Accéder au contenu principal

Compte à rebours avant Apocalypses : 31 jours


Hop, je viens d'avoir la date officielle pour la sortie d'Apocalypses, une brève histoire de la fin des temps, mon prochain bouquin à paraître chez les Moutons électriques. C'est pour le 6 novembre prochain.

Du coup, je vous en rebalance un petit extrait :


Ce qu’on appelait l’esprit "fin de siècle" dans années 1990, en le considérant comme un mal transitoire, se retrouve à perdurer sous une forme plus appuyée encore : l’approche de l’an 2000 avait remis sur le devant de la scène le discours millénariste et commencé à le banaliser, l’automne 2001 lui donne un impact dans un monde séculier qui chercher à se déséculariser, à reprendre une place cosmique dans un plan divin.

Les groupes de pression fondamentalistes de toutes obédiences ont trouvé des caisses de résonnance dans la société. Si le phénomène n’est pas nouveau, il prend ces dernières années une ampleur assez inédite.

En France, des organisations catholiques comme l’Institut Civitas mènent la charge contre toutes les expositions, pièces de théâtre ou publicités qui offensent leurs conceptions, dénonçant la christianophobie dont ils seraient victimes. Les coalitions gouvernementales israéliennes sont à la merci de partis religieux ultra-minoritaires, qui imposent d’ailleurs leur loi dans certains quartiers. Les partis islamistes accèdent au pouvoir dans une grande partie du monde musulman, et même les plus modérés sont pris en tenaille, obligés de donner des gages aux salafistes. Partout, la notion de laïcité est battue en brèche. Et au nom de la liberté de culte, on voit paradoxalement s’éroder peu à peu la liberté de non-culte.

Le débat sur la mention éventuelle des "racines chrétiennes de l’Europe" dans la constitution européenne a montré l’importance des clivages dans ce domaine, mais aussi le poids croissant du religieux dans la politique. L’ouverture à l’Est, amenant des pays sortis du communisme et se cherchant de nouveaux ciments, a déséquilibré le débat. Les catholiques polonais ont relevé la tête et tiennent à le faire savoir. Pour les agnostiques et les athées, l’avenir risque bien de s’avérer, en effet, apocalyptique.

Ce retour du religieux refoulé impacte forcément la culture. L’autocensure progresse d’un côté, les grands médias sont de plus en plus prudents. L’affaire des caricatures de Mahomet et celle de Golgotha Picnic ont montré que les symboles étaient réinvestis, que les groupes de pression se les réapproprient et veulent s’en réserver l’exclusivité, en faire une marque déposée.

Tout ceci reste néanmoins assez marginal : l’agitation provoquée par les groupes de pression religieux est généralement inversement proportionnelle à leur importance numérique réelle dans la société. La voix qui crie dans le désert crie d’autant plus fort quand elle est en ville.

Par ailleurs l’imagerie religieuse réussit à s’imposer à nouveau au premier degré, de façon conforme au dogme. Si un auteur de comic books comme Todd McFarlane joue encore avec la rapture et l’armageddon sur un ton critique et caustique dans Spawn, confiant d’ailleurs "Le jour où des curés recommandent la lecture de Spawn, je ferme boutique", un film comme le Dogma de Kevin Smith, comédie tournant en dérision l’obsession millénariste, ne semble plus guère possible dix ans plus tard.

Car le protestantisme à l’américaine s’est enfin doté d’un imaginaire exploitable dans la culture de masse, et a l’air bien décidé à la réinvestir. La Rapture fantasy devient un genre en soi, avec des phénomènes éditoriaux* comme Les Survivants de l’Apocalypse (Left Behind) de Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins, racontant la vie des réprouvés restés sur Terre après que Dieu ait rappelé à Lui les justes (justes selon les critères du fondamentalisme protestant, bien entendu).



* En tout cas aux États-Unis. Dans le reste du monde, les conceptions théologiques très américaines de la série ont laissé dubitatif.

Commentaires

Marianne Ciaudo a dit…
Hum je sens que c'est encore un truc léger, plein de vie et avec des licornes qui s'encu****

:) Je vais adorer !
soyouz a dit…
T'as prévu des dédicaces chez Gibert ?
(parce qu'un sous-sol pour tenter de survivre à la fin du monde, je trouve ça assez approprié !)
Jean-no a dit…
Tiens, c'est marrant, j'en sors un aussi (cette semaine), format "beau livre", comme on dit, chez François Bourin : www.bourin-editeur.fr/livre/les-fins-du-monde.html
Alex Nikolavitch a dit…
tiens, tiens, les grands esprits se rencontrent !
Jean-no a dit…
Comme tu dis :-)
Alex Nikolavitch a dit…
C'est fou, c'est à croire qu'il va se passer quelque chose.

(je plaisante pas : c'est exactement le principe de Googleflu, qui prédit les statistiques de la grippe en fonction des requêtes des gens dans un secteur concernant la grippe. alors si tout le monde fait des bouquins sur l'Apocalypse, d'un coup....)




(putain, maintenant c'est sûr : on va tous mourir)
Jean-no a dit…
@Alex : d'un coup ça prouve que les gens ont des envies de fin de quelque chose, une envie de tout péter...
Bon, maintenant, à toi de faire une vidéo promo : http://www.youtube.com/watch?v=hBQWFbtHiVA
Anonyme a dit…
Bonjour, j'attends votre livre "Apocalypses" avec impatience... Je participe à un procès humoristique de la fin du monde à Aniche près de Douai le mercredi 21 novembre à 19h, et ce dans le cadre de la manifestation "Aniche capitale mondiale de la fin du monde" organisée par l'écrivain Roger Facon (adjoint à la culture à Aniche). Présence de J.P. Mocky le vendredi 16 au cinéma d'Aniche. Cordialement. M.L. (glalvee@nordnet.fr)

Posts les plus consultés de ce blog

L'éternel retour

D'ici très peu de temps, si tout va bien, la mission Artemis II décollera avec à son bord quatre personnes. Il s'agit d'aller faire le tour de la Lune et d'en revenir, à bord de la capsule Orion qui a volé déjà deux fois, mais jamais avec un équipage.  L'énorme fusée lunaire Il y a ici un enjeu technologique intéressant. De bonnes âmes se demandent pourquoi il a fallu cinquante ans pour retourner là-haut, pourquoi on ne "savait plus faire". Y a là-dedans plusieurs paramètres à traiter séparément. Déjà, on dit cinquante ans pour retourner dans la Lune, mais dans les faits on est plus proches de soixante : Artemis  II, c'est la même mission test qu'Apollo VIII, en 1968, soit y a 58 ans. Par ailleurs, "savoir faire", c'est une notion complexe. La mécanique orbitale qui permet d'envoyer des trucs là-haut, elle n'a pas changé d'un poil. En fait, les maths qui permettent de le faire, on le connaît depuis 1902 et Tsiolkowki. Fabr...

Something dark this way comes

Je venais de sortir de chez moi au pas de course parce que j'avais un cours à donner lorsque j'ai reçu un coup de fil : non loin, le postier ne parvenait pas à rentrer un colis dans la boîte. J'ai fait demi-tour, réceptionné le colis, et je n'ai pu l'ouvrir qu'à mon retour (j'ai réussi à ne pas être à la bourre, ouf). Dedans, ceci : Le Elric, c'est ma nouvelle traduction. Le Slaine, je n'ai hélas pas bossé dessus, mais je l'attendais de pied ferme. Ce qui est intéressant, dans ces deux bandes dessinées, c'est qu'elles ont un lien. Subtil, certes, mais un lien quand même. La Cité qui Rêve , sorti au tout début des années 80, adapte une nouvelle de Michael Moorcock parue une vingtaine d'années plus tôt, celle qui lançait le cycle d'Elric le Nécromancien et avec lui la Dark Fantasy en tant que genre. Peu de temps auparavant, l'auteur anglais avait créé Sojan le barbare, un décalque de Conan en un peu plus baroque. Un éditeur lui ...

Le super-saiyan irlandais

Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball , Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku ).    Le roi des singes, encore en toute innocence. Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dr...

Spécial origines

Bon, un petit point sur Les Canaux du Mitan , que j'ai envoyé à l'éditeur hier (puis renvoyé ce soir, parce que qui est le boulet qui a oublié d'attacher la pièce jointe ?). Bref. Et j'ai retrouvé pour vous l'origine de ce bouquin, un rêve que j'ai fait en 2006. L'image de ce truc m'est restée, et je l'ai réutilisé dans ma nouvelle Caprae Ovum , chez Mnemos, et ça sert de base au roman que vous pourrez lire en avril. Bon, entretemps, il a fallu que je construise le monde qui allait autour… illustration : M. Acaride -- C'est triste. On ne fait plus de bateaux-carnavals. J'ai rêvé, cette nuit, que dans un port délabré, je trouvais un vieux bateau-carnaval, à quai depuis des années. Les clowns marins qui avaient navigué sur ce bateau avaient dressé une table sur le pont, entre les attractions et les affiches délavées. Ils commémoraient la fin de leur carrière. La fin de la fête. J'étais là par hasard, je fus invité. Quelques heure...

Retrouver le goût de l'absence

Normalement, à cette période, je devrais être en train de préparer mon séjour en Charentes. Cette année, ça faisait depuis au moins la rentrée que je le savais : y avait peut de chance que j'y aille. La situation au niveau de l'organisation du Festival d'Angoulème ne faisait que dégénérer chaque jour un peu plus et, si on n'avait jamais été dupes de son attitude vis à vis du tout venant des auteurs, on se retrouvait pile sur cette ligne de crête où il suffit d'un caillou mal placé pour que tout bascule d'un côté ou de l'autre. Hommage aux consoeurs qui, en menaçant de ce qui est devenu le "girlcott", ont permis à l'asso FIBD et à 9e Art de montrer frontalement leur vrai visage et l'étendue de leur mépris. Dès lors, le rejet a été massif. Lorsque les éditeurs ont annoncé soutenir le mouvement (dans les faits, ils en prenaient surtout acte et voyaient bien qu'ils avaient tout intérêt à lâcher l'affaire plutôt que de s'emmerder à m...

Insérez ici un torrent d'éructations rauques venues du plus profond des bronches

C'est ballot, hein, ces festivals d'hiver où l'on alterne entre salles et chapiteaux surchauffés et rues glaciales. On en revient avec quarante de fièvre, la tuyauterie en feu et envie de se pieuter jusqu'à l'année prochaine. Truc curieux, je serais bien incapable de dire s'il s'agissait d'une "bonne" ou d'une "pas bonne" édition du festival. Il y a des années où l'on accumule des galères, d'autres où l'on fait des rencontres extraordinaires qui débouchent sur des projets. Là, c'était un peu ni l'un, ni l'autre. Plein de rencontres très agréables avec des gens dont j'admire le travail, plein de retrouvailles avec des amis auxquels je tiens. Mais ce qui rendait aussi le truc curieux, c'étaient les fantômes de Charb, Tignous et des autres, matérialisés par les unes de Charlie placardées dans toute la ville, par tous ceux qui les avaient connus et qui étaient encore là, toute une profession affligée ...

Hail to the Tao Te King, baby !

Dernièrement, dans l'article sur les Super Saiyan Irlandais , j'avais évoqué au passage, parmi les sources mythiques de Dragon Ball , le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) (ou Pèlerinage au Couchant ) (ou Légende du Roi des Singes ) (faudrait qu'ils se mettent d'accord sur la traduction du titre de ce truc. C'est comme si le même personnage, chez nous, s'appelait Glouton, Serval ou Wolverine suivant les tra…) (…) (…Wait…). Ce titre, énigmatique (sauf quand il est remplacé par le plus banal «  Légende du Roi des Singes  »), est peut-être une référence à Lao Tseu. (vous savez, celui de Tintin et le Lotus Bleu , « alors je vais vous couper la tête », tout ça).    C'est à perdre la tête, quand on y pense. Car Lao Tseu, après une vie de méditation face à la folie du monde et des hommes, enfourcha un jour un buffle qui ne lui avait rien demandé et s'en fut vers l'Ouest, et on ne l'a plus jamais revu. En chemin, ...

Ne jamais laisser les costards-cravates se mêler de traduction, jamais

Hier, en allumant la télé, je suis tombé sur un truc horrible. Je zappais sur les chaines de dessins animés pour trouver un truc pour ma petite dernière (ça devient de plus en plus dur, d'ailleurs, y a quand même de sérieuses merdes en dessins animés, de nos jours) et j'ai découvert le trailer des nouvelles séries Mon Petit Poney . Mon Petit Poney , ça n'a jamais compté au rang des chefs-d'œuvres. On est déjà dans le bisounours de troisième génération pondu à la chaine pour développer une licence de jouets. C'est clairement un produit conçu selon la règle du plus petit dénominateur, pas un truc dans lequel on peut s'attendre à une quelconque intégrité artistique ou créative. Mais le propriétaire de la licence a dû finir par penser que localiser les boitages coûtait des ronds. Et donc ça ne s'appelle plus Mon Petit Poney . Même sur les chaines de télé destinées aux enfants de deux ans, ça s'appelle My Little Pony , maintenant. Et c'est mal. à tell...

Déficit d'image

Ce sont souvent les petits détails qui font le plus de dégats. Vous pouvez mettre bout à bout tous les spin doctors du monde, présenter hyper bien et tout, vous êtes à la merci du petit truc foireux, genre un lapsus entre inflation et fellation, par exemple. Ça peut faire très mal (bon, personnellement je préfère un baril de fellation à deux barils d'inflation. et je crois que le capitaine Barril dit pareil, et il s'y connaît, il en a avalé, des couleuvres). Bref. L'image, donc, ça tient à peu de choses. Surtout de nos jours où la méthode pour faire de la politique est basée très largement sur la maîtrise de l'image. Or, ce matin même, j'ai été témoin de la façon dont certains fonctionnaires assermentés, garants du respect de la loi, torpillent leur image sans même y faire attention. Alors ne nous méprenons pas. Je n'ai rien contre la Police de mon pays. Les policiers, c'est comme les Arabes ou les garagistes, il y en a des très bien. D'ailleurs, j'a...

Je fais décidément un beau métier

"If anyone has the stones to do it, it's you." Je me disais "je bosse encore dix minutes, et puis ensuite je vais voir ce que je peux faire à dîner." Et puis je suis tombé sur la phrase ci-dessus. Et j'ai calé bêtement, comme un candidat au permis de conduire en haut d'une côte. Non que la phrase soit particulièrement difficile en soi, mais elle pose un problème rigolo (quoique récurrent) : celui des curseurs qui ne sont pas au même endroit selon les langues. Notamment le curseur de la grossièreté. Et là, on a une formulation anodine, mais où "stones" signifie très précisément "couilles". Et la traduction en question est destinée à une revue dans laquelle le mot "couilles" ferait tache*. Donc il me faut trouver un mot pas trop grossier pour dire "couilles". Et qui ne soit pas "testicules", par exemple trop direct. Alors les traducteurs de l'ancien temps pouvait utiliser "tripes" pour ç...