Accéder au contenu principal

Where are we now ?

Nous sommes paraît-il à l'ère de la communication, et l'on constate assez facilement qu'elle se substitue plus qu'à son tour à l'information, voire à la vérité (c'est Kasparov qui disait dernièrement que la propagande moderne ne vise plus à remplacer une vérité par une autre, mais à tellement brouiller les messages que la notion de vérité cesse d'avoir un sens).

Mais c'est dans la signalétique que, curieusement, cette tendance prend un tour grotesque et boursouflé. J'ai, à l'appui de cette affirmation péremptoire, trois exemples probants (et de portée différente à chaque fois) qui m'ont passablement agacé ces jours derniers.

Dans les nouvelles rames de Transilien, celles produites par le canadien Bombardier, il y a des tas d'écrans informatifs. On a entre les portes un affichage clair et limpide des destinations et de l'heure, et c'est bien pratique. Et puis il y a, aux coins, des écrans faisant de la pub et passant des messages.  La région IdF est la plus belle et tout, et puis les trucs de sécurité vigipirate. Et c'est là que ça se gâte un tantinet. Parce que c'est maquetté fond rouge à zébras blancs, et que du coup ce message d'information sur des règles sécuritaires prend un caractère urgent. Alors que ça n'a rien d'urgent, ce n'est que le ressassage des trucs que les hauts parleurs nous balancent à intervalles plus ou moins réguliers dans les esgourdes. Outre le côté anxiogène de la présentation, l'utilisation d'une maquette "d'alerte" finira par entraîner une usure du regard. Le jour où l'écran servira à diffuser une authentique alerte, elle risque de ne pas être vue. Où le délire sécuritaire nuit à la sécurité.

Le Bus est un moyen de transport pratique, à une condition : que l'usager connaisse les trajets et les arrêts. Sinon, on a vite fait de se paumer, et il n'existe aucun site centralisant les infos de toutes les compagnies, ce qui rend quasi impossible de prévoir à l'avance un trajet en bus dans une ville inconnue. Heureusement, le fronton des bus présente toujours un panneau lumineux donnant la direction. Ça aide. Sauf quand ce panneau est réquisitionné par un message du genre "je monte, je valide", auquel cas, si l'on ne connaît pas le réseau local, (genre à quoi correspondent les numéros de ligne), impossible de savoir si ce bus peut nous amener à bon port ou pas. On a un signal, un texte, mais à l'arrivée, en terme de densité d'information, on n'a que du bruit. Bien joué. Dans des villes où, en plus, plaques de noms de rues et plans tendent à se raréfier, c'est pratique, tiens.

Une fois arrivé à bon port, la signalétique du lieu de destination doit indiquer ce qu'il est. Du genre "Lycée Tartempion", par exemple. Bon, comment cette signalétique est-elle organisée et hiérarchisée ? En très gros "Région île de France", en dessous et en plus petit "Conseil Régional" et enfin, en tout petit et tout en dessous, "Lycée Tartempion". On est bien d'accord, l'info signifiante, c'est la dernière. Celle qui est le moins mise en valeur. L'info en plus gros, c'est celle qui me fout le plus mal à l'estomac, à savoir que Valérie Pécresse a la haute main sur l'éducation de nos enfants, ce qui est aussi con que de confier, je sais pas, les clés de la caisse enregistreuse à Fillon ou celles des toilettes des filles à Baupin.

Bref. Beaucoup de communication pour très peu de signal, et du mauvais signal, pire que du bruit. Les communicants sont en train de se transformer en métastases d'eux-mêmes, mais c'est nous qui allons tous en crever étouffés dans cette cascade de vomi signalétique. Bien joué.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Travail d'Arabe chez les Pingouins

Tiens, l'Espagne se fait son printemps arabe. Modalités relativement similaires, mais contexte différent : l'Espagne est censée être une démocratie normale, avec élections libres et multipartisme. La contagion de ce genre de mouvements de côté-ci de la Méditerranée fait quand même un peu tache. Encore, ça aurait été la Grèce, mauvais élève sous tous rapports*. Mais non : l'Espagne faisait figure d'espèce de miracle européen, le pays qui était sorti du Franquisme et de l'arriération économique pour se hisser aux standards de l'Union en moins de vingt ans. L'alternance politique y est quasi de règle. Et pourtant, le peuple conteste un système qui met toujours les deux mêmes partis au pouvoir, avec les mêmes combines, les mêmes gens, les mêmes effets de manche, les mêmes coups tordus, et le même manque de redistribution. Quels vilains ingrats, le peuple. C'est qu'il refuserait de se laisser tondre sans rien dire, en plus ! Heureusement que notre pays à ...

Lecturations

Avec tout ça, ça fait quelques temps que je ne vous ai pas raconté avec quels bouquins je me nourris la tête. Pourtant, je m'en enfile en rafale, fidèle à ma bibliomanie ancienne, avérée et irrécupérable. Petite sélection : Cet après midi dans le RER, par exemple, c'était This is not America , un petit recueil de nouvelles par Thomas Day, un des auteurs français de SF et de fantastique dont je pense le plus grand bien. Trois textes réunis un peu artificiellement ici parce qu'il y est question de l'Amérique, allant du paranoïaque au sacrificiel en passant par le déglingué rigolo. Celui tournant autour des assassins de Kennedy est vraiment très bon. Naissance des divinites naissance de l'agriculture , de Jacques Cauvin, est un essai très dense et assez technique, mais tout à fait passionnant, sur les mutations culturelles accompagnant le passage à l'agriculture. La Bible et l'invention de l'histoire , de Mario Liverani, poursuit les effort récents de reme...

Que sont nos idées devenues ?

Alors hier soir, j'étais super inspiré pour la War Zone, j'avais imaginé un petit univers où, au lieu de batailler sans fin dans un milieu des comics qui ne le méritait pas, Kirby avait été embauché par HBO au milieu des années 70, et The Eternals était devenu une série de dessins animés à gros budget, réalisée par Ralph Bakshi, un truc pour adultes qui avait totalement révolutionné l'entertainment télévisuel*. Et accessoirement, ça racontait aussi la carrière d'un groupe de musique pionnier du genre Western Celtique, Enya Morricone. Et puis Blogger a planté, impossible de se connecter, et j'ai pas noté toutes mes idées, et ce soir j'ai trop bossé alors j'ai la flemme de recréer ce petit monde-là dont je n'ai de toute façon déjà plus que des bribes dans ma tête, qui s'effilochent au vent mauvais de la fatigue lancinante. Il y avait Alex Toth dans le mix, aussi, ce qui fait que John Milius avait fait un film de Mightor . Bref. Et sinon, je viens de r...

Crayonnés

Tiens, ça faisait quelques temps que je n'avais pas posté un bout de Crusades 3*, l'album qu'on est en train de boucler, Izu, Zhang Xiaoyu** et moi... *Ouais, on n'a pas encore de titre pour l'épisode. Ça viendra. **Zhang que vous pouvez retrouver ce mois-ci dans Les chroniques de Légion , où il cotoie du beau linge, vu qu'on y croise aussi Nury et Lauffray.

Monde de dingues

Tout le monde ne parle que de DSK, et personne de Jeff Jones. Les encravatés amateurs de soubrettes comptent plus, dans le monde où nous vivons, que les génies du pinceau. En plus, Jeff Jones avait l'outrecuidance de faire dans le figuratif, alors de nous jours, vous pensez bien que ça ne peut intéresser que des sous-développés de la culture dans mon genre, ou dans le vôtre d'ailleurs, car je sais que la plupart d'entre-vous qui suivez mes vaticinations êtes amateurs ou susceptibles de l'être. Jack Lang ne parle pas de Jeff Jones, alors qu'il parlerait de Jeff Koons si Jeff Koons cassait sa pipe. Et qu'en attendant, c'est des pipes présumées dans les hôtels newyorkais qu'il parle, le Jack.      Sérieux, Jeff Jones c'est quelqu'un qui nous manquera très fort, un de ces illustrateurs qui réenchantaient le monde. Ah, et pendant ce temps-là, les bonnes âmes s'émeuvent des sorties de Lars von Trier. Fin bourré (je pense, vu les retranscription...

Tout ça pour ça

Petits travaux à la maison, et du coup j'ai dû recâbler tous les accès internet (ça devient compliqué, internet, quand on a le wi-fi, le téléphone et la télé qui se greffent dessus, en plus du gros câble ethernet pour avoir du débit sur le poste de travail, parce mine de rien, les pages de BD pesant 50 Mo et les Pdfs de comics à traduire en urgence, ça y va et pour ça, il faut de la bande passante. Mais là, il a fallu que je débranche tout, et que je fasse migrer une partie de l'installation. Et bien entendu, c'est quand on rebranche que les emmerdes commencent. Plus de réseau. Plus d'accès au paramétrage de la box. Un wi-fi reconnu mais refusant d'accéder au net. Plus de téléphone. Plus de télé. Et donc à nouveau tout débrancher, pour rebrancher élément par élément pour voir où ça déconne. Quelques manips, et internet et le téléphone étaient revenus. Mais la télé, que couic. C'est la télé qui m'a donné du mal. Vérifier tous les branchements, vérifier les c...

Nouveau projet

Je vous ai évoqué à plusieurs reprises un projet historique qui me prenait beaucoup de temps et m'occasionnait beaucoup de difficultés. Bon, maintenant que l'éditeur a commencé à communiquer dessus, j'ai enfin le droit d'en parler. Il s'agira d'une vie de Baden-Powell en trois tomes, qui me permettra d'exprimer l'admiration sans borne que je voue au personnage et à son œuvre. Si tout va bien (on attend le retour des contrats) ce sera dessiné par un vieux pote avec lequel j'avais fait un album internationalement remarqué en son temps. Inutile de dire que ça va être somptueux, je posterai des planches au fur et à mesure de l'avancement des opérations.

Ka-pow !

Punaise, j'ai l'impression que le Dieu de ce mec-là, faut pas lui baver sur les rouleaux.

Ça va trop loin

Le spam, vous connaissez tous. Vous en recevez aussi dans votre boite mail. Il y en a toujours un ou deux qui passe entre les mailles du filtre. Le problème ne date pas d'hier, puisque les Monty Pythons en avaient fait une chanson*. Mais aujourd'hui, ça a pris des proportions dramatiques. Je ne fais plus attention aux mails m'offrant des tarifs imbattables sur des assurances autos, pilules à faire pousser la bite et copies de Windows téléchargeables sur des sites hébergés en Russie. Les propositions de coaching Dukan non plus, je ne les vois plus, vu que mon truc les filtre à la volée et que même quand je les shoote manuellement, je les remarque à peine, tout comme les sites vendant de fausses Rolex. De temps en temps passe encore une arnaque nigériane, avec ses lingots, son langage fleuri et ses improbables fautes d'orthographe. Ça ne me fait même plus rire, je suis blasé, je ne les lis plus qu'en diagonale, ces appels au secours de veuve de général putsché et autr...

Le point trad' de mai

Mes dernières traductions sorties, ou à sortir ces jours-ci : The Darkness, Tome 3 : Ames damnées , avec de vrais morceaux de Batman dedans. Star Wars The Clone Wars Aventures, Tome 3 : Héros de la confédération , une aventure de ce couillon d'Anakin… The Boys, Tome 10 : Rien de tel dans le monde entier dans lequel vous saurez tout entre autres sur le Français (l'épisode qui raconte ses origines a été un cauchemar à traduire, d'ailleurs : tout en franglais, avec du coup un humour qui passait mal ou pas du tout à la traduction. il a fallu mettre les mains dans le cambouis). Kill your boyfriend , Tueurs nés en version Grant Morrison, un vieux truc, mais qui était resté inédit par chez nous. Et à propos de Grant Morrison, je suis en plein dans la lecture de Grant Morrison : (R)évolutions , de Yann Graf, un excellent bouquin que je recommande. J'y apprends plein de trucs. Mais j'y reviendrai quand j'aurai fini. Par ailleurs, dans les Chroniques de Spawn se poursu...