Accéder au contenu principal

La chicha, la chicha, je te veux si tu veux de moi

J'ai appris qu'un bar à chicha (à narguilé, quoi), venait de fermer après une plainte d'une association de non-fumeurs qui tenait à faire respecter la loi concernant la fumée dans les lieux publics.

Alors oui, la loi est du côté de cette association, c'est indiscutable. Mais force est de reconnaître que la loi est mal faite, puisqu'elle n'interdit pas spécifiquement les bars à chicha et les associations de fumeurs qui s'y retrouvent. Parce que l'esprit de la loi (esprit de Montesquieu, descends sur nous. d'ailleurs, la loi avait en son temps interdit ton ouvrage qui démontait le fonctionnement des lois), c'est de protéger les non-fumeurs. Or, je ne vois pas pour quelle raison obscure un non-fumeur irait traîner dans un bar à chicha qui n'est pas, comme son nom l'indique, un bar, mais précisément un fumoir convivial et collectif.

L'attaque de l'association de non-fumeurs a donc un côté mesquin à la base, c'est une ingérence délibérée dans les menus plaisirs des autres, une volonté de nuire sous le prétexte hypocrite de sauver. Ça sentirait presque la procédure lancée uniquement pour justifier l'existence de l'association elle-même (car de fait, depuis que la loi est de leur côté et interdit de fumer à peu près partout, ces associations n'ont plus de raison d'être : elles ont déjà gagné la guerre). Il serait intéressant de voir comment est financée une telle association, avec quelles subventions, et l'usage qui est fait de son budget. Je suis persuadé que ce serait croquignolet.

Tant pis pour eux, ils auront que dalle pour Noël, alors

Mais l'affaire pose une question nettement plus large : si la loi n'interdit pas de fumer (que ce soit la cigarette, la pipe ou la chicha), elle interdit de le faire dans les lieux publics fermés (et même dans certains lieux publics non fermés, comme les gares). D'accord, on a compris. Mais comme personne en haut lieu n'a l'intention d'interdire de fumer tout court, tant les taxes sur le tabac sont une manne financière, et que la loi prévoit des espaces dédiés, des fumoirs, comment se fait-il que les bars à chicha, dont la fumée est la seule raison d'être, n'y soit pas assimilés ?

Il y a là une hypocrisie patente, et moralement un abus de procédure manifeste, un glissement totalitaire, une volonté d'aller emmerder les gens, de marquer des points dans un match qui n'a plus d'enjeu puisqu'il est déjà terminé. Et c'est le symptôme d'un fonctionnement de la société de plus en plus normatif et procédurier. Personnellement, ça m'inquiète terriblement.

Commentaires

Anudar a dit…
Pour très bien connaître des gens qui vivent au-dessus d'un "bar à chicha", j'ai envie de dire que la fumée a peut-être été l'argument retenu dans une procédure qui avait un autre but, à savoir, faire disparaître un lieu de socialité perçu (à tort ou à raison) comme dérangeant.
Alex Nikolavitch a dit…
mais qu'on vienne chercher des poux à cause du bruit, je peux encore le comprendre ! mais il y a des lois sur le tapage qu'on peut très bien invoquer dans ces cas-là. si la fumée n'est qu'un prétexte, l'arme nucléaire employé pour faire taire les bruyants, alors c'est pire que ce que je croyais.
Anudar a dit…
Il est possible que les voisins aient tenté d'attaquer le problème par l'angle du tapage et n'aient pas obtenu d'amélioration dans un délai satisfaisant. Le "bar à chicha" dont je parle a pu contourner un certain nombre de procédures en se montant lui-même en association et non plus en bar (d'où les guillemets que j'utilise).
J'ignore si la situation à laquelle tu fais référence dans ton article est similaire à celle dont j'ai connaissance, mais je pense qu'il se peut très bien que les voisins, après avoir tenté d'obtenir sa peau par d'autres moyens, n'ont plus trouvé que celui-là pour arriver à leurs fins. Après, c'est *dura lex, sed lex* comme ils disent...

P.S. : le captcha pour les commentaires, il est indispensable pour de vrai ? Non parce que c'est un truc inventé par des sadiques, y'a pas moyen...
Alex Nikolavitch a dit…
ouais, c'est obligatoire, hélas. même comme ça, il y a des tentatives de spam.

Posts les plus consultés de ce blog

Paradoxe de Langevin et décalage dans l'espace-temps

Alors, me fiant à ce qu'annonçait mon éditeur (je sais ce que vous allez dire : me fier à un éditeur, fallait vraiment que je sois con. mais je suis comme ça, moi, pétri d'une innocence confiante qui fait tout mon charme. et mon infortune avec), j'avais annoncé la sortie de Cosmonautes ! le 4 septembre. Et visiblement, y dû y avoir confusion avec la station de métro, parce qu'en fait, c'est le 19, vérification faite. Donc, Cosmonautes ! ce sera dans les bacs dans un peu moins de deux semaines. Désolé pour le contretemps. Et Saint Louis , ce sera le 13 novembre, au fait. Là aussi, on décale. C'est comme ça. Si néanmoins vous ne voulez pas attendre, parce que l'impatience vous gagne à l'idée de tenir entre vos mains tremblantes mon nouvel opuscule, vous pourrez le trouver en avant première mondiale aux Caves Alliées, 44 rue Grégoire de Tours à Paris, le vendredi 12 septembre. Il y aura aussi Nicolas Nova, pour Futurs ? et Laurent Whale, pour ...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...

Chronique des années de cagnard, livre 2

J'ai de la chance dans le malheur : les grands arbres du quai limitent un peu le carnage. Tant que le trottoir et les façades sont dans leur ombre, ça génère un poil de fraîcheur. Mais à partir de 15-16 heures, le soleil tourne et paf, le trottoir et les façades s'échauffent. Et la pierre d'Oise dont sont faits la plupart des bâtiments du coin absorbe bien, et rend pendant des heures ensuite.   Mais le pire, c'est quand on doit sortir de la zone des arbres. La petite place du marché, plus loin, a été refaite il y a quelques années. Le vilain goudron a cédé la place à de jolis pavés de granit. Le problème, c'est de ce temps-là, chacun d'entre eux se transforme en une mini porte de l'enfer. Ils brillent, renvoient chaleur et radiations, de quoi roussir les poils de mollets. Même l'eau qui peut tomber dessus, lorsque les brumisateurs de la place s'active, lorsque le temps orageux lâche quelques gouttes, lorsqu'un cafetier ou un poissonnier passe un ...

Le Fils du Retour

J'étais allé traîner mes bottes dans une grande surface culturelle, une de celles dont le nom évoque une vieille chanson de Louise Veronica Ciccone, même pas pour y acheter des trucs, c'était sur le chemin d'une grande surface de bricolage où j'avais des trucs à récupérer d'urgence pour plier des travaux chez moi. Bref. Une jeune libraire était en train de ranger des trucs dans un rayon et de mettre un peu d'ordre (je sais pas si vous avez remarqué, mais en librairie, la plupart des clients semblent physiquement incapables de remettre un bouquin à l'endroit où ils l'ont pris pour le feuilleter, ce qui fait que n'importe quel rayon tourne au boxon en quelques heures dès lors que des gens passent devant, c'est ce ce qu'on appelle le Second Principe de la Littérodynamique ). J'en étais à remarquer que les éditions Bragelonne sortent du Robert E. Howard en mode rafale et qu'il va falloir que je rattrape mon retard en la matière. Le Bran M...

Night at the opera

Nous vivions à une époque où tout nouveau genre de SF émergent se voit affubler d'un nom en "punk". Le phénomène date bien sûr des années 80 et de l'émergence du cyberpunk à partir de 84 et de Neuromancer . D'ailleurs, le mot ne s'est pas imposé tout de suite, à un moment, le fandom américain appelait ça "mirrorshades" du fait de ces lunettes de soleil à verres chromés que portaient les protagonistes des récits sur les illus, ainsi que certains des auteurs.   La première grosse anthologie était d'ailleurs titrée chez nous "Mozart en verres-miroir". Quand les deux papes du genre, William Gibson et Bruce Sterling ont estimé avoir fait le tour du truc à la fin de la décennie, ils sont partis dans une direction rétrofuturiste qui fut rapidement appelée steampunk par comparaison. Et puis ça s'est emballé et tout ce qui a suivi a été qualifié en punk : dieselpunk, biopunk, splatterpunk (si si, le mot a été utilisé dans les années 90 pou...

Le Messie de Dune saga l'autre

Hop, suite de l'article de l'autre jour sur Dune. Là encore, j'ai un petit peu remanié l'article original publié il y a trois ans. Je ne sais pas si vous avez vu l'argumentaire des "interquelles" (oui, c'est le terme qu'ils emploient) de Kevin J. En Personne, l'Attila de la littérature science-fictive. Il y a un proverbe qui parle de nains juchés sur les épaules de géants, mais l'expression implique que les nains voient plus loin, du coup, que les géants sur lesquels ils se juchent. Alors que Kevin J., non. Il monte sur les épaules d'un géant, mais ce n'est pas pour regarder plus loin, c'est pour regarder par terre. C'est triste, je trouve. Donc, voyons l'argumentaire de Paul le Prophète, l'histoire secrète entre Dune et le Messie de Dune. Et l'argumentaire pose cette question taraudante : dans Dune, Paul est un jeune et gentil idéaliste qui combat des méchants affreux. Dans Le Messie de Dune, il est d...

Riri, Fifi, Loulou et leurs cousins lointains

Je ne suis pas du tout le premier à faire le rapprochement, mais dans les histoires des personnages Disney comme dans la geste arthurienne, il n'y a pas vraiment de paternité. Les personnages y sont toujours les neveux les uns des autres. Quand il y a paternité, le père n'est jamais montré. Perceval a bien eu un père, mais il est mort bien avant le début de ses aventures. Pareil pour Arthur, on connaît l'histoire d'Uther, mais le gamin n'a jamais connu papa. Chez les canards, c'est pareil : Picsou est l'oncle de Donald, lui-même l'oncle de Riri, Fifi et Loulou. Les parents de cette joyeuse bande, on ne les voit jamais, ou ils ne sont évoqués qu'en passant. Ce motif curieux est ancien : chez certains peuples africains, c'est bien l'oncle maternel qui détient l'autorité sur les garçons et qui les éduque. Dans le monde arthurien, notamment dans le cycle de Chrétien de Troyes, Gauvain et d'autres sont les neveux d'Arthur, mais l...

Nestor Ivanovitch Makhno

" Quand il se développe, l'anarchisme ne reconnaît aucune limite. " (Nestor Makhno, 1888-1934) Dans la mythologie gauchiste, Makhno, homme d'action bien plus que théoricien, tient une place à part. D'aucuns aiment à le réduire à un simple "chef des anarchistes", expression paradoxale pourtant non dénuée de vérité, mais le personnage est, comme souvent dans ce genre de cas, plus complexe. Il faut déjà savoir que la "république" libertaire mise en place par Makhno et ses compagnons couvrait l'Est de l'Ukraine, un territoire peuplé de près de 7 millions d'habitants, qui vécurent donc pendant quelque temps sous ce que l'on appellera, faute de mieux, un régime anarchiste. Le mode de fonctionnement de cet état sans état semble avoir été viable, et ce sont des forces extérieures (principalement l'Armée Rouge commandée à l'époque par Trotski) qui en ont précipité la chute. Il faut dire que le communisme libertaire des makhnovist...