Vous l'aurez peut-être remarqué, même si j'en parle assez rarement ici, j'aime bien Joseph Conrad. Les plus attentifs d'entre vous l'auront d'ailleurs repéré dans mes divers suppléments à l'univers du Château des Étoiles, où j'ai réussi à le glisser en douce.
Il a ressurgi récemment (ce midi, en fait) dans le cadre d'une mini-conférence donnée en visio (malgré le fait qu'une fois encore, je sois une quiche en terme de matos son, heureusement, ne me laissant pas abattre par le décès de mon adaptateur USB-C-Mini-Jack, j'ai pu faire le truc quand même), conférence qui était plutôt orientée Lovecraft. Le rapport, me demanderez-vous ? Très ténu. Mais c'est sur ce fil tenu que j'ai tiré à un moment. Parce que je suis comme ça, on me changera pas.
Le sujet, c'était l'horreur maritime, un genre que HPL a quand même un peu exploré. Et, à un moment, je comparais celle-ci à sa grande soeur, l'aventure maritime. Dès lors, le nom de Conrad devait tomber dans la conversation.
L'horreur, ce n'est pas son sujet, à Conrad. Il se passe souvent des trucs pas cool, dans ses histoires, mais il ne vise pas l'effet horrifique. C'est un peu un terre-à-terre avec une teinte de post-romantisme, Conrad. Mais l'horreur, de façon fameuse, fait irruption dans son oeuvre à un moment précis. "L'horreur, l'horreur", ça y est, vous l'avez, même si vous passez pour y arriver par la case Brando. Mais ce n'est pas exactement une horreur maritime puisque le capitaine Marlowe, protagoniste d'Au coeur des ténèbres, vient de sérieusement déchoir puisqu'il est alors devenu un marin d'eau douce : il remonte le fleuve Congo sur un petit vapeur décati.L'horreur, dans ce texte, elle n'a pas grand-chose de lovecraftien. Le Congo, à l'époque, c'est le terrain de chasse de Leopold et des colonisateurs belges. L'horreur n'y a rien d'abstrait, c'est celle de l'exploitation des hommes et des ressources. L'horreur y est aussi pour partie psychologie, avec la déchéance de Monsieur Kurtz. Là, on se rapproche un poil plus d'ambiances lovecraftiennes avec cette silhouette qui chuchote au coeur des ténèbres. (Il n'est d'ailleurs pas absurde de rapprocher le tout ce certains passages en Afrique du Voyage au bout de la nuit de Céline, mais ça nous entraînerait un peu loin, alors que je suis déjà en train de filer sans grande visibilité).
Je vous le disais, le fil est ténu. Mais à mon sens, il est là.
Il y en a un autre, aussi, plus tenu et circonvolu encore (ça se dit, "circonvolu" ? j'ai décisé que oui. je suis chez moi, je fais ce que je veux) et il passe par Alien. Nostromo et Sulaco, les noms des deux premiers vaisseaux de la série, ils viennent directement de Conrad. Dans Nostromo, l'horreur est encore d'une autre nature. Elle est diffuse et profondément humaine : c'est celle d'une certaine médiocrité des aspirations, qui finit par ronger même les meilleurs natures...
Bref, ma digression sur le sujet, ce midi, a été très courte. Mais je me suis dit que je pouvais la développer un poil et vous en faire profiter.



Commentaires