mardi 16 mai 2017

Déesse 19

Je reviens vite fait sur cette question, lors du colloque de Lyon, qui nous avait entraîné si loin.

Le colloque portait sur les figures du Héros, et mon intervention sur l'us et abus du schéma campbellien de voyage initiatique (ce qu'on appelle aussi, dans notre jargon, le cycle de Skywalker, vu que le petit Luke en est l'exemple paradigmatique).

La question posée en fin de conférence portait sur ce schéma omniprésent, justement. Elle était formulée approximativement ainsi : "mais tout ça, c'est une initiation masculine. pourquoi n'y a-t-il pas un équivalent féminin ?"

L'explication elle-même est assez simple : les messieurs ont le machin tourné vers l'extérieur et les dames vers l'intérieur, et les schémas initiatiques correspondants suivent ça. Pour devenir un homme, le jeune guerrier quitte le village pour aller tuer un bison/ours/ennemi, pour devenir une femme, la jeune fille s'enferme dans la hutte des femmes et apprend les secrets de la vie. Et, assez souvent, ce qui est appris entre femmes l'est dans une langue particulière que les hommes ne savent pas parler.

Cette différence a deux effets.

Le récit héroïque colle mieux à une initiation de type masculin (même si le héros peut être une fille), parce qu'il est tout simplement plus spectaculaire. Le voyage effectué dans la hutte est intérieur, et demanderait du coup beaucoup plus de brio à un auteur qui voudrait l'exploiter dans le cadre d'un récit.

L'ethnologie a très rarement eu accès aux récits des femmes. Et quand il y a eu christianisation ou sécularisation, nombre d'entre eux ont tout simplement été perdus, quand les récits masculins survivant souvent au moins sous forme de contes populaires.

On ne s'en rend pas forcément compte de nos jours, mais beaucoup, beaucoup de mythes ont été perdus, y compris dans des ensembles que nous croyons bien connus. Il ne reste presque plus rien des mythes spécifiquement romains, et ils ont du coup importé ceux des Grecs pour combler le vide qui s'était creusé. Mais même chez les Grecs, nous n'avons plus accès qu'à des transcriptions tardives, qui ne rendent pas comptent de la richesse des variantes, et occultent certaines figures. Ne parlons même pas des mythes celtes et nordiques, dont il ne nous reste que des sources datant de l'époque chrétienne, ou des mythes slaves dont il ne reste presque rien, hormis des mentions cryptiques de missionnaires.

Et quand on remonte plus loin encore, c'est le Mystère pur. On sait qu'il a existé au paléolithique deux grandes figures divines ou sacralisées, une mère aux formes plus que généreuses, et un sorcier portant des bois de cerf (qui a peut-être laissé des traces en Cernunnos et quelques autres). Au néolithique le plus ancien, en Anatolie, émerge une figure divine nouvelle, féminine, dont voici l'image :


Elle est à l'évidence l'héritière des "Vénus" de temps plus anciens, mais, et c'est nouveau, la voilà flanquée de deux lions (ou lionnes) (difficile à dire : les lions du Proche-Orient et des Balkans n'avaient pas de crinière). Cette déesse aux deux bêtes se retrouvent ailleurs, ce sont parfois deux loups ou deux chiens, dans d'anciennes traditions, parfois deux ourses, ou plus curieusement, en Crête, deux serpents. Qui est-elle ? Faute de sources écrites, nous n'en savons pas grand-chose. Mais la présence des deux bêtes dangereuses indique peut-être un motif initiatique, une confrontation à la mort. C'est ça qui est nouveau, dans ce personnage, par rapport à ces ancêtres de la pierre taillée. L'association entre la fertilité, et donc la vie, et le danger, le risque de mort. Qu'est-ce que cela peut signifier, du point de vue de nos voyages initiatiques ? Sans doute pas mal de choses. Mais lesquelles ?

dimanche 14 mai 2017

Dans la jungle, terrible jungle

Il existe au fin fond de la jungle amazonienne un bras mort non pas du fleuve, mais de l'affluent d'un affluent, voire peut-être même de l'affluent d'un affluent d'un affluent. Bref. N'importe où ailleurs, on le qualifierait de « bayou ». Sauf qu'ici, il n'y a plus personne pour se soucier de lui donner un nom. Ou peut-être la tribu jivaroïde qui s'était installée brièvement dans les parages et en était repartie peu après avec armes et bagages en appelant l'endroit « ah-také-na-baga-no-taka », ce qu'on pourrait approximativement traduire par « putain-restons-pas-là-ça-craint », mais ça sonne mieux en Jivaro, surtout qu'ils mettent l'accent tonique sur la troisième syllabe, eux.

Quand on dit qu'il n'y a personne pour se soucier de lui donner un nom, ça ne veut pas dire qu'il y ait personne-personne. Juste personne pour s'en soucier, ce qui est tout à fait différent.

En effet, le bayou ah-také-na-baga-no-taka se trouve actuellement occupé par un caboteur aventurier pris au piège de son niveau fluctuant, et qui se fout bien de lui donner un nom autre que « quel merdier à la con » (ce qui en Jivaro pourrait se dire « noké-ta-bako », avec l'accent tonique sur la deuxième syllabe, pour le coup, si vous ne voulez pas passer pour un plouc). Il attend à présent la saison des pluies qui suivra, ou pas, la saison des brumes, pour que le niveau remonte, dégage son bateau et lui permette de repartir.

Dans l'intervalle, la moiteur humide du lieu le défrise. Ou au contraire, le fait friser.

Le problème de cette moiteur, c'est qu'elle a tendance à pourrir les cartouches de fusil. Et que quand on n'a plus de conserves à bord, qu'on attend la saison des pluies dont on ne sait pas quand elle viendra, et qu'on en a marre du piranha sous la cendre, il ne reste qu'une solution. Chasser le pécari à la matraque, ce qui demande une grande concentration, une rapidité exceptionnelle et un mental en acier nickelé, qui résiste mieux au climat.







Oui, ce texte peut sembler complètement random. Je viens de le retrouver dans une vieille archive, je l'avais même oublié. C'était le début de… Le début d'un truc dont j'ai jamais fait la fin. Donc je pose ça là, comme ça, ça ne sera pas perdu.

mardi 9 mai 2017

Gna

Me voilà bien fracassé, avec plus de voix et un bon coup de fatigue.

Faut dire que j'ai enchaîné deux jours de dédicaces au Salon Fantastique (Peter a l'air de bien intriguer les gens, c'est cool) qui est un nid à courants d'air, et que ce matin, c'était intervention dans une bibliothèque pour expliquer mon métier à des lycéens. Tout ça, c'est toujours très sympa, mais en fait c'est crevant. Me voilà par terre. Bon, encore une conférence jeudi et ça va se tasser un peu après, tout ça. Et puis il serait temps de me remettre au boulot, en plus.

Pour la peine, je vous remets un extrait de L'île de Peter, rien que pour vous donner envie :

L’équipage affichait un air inquiet et cela, pour le coup, combla effectivement d’aise son capitaine. Il aimait à régner par la terreur. Il se demanda si, finalement, il n’avait pas fait exécuter le professeur de clavecin. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Cela n’avait de toute façon aucune importance, il avait depuis bien longtemps perdu le compte des supplices capitaux.

« Messieurs, comme vous le savez, le Jolly Roger doit aujourd’hui faire face à la plus infâme et la plus déplorable des trahisons ».

On aurait entendu une mouche voler si le ressac n’avait pas couvert tous ces menus sons. Le bruit des vagues. Voilà qui ajoutait encore à la bonne humeur de Crochet. Plus que vivant, il se sentait marin, pirate, capitaine. Lui-même, en somme.


Voilà. Bon, mangeaille et dodo. Demain, j'ai du boulot.

vendredi 5 mai 2017

El Cid is back !

Passé en coup de vent sur Paris. J'avais un rendez-vous chez un de mes éditeurs pour relancer un vieux projet.

En sortant, je suis passé voir l'expo d'un pote dans une galerie… qui avait, aussi, dans un dossier, des originaux de Palacios, auteur espagnol que j'affectionne (je parlais pas plus tard que ce week-end encore de son formidable Roland à Roncevaux qui est une tuerie à tous les niveaux). Et donc, je me suis pris en pleine face ces planches étonnamment petites (j'aurais cru qu'il travaillait en plus grand, vu à quel point son dessin est gratté) de McCoy et du Cid. Pour découvrir qu'il sortait ces jours-ci une intégrale du Cid par Palacios.



Il me la faut. J'ai plus une thune, là, mais il va falloir que je craque les 32 balles très bientôt. Et je vous encourage à faire pareil.

Toute l'actu

Bon, L'Île de Peter est dans les bacs depuis hier (mais quelques apifiou s'en sont fait signer à Lyon dimanche dernier) et les parisiens pourront venir se le faire dédicacer dimanche et lundi au Salon Fantastique (au Paris Event Center de La Villette, sur le stand des Indés de l'Imaginaire).

J'en profite pour faire le point sur mes prochains déplacements. Plusieurs trucs ont sauté depuis le dernier point, et d'autres sont venus se greffer. Cette liste, selon l'expression consacrée, annule et remplace les précédentes :

Donc dimanche 7 et lundi 8, vous avez déjà noté.

Jeudi 11 mai à 18h30 conférence sur le Roman de Renart et son époque, à la bibliothèque de Commeny (95), c'est dans le Vexin, vers Chars, Magny, etc.

Dimanche 21 mai toute la journée, aux Imaginales d'Epinal, avec les Indés de l'Imaginaire.

Jeudi 15 juin à 18 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est une espèce de speed dating auteur-lecteurs, organisé par un libraire d'e-books, j'ai pas la moindre idée de ce que ça peut donner. Mais ça a toute les raisons d'être sympa, le lieu est cool et en plus y aura de la bière.

Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris

jeudi 4 mai 2017

Au bord de l'eau, sur le fleuve du souvenir

Je m'aperçois que ça m'a pas fait pas de mal, l'autre jour, de causer d'iris et de poules d'eau, en fait. Ce sont des sujets qui me touchent plus que les Macron, Lepen et autres Francis Heaulme qui trustent l'actu.

En repassant devant ces iris dont je causais, je repensais à cette histoire évangélique des "lys des champs qui ne tissent ni ne filent" et aux "oiseaux du ciel dont pas un ne tombe sans que le big boss barbu ne soit au courant" (je paraphrase).

Ça m'a renvoyé à un vieux souvenir. Quand j'étais môme, on allait faire de grandes balades à vélo avec mon grand-père. Fils d'un champion cycliste qui avait fait plusieurs fois le Tour à l'époque héroïque, il utilisait encore pour tailler la route les bicyclettes paternelles. Du coup, j'ai abattu des centaines de kilomètres sur des clous qui avaient fait la grande boucle juste avant et après la grande guerre. Rien à voir avec les machins en fibre de carbone de maintenant, c'était du bon cadre d'acier bien lourd et absolument increvable, et plutôt que d'aller faire la course, on allait faire nos courses chez les petits producteurs de crottin de Chavignol et autres bienfaiteurs des papilles gustatives de l'humanité. Bon, sachant que la côte de Chavignol à vélo, c'est une horreur absolue, hein. Dans mes meilleurs moments, j'arrivais à en monter le quart (un tout petit quart) avant de déclarer forfait et de poser pied à terre, pendant que Papy, pourtant retraité depuis une paye, continuait vaillamment.

Au fil de ces longues promenades, on faisait la tournée des petits patelins avec leurs vieilles églises pittoresques, leurs granges médiévales retapées, leurs vieux moulins et manoirs. Dans un petit patelin, un "Saint Martin" quelconque (y en avait une tripotée, que je confondais tous plus ou moins), nous nous sommes arrêtés devant une très ancienne halle de marché transformée en salle des fêtes. Il y avait une expo de peintres locaux que mon grand-père saisissait l'occasion de visiter.

En entrant, nous sommes accueillis par une petite dame dans tous ses états.

"Il est arrivé un malheur", nous dit-elle.

Et elle nous montre, au centre de la pièce, le corps d'un petit oiseau, qui s'était laissé enfermer l'avant-veille au soir dans la halle, et a vainement cherché la sortie toute la nuit et la journée suivante, alors que la halle était fermée. Le pauvre piaf était finalement tombé d'inanition, et venait d'être découvert à l'ouverture par la dame qui avait fermé la porte une quarantaine d'heures auparavant et se sentait, du coup, coupable.

Pourquoi est-ce que je repense à cette dame et à cet oiseau, tout d'un coup, tant de décennies plus tard ? Comme je le disais, je repensais à ces quelques textes de l'évangile parlant des oiseaux du ciel qui ne se préoccupent pas du lendemain, mais dont pas un ne tombe sans que ne le sache le Père (ou sans que ce ne soit la volonté du Père, d'ailleurs).

Cela s'est croisé, dans ma tête, avec cette vieille notion selon laquelle l'on n'est pas vraiment mort tant qu'il existe quelqu'un pour se souvenir de vous. C'est réconfortant pour Gilgamesh, qui croyait avoir échoué dans sa quête d'immortalité, mais dont le souvenir ne s'est pas encore totalement perdu. Pour cet oiseau et cette pauvre petite dame toute secouée par ce qui s'était passé (qui, depuis le temps, doit être aussi morte que lui), peut-on pourtant dire que je m'en souvienne réellement ? Je serais bien incapable de retrouver ce lieu. Si je peux encore convoquer l'image de cet oiseau, le visage de cette dame, dont j'ai toujours ignoré le nom, est irrémédiablement perdu. En couchant ce souvenir si parcellaire sur le papier, je contribue à leur conférer une sorte d'immortalité. Mais de quel ordre ? En était réduits à une anecdote, à un instant déconnecté de ce qu'ils ont pu être par ailleurs, est-ce que je ne leur donne pas plutôt une vie larvaire, celle du Schéol des anciens, où ce qui a vécu est réduit à un spectre vague ?

mercredi 3 mai 2017

Le chaos final

Une fois encore, j'ai du mal à venir m'épancher sur la War Zone. Parce qu'une fois encore, c'est le souk par ici. Entre divers trucs de boulot que je dois concilier, encore un de mes proches qui vient de passer une petite semaine à l'hosto (pour un truc pas grave, mais qui a dérapé), une cavalcade à Lyon qui m'a accessoirement permis de prendre le petit dèj avec deux auteurs que j'apprécie fort, à savoir Thomas Day et Norman Spinrad (en fait, Spinrad était à la table d'à côté, on n'a échangé que quelques phrases, mais ça m'a fait quelque chose) (c'est Spinrad, quoi) (bon, à présent, l'écrivain le plus punk de sa génération est devenu un vieux monsieur, c'est très étrange) (et j'ai pu me faire signer son dernier bouquin sorti) (qui m'a agacé, parce qu'il reprend une idée que j'ai échoué à développer en BD y a quelques années) (mais tant qu'à voir ses idées trouvées par quelqu'un d'autre, autant que ce soit par un type dont on aime le travail) (j'avais pas dit, y a quelques années, que j'arrêtais ces chaînages de parenthèses, moi ?) (si, je l'ai dit, mais là, je suis crevé) (donc je m'arroge le droit à chaîner les parenthèses comme un goret) (au fait, si vous ne savez pas qui est Spinrad, je ne vous parle plus. Allez lire d'urgence Jack Baron et l'Eternité, ou Les Miroirs de l'Esprit, ou n'importe quel autre de ses livres qui m'ont mis des claques)

La conférence à Lyon s'est bien passée, mais a débordé sur la fin, au moment des questions du public, de son sujet initial (le schéma campbellien de narration épique) à une digression sur un sujet passionnant qu'il faudra que j'évoque plus longuement à l'occasion (les grandes déesses proche-orientales du néolithique). Merci à toute l'organisation, au passage, et notamment à un certain Vil Faquin de ma connaissance.

Allez, je me remets au boulot. Fhtagn à tous !









PS : en rangeant mes rayonnages, je viens de découvrir que j'ai prêté Rêve de Fer, En Direct et Les Miroirs de l'Esprit. Et jamais récupérés. Bigre, faut que j'en reprenne des exemplaires.

mardi 25 avril 2017

Pendant ce temps

Plutôt que de m'énerver sur Internet comme je l'ai fait ici même hier, j'ai préféré sortir un peu. Ça ne fera pas grand bien à ma productivité déjà défaillante, mais ça me fera du bien à moi, ce qui est déjà ça de pris par les temps qui courent.

Les iris commencent déjà à faner. Ça m'attriste toujours, le moment où fanent les iris. C'est une fleur que j'aime bien, qui a un côté négligé, un poil sauvage, mais pourtant élégant. Et pour moi, ils signent vraiment l'arrivée du printemps, avec les hirondelles et les déclarations des impôts et de l'agessa. Y a plein d'iris tout autour de chez moi et ça me fait du bien de déambuler en les regardant.

Y a des poules d'eau juste en face, aussi. Ça aussi, j'aime bien. J'ai appris à ma fille à les différencier des foulques, qui leur ressemblent beaucoup, et qu'on trouve un poil plus haut sur le fleuve. Même si le foulque est plutôt une spécialité du val de Loire, c'est pour ça qu'on parle de foulque d'Anjou*.

Je vous parle de la Seine et de la Loire, mais en fait, c'est si vous êtes vers le confluent de la Saône et du Rhône que vous pourrez me voir ce ouiquende. Je participerai dimanche à une table ronde sur la figure du Héros dans le cadre des Intergalactiques de Lyon. Parler de héros nous fera du bien, en cette époque de crapules et d'imprécateurs dégénérés. Mais souvenez-vous, on a les héros qu'on mérite.

>> se drape dans sa cape et s'enfuit entre deux iris sur le grand air du Dark Knight par Hans Zimmer<<








*Ce calembour aussi mauvais qu'érudit est un moyen de nous remonter le moral à peu de frais. Comme tous les moyens à peu de frais, son efficacité n'est pas plus garantie que l'honnêteté d'un programme politique ou d'un candidat LR.

lundi 24 avril 2017

After

Je suis épaté par ma propre capacité à encaisser les résultats électoraux.

Par ailleurs, ça vaut vraiment le coup d'étudier la carte détaillée ville par ville. Il y a une espèce d'ancrage rural, périphérique, au vote FN, ce qu'avaient déjà noté des sociologues. Ça semble se confirmer en examinant ces cartes, ces grandes taches marquant le territoire comme un lichen dégueulasse.

En tout cas, on s'habitue, en fait, j'ai l'impression. Ce qui est très curieux, quand même, c'est cette capacité qu'ont les politiciens d'envergure nationale à basculer dans le grotesque, alors que les occasions que j'ai eu, dernièrement, de discuter avec des élus locaux, même d'autres bords politiques que le mien, ont toujours été enrichissantes, riches de points de vue concrets sur des problématiques réelles. Mais arrivés à une certaine hauteur, faut croire que ça esquinte. Il suffisait de capter les exercices de langue de bois des uns et des autres, les crises de déni violent, les repassages de patate chaude et les premiers coups couteaux dans le dos en vue des inévitables recompositions. Quelques uns, pourtant, restent dignes dans l'exercice, voire l'épreuve, du commentaire des résultats. Mais ce n'est pas la majorité du genre.

Notons que, dans leur programme, les deux survivants du premier tour étaient contre la prise en compte du vote blanc. Maintenant, nous voyons bien pourquoi. Ils avaient tous les deux peur de voir l'élection invalidée si trop nombreux étaient ceux qui refusaient de choisir.

Je dis ça, je dis rien. Dans mon entourage, ce débat a un caractère houleux. Mais je crois qu'il est temps de le tenir, ce débat, et de ne pas s'en tenir aux grandes imprécations visant à culpabiliser ceux qui ne se reconnaissent pas dans les échappés d'école de commerce qui faisaient péter le champagne hier soir, de ne pas en vouloir à ceux qui ne voient pas trop où est le "notre" dans "c'est notre projeeeeet". L'hystérisation du vide, ça va cinq minutes.

Et notons que du coup, son champion étant adoubé, Valls en profite pour repointer le bout de son nez, alors qu'on s'en croyait débarrassés pour longtemps. Tout comme, dans la foulée de 2002, quand il s'est agi de faire barrage au FN et de gérer la suite, on s'est ramassé Sarkozy dont on pensait jusqu'alors qu'il était carbonisé à jamais depuis 1995…

Bref, oui, je suis de mauvais poil. Oui, je sais que ce que je dis ici va me valoir un paquet de récriminations. Oui, je sais que nous sommes peu ou prou dans la situation qu'a connue l'Amérique en Novembre. Mais en 2002, un Chirac grillé a réussi à jouer ce coup-là pour remporter une élection qu'il ne pouvait pas gagner. Aujourd'hui, un Hollande dont plus personne ne veut a réussi à placer un type en carton qui poursuivra sa politique. On nous refait le même coup. La Cinquième République a vécu, et elle est en train de mourir dans des affres crapoteux.

Le bulletin blanc n'a pour l'instant aucune valeur institutionnelle, et ce n'est pas avec ces deux-là que ça changera.

Mais il peut avoir, je crois, une valeur morale. Par les temps qui courent, la valeur morale, c'est rare et précieux.

Et ensuite, il y aura les législatives. Et c'est là qu'il faudra vraiment voter, et rendre ingouvernable ce pays.

samedi 15 avril 2017

Comme le temps passe…

Il y a ce genre de moment où, quand on consulte des cartes montrant comment c'était à l'époque, on trouve un endroit parfait pour situer une bataille, dans un roman que l'on est en train d'écrire.

Et puis, pris de curiosité, on regarde la carte de maintenant.  Et à l'endroit de la reddition épique du Dernier Romain, il y a maintenant un golf et un concessionnaire Volkswagen.

Tout de suite, ça perd en magie.




Bon, rien à voir, mais j'ai été interviouvé par un vil faquin.

vendredi 14 avril 2017

Peter !!!!

Bonne surprise au courrier (bon, l'éditeur m'avait prévenu que c'était imminent, mais je ne pensais pas que ça imminait à ce point), je viens de récupérer mon premier exemplaire de L'Île de Peter, mon nouveau roman sorti chez les Moutons électriques.



Sous très jolie couverture brillante du toujours excellent Melchior Ascaride, ce bouquin (un poil plus petit et plus court qu'Eschatôn) se veut une réinterprétation de Peter Pan, avec tous les accessoires officiels : capitaine colérique, bosco bonhomme, crocodile carnassier, fée fluette et ainsi de suite.

Il sort le quatre mai, donc dans pas longtemps, et j'entamerai à cette occasion une tournée de signature qui m'emmènera de la Villette à Epinal en passant par quelques autres lieux à préciser.

Par contre, je viens de m'apercevoir avec horreur que le petit mot de remerciements s'est perdu en route. Mais Cathy, Mariane, Peio et le personnel de la Médiathèque Blaise Cendrars de Conflans, sachez que je vous sais gréé de votre aide.







Pour ceux qui voudraient en savoir plus, les petites infos qui vont bien :


« Tout bien considéré, vous avez eu de la chance dans votre malheur. Vous avez échoué sur cette île-ci, et pas sur celle où les enfants se transforment en ânes, ni celle où les marins deviennent des cochons. Y avez-vous pensé à ça, capitaine ? »


Qui est ce vieux marin qui traîne sa dégaine dans les rues de l'East Village à la recherche d'herbes médicinales très particulières et pourquoi Joab, le caïd du quartier, cherche-t-il sa piste dans des vapeurs narcotiques ?

Ce sont ces questions auxquelles devra répondre Wednesday, policière à New York, alors qu'elle se retrouve exilée sur une île tropicale étrange et pourtant familière...

  • ISBN : 978-2-36183-357-2
  • Broché
  • 14 × 18.2 cm
  • 224 pages
  • À paraître le 4 mai 2017

mercredi 12 avril 2017

Niouzes en vrac

Pas beaucoup causé sur la War Zone, ces derniers temps. C'est pas tant que j'aie trop de boulot, mais justement, après une grosse phase de trop de boulot, je profite de l'accalmie pour faire tout un tas de truc que je repoussais depuis des mois, genre finir un coin de mur de la maison (doublage du mur, divers raccords, mais aussi un peu d'électricité et de bidouilles diverses) ce qui prend un temps fou quand on veut le faire bien.

Par ailleurs, je suis pas mal sorti. J'ai dédicacé au Salon du Livre et au Festival des Mondes Imaginaires de Montrouge, participé à deux tables rondes sur Lovecraft, donné un stage sur la BD, fait des interventions en milieu scolaire, réalisé deux illustrations de flyer, écrit des articles pour Geek le Mag (il y en a aussi un pour La Faquinade, mais en fait il était déjà écrit depuis quelques temps, et normalement ils vont aussi passer une interview de mézigue dans pas longtemps), préparé des interventions à venir, je boucle une préface, j'ai répondu à des interviews d'étudiants en traduction, bref je n'ai pas chômé.




Ah, et j'ai dans la boite à peu près 10% de mon prochain roman, c'est pas rien (bon, le début est encore laborieux, va peut-être falloir que j'y coupe des trucs et des machins, mais ça avance, en tout cas).

mercredi 29 mars 2017

Gaustinezechèle

Le ciné du coin* proposait une avant-première en VO de Ghost in the Shell, et j'y suis allé avec celle de mes filles qui avait dernièrement découvert le long métrage animé du grand Mamoru Oshii. J'étais inquiet depuis l'annonce de ce long métrage en live. Faire un remake avec acteurs d'un dessin animé, c'est courir le risque de produire quelque chose de totalement vain, qui singe l'original et tombe à plat. Les bandes annonces et menues séquences diffusées sur le net avaient de quoi inquiéter sous ce rapport : certains plans en étaient tout simplement décalqués du film de 1995. Pire encore, voir en live GitS, qui a tellement inspiré Matrix visuellement, c'est appeler à la comparaison avec la trilogie des Wacho bro/sisters, retour référentiel qui fait quand même des nœuds au cerveau.

Mais la distribution donnait néanmoins envie (Kitano, quoi, merde !) et puis c'était l'occasion de sortir de mon bunker (ouais, bon, je suis déjà sorti tout le week-end pour signer des bouquins et vider le cubitainer de pif du stand des Indés de l'Imaginaire).

Et à l'arrivée, bonne surprise. Le film est malin, cite largement son modèle pour mieux s'en écarter parfois, et en réinvente l'histoire en allant du côté du manga d'origine et des séries animées ayant exploré depuis la licence. Certaines séquences sont bluffantes, certains designs dérangeants comme il faut (les geishas-robots, certains cyborgs) et l'arc narratif du Major, s'il n'est pas très original (quête d'identité) est bien mené.

Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler, mais si vous aimez le genre, ou si vous aimez cette licence, et si vous voulez voir un actionneer nettement moins bas du front que la moyenne, allez-y !








* à ce propos, si vous êtes dans la région de Conflans, n'hésitez pas à signer la pétition pour le sauver, ce petit cinéma de quartier.

mardi 28 mars 2017

Lugdunum dans un mois

Mine de rien, le Colloque du Héros se rapproche, et il faut que je finalise mon intervention. Rien de bien compliqué, vu que le sujet choisi ("Us et Abus du Voyage du Héros") tient depuis longtemps une place éminente dans ma ribambelle de fixettes, et que le manga Tengu-Do était ma manière de m'approprier et de subvertir les schémas campbelliens (punaise, Tengu-Do, ça a dix ans déjà).

Si vous voulez réviser avant de venir me voir pérorer sur le sujet (c'est dans le cadre des Intergalactiques de Lyon, et mon intervention aura lieu le dimanche 30 avril dans l'après-midi), je remets en ligne cet extrait d'une émission de Stéphane Grobost dans laquelle je donnais la réplique à l'excellent Laurent Aknin (qui, si jeune Mabuse, interviendra dans le colloque le samedi).

Voilà voilà…



samedi 25 mars 2017

Message de service

Bon, je suis en dédicace dimanche après-midi au Salon du Livre, sur le stand des Indés de l'Imaginaire, et sur le stand on dispose d'exemplaires de :

Eschatôn
Cosmonautes !
Mythe & Super-héros
La Clé d'Argent des Contrées du Rêve (anthologie dans laquelle je signe la nouvelle Caprae Ovum)
Lovecraft au Cœur du Cauchemar (Monographie où je signe l'article Cthulhu de 7 à 77 Eons)

Par ailleurs, jetez un œil à Geek le Mag. J'y signe une rétrospective sur Lovecraft et une autre sur Valérian.


Et du coup, pour la bonne bouche, un extrait de Caprae Ovum :


Non loin, dans l'une des cours intérieures, il entendait les gens manger, boire et chanter, mais il ne voulait pas non plus aller à leur rencontre. Ils l'auraient pourtant accueilli de grand cœur et invité à partager leurs agapes. Chaque pas, chaque coin de rue était l'occasion d'entendre un autre de ces joyeux repas. Mais il pressa le pas, refusant de succomber à cette bénigne et délicieuse tentation.
Les ruelles étaient désertes. Tout au plus y croisa-t-il un vieillard promenant son âne, ou un âne promenant son vieillard, il n'aurait su le dire.
Il déboucha sur l'avenue, cette rue à peine plus large et droite que les autres, qui descendait vers le port. De proche en proche, une lanterne accrochée au-dessus des devantures éclairait sa marche d'une chiche lumière.
Il s'approcha de l'une d'entre elles, une boutique qu'il ne se souvenait pas avoir jamais vue auparavant. La vitrine ne lui renvoya qu'une image floue de lui-même. Peut-être était-elle sale ? Peut-être aussi n'était-il qu'une personne floue ? Il n'était pas aisé de maintenir sa propre cohésion dans ces profondeurs oniriques ; l'on y devenait facilement plusieurs personnes, et parfois même plusieurs personnes à la fois.

vendredi 24 mars 2017

Le silence des Anneaux

Je me suis plongé dans un bien vieux bouquin que je voulais lire depuis longtemps, Les Rois Thaumaturges, de Marc Bloch (celui de L'Etrange Défaite). Cette lecture est la conjonction de deux facteurs. Le premier, sa mise à disponibilité par l'université de Québec, et c'est vachement bien ces facs qui numérisent proprement du vieux matos de ce genre. La deuxième, c'est que je me penche sur ces sacralisations de la figure du chef et du roi, et les formes que cela prend, dans le cadre de l'écriture de mon prochain bouquin. Ça ne me servira pas directement (Bloch y traite de choses bien plus tardives que l'époque que je compte traiter), mais ça me permet de déterminer les modes de pensée et les structures symboliques en jeu.

Et puis, au détour d'un chapitre, je tombe sur un récit hagiographique qui relève de l'anecdote, et dont Bloch se sert dans une explication.

Le Roi Edouard le Confesseur (celui dont la mort lance la crise qui débouchera sur la Conquête Normande) est sollicité par un mendiant. N'ayant aucune pièce sur lui, il finit par lui donner un anneau, une bague en or qu'il portait. Le mendiant le bénit et disparait.
Sept ans plus tard, le mendiant lui réapparait et lui rend l'anneau, désormais chargé de sacralité. Le mendiant était en fait Saint Jean l'Evangéliste revenu sur terre, et l'anneau a séjourné sept ans en paradis. L'anneau est depuis exposé en tant que relique à Westminster.

Le sujet de Bloch, c'est la façon dont, après Edouard, les rois Plantagenêts vont distribuer à date fixe des anneaux de guérison, et il met ça en parallèle avec le toucher des écrouelles suivi d'aumône pratiqué par les Capétiens. Ce qui l'intéresse, c'est bien sûr ces pouvoirs médicinaux revendiqués par les deux dynasties (c'est le sujet de son livre).

Ce qu'il ne remarque pas, ou ce qui ne l'intéresse pas (il se borne à noter que les anneaux médicinaux sont une tradition remontant à l'Antiquité), ce sont les sources mythiques de ce récit.

Edouard était un roi Saxon, l'avant dernier à avoir régné sur l'Angleterre, et donc, même s'il était christianisé, d'origine germanique. Dans les sociétés germaniques, la distribution d'anneaux par un chef ou un roi était un moyen de démontrer un lien de vassalité. Qui acceptait un anneau de ce genre reconnaissait l'autorité du roi en question, et c'est d'ailleurs sur ces traditions ancestrales que Tolkien fonde l'histoire des anneaux de Sauron. Et justement, l'expression "Seigneur des Anneaux" est dans ce contexte une kenning (métaphore classique) désignant Odin Alfadir, le souverain divin par excellence.

Or, quelle est une des caractéristiques classiques d'Odin ? Sa propension à se déguiser en mendiant pour parcourir la terre et parfois conseiller ou tromper les hommes, ce qui n'est par contre pas dans les habitudes de Saint Jean l'Evangéliste. Ce qui donne à penser que le mendiant n'a rien de chrétien, mais est typiquement une survivance de schémas de pensés plus anciens, avec le roi des dieux païens. Et ce souverain s'en va accepter une bague d'un roi humain ? Voilà qui affirme bien haut la grandeur d'Edouard ! Mais Odin, surtout déguisé, peut s'abaisser à accepter un maître, mais cela ne saurait durer éternellement, et l'anneau est rendu, mettant fin à cette relation de sujétion, ou même l'inversant.

Cela, Marc Bloch, pourtant fin analyste, n'en parle pas. Il ne l'a pas vu ou l'a passé sous silence, parce que cela sortait de son sujet. Mais ces survivances païennes, même christianisées, sont toujours fascinantes.

samedi 18 mars 2017

Salons

Le programme des prochaines semaines :

Je serai au Salon du Livre de Paris sur le Stand des Indés de l'Imaginaire
Vendredi 24 mars toute la journée
Dimanche 26 mars l'après-midi

Je passerai au Festival des Mondes de l'Imaginaire* de Montrouge avec les Moutons électriques
Le ouiquende des 8 et 9 avril. Suite à un problème purement logistique, me voilà contraint d'annuler ma venue.

Et le 30 avril, je participe donc au Colloque du Héros dans le cadre des Intergalactiques de Lyon.







* Ça fait "FMI", j'espère qu'on recevra pas des lettres piégées par erreur.

mardi 14 mars 2017

Les héros ne vivent pas tous seuls (c'est pour ça qu'il y a un co-loc' du héros)

Il avait été repoussé, mais il résiste héroïquement. Revoilà donc le Colloque du Héros, qui aura lieu le mois prochain à Lyon. C'est organisé par un certain Vil Faquin.



Voilà le programme :

Samedi 29 avril, de 14 à 19 heures (en comptant large) :
Introduction : Lancelot & Fils. (Vil Faquin) 
Laurent Aknin : Jim Hawkins et Mr. Hyde.
Patrice Louinet : Conan, un héros (trop ?) canonisé.
Stefan Platteau : Genèse des héros épiques contemporains.
Conclusion de mi-journée. (Vil Faquin)

Dimanche 30 avril, de 11 à 16 heures (idem)
Résumé de la veille. (Vil Faquin)
Raphaël Colson : Généalogie du héros post-apocalyptique.
Gaël Régner : Myazaki et le héros en devenir.
Alex Nikolavitch : Us et abus du voyage héroïque.
Conclusion (Vil Faquin)

Comme vous l'aurez remarqué, il y aura du beau monde, et donc venez nombreux !

lundi 13 mars 2017

Vin Gasoil strikes again

J'ai enfin fait la mise à jour de mon vieux lecteur Bluray. Ça devenait urgent : de plus en plus de DVDs et de Blurays récents buggaient à mort dessus. J'en venais à croire qu'il était mort, et je n'ai pas les thunes en ce moment pour remplacer l'appareil. C'est en fouillant les sous-menus de la machine pour trouver des solutions que j'ai retrouvé le module de mise à jour du logiciel. Cette mise à jour, je ne l'avais jamais faite. J'avais tenté une ou deux fois, mais fallait tirer un câble réseau, c'était une galère, ça n'avait jamais marché. Là, au prix d'une double bidouille (grosso merdo, profiter du raccordement du décodeur, raccordement que je switchais à l'autre bout pour être sur une autre prise de la box) ça a marché. J'ai testé une pile de galettes qui déconnaient jusqu'alors, et miracle, là, tout fonctionnait : les sous-titres invisibles des Hommes du Président sont maintenant visibles, Casino Royale ne se met plus sur une boucle infernale au moment d'afficher le menu du disque, et le DVD de la petite dont, quand on lançait le film, ça éteignait tout le système (c'est cet incident-là qui m'a fait tilt et m'a poussé à faire la mise à jour) fonctionne à présent normalement.

Parmi les galettes qui merdoyaient, le dernier Riddick, en director's cut, avec Vin Gasoil et la nana bad-ass qui jouait Starbuck dans Battlestar Galactica. J'avais vu la version normale à la sortie, et elle m'avait déçu. Il était clair et net que le film était parfois abrupt, qu'il manquait des bouts. J'avais profité d'un bac à soldes où le Bluray en version longue était à quatre balles pour essayer de corriger cette mauvaise impression, mais la galette, sur mon lecteur, refusait d'afficher les options du menu après les bandes annonces. Je l'avais donc mis de côté, me disant que je le testerais chez un pote, et puis le sujet ne me passionnait pas à ce point là et il est resté sur sa pile depuis genre les soldes de juillet dernier.

Là, ce soir, test (dans la foulée du contrôle de toutes ces galettes qui déconnaient). Et donc, comme ça marchait… ben j'ai scotché devant.

Et cette version director's cut, ben elle est pas mal. Le scénar reste un truc bourrin et pas d'une complexité délirante, mais là, le récit se tient mieux, et surtout fonctionne bien mieux en tant que suite des Chroniques. Ça tient à peu de choses, mais le résultat est assez malin. Et ouvre sur une suite possible (dont, je viens de vérifier, la production pourrait commencer ces temps-ci).

Donc, ce Riddick. La fin des Chroniques avait laissé le voyou sidéral à la tête d'une armée de nihilistes de l'espace. Au début de cet épisode, ces derniers ont enfin pigé que leur nouveau chef a beau être une brute sanguinaire, il ne partage pas leurs valeurs. Ils l'abandonnent donc sur une planète totalement pourrie. Là, il doit composer avec la faune locale, mais après un certain temps passé dans la brousse, tombe sur une espèce de station relais utilisée par mercenaires et chasseurs de primes. Il lance un appel de détresse histoire d'attirer un vaisseau qui lui permettra de repartir. Mais bien entendu, les chasseurs de primes qui débarquent savent qui ils vont trouver, et comptent bien ramener sa tête. Profitant de sa connaissance du terrain et des sales bestioles qui y grouillent, Riddick va, avec force cabotinage, trouver le moyen de se barrer, et de retrouver les traitres qui l'avaient mis au départ dans cette situation.

Sans être intelligent, le film est assez malin. Il évite les écueils sur lesquels s'était un peu esquinté le précédent : les Chroniques sont un peu le cul entre deux chaises, ouvrant l'univers sur une menace gigantesque, mais détournant le récit à un moment donné pour s'enferrer dans une sous-intrigue un peu gratuite, alors que ce Riddick tout court se tient mieux en termes de structure. Si certains passages restent rapides (Riddick apprivoise une bestiole du cru) et d'autres pas clairs (la spatialisation du coup de la caverne et de la marre aux bestioles, y a un machin qui s'emboite mal là-dedans), le reste tient pas mal la route, dans le genre actionneer à biceps et punchlines.

En fait, malgré son côté parfois bien bas du front, j'aime bien la saga Riddick. C'est bourré de petites idées sympas, y a de chouettes designs, le personnages est charismatique et, si la série a ses passages obligés (une course contre les éléments, Riddick en mauvaise posture mais qui ricane parce qu'il a déjà joué le coup d'après), chaque opus a sa propre tonalité. C'est du popcorn movie bien foutu (là où je suis incapable de tenir plus de dix minutes devant un Transformers, par exemple).

Du coup, ça m'a donné envie d'essayer de choper la version longue des Chroniques de Riddick, film qui m'avait déçu à l'époque, parce que malgré plein de trucs jouissifs et de partis pris très couillus, il était grevé par des problèmes de structure, mais par certains côtés il constituait une évolution très intéressante de cet univers.

Bref. J'avais pas envie de me taper un chef d'œuvre du cinoche, ce soir, juste de me détendre devant une bonne bourrinade. Force est de reconnaître que Riddick fournit ce qu'on lui demande, dans ce domaine, sans pour autant prendre totalement le spectateur pour un con.

mercredi 8 mars 2017

Effet de seuil cumulatif

Puisque je suis au début de la rédaction d'un nouveau roman, je suis en plein dans cette phase où je dévore plein de documentation de façon totalement obsessionnelle. Bouquins, films, cartes géographiques, fiches wikipédia, je fais feu de tout bois. Le but avoué est de m'immerger pleinement dans mon sujet (le but réel, en fait, c'est juste de satisfaire à ma maniaquerie compulsive, mais je ne le dis pas parce que ça fait moins genre).

Dans le cas présent, le gros de la doc c'est tout ce que je peux trouver sur les îles britanniques au cinquième siècle et sur les bases les plus profondes de la légende arthurienne. Je ne suis pas le premier à jouer à ce jeu-là, mais ces périodes de genèses mythiques sont fascinantes (il en va de même sur la période présumée de la Guerre de Troie) (les deux époques se ressemblent assez, d'ailleurs, avec de grands effondrements politiques s'accompagnant de grands mouvements de populations) et j'y reviens souvent.

Et en fait, même si l'idée de ce bouquin ne m'est venu qu'il y a quelques mois, je m'aperçois qu'en fait ça marinait depuis longtemps. J'ai toujours aimé l'arthurien et toujours lu des trucs à ce sujet. Et ça fait quelques années que je potasse en profondeur toute la période qui entoure directement la fin de l'empire romain, grosso modo de la bataille d'Andrinople (crise migratoire des Goths) à celle de Vouillé (fin du royaume gothique de Toulouse et suprématie franque sur la Gaule), soit un siècle et demi de mutations profondes en Europe Occidentale. Cette étude du sujet n'a rien de systématique, mais quand je tombe sur des bouquins là-dessus, je prends. Du Patrick Geary, du Alessandro Barbero,  voire du Ferdinand Lot, des ouvrages de synthèse, les rares textes survivants de la période, etc. Au fil du temps, j'ai accumulé du matos. Je me suis fait des opinions assez précises sur certaines choses. J'en ai précisé d'autres (ce qu'on nous apprend à l'école là-dessus est au mieux infime, au pire inepte).

Et de temps en temps, toutes ces infos accumulées, ces bribes de compréhension et ces faits qui s'assemblent peu à peu se cristallisent d'un coup. Il y a quelques années, ça s'est retrouvé dans ma grosse conférence sur le Moyen-Âge en BD, par exemple (même si elle se centrait plutôt sur la période 1000-1500, elle évoquait frontalement le problème de la limite plus que floue entre Antiquité Tardive et Haut-Moyen-Âge).

Depuis, j'ai continué à accumuler. Et d'un coup, paf, ça s'est cristallisé à nouveau. Et quand je parle de cristallisation, c'est exactement ça. Je ne sais pas si vous avez déjà vu ce genre de trucs : dans une solution sursaturée, on introduit un bout de cristal, et d'un coup, sa structure "infecte" le tout, elle se propage et la solution cristallise en masse d'un coup (c'est une astuce connue dans l'industrie, notamment), c'est très spectaculaire. Eh bien c'est ce qui m'est arrivé quand, il y a quelques mois lors d'un voyage en bus, j'ai lu (de travers, d'ailleurs, mais ça n'a aucune importance), un commentaire sur les plus anciennes sources galloises du mythe arthurien. Pouf, plein d'idées qui me clapotaient dans la cervelle se sont assemblées en masse et j'avais le plan de mon bouquin quasiment tout cuit dans le bec avant même d'être arrivé à mon arrêt (de l'importance d'avoir un calepin sur soi en permanence pour noter ce genre de trucs).

Mais le plus drôle là-dedans, c'est que c'est maintenant que commence vraiment le boulot de documentation. Aller rechercher des infos dans les bouquins déjà lus, puis en vérifier d'autres dans d'autres bouquin, comparer des textes, vérifier des points de détail, trouver les éléments de vie quotidienne que les grosses synthèses sur les bouleversement politiques n'évoquent même pas, etc.
Tout ça pour faire de l'arthurien, soit un machin qui (on en parlait ici même y a quelques semaines à peine) n'a jamais réellement existé, et dont personne ne m'en voudrait si je me vautrais dans la fantaisie pure.

Et avec tout ça, le plus triste, c'est que, quand j'aurai fini de l'écrire, ce roman, je ne pourrai plus voir en peinture toute cette masse de doc accumulée et que je serai pressé de passer à autre chose. Ça me l'a fait pour Saint Louis, ça me l'a fait pour Burton, ça me l'a fait pour Lovecraft, ça me l'a fait pour un scénar sur Ian Fleming qui est terminé et dont je ne sais même pas s'il sortira un jour… Et alors je me vautrerai dans autre chose, dans le Siècle d'Or espagnol, par exemple, ou la Conquête Normande, ou la fin de la Guerre de Cent Ans, suivant ce qui se débloquera d'un coup. Ou alors je me lancerai dans un nouveau truc de pure SF qui me demandera surtout de contrôler la crédibilité de mes délires technologiques (ce qui est beaucoup moins chronophage que la recherche historique)…

mardi 7 mars 2017

HPL, suite

Je vous parlais hier de l'anthologie Lovecraft à laquelle je participe, mais le même jour sortira Lovecraft au cœur du cauchemar, une grosse monographie (ils annoncent 500 pages !) chez Actu SF. Je monopolise 10 de ces 500 pages avec un article sur la BD lovecraftienne qui, s'il n'est pas exactement la recension de ma conférence de cet hiver à Angoulème, la recoupe quand même pas mal. Donc, si vous avez fait partie des refoulés à l'entrée, ça peut vous intéresser.



Comme Actu SF fait partie du même collectif que Mnemos, vous pourrez venir faire signer les deux bouquins en même temps sur le même stand (celui des Indés de l'Imaginaire) au Salon du Livre, vendredi 24 mars.

lundi 6 mars 2017

Les clés du royaume

C'est le 16 mars que sortira chez Mnémos La Clé d'Argent, une anthologie de nouvelles consacrée aux contrées du rêve de Lovecraft.


Outre moi, pour un texte intitulé "Caprae Ovum", vous y retrouverez des gens comme David Calvo, Morgane Caussarieu, Fabien Clavel, Raphaël Granier de Cassagnac, Neil Jomunsi, Sylvie Miller & Philippe Ward, Laurent Poujois, Timothée Rey, Vincent Tassy & Randolph Carter. Donc je pense que ça vaut le coup d'aller y voir. Et je viendrai le signer le vendredi 24 sur le stand des Indés de l'Imaginaire, au Salon du Livre.



(Désolé de pas mettre plus souvent la War Zone à jour, mais le mois de février a été un gros foutoir à tous les niveaux, que ce soit problèmes de pognon, de boulot, de santé et de famille. Mais je sors la tête de l'eau et je pourrai bientôt reprendre mes vaticinations habituelles) (Ah, et L'île de Peter est chez l'imprimeur, et sortira le 4 mai prochain)

lundi 13 février 2017

Fhtagn powaaaa !


Pour les 80 ans de la mort d'HPL, les Indés de l'Imaginaire (collectif d'éditeurs auquel participent les Moutons électriques) sortent le mois prochain une salve de trois bouquins.

Les Moutons rééditent le Chtulhu ! de Patrick Marcel, un des trucs les plus funs jamais fait avec le grand ancien de Rlyeh.

Mais si je vous parle de tout ça, c'est aussi que je participe aux deux autres bouquins :

Au cœur du cauchemar, une monographie sur H.P. Lovecraft est, comme l'indique son titre, un recueil d'études et d'articles sur Lolo, publié par Actu-SF. J'y signe le papier sur les BDs inspirées de son œuvre, qui pourra servir à consoler les refoulés de la conférence d'Angoulème sur le sujet.

La Clef d’argent des Contrées du Rêve
, est une anthologie de nouvelles en hommage au cycle de Kadath, sous la bannière des éditions Mnémos. Il y aura là-dedans un texte intitulé "Caprae Ovum", que j'ai commis pour l'occasion.

Vous voilà prévenus !

dimanche 5 février 2017

Arriver dans une ville neuve

En repensant à mes deux dernières notules sur ce blog, je m'avise que j'y développe deux discours en apparence contradictoires. Je semble y exiger de la SF ce que je ne réclame pas du tout aux films puisant dans les mythes : une fidélité à une forme de réel.
La contradiction apparente n'en est pas une. La pensée scientifique et la pensée mythique ne fonctionnent pas sur les mêmes paramètres et vouloir appliquer aux œuvres relevant de l'une les outils conceptuels de l'autre n'aurait aucun sens. Il faut juste savoir ce qui rentre dans quelle catégorie. D'où ma mention de Star Wars comme relevant essentiellement de la seconde.
J'y repensais à cause d'un film de science-fiction tout récent qui m'a fort impressionné. Il s'agit de Premier Contact (Arrival, en VO), film du canadien Denis Villeneuve, qui relève clairement de la première catégorie.
Si vous ne l'avez pas vu, disons qu'il narre les efforts d'une linguiste pour communiquer avec des extraterrestres totalement différents de nous (et presque Cthulhesques) qui viennent de débarquer sur Terre. Elle doit à partir de rien trouver un terrain d'entente avec des gens dont le psychisme et l'environnement nous sont fondamentalement étrangers et dont on devine que leur structure qui n'est pas basée sur la symétrie bilatérale les rend un poil hermétiques aux pures oppositions binaires (ça rend d'autant plus ironique le fait qu'ils me servent à en expliquer une, mais passons).
Quoi qu'aient pu en dire des grincheux, le film me semble superbement construit, basé sur un de ces rythmes lents et contemplatifs que j'apprécie, et met en scène de façon très intéressante les réactions de l'humanité brutalement confrontée à l'autre (la scène du "vous pouvez allumer la télé ?", dans l'amphi, notamment). Cela m'a renvoyé à une très vieille expérience (fin des années 80, je dirais), quand mon frère avait pris en route une émission genre "les dossiers de l'écran", dans laquelle avait été mise en scène la façon dont les médias réagiraient à un message radio provenu d'outre-espace. Un pur effet Orson Welles/Guerre des Mondes : mon frangin m'appelle en me disant "viens voir, il se passe un truc", et pendant le quart d'heure suivant, nous sommes restés hypnotisés par l'écran, complètement scotchés, le cœur battant, ayant l'impression de vivre un moment au-delà de l'historique. Jusqu'à ce que la reconstitution cède à nouveau la place au débat, et que nous comprenions que nous nous étions faits avoir. Mais tant que nous y avons cru, nous avons ressenti des choses incroyables.
Du coup, ensuite, nous avons surtout ressenti une forme de colère et de dépit. On venait de nous voler quelque chose de magnifique, au point que si cela arrivait vraiment par la suite, nous risquerions d'être trop blasés pour pour retrouver ces sensations-là. Comme quoi les premières fois sont des choses importantes, méfiez-vous des imitations.
Bref, le début du film de Villeneuve parvient à mettre en scène précisément cet instant, et l'espèce de torpeur qui le suit, ce moment où l'énormité de l'évènement se fore peu à peu un chemin dans l'esprit des gens qui y ont assisté par écrans de télé interposés. Le tout sans grosses démonstrations krakapoum à la Emmerich, je précise. C'est vraiment réalisé avec finesse. Si vous avez vu le film, je pense que vous voyez ce que je veux dire.
Et si vous ne l'avez pas vu, arrêtez votre lecture ici et allez le voir, parce qu'après

ATTENTION ÇA VA ÊTRE LA FOIRE AUX SPOILERS

Plus qu'un film sur le rapport à l'autre, je crois que c'est un film sur la dignité, ce mot si galvaudé depuis quelques années. Louise, la linguiste, vit ou va vivre une tragédie, et cette tragédie, la perte d'un enfant, nous est amenée dès les premières minutes. Ce que ces premières minutes se gardent bien de nous dire (et c'est là que je commence à spoiler, dernier avertissement, allez-vous en si vous n'avez pas vu le film, je vous en conjure) c'est que la séquence est un flash-forward, une prémonition. Quand l'histoire commence, l'enfant n'est même pas né et Louise ignore son existence à venir. Mais le spectateur, lui, ne le sait pas. Ce sens de la séquence n'apparaît que bien plus tard. Pourtant, elle va cadrer notre perception du film. Et c'est là que c'est brillant. Car si Arrival est un film "à twist", il ne nous prend pas pour autant en traitre. Il adopte une forme circulaire, comme le langage des heptapodes, et même la musique assez répétitive est là pour appuyer cet effet de boucle.
Et le langage des aliens est la clé. Car ce langage cyclique, simultané (quelle idée brillante !) et donc complètement étranger à notre pratique successive de la communication "infecte" la conscience et, dès lors que l'on commence à en maîtriser les codes, ouvre la perception de son locuteur en termes de temps. Plus elle avance dans la compréhension des mécanismes linguistiques, plus Louise est assaillie de visions de son futur, de cette fille qu'elle n'a pas encore eu et qu'elle est destinée à perdre.
La dignité que j'évoquais plus haut, c'est celle de Louise qui, plutôt que de se laisser écraser par la prescience du drame, décide d'accepter son futur avec ses joies et ses tristesses (ce que n'est pas capable de faire son compagnon). Humainement, c'est quelque chose de fort, et de tragique au sens le plus noble du terme.
Vous qui me lisez, vous savez que je me passionne pour Dune. Voir que Villeneuve, qui risque d'en diriger une nouvelle version cinématographique, a déjà aussi brillamment traité l'un de ses thèmes a quelque chose de profondément rassurant. Je réserve par contre mon jugement sur son Blade Runner à venir, même si la bande annonce est très excitante (la bande annonce de Prometheus était très bien, souvenez-vous).
Par ailleurs, Arrival me renvoie également à deux comics que j'ai traduits, Trees, de Warren Ellis, et Neonomicon, d'Alan Moore. Arrival partage avec Trees cette image d'artefacts aliens complètement aveugles et étrangers arrivant en plusieurs points du monde, et leur impact sur la vie humaine (Ellis est très radical, là-dedans, car au point où en est la série, il n'y a toujours aucune communication apparente avec les occupants des Arbres, si tant est qu'ils existent).
L'idée d'un langage profondément étranger qui ouvre la perception du temps se retrouve dans Neonomicon, où elle sert d'explication à l'irruption des entités lovecraftiennes dans un monde où Lovecraft a existé.
Bref, tout ça pour dire que Arrival, c'est drôlement bien. Et sa prouve qu'on peut faire de la grande SF en restant discret et modéré sur le spectaculaire.

vendredi 3 février 2017

Toi, tu vas te faire appeler Arthur

Comme je le disais hier, les bandes annonce du prochain Guy Ritchie consacré au roi Arthur et à Excalibur me plongent dans un abîme de sentiments partagés.

Il se trouve que, maintenant que le manuscrit de l'Île de Peter est entre les mains d'un pouvoir supérieur (celui de l'éditeur, pour faire court), j'ai pu attaquer mon prochain bouquin, et qu'il tape précisément dans cette période et cette mythologie-là. Et, vous connaissez ma maniaquerie documentaire, j'en suis à collectionner les cartes donnant les limites des royaumes et provinces du Vème siècle grand-breton, celles qui donnent les lignes de côtes, etc. Y a pas le quart de la moitié de tout ce matériel accumulé qui me servira de façon effective, mais c'est comme ça que je bosse, j'y peux rien. Je potasse les sources les plus anciennes pour tenter d'approcher au plus près une texture, une fragrance, pas forcément une réalité mais tout au moins une forme de vraisemblance. Je m'immerge. Je m'en vais clapoter dans mon sujet comme un canard dans sa mare.

Alors forcément, quand je vois Legend of the Sword et ses costumes anachroniques, ses châteaux et ponts comme il n'en a jamais existé et ses éléphants de guerre, ma première réaction est d'émettre de petits couinements étouffés comme le premier subalterne de Darth Vader venu.

Mais il serait irrationnel de ma part de rester sur cette impression-là. Car après tout, quel est le problème ? Qu'est-ce que le mythe arthurien ? Eh bien un mythe, comme son nom l'indique. Si l'on peut avec un peu de bonne volonté débusquer un Arthur historique, sa biographie tient en deux lignes et toute l'imagerie qui l'entoure n'est que le résultat d'une mayonnaise patiemment montée par des générations d'auteurs aux objectifs divergents qui ont, au fil du temps, accumulé et agrégé d'autres légendes autour de celle du "roi des Bretons", souvent au mépris du temps et de l'espace. Merlin ? Anachronique. S'il a un modèle historique, alors celui-ci a vécu près d'un siècle plus tard. Lancelot ? Jailli d'un autre fond légendaire, celui de la Bretagne continentale. Perceval ? Résultat probable d'accrétions ayant débuté bien avant la naissance de ce qui deviendra le Roi Arthur. Et ainsi de suite. Arthur est encore moins bien bordé historiquement que la Guerre de Troie (déjà passablement problématique quand on essaie de recoller tous les morceaux dans une chronologie historique et une géographie cohérentes).

Ce que Ritchie adapte, c'est donc sa version modernisée du mythe, ce que faisaient déjà Chrétien de Troyes et Thomas Mallory en leur temps. Ce faisant, il apporte sa pierre à l'édifice et l'avenir dira si elle est gélive ou pas (parce qu'il y a des pierres qui résistent plus ou moins bien au passage du temps). Historiquement, c'est absurde, mais pas tellement plus que les versions en armure du douzième siècle (comme Sacré Graal, qui restitue en termes d'équipement l'époque où émergea la forme classique de la légende arthurienne).

Même mon film arthurien préféré, le Excalibur de John Bormann, se déconnecte totalement de tout fond historique, se bornant à restituer un Moyen-Âge complètement fantasmé, aux armures et aux costumes baroques.

Donc, pourquoi pas ? Guy Ritchie est pas plus illégitime qu'un autre pour faire un film arthurien. Faudra juger sur pièces. Après, si ça se trouve, c'est pourri. Mais pour l'instant je préfère faire taire mon puriste intérieur, puisqu'il est lui-même à côté de plaque dans ce domaine (par contre, je le réactive dès que j'avance sur mon prochain bouquin).

jeudi 2 février 2017

Let the sun shiiiiiine (ou pas)

J'en parlais l'autre jour, mais pendant mon voyage en train, finalement, je n'ai pas regardé ce film coréen qui m'avait semblé malvenu (question de contexte uniquement : Dernier Train pour Busan est excellent, pas de doute là-dessus, mais je l'ai vu ailleurs que dans le TGV, finalement).

Et à la place, j'ai préféré me rabattre sur un film dont je n'avais vu que le début il y a longtemps : Sunshine, de Danny Boyle. Le début m'avait bien plu, il y avait de fort jolies choses au niveau visuel, et des acteurs que j'aimais bien. Le concept de SF était chouette.

J'aurais eu mieux fait de me contenter de ça et de rester sur cette bonne impression.

Parce qu'en fait, sans être aussi pourri que Prometheus dans le genre (mais Prometheus fait tellement fort qu'il pose un standard. Disons que Sunshine culmine à 6,4 sur l'échelle de Prometheus), ce film ne tient pas tout à fait la route. Alors, entendons-nous bien. Rien à dire sur la cinématographie qui est très belle et profite à fond du concept. Les acteurs ne déméritent pas. La structure de récit, ma foi, est légèrement bancale, mais à ce stade, c'est de la pinnaillerie de ma part, et en plus vu les critiques que je me suis pris sur Eschatôn, je suis bien mal placé pour reprocher à quelqu'un l'accélération finale un peu abrupte de son histoire.

Non, le truc, c'est que quand on fait de la SF, c'est bien d'avoir des notions de base. Ou de faire relire le truc par quelqu'un qui connaît un peu l'astronautique. Alors, je sais ce que vous allez me dire : c'est une fable, et pas exactement un film de SF. Et c'est vrai. Il y a là-dedans une charge métaphorique qui submerge tout le reste. Le problème, c'est que le reste, c'est du décor de vaisseau spatial à grosse tuyauterie, avec des gens qui expliquent ce qu'ils font et pourquoi ils le font. On se fout totalement que les champs d'astéroïdes de Star Wars ne tiennent pas la route parce que c'est un film d'aventures, en fait, avec juste un vernis SF dessus. Sunshine est une fable philosophique sur le sacrifice, le voyage initiatique, l'approche d'une transcendance qui brûle et consume la faiblesse et les aspirations humaines. Mais le décor, c'est une mission complexe, avec une trajectoire délicate, des enjeux technologiques en plus des enjeux humains. Je ne demande pas à Danny Boyle d'avoir une maîtrise de mécanique orbitale (je serais bien en peine de faire les calculs de rendez-vous d'un Soyouz) mais juste… je sais pas, moi… de savoir qu'un vaisseau lancé à ces vitesses ne freine pas et ne s'arrête pas, que dans l'espace, tout est mobile et que l'immobilité apparente ne naît que de la synchronisation des trajectoires. Et accessoirement que ces trajectoires sont courbes, et donc que le bouclier ne devrait pas être orienté comme ça.

Tout le film est grevé de pleins de détails, et ont sent que même la spatialisation du vaisseau a été bizarrement pensée : impossible de savoir comment s'articulent entre eux les lieux de l'action. Il est assez classique qu'au cinéma, la physique se plie aux besoins du scénario. Mais là, elle disparaît totalement, remplacé par un techno-babble qui souligne plus qu'il ne masque les incohérences. Dans une série B, on s'en foutrait, mais là, du coup, on ne comprend rien à certains enjeux, et quand les personnages se mettent en peine de les expliquer, c'est pire. Alors qu'un scénar mieux bordé de ce point de vue là aurait pu prodiguer les mêmes moments dramatiques en leur donnant plus d'impact, et l'ensemble aurait pu y trouver un hiératisme qu'il cherche à atteindre mais qui lui manque pourtant cruellement.

Tout ça donne une impression de pas fini, de pas relu, de pas solide. On ne croit pas aux péripéties de ce vaisseau. C'est vraiment dommage, parce que ça avait tout pour être un beau film.

Bref.

Tiens, à l'occase, vu que je vais donner dans le mythe arthurien dans les mois à venir, je vous causerai de ce que m'inspirent les bandes annonces du prochain Guy Ritchie…

mardi 31 janvier 2017

Dancing Queen cloué sur une croix, ça bouge moins, quand même

Les affiches de comédies musicales sont quand même une sacrée source d'inspiration pour des sales types dans mon genre, toujours à se moquer. Tenez, pas plus tard qu'il y a quelques années, je m'en moquais déjà.

Là, en partant à Angoulème, je suis tombé coups sur coup sur des affiches pour une comédie musicale Jésus et une autre sur Priscilla Folle du Désert. Et là, forcément, vous vous doutez que ça fait chboum dans ma tête. Non pas parce que j'apprécie le pluralisme de la chose, l'idée que même dans les comédies musicales y'en a pour les gens de la Manif pour Tous et aussi pour les gens qui veulent des trucs un peu plus modernes que ces histoires de hippies palestiniens (ça fait longtemps qu'il n'y a plus de hippies dans cette région du monde, ils ont tous été plastiqués).

Non, moi je suis pour la concorde entre les gens. Et je me dis qu'entre le type qui prenait ses vacances dans le désert par packs de 40 jours et a fini en slip dans un spectacle SM en plein air organisé par un rital qui se lavait les mains de la sécurité, et le road movie désertique de trois performers en collants, y a des passerelles, quand même.

Bon, maintenant que je vous ai mis ces images dans la tête, je me remets au boulot.







lundi 30 janvier 2017

Back from the Bulles

Comme tous les ans, je reviens du Festival d'Angoulème bien fracassé, et je vous fais mon petit compte rendu :

Mercredi :
Je ne suis pas encore parti, d'autant qu'après avoir changé la douche, je dois la remettre en route et ne pas laisser toute ma tribu sans moyen de se laver pendant que je suis absent, ou je vais finir avec une révolution sur les bras. La réinstallation se passe nickel, d'autant que l'ancien tuyau d'évacuation a assez de jeu pour permettre un branchement du siphon sans coup férir. Le bonheur. Je teste l'installation, pas une goutte au siphon, pas une non plus à l'arrivée d'eau chaude, donc j'inaugure ma douche, puis le reste de la tribu la teste à son tour.
Alors que, tout propre, je me suis remis au travail, une de mes filles vient me voir :
"Ça coule dans la cuisine"
"Le robinet est mal fermé ?"
"Non, c'est plutôt le plafond."
Je file ventre à terre, et une analyse de la situation plus tard, je comprends que si le tuyau était souple, c'est tout simplement qu'il n'était pas souple du tout mais avait cassé à l'autre bout, et qu'il déversait désormais son contenu dans le coffrage du faux plafond, qui s'était rempli, rempli, et maintenant déversait son trop-plein.
Un raid chez Casto plus tard, j'en suis encore à onze heures à vidanger le plafond (entre 10 et 15 litres, quand même) et à remanchonner toute l'installation.

Jeudi :
Avec tout ça, j'ai encore plein de dossier à imprimer et mes cartes de visite à refaire. La matinée y passe, puis je file à la gare. Inutile de dire que j'aborde le festival déjà bien épuisé. Ça ne s'arrangera bien évidemment pas au fil de la manifestation.
Dans le train, je croise un vieux copain… qui s'est laissé pousser la barbe et donc que je ne reconnais pas. Ça fait pourtant au moins trois fois que je le vois avec sa barbe, mais je ne m'y fais décidément pas. Pendant le voyage, échanges de SMS avec les gens qui me croient déjà arrivé ou, ne me voyant pas, s'inquiètent que je ne vienne pas du tout.
J'avais amené de quoi regarder un film pendant le voyage, mais Dernier Train pour Busan n'était probablement pas un excellent choix pour deux heures et demie de TGV.

Chouette obéliqusq… quse… sque…

Une fois sur place,  découverte du monument Goscinny, récupération du badge, tournée des copains à dire bonjour et à organiser des rendez-vous, apéro avec la bande de La Cafetière puis repas.
Et là, délicieux traquenard : le restau où l'on trouve des places propose une fondue aux cèpes. Alors forcément, il faut qu'on essaye.
Un peu éteint par ce déferlement fromager, je fais un passage éclair à la fiesta d'anniversaire d'Edmond Tourriol, puis au bar du Mercure, puis je rentre me coucher.
Pas de bol, les copains qui logent avec moi rentrent peu après, fin déchiquetés. Qu'Edmond, qui traduit Walking Dead, arrive dans l'état où il était n'est que justice, après tout, mais ce barouf n'aide pas mon repos.

Vendredi :
Debout tôt, car j'ai rendez-vous avec Alex Alice pour visiter l'expo consacrée au Château des Etoiles. Dès que j'arrive sous la maquette de la montgolfière, je subis une transformation brutale : j'ai de nouveau six ans et je tiens la main de mon papy pour visiter le Palais de la Découverte et voir les maquettes d'Apollo, Vostok et Skylab. L'expo est épatante. C'est une expérience grisante, aussi : nous la visitions, Alex, moi et le commissaire d'exposition (qui a fait un boulot de Romain) totalement incognito, au milieu d'une foule qui s'extasie devant les dessins et maquettes sans savoir que leur créateur passe au milieu d'elle tel un fantôme des Noëls alternatifs.


L'autre Alex, puisque nous sommes sur mon blog
sinon, ailleurs, l'autre Alex c'est moi, forcément

Je remonte en ville, dédicaces chez La Cafetière, discussions avec l'éditeur français de Judge Dredd puisque je dois faire demain la conférence des 40 ans du personnage, puis bout de sandwich vite expédié (merci Odrade, car sans toi il n'y aurait pas eu de sandwich du tout), puis descente au Champ de Mars dire bonjour aux copains là-bas, et passer aux Droits Internationaux pour une discussion business.
Là, le représentant des Humanos m'attrape pour me donner l'édition chinoise de Crusades. Il est assez ému, parce qu'originaire lui-même de Hongkong (je crois) et que cet album, qu'il a vu se créer, finit par sortir dans sa langue maternelle, ça le touche. Pour ma part, ça me fait drôle aussi : tenir entre mes mains un bouquin que j'ai fait, mais dont je me trouve incapable de lire le moindre mot. La sensation est tout à fait étrange.
Soirée sympa, entre la conférence de presse d'un de mes éditeurs, un passage au Off avec un copain journaliste, puis un passage éclair au Mercure. Je me couche tôt, demain j'ai deux conférences et je me dois d'être frais.

Samedi :
Je passe voir avec un pote l'expo Valérian. Si le matos du film m'en touche une sans faire bouger l'autre, ce n'est pas le cas des planches accrochées. Cette BD m'a fait rêver et voyager toute mon enfance, et je suis ému de voir les originaux de pages qui se situent si haut dans ma mythologie personnelle.
Quelques signatures de La Dernière Cigarette, bouquin déjà ancien mais qui continue à parler aux gens, puis je file au Conservatoire.
Ma première conférence de la journée : quarante ans de Judge Dredd,  icône badass de la résistance narquoise au thatchérisme, toujours d'actualité au bout de tout ce temps.

La preuve en image
(au moment où je fais la conf, j'ignore encore que le voyage vers la sarkozisation totale
de Manu suivrait son cours logique jusqu'à sa conclusion fatale)

Puis foué au fromage vite expédié, encore dédicace, puis deuxième conférence.
Là, le sujet, c'est Howard Lovecraft et la BD (je signe d'ailleurs un article là-dessus dans la monographie qui sort en mars prochain chez Actu-SF). Sujet vaste et dense, que j'espère avoir pu traiter dans le temps imparti. Très mécontent que l'exiguité des lieux conduise à refuser autant de monde qu'on n'en laisse entrer. Il y a là un problème d'organisation patent, et ce n'est pas le fait de JPJ, qui gère ces conférences : ça se situe au niveau du festival lui-même, qui a réduit les moyens alloués à tout ça). S'il y en a parmi vous qui ont été refoulés, écrivez au festival pour demander plus d'espace et plus de créneaux.
Puis apéro, bouffe avec La Cafetière (un camembert grillé à l'ail, tuerie), puis passage au Mercure (pas question que j'aille à la soirée auteurs du Magic Mirror : j'ai évité la foule du Champ de Mars toute la journée, ce n'est pas pour aller m'étouffer dans une foule plus dense encore). Discussions avec d'autres scénaristes, picole, amitié, la vie, quoi.

Dimanche :
Pas beaucoup dormi, pour le coup. Petit déjeuner rituel avec l'ami Alain (qui me tanne une fois de plus pour que j'ouvre au moins une page auteur sur Facebook) (vous, les amis, pensez-vous que c'est une bonne idée, ou pas ?), puis dédicaces, puis un saut à l'expo Thorgal qui est sur le chemin, puis retour en train, et dodo.

Lundi :
Dépouillement des mails accumulés en mon absence. Je blêmis en voyant la masse de boulot à abattre cette semaine.


mercredi 25 janvier 2017

Le planning !

Bon, j'ai pas encore tout bouclé ce que j'avais à faire avant de partir à Angoulème (il me reste des relectures et finir d'installer la nouvelle douche, d'autant que si je me barre et qu'il n'y a pas de douche à la maison pendant encore quatre jours, je me ferai défoncer au retour), mais ça se précise. Du coup, je vous file mes horaires sur place :

Je serai en dédicaces comme à mon habitude au stand des éditions La Cafetière, intégré au stand collectif du M.O.T.I.F., Bulle New York (le grand truc tout en longueur derrière la mairie).

Vendredi de 11 à 13 h
Samedi de 18h30 à 20 h
Dimanche de 11 à 13 h

Et comme vous le savez, si vous avez tout bien suivi, j'y donnerai également deux conférences le samedi 28 janvier au Conservatoire Gabriel Fauré (c'est dans une petite rue entre la Bulle New York et le Palais de Justice)
"40 ans de Judge Dredd" de 12h30 à 14h
"HP Lovecraft, des Pulps à la BD" de 17 h à 18h30

samedi 21 janvier 2017

Traditions immémoriales

Tiens, je m'avise que ça fait une paye que je n'avais pas posté une photo de singe nazi.

Et avec l'inauguration de Trump hier, je pense qu'on va arriver en pleine saison (bon, notons à sa décharge que nous n'avons pas encore été annihilés par une guerre nucléaire, donc tout va bien).

Bref. Plus qu'un singe nazi, du coup, je tiens à y aller à fond. Ce sera donc un mécha-singe nazi ! Ouais.

(avec des croix gammées sur les seins
et un pantalon de Ronald McDonald.
Frank Miller aurait pu l'inventer)



Amateurs de curiosités improbables du genre, je vais en pécher parfois - c'est le cas ici - sur le tumblr du Caporal Steiner. Attention, c'est pas toujours safe for work.

mercredi 18 janvier 2017

Ne me laissez jamais la télécommande

On discutait avec les collègues de ces émissions à la con que les chaînes de la TNT achètent par palettes entières comme bouche-trous pas trop chers de leurs programmes. Ces machins avec des brocanteurs et des garagistes qui essaient de faire la culbute en retapant des vieilleries et en les revendant très cher. La plupart du temps, ces restaurations sont en plus d'un mauvais goût somptueux, et on y parle beaucoup de pognon, histoire d'être bien crades. Ajoutez en plus la mise en scène des délais impossibles que les mecs arrivent toujours à tenir, et l'ensemble devient du coup assez mystérieux : y a vraiment des gens pour suivre ça sur la longueur ? C'est encore plus répétitif que le catch ou les campagnes des primaires !

Enfin bref. On en causait pour casser du sucre dessus, et d'un coup ça a fait chboum dans ma tête.

J'ai un super concept d'émission de télé.

"Jay Traduit Tout."

Ça raconte les aventures d'un traducteur de comics, qu'on va arbitrairement appeler "Jay", et qui doit tenir des délais impossibles malgré sa conscience professionnelle qui le pousse à dénicher les docs les plus improbables dont il a besoin pour son travail.

Extrait des dialogues :

"Ouais, alors pour Jonah Hex j'avais un délai de merde, mais pour pouvoir m'y mettre, il a fallu que je retrouve une VHS de Django Défonce Ta Mère avec le doublage d'époque, celui où c'est François Chaumette qui fait la voix du chef indien joué par Geraldo Mancini, l'ancienne star du porno sicilien reconverti suite à un étrange accident de capote. Parce que la trad y est nettement meilleure que sur la version DVD au doublage refait, et je veux m'immerger dedans. Alors ouais, j'ai trouvé la K7 en NTSC Zone 1 du Canada, mais c'est bien la bonne VF et ça m'a coûté une blinde sur Tondu.Com et donc ça pète un peu mon budget, mais fallait ça pour que je donne une feeling authentique au truc."

"La semaine prochaine, Jay doit traduire un tie-in tout pourri d'un crossover nioufiftitou reborn, et découvre les joies d'un site de scans hongkongais qui détient l'épisode jamais publié de Flash vs Newsboy Legion auquel la page 18 fait référence."



dimanche 15 janvier 2017

On me laisse sortir, des fois

Bon, mon emploi du temps des prochains mois ce précise en ce qui concerne conférences, dédicaces et tables rondes.

Je serai donc au festival d'Angoulème, du 26 au 29 janvier. Comme d'habitude, j'y dédicacerai au stand des éditions La Cafetière / Le Motif. Je devrais avoir des exemplaires des Dieux de Kirby pour ceux qui en voudraient.

J'y donnerai également deux conférences le samedi 28 janvier au Conservatoire Gabriel Fauré

"40 ans de Judge Dredd" de 12h30 à 14h
"HP Lovecraft, des Pulps à la BD" à 17 h

Le dimanche 26 février, je devrais faire un saut à Tours pour un salon, et j'y dédicacerai Eschatôn.

Je dédicacerai également Eschatôn au Salon du Livre de Paris, les vendredi 24 et dimanche 26 mars.

Le dimanche 30 avril, je participe au Colloque du Héros à Lyon (ça y est, après le report de l'an passé, on a vraiment une date). J'y ferai une intervention centrée sur le "voyage du héros" et ses dévoiements.

Le dimanche 7 mai, je serai au Salon Fantastique à Paris.

Le dimanche 21 mai je devrais passer aux Imaginales d'Epinal, et normalement j'aurai les premiers exemplaires de L'île de Peter.

Courant octobre, je devrais participer à Paris à une table ronde consacrée à Kirby.

Voilà pour l'instant…

vendredi 6 janvier 2017

Rejets de l'île…

J'en parlais hier, je suis sur la toute dernière ligne droite de l'île de Peter, qui sort normalement en mai prochain.
C'est vraiment curieux cette façon qu'on les bouquins de vous piéger. On a des idées, on les couche sur le papier, et puis plus on avance, plus on se retrouve prisonnier d'idées qui étaient chouettes, mais qui finissent par parasiter le récit. Depuis le début de la semaine, j'ai taillé l'équivalent d'un chapitre et force est de constater que ça fonctionne mieux. De même, réattribuer certains actes à d'autres personnages qu'à ceux qui devaient au départ les accomplir permet de donner une meilleure tenue à la fin. C'est très mystérieux, tout ça, quand même…
Bon, du coup, un petit bout qui lui devrait rester dans le final cut :

Pris en chasse un beau matin par un cotre de la marine de Sa Majesté, notre petit navire ne dut son salut qu'à une bordée de couleuvrines qui, le Diable seul sait pourquoi, suffit à couler nos adversaires. Mais nous étions trop proches des côtes ; quelques marins survécurent et purent raconter leur histoire. Il n'était plus question pour nous de continuer nos petites affaires entre la Manche et la Mer d'Irlande. À pile ou face, il fut décidé de partir vers l'Ouest et c'est ainsi qu'après une traversée éprouvante et sordide, notre coque de noix n'ayant jamais été conçue pour une telle aventure, je découvris la Jamaïque, île baignée de soleil, aux indigènes accueillants. On dit de Port-Royal que c'était la plus immorale des villes du monde, mais ceux qui profèrent de telles absurdités confondent immoralité et perversité, et si la nuance échappait aux protestants, en ce qui me concerne elle me dérangeait passablement.

Car cette perversité foncière rendait la ville encore trop anglaise pour mon goût et j'y abandonnais mes compagnons pour tenter ma chance sur le continent : les colonies y avaient été fondées par des Puritains, et donc des non-conformistes en délicatesse avec les choix religieux de la Couronne anglaise. Je découvris avec tristesse que si l'on n'élevait pas de bûchers dans cette partie du Nouveau Monde, l'on y pendait allègrement tous ceux déplaisaient aux sévères patriarches tout de noir vêtus et affublés de noms ostensiblement bibliques qui devaient déjà être ridicules du temps des anciens Hébreux, tous ces Jedadiah Smith et autres Zorobabel Whateley camouflant leur avidité crasse sous des dehors de pieuse austérité. Traînant mon désarroi dans les ports de Nouvelle-Angleterre, un peu moins gangrenés de puritanisme que des villes de l'intérieur comme Salem, je finis par retomber sur l'un de mes camarades marins du brigantin, coque de noix dont je ressentais déjà la nostalgie et dont j'appris qu'elle s'était entretemps offerte de vrais canons et lancée dans la franche piraterie.

jeudi 5 janvier 2017

Seventeen seconds

Bon, ben bonne année à tous, hein ! On va voir ce que celle-ci nous réserve, et si d'ici cet été on aura bien une guerre nucléaire localisée, une présidence Fillon, de nouvelles démonstrations cinglantes qu'il n'y a "pas de failles" ou une nouvelle tentative ratée de Ridley Scott de prouver qu'il était bien un cinéaste génial il y a longtemps.

Mauvais présage, le radiateur du salon vient de me lâcher et du coup il fait un froid de gueux dans tout le rez-de-chaussée.

Mauvais présage aussi : si un de mes proches a eu un gros souci de santé en fin d'année, je découvre peu à peu qu'il n'a pas été le seul et que que pas mal de gens que je connais sont à l'hôpital pour diverses raisons. Peut-être est-ce que je vieillis et que tout mon entourage avec, mais c'est la première fois que ça tombe aussi dru en si peu de temps. Je commence à paranoïer comme un Howard Hughes de calibre moyen, moi…

Bref. Mais il faut pourtant parfois que je sorte de mon bunker. Tiens, pour me faire interviewer, par exemple. Vous saviez qu'Audrey Pulvar avait une émission consacrée à la pop culture ? Moi non plus. Je l'ai découvert quand on m'a demandé d'expliquer Batman pour la télé. Donc j'ai expliqué Batman. Si j'ai tout bien compris, et que vous tenez vraiment à voir ma trogne dans le poste, je crois que c'est le samedi 14 à 11 heures, sur Direct 8 D8 C8. Je vous tiens au courant, de toute façon.

Ah, et sinon, je suis dans la dernière ligne droite de L'île de Peter, mon prochain bouquin que je dois impérativement renvoyer à mon éditeur (les toujours enthousiastes Moutons électriques). C'est ce stade très étrange où, au lieu d'ajouter des trucs pour combler des manques, on commence à élaguer, à tailler, à virer des trucs. Ça me fait penser à du ponçage sur un meuble, passer un petit coup sur les arrêtes, arrondir les angles, faire en sorte que la ligne soit fluide et flatte l'œil. Y arriverai-je ? Vaste question.