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Edward Alexander Crowley, dit Aleister Crowley, dit Maître Thérion, dit Lord Boleskine, dit La Bête 666, dit Chioa Khan



"Le client a généralement tort, mais les statistiques démontrent qu'il n'est pas rentable d'aller le lui dire."

(Aleister Crowley, 1875-1947)

S'il y a un exemple qui démontre le côté contre productif du bachotage religieux dans l'éducation des enfants, c'est bien Aleister Crowley. Bible en main, son père était un de ces protestants fanatiques que seul le monde anglo-saxon semble pouvoir produire, qui tentait d'endoctriner son entourage. Il est d'ailleurs à noter que papa Crowley ne commença à prêcher qu'après avoir pris sa retraite, alors qu'il avait fait une magnifique et lucrative carrière de brasseur. Comme quoi il n'y a rien de pire que les gens qui font leur retour à Dieu sur le tard, après une vie vouée à l'extension du péché.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que la greffe n'a pas pris. Même en laissant de côté l'autobiographie de Crowley, largement sujette à caution (comme toute autobiographie, mais plus encore quand elle est signée par un personnage pareil), force est de constater que celui que la presse britannique appelait "l'homme le plus pervers du monde" a eu une existence bien remplie, et surtout en contradiction totale avec les pieux enseignements que son père tenta de lui faire rentrer dans le crâne.

Responsable de l'explosion en vol de la Golden Dawn, la société ésotérique la plus courue à l'époque, auteur d'un nombre considérable d'ouvrages occultes, dont certains écrits sous la dictée de puissances supérieures (en tout cas, si on l'en croit), traître à sa patrie, traître à ses amis, traître, parfois, à lui même, mais toujours "traître de troisième ordre", selon l'amiral Gaunt (un des responsables des services secrets britanniques pendant la Première Guerre Mondiale), bisexuel, cocaïnomane, homme de spectacle, gourou, parasite mondain, aventurier, il aura tout fait, et entremêlé le tout de façon à ce que chaque activité soit justifiée par sa voisine… Tout se passe comme s'il avait voulu repousser les limites, abattre les murs, réduire en poussière les commandements divins auxquels sont père tenait tant.


Était-il si mauvais qu'on l'a prétendu, ou bien cette course à l'abjection n'était-elle pas une course contre lui-même et contre l'ombre paternelle s'agitant encore au fond de lui ? Nul ne peut le dire. Mais il faut lui reconnaître le courage (ou l'inconscience) d'avoir introduit les rituels de la magie sexuelle hindoue dans une Angleterre encore fortement marquée par le puritanisme victorien, et d'avoir fait du néo paganisme un antidote tout à fait efficace au positivisme scientifique béat de la Belle Époque.

Il mourut semi clochard, alcoolique, vivant aux crochets de ses derniers amis, ultime pied de nez d'un sale gosse à un père petit bourgeois.

Commentaires

artemus dada a dit…
Tiens, hier je relisais justement quelques passages de la biographie que lui a consacrée Serge Hutin qui écrit je cite : "Au rang des disciples californiens, il y a [..] L.Ron Hubbard le futur fondateur de la dianétique puis de la scientologie, ce mouvement en plein essor". Sacré Ron va !

Et parallèlement je me suis replongé dans le roman de Somerset Maugham "Le magicien" où Haddo - le magicien en question - est largement inspiré de Crowley, que connaissait Maugham.
Tout ça parce je venais de relire un peu de Promethea.

Des fois quand on y pense c'est dingue la vie, non !
Alex Nikolavitch a dit…
il a inspiré pas mal d'auteurs, c'est clair.

et au rang des "disciples", il y a aussi Jimmy Page, entre autres. Qui avait été jusqu'à racheter le château de Boleskine.
Anonyme a dit…
Tout un tas d'auteurs ont fait leur Crowley-like, oui, y en a assez pour publier sans doute un Nombreuses vies d'Aleister Crowley. Le premier qui me vient à l'esprit est Mocata, dans Les vierges de Satan de Dennis Wheatley, avec un Charles Gray tout à fait succulent dans l'adaptation filmée.

Dans la VO de De bons présages, le serpent s'appelle initialement Crawley, puis devient Crowley une fois installé sur Terre. Faute de mieux, il est devenu Rampant puis Rampa en VF. Le fils d'un plombier du Devon n'est pas à la hauteur de l'homme le plus méchant du monde, mais 'tis enough, 'twill serve.
Alex Nikolavitch a dit…
et j'ai toujours dit tout le bien que je pensais de ta traduction rampant/rampa, je trouve ça brillant.
Alex Nikolavitch a dit…
hmmm, Charles Gray en Crowley....


ouais, ça tombe sous le sens !
Anonyme a dit…
Rampa, c'était une première impulsion, en attendant de trouver mieux. Et puis, j'ai dû me rendre à l'évidence: j'avais pas vraiment un énorme choix de solutions...
Mathieu Doublet a dit…
Encore une note bien intéressante, merci, monsieur Nikolavitch. :)

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