Vous aurez peut-être vu passer les nouvelles sur la fin de Makassar. C'était un distributeur de livre, spécialisé dans les petits éditeurs. Ils ont permis la mise à disposition aux libraires de cinq des miens, dont mes biographies chez 21g, celles de Lovecraft, Disney et Gagarine (plus des trucs que j'avais traduits).
En tombant, ils laissent des ardoises parfois imposantes chez pas mal de petits éditeurs dont certains n'y survivront pas. Un distributeur indépendant qui disparaît, des éditeurs indépendants qui disparaissent, c'est encore une victoire pour les gros requins qui essaient de mettre la main sur la totalité du secteur culturel et dont les piles omniprésentes de bouquins ineptes torchés par des fils à papa ou négrés pour des débiles légers exhibées dans toutes les gares et toutes les grandes surfaces culturelles ne nous donnent qu'un avant goût. Dans le même temps, même des gros groupes de librairie sont à la peine (plutôt que de faire leur boulot de libraires, ils se retrouvent à manutentionner les saletés de la phrase précédente, à les recevoir, à les mettre sur table, à les renvoyer trois mois après pour pas niquer leur trésorerie avec des invendus).
Tout le secteur s'est pris une claque l'an passé, et si retire aux chiffres le dernier Astérix et la série sur La femme de ménage, on s'aperçoit qu'on entre dans une crise bien violente dont voici les premiers soubresauts.
Y a-t-il des solutions ? Aucune de simple bien sûr. Mais soutenez les petits éditeurs en commandant directement chez eux ou en achetant sur leur stand quand vous les croisez en salon, les petits libraires de quartier, les petits libraires spécialisés en allant chez eux, en leur demandant conseil... Faites vivre la diversité de l'édition.
Les affreux ont annoncé la couleur il y a des années : c'est une guerre culturelle, et ils pratiquent la politique de la terre brûlée. On les a laissés tuer la presse, ne les laissons pas en finir du livre.
Merci de votre attention.

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