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Sur le volcan




Premier Novembre 2009, jour des morts. 70 ans après l'action d'Au-dessous du Volcan.

Il y en a à dire sur cet horrible bouquin… Horrible, le mot est peut-être mal choisi, d’ailleurs. Et pourtant, Au dessous du volcan véhicule de l’horreur. Il en transpire à toute les pages, il en exhale presque à chaque mot. Malcolm Lowry a flirté pendant des années avec le fond du gouffre, à tel point qu’il a fini par s’y engloutir à jamais. Son roman en est l’illustration, à la fois commentaire et message d’adieu*, mise en garde et justification. Et accessoirement, à mon sens, un des romans du siècle.

Pourquoi s’intéresser à ce consul dépressif, arrivé au dernier degré d’un processus autodestructeur ? Par pitié, sans doute. Oui, on va dire que c’est par pitié, c’est plus sécurisant. Et que va-t-on chercher dans cette petite ville perdue du Mexique, écrasée par la silhouette du volcan ? Rien, si ce n’est une forme d’oubli. Restent six cent et quelques pages qui couvrent une période d’à peu près vingt-quatre heures. Vingt-quatre heures de la vie du consul et vingt-quatre heures de la vie de sa femme venue le retrouver…

La mort est partout, dans la fête des morts qui bat son plein, mais aussi au bout du chemin. C'est aux vivants de recoller les derniers morceaux, jusqu’à ce qu’il meurent eux aussi. Telle est la terrible leçon du Volcan. Le reste n’est qu’un déferlement de sensations brutes, de visions banales ou effrayantes, de souvenirs ressassés et d’espoirs déçus. Un constat d’échec amer et définitif, fait dès les premières lignes, dans les conversations tenues un an après par les amis et les connaissances du couple.

Que hombre ! Voilà ce qu’il reste du consul un an plus tard. Pas un jugement de valeur, pas même un commentaire, juste le reste fugitif d’une aura. Quel homme… Un saint dans son genre, un anachorète qui a choisi la voie de mortification la plus terrifiante : la fange, l’alcool, la perte inéluctable de toute conscience du monde, de toute conscience de soi, de tout respect envers soi-même. Le consul parvient à un détachement mental par la déchéance, contrairement aux bouddhistes qui le cherchent dans l’élévation, ou à ses maîtres avoués, les kabbalistes. Le Bouddha par immersion dans le monde, et non plus par retrait. Concept monstrueux et génial, que n'avaient fait qu'effleurer quelques sectes gnostiques du début de notre ère, et dont on nous donne ici l'évangile.

C’était peut-être cette justification ultime que cherchait Lowry. Mais sans illusions : le consul meurt d’une façon décevante, presque par erreur, sans avoir trouvé d’autre lumière que celle du Farolito, une misérable cantina pouilleuse. Lowry savait que sa quête d’absolution était vouée à l’échec, il n’en attendait rien. Il continuait à chercher, c’est tout.

Et c’est l’essence de toute grande quête, d'ailleurs. Gilgamesh échoue. Jésus ne devient pas roi des juifs, si ce n’est par dérision. Le Perceval de Chrétien de Troyes se perd en digressions et n’achève jamais sa recherche du Graal. Les deux officiers de l’armée des Indes perdent le Kafiristan, par amour ou par orgueil, ce qui est peut-être la même chose. Le consul est pris pour un autre et abattu sans autre forme de procès, pour donner un point final à l’ouvrage.

Le but ne compte pas, c’est le voyage qui est intéressant, vieille antienne devenue tarte à la crème quelques temps plus tard, de la beat generation. Et puis une fin plaisante ne marque pas la mémoire, ils furent heureux et il eurent beaucoup d’enfants, point d’orgue décevant et convenu. Une quête vouée à l’échec nous confronte à la réalité de toute vie vouée à la mort, de tout projet qui finit par capoter, ou dévier de son objectif initial, de toute création artistique qui n’est jamais aussi belle une fois réalisée que lorsqu’elle avait été rêvée par son maître d’oeuvre…

C’est bien cela, la leçon essentielle du Volcan. Continuez à chercher. Continuez à vous battre contre vos démons, fussent-ils des moulins à vent. Pas pour vaincre, c’est impossible, mais pour le principe. Parce qu'il n'y a que ça à faire. Parce que c'est ça ou la résignation, qui est une forme de mort bien plus abjecte. Ou alors juste parce que c’est beau.

Ou peut-être parce que c’est ça qui fait de nous des êtres humains, allez savoir.






* Non, en vrai, il est pas mort tout de suite après avoir fini le bouquin, hein.

Commentaires

artemus dada a dit…
Magnifico amigo, quelle verve, quel talent.
Odrade a dit…
"Ou peut-être parce que c’est ça qui fait de nous des êtres humains, allez savoir."

Euhhh moi je crois que c'est de remuer à mains nues pendant 8 jours une macération collante de liqueur de coing. Puis d'attendre encore 1 mois avant d'embouteiller puis encore 2 mois avant de goûter.
Au lieu de boire tout de suite.


O.
Alex Nikolavitch a dit…
Ah, l'attente... Mais tu n'apprécieras que mieux le...

Merde, un mois plus deux mois...

Ça veut dire que ce ne sera buvable qu'après Angoulème ?

**déchire sa chemise en se frappant la poitrine**

NOOOOON !
Odrade a dit…
Ah merdre, c'est vray. Quel dommage ¦oD

Donc, je prendrai du kreutch.


O.
Alex Nikolavitch a dit…
le truc à la couille d'ours, là ? ou un autre ?
Odrade a dit…
Ah nan, tu confonds.
C'est pas du Ostpreussischen Bärenfang, là, voyons.

Juste du kreutch. De la ferme à côté.


O.
Alex Nikolavitch a dit…
d'accord. encore un truc qui ferait peur même à un Polonais, donc ?
Odrade a dit…
Euh j'ai pas encore proposé à Gregorz. Par contre F'Murrr a survécu.

Le kreutch, on vomit tout de suite ou on s'habitue.


O.
Alex Nikolavitch a dit…
Je vois...

très rassurant.


faut vraiment pas que t'oublies la bouteille, je VEUX goûter.

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