Accéder au contenu principal

Le complot (ou quand le sot montre la Lune, le sage regarde dans les tuyaux)

C'est assez épatant, le nombre de théories du complot qui visent la conquête spatiale, et plus particulièrement la Nasa. Entre les tenants de la Terre Plate, ceux de l'Univers Electrique dans lequel la gravité n'existe pas, la vieille histoire selon laquelle Neil Armstrong ne serait jamais allé sur la Lune, les dissimulations de preuves extraterrestres orbitale, lunaires ou martiennes, on se demande pourquoi cette déjà vénérable institution s'en prend autant dans la gueule.

Et puis, fort heureusement, Donald Trump nous donne la réponse avec l'absence de subtilité qui le caractérise. Merci, Donald.

Car il a annoncé à la Nasa qu'elle avait mieux à faire que de perdre du temps avec des recherches sur le climat. C'est astucieux, hein ? On conteste les résultats des recherches et ensuite, sous prétexte que c'est contesté, on essaie d'empêcher la recherche d'obtenir des résultats. (Notons que la mère Pécresse essaie de nous faire la même sur les recherches sur le genre, sous prétexte de Manif pour Tous, mais en fait parce que les statistiques genrées mettent au jour tout un tas de turpitudes de notre société en matière de violences réelles et symboliques faites aux femmes)

Eh ouais, la Nasa a accès au ciel, et elle est donc la mieux placée pour obtenir des mesures précises du réchauffement de l'atmosphère, des océans et de la fonde de la banquise. Donc renvoyons la Nasa à ses chères études, mais de préférence à d'autres. Et nommons des pétroliers à tous les postes clés.

En une époque où tout le monde se revendique "antisystème", c'est assez rigolo de noter que "pétrole" n'est jamais cité dans le système à combattre. La plupart de nos "antisystème" roulent en belles bagnoles et prennent souvent l'avion. Le système circulatoire de leur univers charrie un flot noir d'hydrocarbures. On nous enfume avec des histoires d'or et d'argent, mais le vrai sujet, c'est depuis un siècle l'or noir. Et c'est un système en bout de course, qui se convulse et crève en essayant d'entraîner tout le monde avec lui.

Et la Nasa, qui est à la pointe des recherches sur le réchauffement (et qui en plus à le front de faire voler l'essentiel de ses machins à l'hydrogènes et plus généralement avec des carburants autres que les dérivés de pétrole, ce qui ajoute la blessure à l'insulte), doit donc être décrédibilisée au max.

Or qui sont les plus gros propagateurs de théories du complot, de nos jours ? En dehors des catho-droitistes obsédés de la quéquette des autres, il y a l'extrême droite viriliste, amatrice de gros flingues et de grosses bagnoles comme symbole de "liberté", et le monde arabo-musulman (et irano-musulman) qui produit le pétrole,  et se retrouve empêtré dans des crises à répétition.

Décrédibiliser tous ceux qui menacent de leur enlever leurs joujoux ou leur seul outil de poids géopolitique devient donc urgent. Et donc, on répand les pires âneries sur la Nasa. (dernier avatar en date de la pression pétrolière, les gens qui ont tenté de nous faire croire que le pic de pollution à Paris était dû aux centrales à charbon allemandes, et ont tenté de balayer d'un revers de main les photos et mesures par satellite qui démontraient le contraire).

Posez-vous donc la question en faisant le plein : en dehors des taxes qui alimentent les caisses de l'état, qui financez-vous ?

Commentaires

Tonton Rag a dit…
Pour ce qui est des tenants de la Terre plate, je crois qu'il y a une certaine incompréhension de beaucoup de gens. J'ai vu par exemple sur un site qui se prétend d'information (mais qui est juste un relais de la propagande de l'OTAN (slate.fr pour le nommer)), une enquête sur ceux qui croient que la Terre est plate. Quand on lisait l'"enquête", on s'apercevait que l'"enquêteur" s'était contenté de consulter deux sites de tenants de la Terre plate.

Je crois que l'"enquêteur" n'a pas compris le font de l'affaire. Certains des arguments disponibles sur ces sites sont si puissants et présentés si clairement, qu'ils ne peuvent être rédigés que par des gens ayant une SOLIDE formation en physique ET en épistémologie.

Mon interprétation, qui est sans doute contestable, est qu'il ne faut voir les articles de ces sites que comme des exercices de styles. Des gens qui, contrairement à la plupart d'entre nous, ont étudié la physique et l'épistémologie proposent un modèle alternatif qui n'est pas contredit par les faits qu'ils exposent (parce que, évidement, il faut quand même choisir ce qu'on met en avant et ne pas montrer ce qu'on veut cacher, c'est le propre de tous les tours de magies).

Le lecteur qui n'a aucune connaissance scientifique n'a pas la capacité de comprendre en quoi certaines de ces "preuves" sont subtiles, voir brillantes. Le lecteur qui a des bases tirera profit de telles lectures car il touchera du doigt que la physique n'est pas la science du vrai (comme dirait l'autre dans "les aventuriers de l'arche perdue", ceux qui veulent du vrai peuvent aller au cours de philosophie au fond du couloir) mais consiste, entre autre à faire un modèle qui décrit les observations et permets des prévisions.
Ces sites internets promouvant l'idée d'une Terre plate satisfont souvent à la première condition, mais ne permette pas des prévisions intéressantes (en tout cas, je n'en ai pas vu), c'est pourquoi ils ne sont pas pertinents du point de vue de la recherche en science physique, mais qu'ils peuvent l'être du point de vue de l'enseignant, qui veut faire comprendre en quoi consiste une démarche scientifique (et c'est un enseignant qui s'exprime).

Le problème est que ces arguments sont parfois repris pour des raisons politiques, mais dans les flots de mensonges politiques qui nous tombent dessus, cela ne pèse pas lourd.

Pour ce qui est des américains sur la Lune, les motivations sont sans doute plus douteuse. Je balaye leurs arguments d'un revers de main : si il n'y avait pas été, les russes l'auraient tout de suite su, puisqu'ils étaient dans la même course, et qu'ils y ont envoyé des "lounarod". Puisqu'ils n'ont pas dénoncé la supercherie, c'est qu'ils savaient que c'était vrai.
Alex Nikolavitch a dit…
Le problème du platisme, c'est qu'en effet, pour un type qui pratique avec brio le jeu intellectuel, y en a un paquet qui semblent le prendre très au sérieux.

sur les missions lunaires, la Nasa diffusé les clichés "bruts de pelloche" de toutes les photos, et c'est passionnant. y en a un paquet de loupées, et c'est justement très intéressant de voir pourquoi : les conditions lumineuses dans l'espace, et les difficultés de manipulation des appareils en scaphandre y sont pour beaucoup.

Posts les plus consultés de ce blog

Chronique des années de cagnard, livre 2

J'ai de la chance dans le malheur : les grands arbres du quai limitent un peu le carnage. Tant que le trottoir et les façades sont dans leur ombre, ça génère un poil de fraîcheur. Mais à partir de 15-16 heures, le soleil tourne et paf, le trottoir et les façades s'échauffent. Et la pierre d'Oise dont sont faits la plupart des bâtiments du coin absorbe bien, et rend pendant des heures ensuite.   Mais le pire, c'est quand on doit sortir de la zone des arbres. La petite place du marché, plus loin, a été refaite il y a quelques années. Le vilain goudron a cédé la place à de jolis pavés de granit. Le problème, c'est de ce temps-là, chacun d'entre eux se transforme en une mini porte de l'enfer. Ils brillent, renvoient chaleur et radiations, de quoi roussir les poils de mollets. Même l'eau qui peut tomber dessus, lorsque les brumisateurs de la place s'active, lorsque le temps orageux lâche quelques gouttes, lorsqu'un cafetier ou un poissonnier passe un ...

Chronique des années de cagnard, livre 1

Pour citer une école de grands philosophes du passé, à savoir Les Négresses Vertes, "voilà l'été". Et il fait pas semblant, le bougre. Je dis pas qu'il fait chaud, mais j'attends quand même un peu la venue du Lisan al Gaib . Plus que de Dune , ce qui me revient c'est le début du premier épisode d 'Albator (version  78) avec les océans à sec. J'ai jamais compris pourquoi il y avait cet espèce de prologue, d'ailleurs, vu qu'ensuite on voit pas mal de plans d'eau et d'arbres. Est-ce que c'est un problème de traduction, un flashback mal intégré dans la VF ? Il va falloir que j'investigue à l'occasion. Et puis ça me donnera l'occasion de revoir ce truc qui a quand même pas mal contribué à forger mon imaginaire.      Effet secondaire de la réfection d'un épais mur extérieur, les fourmis qui s'y installent parfois n'avaient plus de porte de sortie. La volée nuptiale de cette année a donc eu lieu (avec trois semain...

Là tu me vois, là tu me vois plus

 En zappant devant la télé l'autre soir, je suis retombé sur un bout d' Insaisissables ( Now you see me ), un film de prestidigitateurs qui profitent de leurs talents pour monter des braquages audacieux au nez et à la barbe des autorités. Je l'avais vu à l'époque, ainsi que sa suite, et j'avais pas détesté le premier, tout en émettant quelques réserves. Le deuxième, par contre, je l'avais trouvé raté à mort, parce qu'il amplifiait les défauts du premier. C'est en rédigeant cette note que j'ai découvert l'existence d'un troisième épisode, je savais même pas.  Le film est de notre Louis Leterrier national, dont j'ai pas vu tant de trucs que ça. Il a fait des trucs que je trouve plutôt cool et des machins que je trouve insauvables, et puis des trucs que je n'irais même pas toucher avec un bâton (genre un Fast and Furious , mais on y reviendra). Ceci dit, ça me semble être un bon faiseur, genre efficace. Les trucs de prestidigitateurs, à...

Deux chouettes campagnes

Tiens, très vite fait, je signale deux campagnes de financement participatif :   La première concerne Fafhrd et le Souricier Gris , deux héros de fantasy patrimoniaux que je connais bien pour avoir traduit la version BD de leurs aventures. Là, une intégrale des nouvelles va sortir chez Mnemos et je suis associé au projet à mon petit niveau. Il reste deux jours dessus. Foncez.    L'autre, je n'ai rien à voir avec, mais elle est chouette, c'est une BD sur Jack Kirby et son passage dans l'armée , par Jean Depelley qui est un spécialiste mondial du sujet. Un beau projet, du coup. 

Le fils du retour

Je parlais dernièrement de relectures. J'en ai deux sur le feu, là, pour des sorties en septembre. D'abord, celle de L'île de Peter , en vue de la resortie en poche. Ça ne constituera pas un boulot éreintant. Il s'agit surtout de repérer les dernières coquilles éventuelles (et pour ce que j'en sais, c'est un bouquin qui a été plutôt épargné de ce côté-là), les soucis de typo liés au reformatage, des broutilles en somme. La difficulté, c'est surtout de se retenir de remanier des choses. Je suis toujours tenté de revoir des formulations, de préciser des trucs… Là, il ne faut pas, je pense. Du coup, dès lors que je m'y mettrai vraiment, ce sera une affaire de quelques jours au plus. Non, le gros morceau, c'est la réédition de Mythe & Super-héros . J'y travaille depuis quelques temps, accumulant des notes, mais là, ça y est, je suis à fond dans la réfection du truc. Ça fait quelques années qu'on en parle, et j'appréhendais le moment...

Un bonsoir en passant

Moins de War Zone ces jours-ci, vous l'aurez peut-être remarqué... Il se trouve que la famille s'est agrandie hier (bon, c'est pas exactement une surprise, hein*) et donc que les heureux parents (moi et madame) sont très occupés. Donc moins de vaticinations Warzonesques dans l'immédiat. Je vais essayer de fouiller mes sauvegardes pour vous gratifier ce soir d'un bout de l'Encyclopédie des Connaissances Inutiles, quand même. * la surprise, ce sont les conditions du truc. la clinique était en train de déménager. Je vous ferais bien un topo des opérations, mais vous n'y croiriez juste pas. C'est resté très bon enfant grâce au professionnalisme de tout le monde là-bas, mais, c'était du genre "tiens, y pas de lavabo dans cette salle ?" "non, il n'a pas encore été livré" ou la noria de chirurgiens en tenue qui poussaient des brancards chargés de cartons (je vous jure devant Dieu, je les vu de mes yeux et j'étais à jeun). Mais bo...

Night at the opera

Nous vivions à une époque où tout nouveau genre de SF émergent se voit affubler d'un nom en "punk". Le phénomène date bien sûr des années 80 et de l'émergence du cyberpunk à partir de 84 et de Neuromancer . D'ailleurs, le mot ne s'est pas imposé tout de suite, à un moment, le fandom américain appelait ça "mirrorshades" du fait de ces lunettes de soleil à verres chromés que portaient les protagonistes des récits sur les illus, ainsi que certains des auteurs.   La première grosse anthologie était d'ailleurs titrée chez nous "Mozart en verres-miroir". Quand les deux papes du genre, William Gibson et Bruce Sterling ont estimé avoir fait le tour du truc à la fin de la décennie, ils sont partis dans une direction rétrofuturiste qui fut rapidement appelée steampunk par comparaison. Et puis ça s'est emballé et tout ce qui a suivi a été qualifié en punk : dieselpunk, biopunk, splatterpunk (si si, le mot a été utilisé dans les années 90 pou...

Au sommet du sumo

Ma tribu me connaît bien. Pour des raisons de récurrence calendaire sur lesquelles je ne m'étendrai pas, deux de mes rejetons m'ont offert des places pour le tournoi de sumo qui se tenait dernièrement à Paris. On y est allés ensemble, la moitié de la tribu Lavitch en expédition au POPB (oui, j'ai déjà parlé de ça, dans ces colonnes, mais pas question que j'appelle la pyramide verte par son nom sponsorisé. C'est Ed Norton qui avait raison, on aura bientôt la Galaxie Starbucks et l'Amas Globulaire IBM).  Le sumo, ils se souvenaient que c'est le seul sport que j'ai réellement suivi dans ma vie, pendant quelques années. Autant je ne crois pas avoir vu plus de 4 ou 5 matchs de foot en entier en plus d'un demi-siècle (dont 2 avec la Croatie et 1 avec l'équipe de Belgrade), autant, entre la fin des années 90 et la première moitié des années 2000, je regardais tous les bashos sur lesquels je pouvais tomber. J'étais fan des deux grands rivaux de l...

Seul au monde, Kane ?

Puisque c'est samedi, autant poursuivre dans le thème. C'est samedi, alors c'est Robert E. Howard. Au cinéma. Et donc, dans les récentes howarderies, il manquait à mon tableau de chasse le Solomon Kane , dont je n'avais chopé que vingt minutes lors d'un passage télé, vingt minutes qui ne m'avaient pas favorablement impressionné. Et puis là, je me suis dit "soyons fou, après tout j'ai été exhumer Kull avec Kevin Sorbo , donc je suis vacciné". Et donc, j'ai vu Solomon Kane en entier. En terme de rendu, c'est loin d'être honteux Mais resituons un peu. Le personnage emblématique de Robert Howard, c'est Conan. Conan le barbare, le voleur, le pirate, le fêtard, le bon vivant, devenu roi de ses propres mains, celui qui foule de ses sandales les trônes de la terre, un homme aux mélancolies aussi démesurées que ses joies. Un personnage bigger than life, jouisseur, assez amoral, mais tellement sympathique. Conan, quoi. L'autre...

Dernière minute

On vient de m'annoncer la mort de Jean Rollin. Je viens vous en parler ici parce que, dans les morts cinématographiques, elle va immanquablement être éclipsée par celle de Blake Edwards. Jean Rollin, pour ceux qui ne le connaissent pas, c'est -c'était- une sorte de phénomène innexpliqué du cinéma français, un homme qui a patiemment labouré le même sillon narratif des années durant. Rollin, c'est Bunuel qui se serait pris pour le fils de Jesus Franco et d'Eric Rohmer, ou l'inverse, ce sont d'improbables films de vampires à l'érotisme étrange et à la narration complètement éthérée, ces longs plans séquence, ces mêmes brise-lames battus par les flots sur une morne plage qu'on retrouve d'un film à l'autre… C'est bizarrement fascinant et hypnotique, c'est un plaisir diffus qui se mérite. Si vous n'avez jamais scotché devant un film de Jean Rollin, fin bourré à deux heures du matin, vous ne pouvez pas comprendre ce que je ressens ce soi...