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Vaccinés contre l'homéophobie ?

Oh, ça faisait longtemps !

Une polémique sur les vaccins ! Et hop, toute une frange de conspis qui remontent à l'attaque en fustigeant le déculotage gouvernemental devant le "big pharma" avec des arguments qui vont du contradictoire au très malsain.

Du coup, on va faire un petit point (et je sens que je vais encore me faire tout plein d'amis) (mais j'en ai marre de voir les réseaux trustés par des gens qui profèrent des contre-vérités avec un aplomb suprême puis inversent la charge de preuve. à terme, ça donne des trucs comme l'élection de l'oncle Donald).

D'avance, désolé pour un article très long, et très polémique. Mais les espèces de jihadistes qui se déchaînent depuis cette annonce m'ont bien énervé.

Alors, revenons sur le fait de la semaine. La nouvelle ministre de la santé a décidé de porter à 11 (contre 3 actuellement), le nombre de vaccinations obligatoires, supprimant la distinction entre "obligatoire" et "recommandé". Distinction qui devenait relativement sans objet, puisque dès qu'un enfant entre en communauté (crèche, école), certains de ces vaccins "recommandés" étaient exigés.

Il faut savoir que, dans nos pays développés, la rougeole tue encore. Pas beaucoup, mais la mortalité due à la rougeole, dans la tête des gens, c'est un truc du Tiers Monde ou éventuellement des plouclands états-uniens dont les habitants croient que la protection sociale est un truc de communistes. Et justement, on recommence à avoir des épidémies de rougeole comme il y en avait avant la généralisation du vaccin. Parce que la couverture vaccinale est en baisse.

Le problème, c'est que les gens ont la mémoire courte. Qui, de nos jours, a la moindre idée de ce à quoi ressemble la diphtérie, et d'à quel point c'était une grosse saloperie ? Qui sait encore de nos jours ce qu'est le "croup" ? Et comment on le soignait à l'époque, et à quel point cela pouvait être traumatisant ? (si vous savez ce qu'il en est, le mot "poireau", dans ce contexte, doit suffire à vous donner des frissons). Mais la diphtérie n'existe plus sous nos latitudes. Et la polio non plus. Le tétanos est une rareté (ça aussi, c'est une grosse saloperie, le tétanos) (et le seul moyen qui reste de savoir à quoi pouvait vaguement ressembler le "trismus", c'est de regarder des rombières trop botoxées).

Les trois vaccinations obligatoires ont fait disparaître purement et simplement ces maladies de notre paysage. Et ne venez pas me dire que c'est le progrès de l'hygiène qui est en cause : le tétanos c'est pas une maladie de la crasse, c'est une maladie de l'activité. Ce sont les gens qui bricolent et qui jardinent qui sont les plus exposés, sans que le fait de se laver avant ou après n'y change rien. Les épidémies de variole n'étaient pas non plus corrélées aux conditions d'hygiène, et ce sont bien les campagnes de vaccination systématiques qui ont totalement éradiqué ce virus il y a bientôt quarante ans.

L'autre vaccination jadis obligatoire, et qui ne l'est plus pour des raisons techniques, liées à un problème de production et d'efficacité en baisse de l'ancienne souche vaccinale, il y a une petite vingtaine d'années, c'était le BCG. La vaccination contre la tuberculose. Comme la mise au point du nouveau BCG a été plus longue que prévu, parce que n'en déplaise aux paranos la mise au point de n'importe quel médicament c'est dix ans minimum pour assurer de son efficacité ET de son innocuité globale*, on ne pouvait plus imposer la vaccination sans moyen de vacciner.

Que s'est-il passé depuis ? La tuberculose a fait son grand retour. Au départ, on ne s'en est pas inquiété : ça ne concernait que des personnes immunodéprimées (greffés et malades du Sida) ou des réfugiés de pays où l'on ne vaccinait pas. On a cru pouvoir contenir les choses à coups d'antibiotiques. Vous savez quoi ? Quinze ans plus tard, on n'en est plus là du tout. On note des cas de tuberculose dans des populations pas du tout à risque, socialement intégrées, vivant dans des logements salubres. C'est à dire vous et moi.

Dès qu'on s'intéresse sérieusement aux affaires de santé publique, et qu'on le fait avec de la profondeur temporelle suffisante (en ayant l'œil sur les situations sanitaires avant l'introduction des vaccins, avant l'introduction des sulfamides, avant l'introduction des antibiotiques, etc.), force est de constater que la vaccination démontre son efficacité. Notons également que la méningite tue encore. Que certaines hépatites tuent aussi.

Dès lors, la question est de savoir d'où vient la résistance. C'est toujours intéressant. Tenez, prenons l'exemple de plusieurs théories du complot classiques, au hasard la contestation des missions Apollo et la Terre Plate. Eh bien à chaque fois, tout tourne autour de "la méchante Nasa qui fait son beurre sur des mensonges, et qu'il ne faut pas les révéler sinon le business s'écroule". Et que fait la Nasa, en dehors d'explorer l'espace lointain ? Elle profite de ses satellites pour étudier notre bonne vieille terre. Sa géologie, sa météorologie, sa biodiversité et… son climat. Vous voyez où je veux en venir ? LEs climatosceptiques radicaux (financés par l'industrie pétrolière) doivent trouver un moyen, pour faire tourner leur petite boutique (parce que oui, toutes ces théories du complot rapportent pas mal de pognon), te tarir la source des données qui sapent leurs arguments. et cette source, c'est la Nasa. Tout ce qui permet de mettre en difficulté la crédibilité de la Nasa est bon à prendre. Alors, les platistes sont-ils des alliées conscients des pétroliers ? Sont-ils leurs créatures ?

Si l'on regarde de près la plupart des sources antivaccinales (pas toutes, c'est à noter**), on a souvent des milieux naturopathes divers, avec des tendances new age, ésotéristes ou écolo, ces catégories se recoupant plus ou moins, et pas toujours. C'est une nébuleuse plus qu'un groupe cohérent et organisé. Mais le gros du mouvement provient de gens qui se soignent par l'homéopathie.

C'est très curieux, à première vue, puisque les vaccins semblent être une application pure et simple d'un principe de base de l'homéopathie : soigner le mal par le mal. Pourquoi, dès lors, cette mauvaise querelle ?

Tout simplement parce qu'ils contreviennent à un autre principe de base de l'homéopathie : il n'y a pas de maladie, il n'y a que des malades. Essentialiser la maladie en lui supposant un vecteur microbien (inconnu à l'époque où apparaît l'homéopathie moderne), c'est pulvériser ce dogme-là. (la notion de "molécule" n'est pas non plus prise en compte à l'époque, et ça produit une pratique de la pharmacopée très différente aussi).




Et là, je vais me permettre un petit distinguo.

Il y a tout un tas de bonnes âmes qui se soignent par l'homéopathie sans se poser la question de ce que c'est ni de comment ça marche. Des gens de leur entourage leur ont dit que c'était "bien", "naturel", "sans effets secondaires". Le généraliste du coin va prescrire des doses d'Arnica 9CH ou autres pour faire plaisir et ça s'arrête là. Vous imaginez la réaction de gens comme ça à toute la propagande anti-vaccins.

Il y a aussi les gens qui prennent le truc très au sérieux, et vont chez des homéopathes certifiés. Des médecins qui étudient le "terrain" du malade pour y adapter les traitements. Ce genre d'ordonnance est un truc terrifiant. Vingt ou trente lignes de noms en latin, avec des dosages (des dilutions, dans le jargon) divers, à prendre selon des protocoles complexes, toutes les tant d'heures, un mardi sur deux, un jeudi sur quatre en alternance avec et ainsi de suite. Comme la prise est ritualisée (ne pas toucher avec le doigts, ne pas avoir pris de menthe avant, laisser fondre tant de secondes sous la langue), c'est jusqu'à huit fois par jour que le patient doit se mettre en condition. Tu la sens, là, la bonne emprise insidieuse ? Face à des gens dont on entretient ainsi les troubles obsessionnels compulsifs (il y a un "type" du patient homéopathique qui, s'il n'est pas absolument généralisé, est néanmoins assez majoritaire, et fleure bon la fragilité), une panique sanitaire trouve toujours un public conquis d'avance.

Il y a aussi une troisième catégorie, beaucoup moins répandue mais très intéressante. Elle est constituée de gens ayant réfléchi aux fondements théoriques de la chose, et qui l'insèrent dans une vision du monde. Une vision souvent assez cosmique, faites de puissances subtiles. Ceux-là méprisent le gros laboratoire commercial qui inondent les pharmacies de petits tubes de plastique (et que nous appellerons "B") et lui en préfèrent d'autres, moins connus. Par exemple, le laboratoire "W", qui est une émanation de la Société Anthroposophique, et qui s'intègre dont en effet donc dans une conception de l'univers assez radicale et ésotérique (je ne vais pas rentrer dans les détails, mais la polémique récente autour de notre nouvelle ministre de la Culture fait que vous pouvez facilement trouver des données sur le sujet) (à titre personnel, je trouve certaines de leurs conceptions intéressantes, tandis que d'autres m'horrifient). Voire d'autres labos beaucoup plus artisanaux, ou des pharmaciens équipés du matériel permettant de produire des remèdes homéopathiques (il en existe, mais ils sont relativement rares). Là, on entre dans le domaine de la croyance***. Mais attention, quand j'emploie ce terme, dans ce cas précis, c'est au sens noble. Ma position philosophique de base, ma conception de l'univers, relève du matérialisme radical. Elle est donc incompatible sur le fond avec la leur. Il n'empêche que leur vision est un édifice conceptuel et symbolique tout à fait intéressant et représentatif de courant de pensée très anciens, et du coup je peux la respecter : ceux qui me lisent savent que je m'intéresse beaucoup aux dieux, symboles et archétypes, et à leur transmission. Notons que cette troisième catégorie est plutôt discrète, peut donner son avis, mais ne se lancera qu'exceptionnellement dans de grandes diatribes sur les vaccins ou big pharma.

Mais un petit peu d'histoire. Revenons aux catégories 1 et 2, les tenants des "médecines naturelles" (dans lesquelles ils rangent improprement l'homéopathie, entretenant une confusion tout à fait dommageable, alors qu'on n'a pas fini de faire le tour de ce que peut offrir la phytothérapie en termes de traitements alternatifs ou nouveaux) qui brocardent la "médecine traditionnelle" et brocardent ses pratiquants comme étant les héritiers directs des Diafoirus et autres goûteurs d'urine du Moyen-âge. C'est là que ça devient très, très drôle. Parce que c'est un peu l'inverse, en fait.

Les mécanismes théoriques à la base de l'homéopathie sont globalement assez cohérents en tant que tels. Mais comme souvent, avec des édifices de ce genre, ce n'est pas la cohérence qui pèche mais la base conceptuelle qui est derrière. Pourquoi l'homéopathie a-t-elle tant séduit tout un tas de groupes aux idées alternatives (du Temple Solaire à toutes sortes de convents New Age, des anthroposophes steineriens à des écolos radicaux, en passant par des ésotéristes comme Rudolf Hess) ? Parce que contrairement à la "médecine traditionnelle", l'homéopathie repose sur ce qu'on appelle "La Tradition". Vous pouvez retrouver des conceptions très proches de celles des homéopathes (y comprit dans l'utilisation de minéraux dans un but thérapeutique) chez des gens comme Paracelse. L'alchimiste. Et on note une continuité dans la pensée théorique sous-jacente. Théorie des signatures (dite aussi principe de similitude, déjà pratiquée par les shamans), dilution extrême (à laquelle la découverte du nombre d'Avogadro devrait donner une limite théorique, limite sans objets dans des conceptions non atomistiques du monde, comme celle de Platon, par exemple), tout cela nous renvoie à des choses très anciennes.

Alors que la médecine prétendument "traditionnelle" a connu une solution de continuité très violente entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XIXe. Claude Bernard, Louis Pasteur et quelques autres ont jeté à bas les fondements de ce qu'étaient jusqu'alors la médecine et la pharmacopée, et ont d'ailleurs rencontré des résistances farouches de la communauté médicale de leur temps. L'homéopathie telle qu'on la connaît aujourd'hui a été fondée en 1810, un demi siècle avant notre médecine à nous, qui doit beaucoup à Louis Pasteur (mais en toute honnêteté, je dois signaler que le vaccin de la variole a été découvert empiriquement, c'est à dire sans base théorique, un demi siècle avant la publication de l'Organon, le manuel de base de l'homéopathie).



Allez, l'aspect "big business", maintenant. Un vaccin, ce n'est pas un médicament comme les autres. Ce n'est pas une gélule qu'on peut fabriquer à peu de frais dans une usine avec tapis roulants et trémies (c'est à ça que ressemble une chaîne de montage de comprimés, par exemple). Un vaccin, c'est au départ une substance vivante, qu'il faut faire croître d'une façon très précise pour inactiver la partie virulente. D'où des ruptures de stock fréquentes qui n'ont rien à voir avec la pénurie organisée (même si la mode managériale du "flux tendu" aggrave le problème). Au moindre souci sur un lot, on arrête la production pour comprendre d'où vient le problème. Industriellement, ce n'est pas simple.

Il faut savoir que les médicaments homéopathiques bénéficient par contre d'une exception au droit commun. Contrairement aux médicaments normaux, qui réclament un développement de dix ans, les remèdes homéopathiques n'ont pas à présenter de dossier détaillé pour prouver qu'ils agissent sur les maux qu'ils sont censés soulager. Il suffit que le labo donne une liste d'affections, la mette sur la boite, et ça passe crème. Quand on voit le mal qu'ont eu l'aspirine et le baclofène à faire évoluer leur AMM (dans le cas de l'aspirine, pour obtenir que le dosage nourrisson puisse être reconnu dans la prévention de l'infarctus chez la personne âgée, et dans celui du baclofène**** dans le traitement de l'alcoolisme), on voit bien que le favoritisme n'est pas là où on le prétend généralement.

Par ailleurs, comme on est en homéopathie face à des matières premières diluées, voire infiniment diluées, la R&D ne coute pas grand-chose, et la production non plus. Et il y a beaucoup, beaucoup de pognon à se faire dans ces conditions-là.

Du coup, qui sont les anti-vaccins ? Le bouclier humain de labos qui ne sont qu'une grosse arnaque ? Les supplétifs de sectes bizarroïdes qui ont toujours besoin de croisades pour se financer et exister ? Des gens qui ont trouvé dans cette cause un business très juteux et, à peu de frais, une armure de chevalier blanc ? Loin de moi l'envie de répondre de façon péremptoire à de telles questions. Mais peut-être vaut-il le coup de les poser quand même.






*on est bien d'accord que des médicaments passent entre les gouttes. Il suffit pour ça que la dangerosité ne concerne qu'un patient sur mille, et ça n'apparaîtra pas dans les études statistiques  initiales. C'est pour ça qu'il existe un truc appelé "pharmacovigilance", qui permet de débusquer ces ennuis là dès que le produit est mis sur le marché. En vingt ans, ce sont des dizaines d'anticholéstérol, antidouleurs ou antibiotiques qui ont été retirés du marché quand l'échantillon d'analyse est devenu assez grand. Une personne sur mille concernée, ça ne se verra pas dans une étude de mise sur le marché avec des tests sur 100, 200 ou 500 patients. Par contre, ça commence à se voir quand vous avez dix, vingt ou cent mille patients traités. Et notons que ça ne justifie pas forcément un retrait du médicament : parfois, le fait de préciser sa doctrine d'utilisation suffit à régler le problème. (après, comme dans tout système, il peut y avoir de gros ratés,  et en effet des combines de gros sous. Je me souviens de l'époque où Servier était à Neuilly. Quand le scandale Mediator a éclaté, et que les protections que le labo pouvait attendre d'anciens édiles de la ville nommés à de plus hautes fonctions n'ont pas suffi à le protéger, il y a eu une jolie opération immobilière, l'entreprise a déménagé, et sa taxe professionnelle est allée dans une autre ville).

**en dehors de quelques médecins, on note aussi des sources marginales d'extrême droite qui délirent là-dessus, sans qu'on sache trop pourquoi. Ce sont peut-être pour eux des histoires de pureté du sang. J'ai pas creusé plus que ça. Sachant également qu'il existe un ésotérisme d'extrême droite qui est compatible avec l'homéopathie, profil qu'on retrouvait dans le Temple Solaire, par exemple.

***matériellement, l'homéopathie n'a aucune base concrète (dès 9CH, il n'y a statistiquement plus rien dans le tube). elle demande pour fonctionner de croire aux puissances subtiles de l'univers. Ce n'est pas mon cas.

****Update : le cas du Baclofène semble de toute façon très compliqué, et beaucoup moins tranché que ce que prétendent ses défenseurs…


Commentaires

Tonton Rag a dit…
Encore une fois, tu te focalise sur une question secondaire sans voir le vrai problème : le monoxyde de dihydrogène : cette substance se trouve non seulement dans les vaccins dont tu prends la défense, mais encore dans presque toutes les préparations alimentaires industrielles. Or, il apparaît que le monoxyde de dihydrogène se retrouve ensuite dans les urines de tous les cancéreux, je dis bien tous, sans exception (mais aussi dans les urines de tous les vainqueurs récents du tour de France mais je ne souhaite pas ajouter une polémique stérile à la question).

La meilleure preuve que tes vaccins ne servent à rien est que parmi tous les vaccinés qui sont nés depuis la seconde guerre mondiale, pas un seul, pas un seul n'est devenu centenaire.

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