant par hasard sur un bout d'interview où un gars raconte qu'à son retour aux USA, Jimi Hendrix s'est retrouvé à faire la première partie des Monkees. Il a dû faire trois dates, ou quatre, avant de se faire dégager. Je comprends assez, ouais. Le public a dû voir flou.

Bon, la probabilité, c'est que j'oublierai bientôt à nouveau leur existence, qu'ils reviendront à leur état initial de simple grumeau dans les recoins de ma soupe mentale, de ces catégories de pensée un peu bâtardes (un peu beaucoup, probablement) de trucs qui surnagent aux lisières de mon esprit, avant d'être engloutis.

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