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C'est Byzance

Je suis en train d'avancer dans la lecture du cycle de Sarance, de Guy Gavriel Kay. J'étais passé à côté de ce truc, c'est d'avoir rencontré l'auteur l'an passé (je lui ai brièvement servi d'interprète) qui m'a lancé sur ce cycle. Kay, je l'avais très peu lu jusqu'alors, seulement un ou deux tomes de Fionavar, de mémoire, mais j'ai un peu tilté quand j'ai compris que Sarance, c'était un cycle de fantasy basé sur l'empire byzantin.


Bon, là il m'a énervé, le Guy Gavriel. Non, son cycle est vachement bien, c'est documenté, malin, bien mené, y a des personnages attachants... mais ça m'a énervé.

Pour une raison toute con, dont il n'est même pas responsable.

Depuis des années, Byzance était un exemple que je donnais quand je parlais de worldbuilding. On construit rarement un monde de fantasy à partir de rien, c'est toujours sympa d'avoir une base, quitte à la maquiller, histoire en cas de blocage d'avoir des outils dans lesquels piocher. Tolkien a tapé à fond dans Beowulf, les Nibelungen et le Kalevala. Grros Martin dans l'histoire de l'Angleterre, notamment la conquête normande et la Guerre des Deux Roses. Les Stygiens, Aquiloniens et Afghulis de Robert E. Howard sont assez transparents. N'importe quelle mythologie et période historique peut vous servir de base pour monter votre mayonnaise.

Et Byzance me semblait peu employée. Je disais "prenez Byzance, civilisation raffinée, avec de chouettes costumes, des querelles religieuses rigolotes, une mise sous pression par d'autres vieux empires et des puissances émergentes, au carrefour de plusieurs routes commerciales. La Garde Varègue, les conciles, Bélisaire, la Peste de Justinien, le feu grégeois, l'impératrice Théodora, voilà plein de trucs avec lesquels monter un univers de fantasy assez stylé, quitte à changer les noms, un peu la géographie, à bouleverser la chronologie, à réinventer la religion. Et le jour ou vous calez, ouvrez un bouquin d'histoire et vous tomberez facilement sur un personnage, une coutume, un événement à recycler pour relancer votre récit.

Ben c'est exactement ce qu'il a fait, GGK. Et là où j'avais plein d'idées pour maquiller l'original, lui ne s'en cache pas du tout. Il recycle les factions de hooligans de courses de chars, l'érection de dômes grandioses, etc. et on reconnaît assez facilement l'époque, certains personnages, certains enjeux. Il saupoudre le truc d'un peu de magie (et visiblement se pose dans ce domaine des problèmes similaires à ceux qui m'ont empoisonné en travaillant sur mon cycle du Mitan), il peut facilement créer ses propres personnages sans être prisonnier d'une chronologie rigide et roule ma poule. Franchement, le résultat est cool, d'autant que les quêtes ne sont plus ici de grands trucs cosmiques pour sauver le monde face aux puissances du mal mais des choses plus discrètes liées à l'art, au savoir et à la façon de trouver sa place dans une société stratifiée.

Et, bien entendu, il a fait tout ça bien avant que je ne me pose moi-même ce genre de questions.

Bref, ça m'a énervé. Mais je recommande vivement. 

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