vendredi 23 juin 2017

Le futur a encore vieilli

"Le ciel au-dessus du port était couleur télé calée sur un émetteur hors-service."

Cette phrase, la première du roman Neuromancien (William Gibson, 1984) fait partie des premières phrases les plus célèbres de la SF (avec celle du Monde Inverti, entre autres). Mais, en retombant dessus, je me suis avisé d'un fait troublant.

Pour les "millenials", les jeunes d'aujourd'hui familiarisés avec les notions de "Matrice" et de réseaux, cette première phrase n'a plus de sens. Autant, pour le lecteur d'époque (moi, par exemple), elle était immédiatement évidente et évoquait une réalité très précise, autant de nos jours, c'est terminé. Les écrans de tv cathodiques se sont raréfiés au point, dans leur énormité, de faire figure de curiosité préhistorique. La TNT, la fibre et l'ADSL ont modifié la nature du signal reçu. Finies, les ondes analogiques donnant cette apparence de neige et de bruit blanc à la moindre perturbation. De nos jours, soit le signal est décodé, soit il ne l'est pas. Au pire, une perturbation se matérialisera à l'écran sous forme d'une grosse pixellisation aux couleurs peu naturelles, sinon c'est l'écran noir avec la mention lapidaire "pas de signal". Ce ciel gris, à la couleur inconfortable que décrivait Gibson, il faudrait désormais lui trouver d'autres métaphores. Le futur de Gibson connaissait encore le gros tube cathodique et la transmission hertzienne analogique. Si certaines de ses prédictions (la mainmise de multinationales plus puissantes que des états, l'existence de groupes organisés de hackers menant des opérations militaires dans le cyberspace) se sont plus ou moins réalisés, par certains autres côtés Il est devenu une sorte d'uchronie…

mercredi 21 juin 2017

Il suffira d'1 signe, ou sinon de 400.000

Je viens de passer, sur mon prochain roman, la barre des 100.000 signes. Dit comme ça, cela peut sembler un poil abstrait mais, outre que pour moi, c'est un mode de comptage assez concret (je connais des collègues qui préfèrent compter en mots, mais ce n'est pas mon cas) (pour info, là j'en suis à approximativement 17.000), cela me donne des points d'étape simples à repérer. Au début du processus d'écriture, les chapitres peuvent se regrouper, se scinder ou se démultiplier, et je n'ai pas une vision claire du nombre de chapitres que pourra représenter un bouquin. Alors que, dans ma tête, un nombre de signes se corrèle à une densité d'information et je sais à peu près quelle quantité de texte pourra représenter une histoire et la description de l'univers qui lui sert de cadre. En démarrant Eschatôn, j'ai vite su qu'il me faudrait entre 450 et 500.000 signes pour mener mon projet à bien (je dépasse d'un poil les 515.000, à l'arrivée), et L'île de Peter, s'appuyant sur un univers et des personnages connus de tous les lecteurs, n'était pas pensé pour dépasser 300.000.

Le cas de mon roman arthurien est plus complexe. Si cet univers est connu, il a été décliné de tant de façon contradictoires qu'il est désormais à reconstruire à chaque fois. Si j'utilise par exemple des personnages que Guy Ritchie a abondamment traités dans son dernier film, j'en donne une lecture radicalement différente. Si j'utilise de la magie, c'est selon des règles et une construction particulières (qui ne sont pas sans correspondances avec mes précédents bouquins). Donc MON monde arthurien demande plus d'explications et de descriptions que le monde de Peter Pan dans lequel trois mots suffisaient à ce qu'un personnage ou un lieu soit reconnu, saisi ou compris par le lecteur. Mais à l'inverse, il s'agit d'un monde beaucoup plus familier que celui d'Eschatôn, dans lequel je perdais délibérément les malheureux qui s'y aventuraient. Du coup, je vise quelque part entre 400 et 450.000 signes.

Un truc que j'ai fait ce matin, par contre, c'est écrire le tout dernier chapitre du bouquin. Que ce soit en BD ou en roman, c'est une de mes habitudes de travail (c'est moins vrai pour les nouvelles). Dès que le début me semble solide, j'écris la fin (quitte à la remanier quatre fois par la suite). Cela me permet de tendre le récit vers sa conclusion. Bien sûr, je sais globalement où je vais avant même de taper la première ligne, mais écrire et mettre en scène la fin me permet de cristalliser ce qui sera vraiment important dans mon récit.

Bon, ce qui fait bizarre, c'est que là, [ATTENTION SPOILER] ça me conduit à buter mon personnage principal. Je savais qu'il devait mourir à la fin, c'est même une des données principales de sa mythologie depuis bien un millénaire, mais si c'est une chose de savoir que le personnage meurt, être l'artisan de sa fin laisse toujours une sensation étrange, celle de l'avoir trahi.

mardi 20 juin 2017

Achevez-moi


Je viens de découvrir qu'il existait un truc pire que de devoir sortir de chez soi à midi par un jour de canicule : devoir sortir de chez soi à midi un jour de canicule, et croiser le camion des poubelles qui revient de sa tournée.

Oh putain la vache. Le truc dont le contenu a gentiment cuit toute la matinée laisse derrière lui sur cinq-cents mètres une odeur pestilentielle, et l'air déjà lourd en devient pire qu'étouffant. Alors on retient son souffle, on n'ouvre les narines que tous les dix pas pour tester le terrain, puis enfin, aaaaaaaah, on inspire une grande goulée d'air toujours trop chaud, mais redevenu vaguement respirable.

Sauf que c'est pile à ce moment-là qu'un deuxième camion poubelle a tourné au coin et m'est passé devant.

lundi 19 juin 2017

Saturday afternoon fever

Alors, samedi 1er juillet après-midi, à partir de 15 heures, je serai en dédicace au Gibert Jeune de la place Saint Michel à Paris. Y aura de L'île de Peter à profusion pour les retardataires qui ne l'auraient pas déjà.

Après, je risque de faire un saut chez Central Comics (à trois encablures de la Cour St Emilion). Ils y font une séance de dédicace autour de Kirby and Me, le gros bouquin hommage au King, dans lequel j'ai signé une petite bafouille. (et dont les bénéfices sont reversés à Hero Initiative).



dimanche 18 juin 2017

Les aventuriers du regard

L'autre soir, avant d'aller à Bookeen, j'ai traversé la Seine pour aller faire un tour vers St Mich'. Arrivant sur la célèbre place à la fontaine, je fus pris d'une pulsion irrépressible et assez irrationnelle : je suis passé sous l'arcade, côté VIe arrondissement, celle qui mène après une volée de marches et une venelle à la petite rue Gît-le-Cœur. Pourquoi, me demanderez-vous ? Une envie de petit pèlerinage personnel. J'ai voulu voir ce qu'il était advenu d'un lieu que j'aimais beaucoup, même si je n'y allais pas très souvent* : la librairie Regard Moderne, qui avait fermé il y a quelques temps de cela suite au décès de Jacques Noël, son très discret et très estimable tenancier.

Si le lieux était restés clos depuis lors, et identique à lui-même, je serais allé me recueillir devant la porte en souvenir du bon vieux temps. S'il avait été remplacé par une boutique affreuse de téléphonie, d'e-cigarette, une onglerie ou quoi que ce soit de ce genre, cela m'aurait donné une nouvelle occasion de râler comme je sais si bien le faire.

Mais à ma grande surprise, ce ne fut ni l'un, ni l'autre. Là où se trouvait jadis le plus magnifique des capharnaüms bouquinistiques, je découvris une librairie ouverte. Que ce lieu soit resté consacré au livres, cela me fit un plaisir phénoménal. Plein de joie, je passai la porte.

Là, seconde surprise. L'endroit m'a paru vide. Oh, il ne l'était point. Comme chez tout libraire qui se respecte, les rayonnages étaient chargés jusqu'au plafond d'ouvrages diverses, et les tables étaient bien garnies. Mais pour qui a connu la librairie il y a quelques années, c'est très surprenant : au fil du temps, elle s'était remplie dans sa totalité de bouquin divers, ne laissant pour circuler que d'étroites allées entre les piles, évoquant la Documentation dans Gaston, un entassement spectaculaire, magnifique et effrayant de papier.

L'affaire a été reprise par Jean-Pierre Faur, un historique de la maison (il l'avait montée pour Jacques Noël il y a longtemps). Il m'a confié avoir sorti 700 cartons de bouquins pour pouvoir reprendre les choses en main. Mais si le stock a fondu, l'esprit reste le même. Le beau et le bizarre s'y mêlent intimement.

Fouinant dans cette boutique retrouvée, j'y saisis l'occasion de lever une très ancienne frustration : j'y avais il y a très longtemps convoité un bel artbook de Nicollet et Keleck**, que mes moyens ne m'avaient pas permis d'acquérir à l'époque. Par la suite, il était trop tard : les deux exemplaires avaient été vendus. Ce qui était magnifique, avec ce libraire, c'est que malgré la masse colossale que représentait son stock, il était toujours en mesure de dire s'il détenait encore un bouquin ou pas. Ses deux exemplaires de l'artbook en question étaient partis depuis longtemps. Mais là, le jeu de la circulation des livres a fait qu'il en était rentré un. J'avais déjà choisi deux livres dans les étagères, quand, pensant les régler pour aller à ma soirée, je musardai encore un instant. Et tombais sur Ersatz, ce bouquin que je regrettais encore de n'avoir pas pu prendre en… était-ce 92 ou 94 ? Je serais bien en peine de vous le dire, tenez. Bref, mon choix fut vite fait. Je reposai une de mes prises précédentes, et m'emparai du précieux ouvrage. Je ne sais pas pourquoi, j'y ai vu un bon présage. Le nouveau Regard Moderne est là pour rester. Je vous encourage tous à aller y faire un tour. Ce lieu est un défi à notre triste époque.






*Je n'y allais plus beaucoup pour deux raisons très distinctes. La première, c'était que ce lieu engendrait moult tentations qui s'achevaient par des frénésies d'achats fort dispendieux. Une des grandes hontes de ma vie reste à ce jour un chèque refusé par ma banque il y a un quart de siècle de ça, chèque qui couvrait l'achat d'une bonne pile de bouquins chez Regard Moderne, à un moment où je n'étais en fait guère en fond. Que, la même semaine, la banque m'ait refusé un chèque à destination des impôts, ce dont je me foutais allègrement. Mais me retrouver dans cette situation délicate face à un libraire, à un petit libraire passionné de surcroît, ça m'a rendu malade. J'ai couru ventre à terre m'excuser et promettre de régler la note en espèces sous dix jours (les impôts, si je me souviens bien, on attendu quelques semaines de plus).
L'autre raison, c'est que mon format physique me handicapait terriblement dans ce lieu. Je suis très grand, pas forcément très adroit, et avec l'âge, je me suis épaissi. Sur la fin, accéder au fond de la librairie -et donc au libraire- supposait de se glisser dans les étroits espaces laissés entre d'immenses piles de bouquins entassées en rangs serrés. Pour une personne de mon gabarit, ça devenait tout simplement une expérience terrifiante et claustrophobique.

**Mon autre frustration dans ce domaine et dans cette librairie, c'était l'énorme livre consacré au mouvement slovène NSK, qu'il avait rentré vers la même époque, à un ou deux ans près. Si le petit artbook de Nicollet et Keleck était était hors de mes moyens, ce paveton qui valait trois ou quatre fois plus cher l'était plus encore. Je ne l'ai eu qu'une seule fois entre les mains, mais c'était quelque chose…

samedi 17 juin 2017

Vaccinés contre l'homéophobie ?

Oh, ça faisait longtemps !

Une polémique sur les vaccins ! Et hop, toute une frange de conspis qui remontent à l'attaque en fustigeant le déculotage gouvernemental devant le "big pharma" avec des arguments qui vont du contradictoire au très malsain.

Du coup, on va faire un petit point (et je sens que je vais encore me faire tout plein d'amis) (mais j'en ai marre de voir les réseaux trustés par des gens qui profèrent des contre-vérités avec un aplomb suprême puis inversent la charge de preuve. à terme, ça donne des trucs comme l'élection de l'oncle Donald).

D'avance, désolé pour un article très long, et très polémique. Mais les espèces de jihadistes qui se déchaînent depuis cette annonce m'ont bien énervé.

Alors, revenons sur le fait de la semaine. La nouvelle ministre de la santé a décidé de porter à 11 (contre 3 actuellement), le nombre de vaccinations obligatoires, supprimant la distinction entre "obligatoire" et "recommandé". Distinction qui devenait relativement sans objet, puisque dès qu'un enfant entre en communauté (crèche, école), certains de ces vaccins "recommandés" étaient exigés.

Il faut savoir que, dans nos pays développés, la rougeole tue encore. Pas beaucoup, mais la mortalité due à la rougeole, dans la tête des gens, c'est un truc du Tiers Monde ou éventuellement des plouclands états-uniens dont les habitants croient que la protection sociale est un truc de communistes. Et justement, on recommence à avoir des épidémies de rougeole comme il y en avait avant la généralisation du vaccin. Parce que la couverture vaccinale est en baisse.

Le problème, c'est que les gens ont la mémoire courte. Qui, de nos jours, a la moindre idée de ce à quoi ressemble la diphtérie, et d'à quel point c'était une grosse saloperie ? Qui sait encore de nos jours ce qu'est le "croup" ? Et comment on le soignait à l'époque, et à quel point cela pouvait être traumatisant ? (si vous savez ce qu'il en est, le mot "poireau", dans ce contexte, doit suffire à vous donner des frissons). Mais la diphtérie n'existe plus sous nos latitudes. Et la polio non plus. Le tétanos est une rareté (ça aussi, c'est une grosse saloperie, le tétanos) (et le seul moyen qui reste de savoir à quoi pouvait vaguement ressembler le "trismus", c'est de regarder des rombières trop botoxées).

Les trois vaccinations obligatoires ont fait disparaître purement et simplement ces maladies de notre paysage. Et ne venez pas me dire que c'est le progrès de l'hygiène qui est en cause : le tétanos c'est pas une maladie de la crasse, c'est une maladie de l'activité. Ce sont les gens qui bricolent et qui jardinent qui sont les plus exposés, sans que le fait de se laver avant ou après n'y change rien. Les épidémies de variole n'étaient pas non plus corrélées aux conditions d'hygiène, et ce sont bien les campagnes de vaccination systématiques qui ont totalement éradiqué ce virus il y a bientôt quarante ans.

L'autre vaccination jadis obligatoire, et qui ne l'est plus pour des raisons techniques, liées à un problème de production et d'efficacité en baisse de l'ancienne souche vaccinale, il y a une petite vingtaine d'années, c'était le BCG. La vaccination contre la tuberculose. Comme la mise au point du nouveau BCG a été plus longue que prévu, parce que n'en déplaise aux paranos la mise au point de n'importe quel médicament c'est dix ans minimum pour assurer de son efficacité ET de son innocuité globale*, on ne pouvait plus imposer la vaccination sans moyen de vacciner.

Que s'est-il passé depuis ? La tuberculose a fait son grand retour. Au départ, on ne s'en est pas inquiété : ça ne concernait que des personnes immunodéprimées (greffés et malades du Sida) ou des réfugiés de pays où l'on ne vaccinait pas. On a cru pouvoir contenir les choses à coups d'antibiotiques. Vous savez quoi ? Quinze ans plus tard, on n'en est plus là du tout. On note des cas de tuberculose dans des populations pas du tout à risque, socialement intégrées, vivant dans des logements salubres. C'est à dire vous et moi.

Dès qu'on s'intéresse sérieusement aux affaires de santé publique, et qu'on le fait avec de la profondeur temporelle suffisante (en ayant l'œil sur les situations sanitaires avant l'introduction des vaccins, avant l'introduction des sulfamides, avant l'introduction des antibiotiques, etc.), force est de constater que la vaccination démontre son efficacité. Notons également que la méningite tue encore. Que certaines hépatites tuent aussi.

Dès lors, la question est de savoir d'où vient la résistance. C'est toujours intéressant. Tenez, prenons l'exemple de plusieurs théories du complot classiques, au hasard la contestation des missions Apollo et la Terre Plate. Eh bien à chaque fois, tout tourne autour de "la méchante Nasa qui fait son beurre sur des mensonges, et qu'il ne faut pas les révéler sinon le business s'écroule". Et que fait la Nasa, en dehors d'explorer l'espace lointain ? Elle profite de ses satellites pour étudier notre bonne vieille terre. Sa géologie, sa météorologie, sa biodiversité et… son climat. Vous voyez où je veux en venir ? LEs climatosceptiques radicaux (financés par l'industrie pétrolière) doivent trouver un moyen, pour faire tourner leur petite boutique (parce que oui, toutes ces théories du complot rapportent pas mal de pognon), te tarir la source des données qui sapent leurs arguments. et cette source, c'est la Nasa. Tout ce qui permet de mettre en difficulté la crédibilité de la Nasa est bon à prendre. Alors, les platistes sont-ils des alliées conscients des pétroliers ? Sont-ils leurs créatures ?

Si l'on regarde de près la plupart des sources antivaccinales (pas toutes, c'est à noter**), on a souvent des milieux naturopathes divers, avec des tendances new age, ésotéristes ou écolo, ces catégories se recoupant plus ou moins, et pas toujours. C'est une nébuleuse plus qu'un groupe cohérent et organisé. Mais le gros du mouvement provient de gens qui se soignent par l'homéopathie.

C'est très curieux, à première vue, puisque les vaccins semblent être une application pure et simple d'un principe de base de l'homéopathie : soigner le mal par le mal. Pourquoi, dès lors, cette mauvaise querelle ?

Tout simplement parce qu'ils contreviennent à un autre principe de base de l'homéopathie : il n'y a pas de maladie, il n'y a que des malades. Essentialiser la maladie en lui supposant un vecteur microbien (inconnu à l'époque où apparaît l'homéopathie moderne), c'est pulvériser ce dogme-là. (la notion de "molécule" n'est pas non plus prise en compte à l'époque, et ça produit une pratique de la pharmacopée très différente aussi).




Et là, je vais me permettre un petit distinguo.

Il y a tout un tas de bonnes âmes qui se soignent par l'homéopathie sans se poser la question de ce que c'est ni de comment ça marche. Des gens de leur entourage leur ont dit que c'était "bien", "naturel", "sans effets secondaires". Le généraliste du coin va prescrire des doses d'Arnica 9CH ou autres pour faire plaisir et ça s'arrête là. Vous imaginez la réaction de gens comme ça à toute la propagande anti-vaccins.

Il y a aussi les gens qui prennent le truc très au sérieux, et vont chez des homéopathes certifiés. Des médecins qui étudient le "terrain" du malade pour y adapter les traitements. Ce genre d'ordonnance est un truc terrifiant. Vingt ou trente lignes de noms en latin, avec des dosages (des dilutions, dans le jargon) divers, à prendre selon des protocoles complexes, toutes les tant d'heures, un mardi sur deux, un jeudi sur quatre en alternance avec et ainsi de suite. Comme la prise est ritualisée (ne pas toucher avec le doigts, ne pas avoir pris de menthe avant, laisser fondre tant de secondes sous la langue), c'est jusqu'à huit fois par jour que le patient doit se mettre en condition. Tu la sens, là, la bonne emprise insidieuse ? Face à des gens dont on entretient ainsi les troubles obsessionnels compulsifs (il y a un "type" du patient homéopathique qui, s'il n'est pas absolument généralisé, est néanmoins assez majoritaire, et fleure bon la fragilité), une panique sanitaire trouve toujours un public conquis d'avance.

Il y a aussi une troisième catégorie, beaucoup moins répandue mais très intéressante. Elle est constituée de gens ayant réfléchi aux fondements théoriques de la chose, et qui l'insèrent dans une vision du monde. Une vision souvent assez cosmique, faites de puissances subtiles. Ceux-là méprisent le gros laboratoire commercial qui inondent les pharmacies de petits tubes de plastique (et que nous appellerons "B") et lui en préfèrent d'autres, moins connus. Par exemple, le laboratoire "W", qui est une émanation de la Société Anthroposophique, et qui s'intègre dont en effet donc dans une conception de l'univers assez radicale et ésotérique (je ne vais pas rentrer dans les détails, mais la polémique récente autour de notre nouvelle ministre de la Culture fait que vous pouvez facilement trouver des données sur le sujet) (à titre personnel, je trouve certaines de leurs conceptions intéressantes, tandis que d'autres m'horrifient). Voire d'autres labos beaucoup plus artisanaux, ou des pharmaciens équipés du matériel permettant de produire des remèdes homéopathiques (il en existe, mais ils sont relativement rares). Là, on entre dans le domaine de la croyance***. Mais attention, quand j'emploie ce terme, dans ce cas précis, c'est au sens noble. Ma position philosophique de base, ma conception de l'univers, relève du matérialisme radical. Elle est donc incompatible sur le fond avec la leur. Il n'empêche que leur vision est un édifice conceptuel et symbolique tout à fait intéressant et représentatif de courant de pensée très anciens, et du coup je peux la respecter : ceux qui me lisent savent que je m'intéresse beaucoup aux dieux, symboles et archétypes, et à leur transmission. Notons que cette troisième catégorie est plutôt discrète, peut donner son avis, mais ne se lancera qu'exceptionnellement dans de grandes diatribes sur les vaccins ou big pharma.

Mais un petit peu d'histoire. Revenons aux catégories 1 et 2, les tenants des "médecines naturelles" (dans lesquelles ils rangent improprement l'homéopathie, entretenant une confusion tout à fait dommageable, alors qu'on n'a pas fini de faire le tour de ce que peut offrir la phytothérapie en termes de traitements alternatifs ou nouveaux) qui brocardent la "médecine traditionnelle" et brocardent ses pratiquants comme étant les héritiers directs des Diafoirus et autres goûteurs d'urine du Moyen-âge. C'est là que ça devient très, très drôle. Parce que c'est un peu l'inverse, en fait.

Les mécanismes théoriques à la base de l'homéopathie sont globalement assez cohérents en tant que tels. Mais comme souvent, avec des édifices de ce genre, ce n'est pas la cohérence qui pèche mais la base conceptuelle qui est derrière. Pourquoi l'homéopathie a-t-elle tant séduit tout un tas de groupes aux idées alternatives (du Temple Solaire à toutes sortes de convents New Age, des anthroposophes steineriens à des écolos radicaux, en passant par des ésotéristes comme Rudolf Hess) ? Parce que contrairement à la "médecine traditionnelle", l'homéopathie repose sur ce qu'on appelle "La Tradition". Vous pouvez retrouver des conceptions très proches de celles des homéopathes (y comprit dans l'utilisation de minéraux dans un but thérapeutique) chez des gens comme Paracelse. L'alchimiste. Et on note une continuité dans la pensée théorique sous-jacente. Théorie des signatures (dite aussi principe de similitude, déjà pratiquée par les shamans), dilution extrême (à laquelle la découverte du nombre d'Avogadro devrait donner une limite théorique, limite sans objets dans des conceptions non atomistiques du monde, comme celle de Platon, par exemple), tout cela nous renvoie à des choses très anciennes.

Alors que la médecine prétendument "traditionnelle" a connu une solution de continuité très violente entre la fin du XVIIIe siècle et celle du XIXe. Claude Bernard, Louis Pasteur et quelques autres ont jeté à bas les fondements de ce qu'étaient jusqu'alors la médecine et la pharmacopée, et ont d'ailleurs rencontré des résistances farouches de la communauté médicale de leur temps. L'homéopathie telle qu'on la connaît aujourd'hui a été fondée en 1810, un demi siècle avant notre médecine à nous, qui doit beaucoup à Louis Pasteur (mais en toute honnêteté, je dois signaler que le vaccin de la variole a été découvert empiriquement, c'est à dire sans base théorique, un demi siècle avant la publication de l'Organon, le manuel de base de l'homéopathie).



Allez, l'aspect "big business", maintenant. Un vaccin, ce n'est pas un médicament comme les autres. Ce n'est pas une gélule qu'on peut fabriquer à peu de frais dans une usine avec tapis roulants et trémies (c'est à ça que ressemble une chaîne de montage de comprimés, par exemple). Un vaccin, c'est au départ une substance vivante, qu'il faut faire croître d'une façon très précise pour inactiver la partie virulente. D'où des ruptures de stock fréquentes qui n'ont rien à voir avec la pénurie organisée (même si la mode managériale du "flux tendu" aggrave le problème). Au moindre souci sur un lot, on arrête la production pour comprendre d'où vient le problème. Industriellement, ce n'est pas simple.

Il faut savoir que les médicaments homéopathiques bénéficient par contre d'une exception au droit commun. Contrairement aux médicaments normaux, qui réclament un développement de dix ans, les remèdes homéopathiques n'ont pas à présenter de dossier détaillé pour prouver qu'ils agissent sur les maux qu'ils sont censés soulager. Il suffit que le labo donne une liste d'affections, la mette sur la boite, et ça passe crème. Quand on voit le mal qu'ont eu l'aspirine et le baclofène à faire évoluer leur AMM (dans le cas de l'aspirine, pour obtenir que le dosage nourrisson puisse être reconnu dans la prévention de l'infarctus chez la personne âgée, et dans celui du baclofène dans le traitement de l'alcoolisme), on voit bien que le favoritisme n'est pas là où on le prétend généralement.

Par ailleurs, comme on est en homéopathie face à des matières premières diluées, voire infiniment diluées, la R&D ne coute pas grand-chose, et la production non plus. Et il y a beaucoup, beaucoup de pognon à se faire dans ces conditions-là.

Du coup, qui sont les anti-vaccins ? Le bouclier humain de labos qui ne sont qu'une grosse arnaque ? Les supplétifs de sectes bizarroïdes qui ont toujours besoin de croisades pour se financer et exister ? Des gens qui ont trouvé dans cette cause un business très juteux et, à peu de frais, une armure de chevalier blanc ? Loin de moi l'envie de répondre de façon péremptoire à de telles questions. Mais peut-être vaut-il le coup de les poser quand même.






*on est bien d'accord que des médicaments passent entre les gouttes. Il suffit pour ça que la dangerosité ne concerne qu'un patient sur mille, et ça n'apparaîtra pas dans les études statistiques  initiales. C'est pour ça qu'il existe un truc appelé "pharmacovigilance", qui permet de débusquer ces ennuis là dès que le produit est mis sur le marché. En vingt ans, ce sont des dizaines d'anticholéstérol, antidouleurs ou antibiotiques qui ont été retirés du marché quand l'échantillon d'analyse est devenu assez grand. Une personne sur mille concernée, ça ne se verra pas dans une étude de mise sur le marché avec des tests sur 100, 200 ou 500 patients. Par contre, ça commence à se voir quand vous avez dix, vingt ou cent mille patients traités. Et notons que ça ne justifie pas forcément un retrait du médicament : parfois, le fait de préciser sa doctrine d'utilisation suffit à régler le problème. (après, comme dans tout système, il peut y avoir de gros ratés,  et en effet des combines de gros sous. Je me souviens de l'époque où Servier était à Neuilly. Quand le scandale Mediator a éclaté, et que les protections que le labo pouvait attendre d'anciens édiles de la ville nommés à de plus hautes fonctions n'ont pas suffi à le protéger, il y a eu une jolie opération immobilière, l'entreprise a déménagé, et sa taxe professionnelle est allée dans une autre ville).

**en dehors de quelques médecins, on note aussi des sources marginales d'extrême droite qui délirent là-dessus, sans qu'on sache trop pourquoi. Ce sont peut-être pour eux des histoires de pureté du sang. J'ai pas creusé plus que ça. Sachant également qu'il existe un ésotérisme d'extrême droite qui est compatible avec l'homéopathie, profil qu'on retrouvait dans le Temple Solaire, par exemple.

***matériellement, l'homéopathie n'a aucune base concrète (dès 9CH, il n'y a plus rien dans le tube). elle demande pour fonctionner de croire aux puissances subtiles de l'univers. Ce n'est pas mon cas.



vendredi 16 juin 2017

Soirées de l'âge numérique

Curieux événement que ce "book dating" auquel j'ai participé hier soir. Plus qu'une séance de dédicaces (mais j'ai signé une poignée de bouquins amenés par certains membres du public), il s'agissait d'une sorte de speed dating où, pendant dix minutes chacun, je présentais mon boulot aux gens qui s'installaient devant moi et répondais à leurs éventuelles questions. Je sais que ce concept de rencontre express se pratique beaucoup dans plein de contextes : soirée rencontre, recherche d'emploi, etc. Là, il s'agissait de rencontrer des lecteurs, ou de convaincre des gens qui ne me connaissaient pas de devenir mes lecteurs. Je n'étais pas complètement à l'aide au départ avec l'exercice, mais les gens qui sont venus me voir étaient tellement sympathiques qu'en fait, je me suis très vite adapté à la chose. C'était vraiment rigolo. Très sympa. Et les quelques amis venus me soutenir dans l'épreuve (ou venus se repaître de mon désaroi, j'ai des amis comme ça, aussi) m'ont fait grand plaisir par leur présence. Merci !

Organisé par un libraire numérique (encore un concept un peu nouveau pour moi, qui ai jadis, du temps de ma jeunesse folle, été libraire papier), l'évènement servait à faire connaître leur matériel et leur plateforme. Je n'avais pas regardé de très près les liseuses jusqu'à présent (seulement au tout début du phénomène, et ça a évolué depuis). Je me disais que ma tablette me suffisait bien : elle acceptait tous les formats, était compacte… Mais force est de reconnaître que pour lire le soir, elle explose bien les yeux. Bon, je ne l'utilise que de loin en loin, quand je suis en déplacement, et vous connaissez sans doute mon côté ours casanier. Du coup, une vieille tablette connectée à rien et quelques banques de libres numériques libres de droits comme Gutenberg, archive.org ou ce site de fac canadienne dont j'ai causé ici y a quelques temps, ça suffisait à mon bonheur. L'appareil qui était en démonstration (et sur lequel je pouvais faire lire des passages de mes romans à ceux qui s'installaient à ma table) m'a semblé simple et d'un maniement agréable. La lecture et son paramétrage étaient d'un confort sans commune mesure avec celui qu'offre ma vieille Archos.

Je bouge plus qu'avant. Du coup, investir dans une liseuse, et en profiter pour lire de la nouveauté à ce format, ça devient intéressant. Dès que j'ai un peu de sous, avant mon prochain gros voyage en train, je me lance !

samedi 10 juin 2017

Déesse 19 bis

J'ai continué à méditer cette histoire d'initiation féminine. La question qui m'avait été posée à Lyon ne portait pas uniquement sur le côté purement mythique, mais également sur les structures narratives associées, telles qu'on peut les employer à notre époque dans des récits de divertissement.

Or, trois exemples viennent à l'esprit pour des voyages féminins : Wendy, Dorothy et Alice, respectivement héroïnes de Peter Pan, du Magicien d'Oz et d'Alice au Pays des Merveilles ainsi que De l'Autre Côté du Miroir. Sans s'étendre (pouf pouf) sur la relecture qu'en donne Alan Moore dans Lost Girls (mais on pourrait), il y a des rapprochements évidents à opérer dans ce domaine.

Trois jeunes filles propulsées dans des environnements oniriques. Et la nature de ces mondes qu'elles visitent lève d'emblée la dichotomie que j'évoquais entre le voyage initiatique masculin (tourné vers l'extérieur et les étrangers) et le voyage initiatique féminin (tourné vers l'intérieur et le foyer). S'ils sont oniriques, ces mondes étranges sont intérieurs, mais son vécus néanmoins comme extérieurs (on est peut-être là-dedans dans la définition de l'hystérie telle que la donnaient les gentils docteurs phallocrates du XIXe siècle). Le voyage de ces héroïnes peut donc s'interpréter comme un exil aux confins de leur propre inconscient. Il peut aussi s'interpréter autrement, c'est la magie de la polysémie, mais c'est cette interprétation intérieure qui m'intéresse aujourd'hui.

Et qu'y découvre-t-on, dans ces mondes ? Toutes les figures masculines qui, en bonne logique campbellienne, devraient être celles de mentor à suivre ou d'autorité à combattre, sont ici grotesques ou affaiblies, ce sont des Crochet à moitié dingues, des Rois de Cœur écrasés par leur femme, des Grand Oz se réduisant, in fine, à ce petit monsieur caché derrière le rideau. Celle qui serait la plus acceptable dans un rôle classique d'initiateur, c'est Peter Pan, et il est androgyne, pas formé, et trop amoral pour être réellement suivi.

Ce qui frappe, là-dedans, c'est le côté subversif qui transpire à chaque tournant (surtout chez Alice, quand on y pense). L'autorité est tournée en dérision, la logique du jeu prime sur celle du monde des adultes, et les héroïnes s'y affirment tant qu'elles peuvent. C'est un aspect que tente de corriger la série des Narnia, avec son arrière-monde magique, mais ses figures paternelles bienveillantes et son discours christique. Et il est à noter que les filles, quoique présentes, n'y sont pas tellement mises au premier plan.

D'une façon générale, le chemin parcouru n'est pas tant celui de la réalisation que de l'émancipation (même s'il y a un retour au réel à la fin du récit, ce réel est percé d'une ouverture), ce qui contrevient probablement aux initiations féminines les plus connues, mais correspond peut-être à celles des marginales, sorcières, rebouteuses et sages-femmes.

Bon, tout cela, ce ne sont que des notes prises à la volée et à peine remises en ordre. Mais elles constituent peut-être des pistes à suivre et à creuser. Gageons qu'on y reviendra.

vendredi 9 juin 2017

Where are we now ?

Nous sommes paraît-il à l'ère de la communication, et l'on constate assez facilement qu'elle se substitue plus qu'à son tour à l'information, voire à la vérité (c'est Kasparov qui disait dernièrement que la propagande moderne ne vise plus à remplacer une vérité par une autre, mais à tellement brouiller les messages que la notion de vérité cesse d'avoir un sens).

Mais c'est dans la signalétique que, curieusement, cette tendance prend un tour grotesque et boursouflé. J'ai, à l'appui de cette affirmation péremptoire, trois exemples probants (et de portée différente à chaque fois) qui m'ont passablement agacé ces jours derniers.

Dans les nouvelles rames de Transilien, celles produites par le canadien Bombardier, il y a des tas d'écrans informatifs. On a entre les portes un affichage clair et limpide des destinations et de l'heure, et c'est bien pratique. Et puis il y a, aux coins, des écrans faisant de la pub et passant des messages.  La région IdF est la plus belle et tout, et puis les trucs de sécurité vigipirate. Et c'est là que ça se gâte un tantinet. Parce que c'est maquetté fond rouge à zébras blancs, et que du coup ce message d'information sur des règles sécuritaires prend un caractère urgent. Alors que ça n'a rien d'urgent, ce n'est que le ressassage des trucs que les hauts parleurs nous balancent à intervalles plus ou moins réguliers dans les esgourdes. Outre le côté anxiogène de la présentation, l'utilisation d'une maquette "d'alerte" finira par entraîner une usure du regard. Le jour où l'écran servira à diffuser une authentique alerte, elle risque de ne pas être vue. Où le délire sécuritaire nuit à la sécurité.

Le Bus est un moyen de transport pratique, à une condition : que l'usager connaisse les trajets et les arrêts. Sinon, on a vite fait de se paumer, et il n'existe aucun site centralisant les infos de toutes les compagnies, ce qui rend quasi impossible de prévoir à l'avance un trajet en bus dans une ville inconnue. Heureusement, le fronton des bus présente toujours un panneau lumineux donnant la direction. Ça aide. Sauf quand ce panneau est réquisitionné par un message du genre "je monte, je valide", auquel cas, si l'on ne connaît pas le réseau local, (genre à quoi correspondent les numéros de ligne), impossible de savoir si ce bus peut nous amener à bon port ou pas. On a un signal, un texte, mais à l'arrivée, en terme de densité d'information, on n'a que du bruit. Bien joué. Dans des villes où, en plus, plaques de noms de rues et plans tendent à se raréfier, c'est pratique, tiens.

Une fois arrivé à bon port, la signalétique du lieu de destination doit indiquer ce qu'il est. Du genre "Lycée Tartempion", par exemple. Bon, comment cette signalétique est-elle organisée et hiérarchisée ? En très gros "Région île de France", en dessous et en plus petit "Conseil Régional" et enfin, en tout petit et tout en dessous, "Lycée Tartempion". On est bien d'accord, l'info signifiante, c'est la dernière. Celle qui est le moins mise en valeur. L'info en plus gros, c'est celle qui me fout le plus mal à l'estomac, à savoir que Valérie Pécresse a la haute main sur l'éducation de nos enfants, ce qui est aussi con que de confier, je sais pas, les clés de la caisse enregistreuse à Fillon ou celles des toilettes des filles à Baupin.

Bref. Beaucoup de communication pour très peu de signal, et du mauvais signal, pire que du bruit. Les communicants sont en train de se transformer en métastases d'eux-mêmes, mais c'est nous qui allons tous en crever étouffés dans cette cascade de vomi signalétique. Bien joué.

jeudi 1 juin 2017

Fais tourner le juin

Je suis pas calé en streaming, mais la chaîne Kyreelle, sur Twitch va diffuser ce soir une lecture en live de ma nouvelle Caprae Ovum, sortie dans l'anthologie La Clé d'Argent des Contrées du Rêve, chez Mnémos. C'est ce soir à 21 heures, et pour ceux qui l'auraient loupé, il y a un replay sur la chaîne et probablement une rediff sur Youtube. Je donnerai les liens correspondants quand ça arrivera.

UPDATE : visiblement, c'est retardé à 21h30

EDIT : C'était super ! Merci à tous !

Replay ici (à partir de 36 minutes, à peu près)

et ici :


mardi 30 mai 2017

Fils de Laufey

Du coup, je remets en ordre des notes sur le Trickster. En voilà une autre volée (revenant sur une histoire dont je suis loin d'avoir fait le tour) :

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Loki est généralement considéré comme un trickster, un dieu fripon, à la fois malicieux qui joue des tours, héros civilisateur qui apporte des innovations, mais aussi fauteur de troubles et de catastrophes. Le personnage est dès l'origines porteur de cette double nature, c'est un dieu ambigu, mais pas dieu du mal en soi, ce qu'il ne deviendra que plus tard, peut-être sous l'influence culturelle du monde chrétien.

Mais il n'est pas porteur initialement de la caractéristique eschatologique du "dieu du mal". Par contre, un de ses avatars la contient peut-être en germes :

S'il est un personnage très mystérieux et très mal connu du panthéon nordique, c'est Utgarda Loki. Dans le mythe qui nous est conservé dans la Gylfaginning (La Mystification de Gylfi, une section de l'Edda prosaïque de Snorri Sturluson, dans laquelle des dieux déguisés racontent un certain nombre de mythes à un roi de Suède, Gylfi. C'est pour l'auteur un prétexte à dresser un panorama de mythes qui sinon seraient perdus du fait de la christianisation).

Dans celui qui m'intéresse là, Thor, Loki et Thjalfi voyagent jusqu'aux confins de la terre des géants et sont reçus dans le château du plus grand de tous, Utgarda Loki, ou Loki « Hors-les-murs ». D'emblée, l'homonymie entre le maitre des lieux et son invité dérange. Qui est qui ? D'autant que Loki lui-même est fils de géants, et qu'Utgarda Loki s'avère être un maitre de l'illusion, comme sait l'être Loki lui-même à l'occasion. Mais tout, chez le maitre d'hors-les-murs semble être démesuré, y compris ses pouvoirs. Il semble être un Loki libéré de toute contrainte, un reflet gigantesque. Mieux encore, dans les épreuves qu'il impose à ses hôtes, Utgarda Loki oppose Loki à une personnification du feu, la flamme Logi. Si l'on considère que Loki, le rouquin ourdisseur de pièges et de tours, le trickstera une affinité forte avec l'imagerie du feu, condition nécessaire de toute industrie, cela fait donc trois avatars d'un même personnage qui se rencontrent. Voilà qui semble curieux, et même vertigineux. Si Odin s'offre en sacrifice à Odin, Loki se met lui-même à l'épreuve en s'opposant à Loki. Et c'est Loki qui perd.

Par ailleurs, Loki est un personnage porteur de caractères eschatologiques. C'est lui qui déclenche le Ragnarok à la fin de l'âge héroïque des dieux vikings. Mais par son qualificatif même, Utgarda Loki est lui aussi une créature eschatologique, au sens le plus pur : il est aux confins, au bord du monde, là où le monde se dilue dans le chaos. Si l'on imagine le monde des dieux comme une série de cercles concentriques, Asgard, le clos des dieux est le centre autour duquel tourne le reste, Midgard, terre des hommes et « du milieu » est la bande médiane encerclant les terres divines, et Utgard, c'est l'outback, c'est ce qui est au-delà des lieux bornés et reconnus. C'est un lieu inquiétant et fuyant, chaotique, où les apparences sont trompeuses, et où les archétypes s'incarnent : chacune des épreuves imposées par Utgarda Loki oppose nos héros à une personnification à taille humaine d'un concept ou d'une entité qui échappe à l'échelle humaine : le feu, l'océan (et une deuxième fois sous la forme du serpent du monde Iormungandr, créature aquatique eschatologique, image classique du chaos primordial et créateur), l'esprit, et enfin la vieillesse elle-même, limite absolue que l'homme est incapable de franchir et que même les dieux craignent. Par l'exemple, Utgarda-Loki démontre au dieux qu'ils sont soumis à des lois universelles, à des forces fondamentales qu'il maitrise, lui, et dont il est donc affranchi.

dimanche 28 mai 2017

Tricky Snake

Vous me connaissez, depuis le temps, vous savez sans doute que j'accumule des notes sur des tas de sujets farfelus, et que je mène des recherches poussées dans des directions parfois bizarroïdes.

Dernièrement, à l'occasion de ma conférence sur le Roman de Renart, j'ai remis en ordre des notes concernant la figure du "trickster", ce personnage mythologique qu'on retrouve dans pas mal de cultures sous diverses formes, et qui est le Coyote d'Amérique du Nord, l'Anansi d'Afrique, Renart le Goupil par chez nous, Loki plus au Nord, etc.

Mais il y a aussi un trickster dans la Bible, à un endroit où l'on ne s'y attend pas. Je vous livre, brutes de décoffrage, mes notes sur le sujet que j'ai remises à jour suite à une conversation avec un de mes frangins.

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Le récit du Serpent d’Airain (Nombres, ch 10), pose question. La représentation la plus ancienne du serpent, dans la Bible, est celle du serpent d’Eden, le tentateur qui entraîne la chute de l’homme. Les textes plus tardifs finissent par l’assimiler au Diable, mais ce concept d’Adversaire n’existe pas à l’époque des transmissions orales de ce récit de création (il n'arrive qu'à l'époque de l'exil à Babylone, quand les Hébreux sont mis en contact avec les Perses, des dualistes dont la religion suppose un dieu de la lumière et un dieu des ténèbres). Le serpent du jardin n’est pas le Diable, et surtout, il ne ment pas : l’Homme a effectivement accès, après avoir mangé le fruit, à un niveau de connaissance plus élevé. Et la mort, qui accompagne cette connaissance, n’est pas contenue dans le fruit : elle ne résulte que du bannissement par Yahweh, qui prend dès lors la responsabilité de la mortalité de l'homme (en étant chassé du Jardin, l'homme n'a plus accès à "l'arbre de vie" qui n'est pas l'arbre de la connaissance, mais un autre) (on peut rapprocher ce serpent, toujours dans le Croissant Fertile, de celui qui vole l'herbe d'immortalité à Gilgamesh).

En dispensant de la connaissance (fut-ce au prix fort), le serpent se comporte donc non pas comme un adversaire, mais comme un personnage civilisateur, dont les caractéristiques sont celles du « trickster », le « fripon divin » dont les mauvaises farces sont compensées par les astuces et pouvoirs qu’il révèle à l’Homme (Prométhée donnant le feu, Loki inventant le filet de pêche, etc.).

L’histoire du Serpent d’Airain semble confirmer cette hypothèse. Pour punir le peuple qui se plaignait d’être confiné au désert, Yaweh lui envoie une « plaie de serpents brûlants ». Quand il s’agit d’enfin lever la punition, Moïse dresse un poteau autour duquel est enroulé un serpent d’airain. Poser le regard sur ce serpent, c’est être guéri.

L’histoire pose un sérieux problème. Si l’interdiction des idoles et des images tailées est en vigueur, d’où Moïse tient-il le droit de dresser son serpent ?

Si l’on part du principe que les fulminations contre les idoles sont beaucoup plus tardives (datant de l'époque des rois de Juda), alors Moïse est dans son rôle de guide spirituel, et pioche dans l’arsenal symbolique de son temps.

Utiliser l’image d’un serpent pour guérir une morsure de serpent relève des bases de la « magie sympathique », reposant sur des analogies de cette sorte (guérir l’impuissance avec la corne dressée du rhinocéros, l’ictère par une plante à la même couleur jaune, etc.). Mais si le serpent, dans l’ancien folklore hébraïque, est un trickster, qu’il doive réparer ce qu’il a produit est dans la pure logique des mythes impliquant ce genre de personnage. Car le trickster est ambivalent. S’il interroge les limites et viole les règles, c’est aussi pour mieux les renforcer. Dans la hiérarchie des panthéons, le trickster est toujours présenté comme un personnage assez mineur, un serviteur, par exemple (c’est le cas de Loki, dans les mythes nordiques) ou un être en marge. Un trickster a-t-il pu exister dans l’ancien panthéon des hébreux polythéistes ? A-t-il fait l’objet d’un culte quelconque ?

Peut-on retrouver des traces matérielles de ce serpent trickster vénéré dans la région ?

Si l’on repart sur les terres de l’Exode, on peut découvrir un endroit curieux à Timna, ancien centre minier où l’on extrayait le cuivre, à 20 km au Nord d'Eilat. Il s’agit d’un temple égyptien abandonné vers le 12ème siècle AvJc, puis occupé par les Midianites (les initiateurs de Moïse, puisque c’est chez eux qu’il a trouvé non seulement sa femme, mais aussi le Buisson Ardent). Le temple midianite était sous une tente (comme le tabernacle hébraïque) et on y a retrouvé un serpent de cuivre, qui était l’idole vénérée en ces lieux. Ce lieu, dans le désert, était situé en pleine zone d'errance des nomades décrits dans l'Exode. Coïncidence ?

vendredi 26 mai 2017

Where next ?

Hop, un petit rappel de mes prochaines sorties :

Jeudi 15 juin à 19 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est organisé par un libraire d'e-books qui m'a interviouvé au passage, mais si vous voulez amener des exemplaires papier pour avoir un grigris dessus, vous pouvez !




Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris.

Et en octobre, une table ronde sur Kirby à la Sorbonne, je vous tiendrai au courant d'ici-là.

mardi 16 mai 2017

Déesse 19

Je reviens vite fait sur cette question, lors du colloque de Lyon, qui nous avait entraîné si loin.

Le colloque portait sur les figures du Héros, et mon intervention sur l'us et abus du schéma campbellien de voyage initiatique (ce qu'on appelle aussi, dans notre jargon, le cycle de Skywalker, vu que le petit Luke en est l'exemple paradigmatique).

La question posée en fin de conférence portait sur ce schéma omniprésent, justement. Elle était formulée approximativement ainsi : "mais tout ça, c'est une initiation masculine. pourquoi n'y a-t-il pas un équivalent féminin ?"

L'explication elle-même est assez simple : les messieurs ont le machin tourné vers l'extérieur et les dames vers l'intérieur, et les schémas initiatiques correspondants suivent ça. Pour devenir un homme, le jeune guerrier quitte le village pour aller tuer un bison/ours/ennemi, pour devenir une femme, la jeune fille s'enferme dans la hutte des femmes et apprend les secrets de la vie. Et, assez souvent, ce qui est appris entre femmes l'est dans une langue particulière que les hommes ne savent pas parler.

Cette différence a deux effets.

Le récit héroïque colle mieux à une initiation de type masculin (même si le héros peut être une fille), parce qu'il est tout simplement plus spectaculaire. Le voyage effectué dans la hutte est intérieur, et demanderait du coup beaucoup plus de brio à un auteur qui voudrait l'exploiter dans le cadre d'un récit.

L'ethnologie a très rarement eu accès aux récits des femmes. Et quand il y a eu christianisation ou sécularisation, nombre d'entre eux ont tout simplement été perdus, quand les récits masculins survivant souvent au moins sous forme de contes populaires.

On ne s'en rend pas forcément compte de nos jours, mais beaucoup, beaucoup de mythes ont été perdus, y compris dans des ensembles que nous croyons bien connus. Il ne reste presque plus rien des mythes spécifiquement romains, et ils ont du coup importé ceux des Grecs pour combler le vide qui s'était creusé. Mais même chez les Grecs, nous n'avons plus accès qu'à des transcriptions tardives, qui ne rendent pas comptent de la richesse des variantes, et occultent certaines figures. Ne parlons même pas des mythes celtes et nordiques, dont il ne nous reste que des sources datant de l'époque chrétienne, ou des mythes slaves dont il ne reste presque rien, hormis des mentions cryptiques de missionnaires.

Et quand on remonte plus loin encore, c'est le Mystère pur. On sait qu'il a existé au paléolithique deux grandes figures divines ou sacralisées, une mère aux formes plus que généreuses, et un sorcier portant des bois de cerf (qui a peut-être laissé des traces en Cernunnos et quelques autres). Au néolithique le plus ancien, en Anatolie, émerge une figure divine nouvelle, féminine, dont voici l'image :


Elle est à l'évidence l'héritière des "Vénus" de temps plus anciens, mais, et c'est nouveau, la voilà flanquée de deux lions (ou lionnes) (difficile à dire : les lions du Proche-Orient et des Balkans n'avaient pas de crinière). Cette déesse aux deux bêtes se retrouvent ailleurs, ce sont parfois deux loups ou deux chiens, dans d'anciennes traditions, parfois deux ourses, ou plus curieusement, en Crête, deux serpents. Qui est-elle ? Faute de sources écrites, nous n'en savons pas grand-chose. Mais la présence des deux bêtes dangereuses indique peut-être un motif initiatique, une confrontation à la mort. C'est ça qui est nouveau, dans ce personnage, par rapport à ces ancêtres de la pierre taillée. L'association entre la fertilité, et donc la vie, et le danger, le risque de mort. Qu'est-ce que cela peut signifier, du point de vue de nos voyages initiatiques ? Sans doute pas mal de choses. Mais lesquelles ?

dimanche 14 mai 2017

Dans la jungle, terrible jungle

Il existe au fin fond de la jungle amazonienne un bras mort non pas du fleuve, mais de l'affluent d'un affluent, voire peut-être même de l'affluent d'un affluent d'un affluent. Bref. N'importe où ailleurs, on le qualifierait de « bayou ». Sauf qu'ici, il n'y a plus personne pour se soucier de lui donner un nom. Ou peut-être la tribu jivaroïde qui s'était installée brièvement dans les parages et en était repartie peu après avec armes et bagages en appelant l'endroit « ah-také-na-baga-no-taka », ce qu'on pourrait approximativement traduire par « putain-restons-pas-là-ça-craint », mais ça sonne mieux en Jivaro, surtout qu'ils mettent l'accent tonique sur la troisième syllabe, eux.

Quand on dit qu'il n'y a personne pour se soucier de lui donner un nom, ça ne veut pas dire qu'il y ait personne-personne. Juste personne pour s'en soucier, ce qui est tout à fait différent.

En effet, le bayou ah-také-na-baga-no-taka se trouve actuellement occupé par un caboteur aventurier pris au piège de son niveau fluctuant, et qui se fout bien de lui donner un nom autre que « quel merdier à la con » (ce qui en Jivaro pourrait se dire « noké-ta-bako », avec l'accent tonique sur la deuxième syllabe, pour le coup, si vous ne voulez pas passer pour un plouc). Il attend à présent la saison des pluies qui suivra, ou pas, la saison des brumes, pour que le niveau remonte, dégage son bateau et lui permette de repartir.

Dans l'intervalle, la moiteur humide du lieu le défrise. Ou au contraire, le fait friser.

Le problème de cette moiteur, c'est qu'elle a tendance à pourrir les cartouches de fusil. Et que quand on n'a plus de conserves à bord, qu'on attend la saison des pluies dont on ne sait pas quand elle viendra, et qu'on en a marre du piranha sous la cendre, il ne reste qu'une solution. Chasser le pécari à la matraque, ce qui demande une grande concentration, une rapidité exceptionnelle et un mental en acier nickelé, qui résiste mieux au climat.







Oui, ce texte peut sembler complètement random. Je viens de le retrouver dans une vieille archive, je l'avais même oublié. C'était le début de… Le début d'un truc dont j'ai jamais fait la fin. Donc je pose ça là, comme ça, ça ne sera pas perdu.

mardi 9 mai 2017

Gna

Me voilà bien fracassé, avec plus de voix et un bon coup de fatigue.

Faut dire que j'ai enchaîné deux jours de dédicaces au Salon Fantastique (Peter a l'air de bien intriguer les gens, c'est cool) qui est un nid à courants d'air, et que ce matin, c'était intervention dans une bibliothèque pour expliquer mon métier à des lycéens. Tout ça, c'est toujours très sympa, mais en fait c'est crevant. Me voilà par terre. Bon, encore une conférence jeudi et ça va se tasser un peu après, tout ça. Et puis il serait temps de me remettre au boulot, en plus.

Pour la peine, je vous remets un extrait de L'île de Peter, rien que pour vous donner envie :

L’équipage affichait un air inquiet et cela, pour le coup, combla effectivement d’aise son capitaine. Il aimait à régner par la terreur. Il se demanda si, finalement, il n’avait pas fait exécuter le professeur de clavecin. Il ne parvenait pas à s’en souvenir. Cela n’avait de toute façon aucune importance, il avait depuis bien longtemps perdu le compte des supplices capitaux.

« Messieurs, comme vous le savez, le Jolly Roger doit aujourd’hui faire face à la plus infâme et la plus déplorable des trahisons ».

On aurait entendu une mouche voler si le ressac n’avait pas couvert tous ces menus sons. Le bruit des vagues. Voilà qui ajoutait encore à la bonne humeur de Crochet. Plus que vivant, il se sentait marin, pirate, capitaine. Lui-même, en somme.


Voilà. Bon, mangeaille et dodo. Demain, j'ai du boulot.

vendredi 5 mai 2017

El Cid is back !

Passé en coup de vent sur Paris. J'avais un rendez-vous chez un de mes éditeurs pour relancer un vieux projet.

En sortant, je suis passé voir l'expo d'un pote dans une galerie… qui avait, aussi, dans un dossier, des originaux de Palacios, auteur espagnol que j'affectionne (je parlais pas plus tard que ce week-end encore de son formidable Roland à Roncevaux qui est une tuerie à tous les niveaux). Et donc, je me suis pris en pleine face ces planches étonnamment petites (j'aurais cru qu'il travaillait en plus grand, vu à quel point son dessin est gratté) de McCoy et du Cid. Pour découvrir qu'il sortait ces jours-ci une intégrale du Cid par Palacios.



Il me la faut. J'ai plus une thune, là, mais il va falloir que je craque les 32 balles très bientôt. Et je vous encourage à faire pareil.

Toute l'actu

Bon, L'Île de Peter est dans les bacs depuis hier (mais quelques apifiou s'en sont fait signer à Lyon dimanche dernier) et les parisiens pourront venir se le faire dédicacer dimanche et lundi au Salon Fantastique (au Paris Event Center de La Villette, sur le stand des Indés de l'Imaginaire).

J'en profite pour faire le point sur mes prochains déplacements. Plusieurs trucs ont sauté depuis le dernier point, et d'autres sont venus se greffer. Cette liste, selon l'expression consacrée, annule et remplace les précédentes :

Donc dimanche 7 et lundi 8, vous avez déjà noté.

Jeudi 11 mai à 18h30 conférence sur le Roman de Renart et son époque, à la bibliothèque de Commeny (95), c'est dans le Vexin, vers Chars, Magny, etc.

Dimanche 21 mai toute la journée, aux Imaginales d'Epinal, avec les Indés de l'Imaginaire.

Jeudi 15 juin à 18 heures, Booken Café au Dernier Bar avant la Fin du Monde, à Paris. C'est une espèce de speed dating auteur-lecteurs, organisé par un libraire d'e-books, j'ai pas la moindre idée de ce que ça peut donner. Mais ça a toute les raisons d'être sympa, le lieu est cool et en plus y aura de la bière.

Samedi 1er juillet après-midi, dédicace au Gibert Jeunes, place St Michel, à Paris

jeudi 4 mai 2017

Au bord de l'eau, sur le fleuve du souvenir

Je m'aperçois que ça m'a pas fait pas de mal, l'autre jour, de causer d'iris et de poules d'eau, en fait. Ce sont des sujets qui me touchent plus que les Macron, Lepen et autres Francis Heaulme qui trustent l'actu.

En repassant devant ces iris dont je causais, je repensais à cette histoire évangélique des "lys des champs qui ne tissent ni ne filent" et aux "oiseaux du ciel dont pas un ne tombe sans que le big boss barbu ne soit au courant" (je paraphrase).

Ça m'a renvoyé à un vieux souvenir. Quand j'étais môme, on allait faire de grandes balades à vélo avec mon grand-père. Fils d'un champion cycliste qui avait fait plusieurs fois le Tour à l'époque héroïque, il utilisait encore pour tailler la route les bicyclettes paternelles. Du coup, j'ai abattu des centaines de kilomètres sur des clous qui avaient fait la grande boucle juste avant et après la grande guerre. Rien à voir avec les machins en fibre de carbone de maintenant, c'était du bon cadre d'acier bien lourd et absolument increvable, et plutôt que d'aller faire la course, on allait faire nos courses chez les petits producteurs de crottin de Chavignol et autres bienfaiteurs des papilles gustatives de l'humanité. Bon, sachant que la côte de Chavignol à vélo, c'est une horreur absolue, hein. Dans mes meilleurs moments, j'arrivais à en monter le quart (un tout petit quart) avant de déclarer forfait et de poser pied à terre, pendant que Papy, pourtant retraité depuis une paye, continuait vaillamment.

Au fil de ces longues promenades, on faisait la tournée des petits patelins avec leurs vieilles églises pittoresques, leurs granges médiévales retapées, leurs vieux moulins et manoirs. Dans un petit patelin, un "Saint Martin" quelconque (y en avait une tripotée, que je confondais tous plus ou moins), nous nous sommes arrêtés devant une très ancienne halle de marché transformée en salle des fêtes. Il y avait une expo de peintres locaux que mon grand-père saisissait l'occasion de visiter.

En entrant, nous sommes accueillis par une petite dame dans tous ses états.

"Il est arrivé un malheur", nous dit-elle.

Et elle nous montre, au centre de la pièce, le corps d'un petit oiseau, qui s'était laissé enfermer l'avant-veille au soir dans la halle, et a vainement cherché la sortie toute la nuit et la journée suivante, alors que la halle était fermée. Le pauvre piaf était finalement tombé d'inanition, et venait d'être découvert à l'ouverture par la dame qui avait fermé la porte une quarantaine d'heures auparavant et se sentait, du coup, coupable.

Pourquoi est-ce que je repense à cette dame et à cet oiseau, tout d'un coup, tant de décennies plus tard ? Comme je le disais, je repensais à ces quelques textes de l'évangile parlant des oiseaux du ciel qui ne se préoccupent pas du lendemain, mais dont pas un ne tombe sans que ne le sache le Père (ou sans que ce ne soit la volonté du Père, d'ailleurs).

Cela s'est croisé, dans ma tête, avec cette vieille notion selon laquelle l'on n'est pas vraiment mort tant qu'il existe quelqu'un pour se souvenir de vous. C'est réconfortant pour Gilgamesh, qui croyait avoir échoué dans sa quête d'immortalité, mais dont le souvenir ne s'est pas encore totalement perdu. Pour cet oiseau et cette pauvre petite dame toute secouée par ce qui s'était passé (qui, depuis le temps, doit être aussi morte que lui), peut-on pourtant dire que je m'en souvienne réellement ? Je serais bien incapable de retrouver ce lieu. Si je peux encore convoquer l'image de cet oiseau, le visage de cette dame, dont j'ai toujours ignoré le nom, est irrémédiablement perdu. En couchant ce souvenir si parcellaire sur le papier, je contribue à leur conférer une sorte d'immortalité. Mais de quel ordre ? En était réduits à une anecdote, à un instant déconnecté de ce qu'ils ont pu être par ailleurs, est-ce que je ne leur donne pas plutôt une vie larvaire, celle du Schéol des anciens, où ce qui a vécu est réduit à un spectre vague ?

mercredi 3 mai 2017

Le chaos final

Une fois encore, j'ai du mal à venir m'épancher sur la War Zone. Parce qu'une fois encore, c'est le souk par ici. Entre divers trucs de boulot que je dois concilier, encore un de mes proches qui vient de passer une petite semaine à l'hosto (pour un truc pas grave, mais qui a dérapé), une cavalcade à Lyon qui m'a accessoirement permis de prendre le petit dèj avec deux auteurs que j'apprécie fort, à savoir Thomas Day et Norman Spinrad (en fait, Spinrad était à la table d'à côté, on n'a échangé que quelques phrases, mais ça m'a fait quelque chose) (c'est Spinrad, quoi) (bon, à présent, l'écrivain le plus punk de sa génération est devenu un vieux monsieur, c'est très étrange) (et j'ai pu me faire signer son dernier bouquin sorti) (qui m'a agacé, parce qu'il reprend une idée que j'ai échoué à développer en BD y a quelques années) (mais tant qu'à voir ses idées trouvées par quelqu'un d'autre, autant que ce soit par un type dont on aime le travail) (j'avais pas dit, y a quelques années, que j'arrêtais ces chaînages de parenthèses, moi ?) (si, je l'ai dit, mais là, je suis crevé) (donc je m'arroge le droit à chaîner les parenthèses comme un goret) (au fait, si vous ne savez pas qui est Spinrad, je ne vous parle plus. Allez lire d'urgence Jack Baron et l'Eternité, ou Les Miroirs de l'Esprit, ou n'importe quel autre de ses livres qui m'ont mis des claques)

La conférence à Lyon s'est bien passée, mais a débordé sur la fin, au moment des questions du public, de son sujet initial (le schéma campbellien de narration épique) à une digression sur un sujet passionnant qu'il faudra que j'évoque plus longuement à l'occasion (les grandes déesses proche-orientales du néolithique). Merci à toute l'organisation, au passage, et notamment à un certain Vil Faquin de ma connaissance.

Allez, je me remets au boulot. Fhtagn à tous !









PS : en rangeant mes rayonnages, je viens de découvrir que j'ai prêté Rêve de Fer, En Direct et Les Miroirs de l'Esprit. Et jamais récupérés. Bigre, faut que j'en reprenne des exemplaires.

mardi 25 avril 2017

Pendant ce temps

Plutôt que de m'énerver sur Internet comme je l'ai fait ici même hier, j'ai préféré sortir un peu. Ça ne fera pas grand bien à ma productivité déjà défaillante, mais ça me fera du bien à moi, ce qui est déjà ça de pris par les temps qui courent.

Les iris commencent déjà à faner. Ça m'attriste toujours, le moment où fanent les iris. C'est une fleur que j'aime bien, qui a un côté négligé, un poil sauvage, mais pourtant élégant. Et pour moi, ils signent vraiment l'arrivée du printemps, avec les hirondelles et les déclarations des impôts et de l'agessa. Y a plein d'iris tout autour de chez moi et ça me fait du bien de déambuler en les regardant.

Y a des poules d'eau juste en face, aussi. Ça aussi, j'aime bien. J'ai appris à ma fille à les différencier des foulques, qui leur ressemblent beaucoup, et qu'on trouve un poil plus haut sur le fleuve. Même si le foulque est plutôt une spécialité du val de Loire, c'est pour ça qu'on parle de foulque d'Anjou*.

Je vous parle de la Seine et de la Loire, mais en fait, c'est si vous êtes vers le confluent de la Saône et du Rhône que vous pourrez me voir ce ouiquende. Je participerai dimanche à une table ronde sur la figure du Héros dans le cadre des Intergalactiques de Lyon. Parler de héros nous fera du bien, en cette époque de crapules et d'imprécateurs dégénérés. Mais souvenez-vous, on a les héros qu'on mérite.

>> se drape dans sa cape et s'enfuit entre deux iris sur le grand air du Dark Knight par Hans Zimmer<<








*Ce calembour aussi mauvais qu'érudit est un moyen de nous remonter le moral à peu de frais. Comme tous les moyens à peu de frais, son efficacité n'est pas plus garantie que l'honnêteté d'un programme politique ou d'un candidat LR.

lundi 24 avril 2017

After

Je suis épaté par ma propre capacité à encaisser les résultats électoraux.

Par ailleurs, ça vaut vraiment le coup d'étudier la carte détaillée ville par ville. Il y a une espèce d'ancrage rural, périphérique, au vote FN, ce qu'avaient déjà noté des sociologues. Ça semble se confirmer en examinant ces cartes, ces grandes taches marquant le territoire comme un lichen dégueulasse.

En tout cas, on s'habitue, en fait, j'ai l'impression. Ce qui est très curieux, quand même, c'est cette capacité qu'ont les politiciens d'envergure nationale à basculer dans le grotesque, alors que les occasions que j'ai eu, dernièrement, de discuter avec des élus locaux, même d'autres bords politiques que le mien, ont toujours été enrichissantes, riches de points de vue concrets sur des problématiques réelles. Mais arrivés à une certaine hauteur, faut croire que ça esquinte. Il suffisait de capter les exercices de langue de bois des uns et des autres, les crises de déni violent, les repassages de patate chaude et les premiers coups couteaux dans le dos en vue des inévitables recompositions. Quelques uns, pourtant, restent dignes dans l'exercice, voire l'épreuve, du commentaire des résultats. Mais ce n'est pas la majorité du genre.

Notons que, dans leur programme, les deux survivants du premier tour étaient contre la prise en compte du vote blanc. Maintenant, nous voyons bien pourquoi. Ils avaient tous les deux peur de voir l'élection invalidée si trop nombreux étaient ceux qui refusaient de choisir.

Je dis ça, je dis rien. Dans mon entourage, ce débat a un caractère houleux. Mais je crois qu'il est temps de le tenir, ce débat, et de ne pas s'en tenir aux grandes imprécations visant à culpabiliser ceux qui ne se reconnaissent pas dans les échappés d'école de commerce qui faisaient péter le champagne hier soir, de ne pas en vouloir à ceux qui ne voient pas trop où est le "notre" dans "c'est notre projeeeeet". L'hystérisation du vide, ça va cinq minutes.

Et notons que du coup, son champion étant adoubé, Valls en profite pour repointer le bout de son nez, alors qu'on s'en croyait débarrassés pour longtemps. Tout comme, dans la foulée de 2002, quand il s'est agi de faire barrage au FN et de gérer la suite, on s'est ramassé Sarkozy dont on pensait jusqu'alors qu'il était carbonisé à jamais depuis 1995…

Bref, oui, je suis de mauvais poil. Oui, je sais que ce que je dis ici va me valoir un paquet de récriminations. Oui, je sais que nous sommes peu ou prou dans la situation qu'a connue l'Amérique en Novembre. Mais en 2002, un Chirac grillé a réussi à jouer ce coup-là pour remporter une élection qu'il ne pouvait pas gagner. Aujourd'hui, un Hollande dont plus personne ne veut a réussi à placer un type en carton qui poursuivra sa politique. On nous refait le même coup. La Cinquième République a vécu, et elle est en train de mourir dans des affres crapoteux.

Le bulletin blanc n'a pour l'instant aucune valeur institutionnelle, et ce n'est pas avec ces deux-là que ça changera.

Mais il peut avoir, je crois, une valeur morale. Par les temps qui courent, la valeur morale, c'est rare et précieux.

Et ensuite, il y aura les législatives. Et c'est là qu'il faudra vraiment voter, et rendre ingouvernable ce pays.

samedi 15 avril 2017

Comme le temps passe…

Il y a ce genre de moment où, quand on consulte des cartes montrant comment c'était à l'époque, on trouve un endroit parfait pour situer une bataille, dans un roman que l'on est en train d'écrire.

Et puis, pris de curiosité, on regarde la carte de maintenant.  Et à l'endroit de la reddition épique du Dernier Romain, il y a maintenant un golf et un concessionnaire Volkswagen.

Tout de suite, ça perd en magie.




Bon, rien à voir, mais j'ai été interviouvé par un vil faquin.

vendredi 14 avril 2017

Peter !!!!

Bonne surprise au courrier (bon, l'éditeur m'avait prévenu que c'était imminent, mais je ne pensais pas que ça imminait à ce point), je viens de récupérer mon premier exemplaire de L'Île de Peter, mon nouveau roman sorti chez les Moutons électriques.



Sous très jolie couverture brillante du toujours excellent Melchior Ascaride, ce bouquin (un poil plus petit et plus court qu'Eschatôn) se veut une réinterprétation de Peter Pan, avec tous les accessoires officiels : capitaine colérique, bosco bonhomme, crocodile carnassier, fée fluette et ainsi de suite.

Il sort le quatre mai, donc dans pas longtemps, et j'entamerai à cette occasion une tournée de signature qui m'emmènera de la Villette à Epinal en passant par quelques autres lieux à préciser.

Par contre, je viens de m'apercevoir avec horreur que le petit mot de remerciements s'est perdu en route. Mais Cathy, Mariane, Peio et le personnel de la Médiathèque Blaise Cendrars de Conflans, sachez que je vous sais gréé de votre aide.







Pour ceux qui voudraient en savoir plus, les petites infos qui vont bien :


« Tout bien considéré, vous avez eu de la chance dans votre malheur. Vous avez échoué sur cette île-ci, et pas sur celle où les enfants se transforment en ânes, ni celle où les marins deviennent des cochons. Y avez-vous pensé à ça, capitaine ? »


Qui est ce vieux marin qui traîne sa dégaine dans les rues de l'East Village à la recherche d'herbes médicinales très particulières et pourquoi Joab, le caïd du quartier, cherche-t-il sa piste dans des vapeurs narcotiques ?

Ce sont ces questions auxquelles devra répondre Wednesday, policière à New York, alors qu'elle se retrouve exilée sur une île tropicale étrange et pourtant familière...

  • ISBN : 978-2-36183-357-2
  • Broché
  • 14 × 18.2 cm
  • 224 pages
  • À paraître le 4 mai 2017

mercredi 12 avril 2017

Niouzes en vrac

Pas beaucoup causé sur la War Zone, ces derniers temps. C'est pas tant que j'aie trop de boulot, mais justement, après une grosse phase de trop de boulot, je profite de l'accalmie pour faire tout un tas de truc que je repoussais depuis des mois, genre finir un coin de mur de la maison (doublage du mur, divers raccords, mais aussi un peu d'électricité et de bidouilles diverses) ce qui prend un temps fou quand on veut le faire bien.

Par ailleurs, je suis pas mal sorti. J'ai dédicacé au Salon du Livre et au Festival des Mondes Imaginaires de Montrouge, participé à deux tables rondes sur Lovecraft, donné un stage sur la BD, fait des interventions en milieu scolaire, réalisé deux illustrations de flyer, écrit des articles pour Geek le Mag (il y en a aussi un pour La Faquinade, mais en fait il était déjà écrit depuis quelques temps, et normalement ils vont aussi passer une interview de mézigue dans pas longtemps), préparé des interventions à venir, je boucle une préface, j'ai répondu à des interviews d'étudiants en traduction, bref je n'ai pas chômé.




Ah, et j'ai dans la boite à peu près 10% de mon prochain roman, c'est pas rien (bon, le début est encore laborieux, va peut-être falloir que j'y coupe des trucs et des machins, mais ça avance, en tout cas).

mercredi 29 mars 2017

Gaustinezechèle

Le ciné du coin* proposait une avant-première en VO de Ghost in the Shell, et j'y suis allé avec celle de mes filles qui avait dernièrement découvert le long métrage animé du grand Mamoru Oshii. J'étais inquiet depuis l'annonce de ce long métrage en live. Faire un remake avec acteurs d'un dessin animé, c'est courir le risque de produire quelque chose de totalement vain, qui singe l'original et tombe à plat. Les bandes annonces et menues séquences diffusées sur le net avaient de quoi inquiéter sous ce rapport : certains plans en étaient tout simplement décalqués du film de 1995. Pire encore, voir en live GitS, qui a tellement inspiré Matrix visuellement, c'est appeler à la comparaison avec la trilogie des Wacho bro/sisters, retour référentiel qui fait quand même des nœuds au cerveau.

Mais la distribution donnait néanmoins envie (Kitano, quoi, merde !) et puis c'était l'occasion de sortir de mon bunker (ouais, bon, je suis déjà sorti tout le week-end pour signer des bouquins et vider le cubitainer de pif du stand des Indés de l'Imaginaire).

Et à l'arrivée, bonne surprise. Le film est malin, cite largement son modèle pour mieux s'en écarter parfois, et en réinvente l'histoire en allant du côté du manga d'origine et des séries animées ayant exploré depuis la licence. Certaines séquences sont bluffantes, certains designs dérangeants comme il faut (les geishas-robots, certains cyborgs) et l'arc narratif du Major, s'il n'est pas très original (quête d'identité) est bien mené.

Je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler, mais si vous aimez le genre, ou si vous aimez cette licence, et si vous voulez voir un actionneer nettement moins bas du front que la moyenne, allez-y !








* à ce propos, si vous êtes dans la région de Conflans, n'hésitez pas à signer la pétition pour le sauver, ce petit cinéma de quartier.

mardi 28 mars 2017

Lugdunum dans un mois

Mine de rien, le Colloque du Héros se rapproche, et il faut que je finalise mon intervention. Rien de bien compliqué, vu que le sujet choisi ("Us et Abus du Voyage du Héros") tient depuis longtemps une place éminente dans ma ribambelle de fixettes, et que le manga Tengu-Do était ma manière de m'approprier et de subvertir les schémas campbelliens (punaise, Tengu-Do, ça a dix ans déjà).

Si vous voulez réviser avant de venir me voir pérorer sur le sujet (c'est dans le cadre des Intergalactiques de Lyon, et mon intervention aura lieu le dimanche 30 avril dans l'après-midi), je remets en ligne cet extrait d'une émission de Stéphane Grobost dans laquelle je donnais la réplique à l'excellent Laurent Aknin (qui, si jeune Mabuse, interviendra dans le colloque le samedi).

Voilà voilà…



samedi 25 mars 2017

Message de service

Bon, je suis en dédicace dimanche après-midi au Salon du Livre, sur le stand des Indés de l'Imaginaire, et sur le stand on dispose d'exemplaires de :

Eschatôn
Cosmonautes !
Mythe & Super-héros
La Clé d'Argent des Contrées du Rêve (anthologie dans laquelle je signe la nouvelle Caprae Ovum)
Lovecraft au Cœur du Cauchemar (Monographie où je signe l'article Cthulhu de 7 à 77 Eons)

Par ailleurs, jetez un œil à Geek le Mag. J'y signe une rétrospective sur Lovecraft et une autre sur Valérian.


Et du coup, pour la bonne bouche, un extrait de Caprae Ovum :


Non loin, dans l'une des cours intérieures, il entendait les gens manger, boire et chanter, mais il ne voulait pas non plus aller à leur rencontre. Ils l'auraient pourtant accueilli de grand cœur et invité à partager leurs agapes. Chaque pas, chaque coin de rue était l'occasion d'entendre un autre de ces joyeux repas. Mais il pressa le pas, refusant de succomber à cette bénigne et délicieuse tentation.
Les ruelles étaient désertes. Tout au plus y croisa-t-il un vieillard promenant son âne, ou un âne promenant son vieillard, il n'aurait su le dire.
Il déboucha sur l'avenue, cette rue à peine plus large et droite que les autres, qui descendait vers le port. De proche en proche, une lanterne accrochée au-dessus des devantures éclairait sa marche d'une chiche lumière.
Il s'approcha de l'une d'entre elles, une boutique qu'il ne se souvenait pas avoir jamais vue auparavant. La vitrine ne lui renvoya qu'une image floue de lui-même. Peut-être était-elle sale ? Peut-être aussi n'était-il qu'une personne floue ? Il n'était pas aisé de maintenir sa propre cohésion dans ces profondeurs oniriques ; l'on y devenait facilement plusieurs personnes, et parfois même plusieurs personnes à la fois.

vendredi 24 mars 2017

Le silence des Anneaux

Je me suis plongé dans un bien vieux bouquin que je voulais lire depuis longtemps, Les Rois Thaumaturges, de Marc Bloch (celui de L'Etrange Défaite). Cette lecture est la conjonction de deux facteurs. Le premier, sa mise à disponibilité par l'université de Québec, et c'est vachement bien ces facs qui numérisent proprement du vieux matos de ce genre. La deuxième, c'est que je me penche sur ces sacralisations de la figure du chef et du roi, et les formes que cela prend, dans le cadre de l'écriture de mon prochain bouquin. Ça ne me servira pas directement (Bloch y traite de choses bien plus tardives que l'époque que je compte évoquer), mais ça me permet de déterminer les modes de pensée et les structures symboliques en jeu.

Et puis, au détour d'un chapitre, je tombe sur un récit hagiographique qui relève de l'anecdote, et dont Bloch se sert dans une explication.

Le Roi Edouard le Confesseur (celui dont la mort lance la crise qui débouchera sur la Conquête Normande) est sollicité par un mendiant. N'ayant aucune pièce sur lui, il finit par lui donner un anneau, une bague en or qu'il portait. Le mendiant le bénit et disparait.
Sept ans plus tard, le mendiant lui réapparait et lui rend l'anneau, désormais chargé de sacralité. Le mendiant était en fait Saint Jean l'Evangéliste revenu sur terre, et l'anneau a séjourné sept ans en paradis. L'anneau est depuis exposé en tant que relique à Westminster.

Le sujet de Bloch, c'est la façon dont, après Edouard, les rois Plantagenêts vont distribuer à date fixe des anneaux de guérison, et il met ça en parallèle avec le toucher des écrouelles suivi d'aumône pratiqué par les Capétiens. Ce qui l'intéresse, c'est bien sûr ces pouvoirs médicinaux revendiqués par les deux dynasties (c'est le sujet de son livre).

Ce qu'il ne remarque pas, ou ce qui ne l'intéresse pas (il se borne à noter que les anneaux médicinaux sont une tradition remontant à l'Antiquité), ce sont les sources mythiques de ce récit.

Edouard était un roi Saxon, l'avant dernier à avoir régné sur l'Angleterre, et donc, même s'il était christianisé, d'origine germanique. Dans les sociétés germaniques, la distribution d'anneaux par un chef ou un roi était un moyen de démontrer un lien de vassalité. Qui acceptait un anneau de ce genre reconnaissait l'autorité du roi en question, et c'est d'ailleurs sur ces traditions ancestrales que Tolkien fonde l'histoire des anneaux de Sauron. Et justement, l'expression "Seigneur des Anneaux" est dans ce contexte une kenning (métaphore classique) désignant Odin Alfadir, le souverain divin par excellence.

Or, quelle est une des caractéristiques classiques d'Odin ? Sa propension à se déguiser en mendiant pour parcourir la terre et parfois conseiller ou tromper les hommes, ce qui n'est par contre pas dans les habitudes de Saint Jean l'Evangéliste. Ce qui donne à penser que le mendiant n'a rien de chrétien, mais est typiquement une survivance de schémas de pensés plus anciens, avec le roi des dieux païens. Et ce souverain s'en va accepter une bague d'un roi humain ? Voilà qui affirme bien haut la grandeur d'Edouard ! Mais Odin, surtout déguisé, peut s'abaisser à accepter un maître, mais cela ne saurait durer éternellement, et l'anneau est rendu, mettant fin à cette relation de sujétion, ou même l'inversant.

Cela, Marc Bloch, pourtant fin analyste, n'en parle pas. Il ne l'a pas vu ou l'a passé sous silence, parce que cela sortait de son sujet. Mais ces survivances païennes, même christianisées, sont toujours fascinantes.

samedi 18 mars 2017

Salons

Le programme des prochaines semaines :

Je serai au Salon du Livre de Paris sur le Stand des Indés de l'Imaginaire
Vendredi 24 mars toute la journée
Dimanche 26 mars l'après-midi

Je passerai au Festival des Mondes de l'Imaginaire* de Montrouge avec les Moutons électriques
Le ouiquende des 8 et 9 avril. Suite à un problème purement logistique, me voilà contraint d'annuler ma venue.

Et le 30 avril, je participe donc au Colloque du Héros dans le cadre des Intergalactiques de Lyon.







* Ça fait "FMI", j'espère qu'on recevra pas des lettres piégées par erreur.

mardi 14 mars 2017

Les héros ne vivent pas tous seuls (c'est pour ça qu'il y a un co-loc' du héros)

Il avait été repoussé, mais il résiste héroïquement. Revoilà donc le Colloque du Héros, qui aura lieu le mois prochain à Lyon. C'est organisé par un certain Vil Faquin.



Voilà le programme :

Samedi 29 avril, de 14 à 19 heures (en comptant large) :
Introduction : Lancelot & Fils. (Vil Faquin) 
Laurent Aknin : Jim Hawkins et Mr. Hyde.
Patrice Louinet : Conan, un héros (trop ?) canonisé.
Stefan Platteau : Genèse des héros épiques contemporains.
Conclusion de mi-journée. (Vil Faquin)

Dimanche 30 avril, de 11 à 16 heures (idem)
Résumé de la veille. (Vil Faquin)
Raphaël Colson : Généalogie du héros post-apocalyptique.
Gaël Régner : Myazaki et le héros en devenir.
Alex Nikolavitch : Us et abus du voyage héroïque.
Conclusion (Vil Faquin)

Comme vous l'aurez remarqué, il y aura du beau monde, et donc venez nombreux !

lundi 13 mars 2017

Vin Gasoil strikes again

J'ai enfin fait la mise à jour de mon vieux lecteur Bluray. Ça devenait urgent : de plus en plus de DVDs et de Blurays récents buggaient à mort dessus. J'en venais à croire qu'il était mort, et je n'ai pas les thunes en ce moment pour remplacer l'appareil. C'est en fouillant les sous-menus de la machine pour trouver des solutions que j'ai retrouvé le module de mise à jour du logiciel. Cette mise à jour, je ne l'avais jamais faite. J'avais tenté une ou deux fois, mais fallait tirer un câble réseau, c'était une galère, ça n'avait jamais marché. Là, au prix d'une double bidouille (grosso merdo, profiter du raccordement du décodeur, raccordement que je switchais à l'autre bout pour être sur une autre prise de la box) ça a marché. J'ai testé une pile de galettes qui déconnaient jusqu'alors, et miracle, là, tout fonctionnait : les sous-titres invisibles des Hommes du Président sont maintenant visibles, Casino Royale ne se met plus sur une boucle infernale au moment d'afficher le menu du disque, et le DVD de la petite dont, quand on lançait le film, ça éteignait tout le système (c'est cet incident-là qui m'a fait tilt et m'a poussé à faire la mise à jour) fonctionne à présent normalement.

Parmi les galettes qui merdoyaient, le dernier Riddick, en director's cut, avec Vin Gasoil et la nana bad-ass qui jouait Starbuck dans Battlestar Galactica. J'avais vu la version normale à la sortie, et elle m'avait déçu. Il était clair et net que le film était parfois abrupt, qu'il manquait des bouts. J'avais profité d'un bac à soldes où le Bluray en version longue était à quatre balles pour essayer de corriger cette mauvaise impression, mais la galette, sur mon lecteur, refusait d'afficher les options du menu après les bandes annonces. Je l'avais donc mis de côté, me disant que je le testerais chez un pote, et puis le sujet ne me passionnait pas à ce point là et il est resté sur sa pile depuis genre les soldes de juillet dernier.

Là, ce soir, test (dans la foulée du contrôle de toutes ces galettes qui déconnaient). Et donc, comme ça marchait… ben j'ai scotché devant.

Et cette version director's cut, ben elle est pas mal. Le scénar reste un truc bourrin et pas d'une complexité délirante, mais là, le récit se tient mieux, et surtout fonctionne bien mieux en tant que suite des Chroniques. Ça tient à peu de choses, mais le résultat est assez malin. Et ouvre sur une suite possible (dont, je viens de vérifier, la production pourrait commencer ces temps-ci).

Donc, ce Riddick. La fin des Chroniques avait laissé le voyou sidéral à la tête d'une armée de nihilistes de l'espace. Au début de cet épisode, ces derniers ont enfin pigé que leur nouveau chef a beau être une brute sanguinaire, il ne partage pas leurs valeurs. Ils l'abandonnent donc sur une planète totalement pourrie. Là, il doit composer avec la faune locale, mais après un certain temps passé dans la brousse, tombe sur une espèce de station relais utilisée par mercenaires et chasseurs de primes. Il lance un appel de détresse histoire d'attirer un vaisseau qui lui permettra de repartir. Mais bien entendu, les chasseurs de primes qui débarquent savent qui ils vont trouver, et comptent bien ramener sa tête. Profitant de sa connaissance du terrain et des sales bestioles qui y grouillent, Riddick va, avec force cabotinage, trouver le moyen de se barrer, et de retrouver les traitres qui l'avaient mis au départ dans cette situation.

Sans être intelligent, le film est assez malin. Il évite les écueils sur lesquels s'était un peu esquinté le précédent : les Chroniques sont un peu le cul entre deux chaises, ouvrant l'univers sur une menace gigantesque, mais détournant le récit à un moment donné pour s'enferrer dans une sous-intrigue un peu gratuite, alors que ce Riddick tout court se tient mieux en termes de structure. Si certains passages restent rapides (Riddick apprivoise une bestiole du cru) et d'autres pas clairs (la spatialisation du coup de la caverne et de la marre aux bestioles, y a un machin qui s'emboite mal là-dedans), le reste tient pas mal la route, dans le genre actionneer à biceps et punchlines.

En fait, malgré son côté parfois bien bas du front, j'aime bien la saga Riddick. C'est bourré de petites idées sympas, y a de chouettes designs, le personnages est charismatique et, si la série a ses passages obligés (une course contre les éléments, Riddick en mauvaise posture mais qui ricane parce qu'il a déjà joué le coup d'après), chaque opus a sa propre tonalité. C'est du popcorn movie bien foutu (là où je suis incapable de tenir plus de dix minutes devant un Transformers, par exemple).

Du coup, ça m'a donné envie d'essayer de choper la version longue des Chroniques de Riddick, film qui m'avait déçu à l'époque, parce que malgré plein de trucs jouissifs et de partis pris très couillus, il était grevé par des problèmes de structure, mais par certains côtés il constituait une évolution très intéressante de cet univers.

Bref. J'avais pas envie de me taper un chef d'œuvre du cinoche, ce soir, juste de me détendre devant une bonne bourrinade. Force est de reconnaître que Riddick fournit ce qu'on lui demande, dans ce domaine, sans pour autant prendre totalement le spectateur pour un con.