Bon, je commence à m'y faire, à la nouvelle série The Ghost in the Shell. Et pourtant, j'avais détesté, au début. Mais j'ai l'impression d'avoir bien fait de persister.
Alors, vous allez me dire, quel est le problème ? Elle est très bien, cette série. Oui, c'est parfois inutilement bavard, oui, les sous-titres officiels ont été torchés comme jamais, mais techniquement c'est bien, les histoires sont cool et dans la lignée de ce qui avait été fait précédemment, alors quoi ?
Eh bien fondamentalement, son plus gros défaut à mon sens, c'est la qualité principale mise en avant par toute la communication autour : la fidélité au matériau source. Ce qui amène, je crois, à une difficulté intéressante.
Ghost in the Shell, à la base, c'est un manga de Masamune Shirow, que j'avais lu à l'époque dans la grande édition Vents d'Ouest. Et j'avais trouvé que c'était un peu le foutoir. C'était intéressant, le dessin était cool, les personnages bien campés, les designs fous.
Mais j'étais tombé dans les mangas avec Lone Wolf and Cub, de Kazuo Koike et Goseki Kojima, puis Akira, de Katsuhiro Otomo. La narration et le dessin m'y semblaient plus purs et plus efficaces. Les pages étaient d'une fluidité de lecture que je ne retrouvais pas dans GitS. De ce point de vue, Appleseed, du même auteur, m'avait semblé plus lisible.
Du coup, j'étais passé au départ à côté de l'adaptation animée de Mamoru Oshii. Oui, ça ne m'avait pas intéressé, j'étais pas allé y voir. C'est dingue, hein, quand on y pense. Et puis un pote m'avait passé des cassettes de Patlabor, par le même Oshii. Et là j'avais adoré. puis il y avait eu un vidéo-clip, chopé sur MTV, qui m'avait fasciné. Pas par la musique, mais par l'animation cyberpunk. En fait, il remontait les scènes les plus iconiques de GitS. En me renseignant, j'ai fait le rapprochement. Et j'ai été y voir de plus près, et j'ai adoré. On doit alors être aux alentours de 2000 ou 2001 (j'avais vu les Patlabor en 99).
Grosse déflagration. Je bouffe tout ce que je trouve d'Oshii et Avalon sort dans la foulée. Lui, je vais le voir direct et je prends conscience du dialogue s'étant établi avec Matrix, qui pillait allègrement GitS.
Dans les années qui suivent, je me mange le GitS 2 : Innocence, bancal mais riche de séquences folles, la formidable série Stand Alone Complex, puis Arise... Je suis fan. Je reprends la réédition du manga et là-dessus, je reste un peu circonspect. Shirow me fait parfois penser à Oda sur One Piece, série dans laquelle je suis totale incapable de rentrer : les planches sont parfois un fouillis que je trouve peu lisible.
Il y a un truc, aussi : le ton. S'il évoque des sujets sérieux et philosophiques, le manga a aussi ses moments comiques et utilise les codes graphiques qui vont avec. Shirow ne se prend pas au sérieux, ce qui est très sympathique en soi, mais me déstabilise. Ces ruptures de ton ne se retrouvaient pas dans les adaptations précédentes, souvent très libres.
Cela fait-il de la version d'Oshii une mauvaise adaptation ? Dans le fond, oui. Est-ce que c'est un problème ? Non. Blade Runner, Total Recall ou Barry Lyndon sont, dans le genre, de mauvaises adaptations, et pourtant des bijoux chacun dans son genre. Il en va de même pour le premier Ghost in the Shell, clairement. Il adapte des trames présentes dans le manga, met de côté certains éléments, refond les designs (notamment celui du chef)... Je parlais dernièrement du fait que chacun a "sa" version de Batman. Bon, pour GitS, ça c'est la mienne.
Du coup, revenir à la saveur de l'original via la nouvelle série animée, oui, ça me déstabilise. J'ai beau avoir conscience de mon biais, c'est viscéral. Quoi, le film en live ? Non, je ne l'ai pas détesté, malgré ses gros défauts (y a Kitano en chef, je peux pas détester un film où Kitano joue le chef), mais c'était justement plus facile de m'y faire grâce au changement de média.
Là, sur une bascule animation/animation, j'ai plus de mal. C'est bizarre, hein ? Et pourtant, après un premier épisode que j'avais cordialement détesté, eh bien j'y reviens. Plein de trucs m'irritent passablement, au niveau du ton, pourtant chouette dans son côté fun, de raccourcis, de scènes classiques repensées sur un mode mineur (la poursuite au marché, par exemple), mais ça passe. En fait, je pense que j'adorerais si je n'étais pas si fan de ce que je considère comme l'original... et qui ne l'est pas.
Bordel, ce genre de trucs va finir par me rendre complètement schizo.




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