J'ai encore bougé pour des raisons familiales, mais ça n'empêche pas de se poser, des fois. Là, j'allais voir des frangins à Rouen, on avait à causer, mais ça n'a pas empêché l'un d'eux de me faire découvrir le Musée local des Beaux-Arts. Ça doit faire une petite quatorzaine d'années, je dirais, que je passe de temps en temps en ville et je n'avais jamais eu l'occasion encore de découvrir l'endroit. J'ai amèrement regretté de ne pas y être allé plus tôt. Primo, c'est gratuit, donc c'est fin con de s'en priver, deuzio y a des merveilles. Ah, et tertio, il est en travaux, donc certaines oeuvres n'ont pas leurs cartons et d'autres sont inaccessibles pour l'instant. Pas grave, je reviendrai.
Je suis depuis longtemps partisan de voir les oeuvres en vrai chaque fois que possible, que ce soient des tableaux, des sculptures, des originaux de BD. Bien sûr, une oeuvre forte le reste même en photo ou en reproduction, mais la meilleure repro de donnera qu'une idée lointaine de certains détails. Surtout, elle ne donnera pas la notion de la taille du machin. Parfois, des trucs sont incroyables parce que minuscules. Le musée a un Jean-Léon Gérôme complètement surprenant, une vue en petit format du devant d'une maison rurale un homme assis sur un banc, rien à voir avec ses compositions monumentales à bases de gladiateurs, là c'est un truc intime avec un vert-jaune évoquant N.C. Wyeth.
Il y a aussi un Daguerre (il n'a pas fait que de la photo, cette homme-là), des Delacroix et des Géricault, de quoi se remplir les mirettes.
Et puis un truc comme ça, c'est l'inverse. Je ne connaissais pas le travail d'Alfred Agache et sa toile, L'énigme, est absolument colossale, monumentale. Elle m'a scotché. J'y voyais une compo à la Nicollet (avouez que vous le mettez sur un Néo, ça passe crème) mais la matière du tulle noir, vue de près, est complètement folle. Faut que je me penche sur le cas de ce gars-là, tiens.
Il y a un marbre représentant Raphael, il m'a scotché dès que je suis entré dans la salle, la photo ne saurait rendre compte de la perfection de cette sculpture.
Et plein d'autres choses. Un petit paysage magnifiquement composé, aux lumières délicieuses, datant du 17e, un Velasquez, un Caravage, une magnifique galerie d'impressionnistes, des peintres espagnols de la Renaissance ayant compris le principe de la perspective mais pas encore obtenu la méthode et qui se démerdent assez habilement pour camoufler cette lacune, puis des toiles gigantesques à thèmes religieux, plein de Jean-Baptistes à divers stades de décapitation, des évangélistes, des vierges, tout le tintouin.
Et puis ce tableau hélas anonyme, flamand, du début du 17e, très curieux par son naturalisme et surtout son sujet. Une jeune femme sur son lit de mort, quelque chose qui ne se faisait pas du tout à l'époque, et surtout pas avec un tel réalisme. C'est effrayant et touchant à la fois. Un étage plus haut, les amis de Géricault l'ont portraituré juste avant et juste après son décès mais ce n'est pas pareil. L'époque romantique est passée par là. Alors qu'ici, ce peintre sans nom a fait quelque chose de profondément nouveau pour l'époque et il a été oublié.
Sic transit gloria mundi et tout ce genre de choses...





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