Accéder au contenu principal

Agents spéciaux temporaires

J'ai enfin pu voir le Valérian sorti l'été dernier. Bon, j'ai été voir aussi le Star Wars, mais je ne m'étendrai pas dessus plus que ça, pas mal de trucs ont été dits, pas mal d'âneries aussi, et ce nouvel opus contient autant de truc enthousiasmants que de machins à se taper la tête contre les murs.

Bref, Valérian. Bon, figurez-vous que je l'ai regardé sans déplaisir, celui-là. Alors que j'ai quasi appris à lire dans les aventures de l'agent spatio-temporel et de sa rouquine. J'ai encore un souvenir très fort de ma première lecture de l'Empire des Mille Planètes, notamment, alors que je devais avoir quoi… 8 ou 9 ans ?

Mais j'ai appris depuis longtemps à câbler ma cervelle pour différencier les œuvres de leur adaptation, et j'ai donc regardé les aventures de Tartempion et Lanoline, et du coup ça allait. D'autant qu'il y a plein de trucs bien faits et oui, le film est marrant et aligne quelque belles séquences. On se croirait dans une préquelle du Cinquième Elément, pour tout dire. Et si de ce point de vue, Valérian fait globalement un peu redite (mais son prédécesseur exploitait beaucoup l'imagerie de Valérian, justement), on y voit carrément des tropes scénaristiques passés de l'un à l'autre avec armes et bagages : l'amour qui sauve, la femme qui se sacrifie pour le héros (mais c'était mieux fait dans l'Elément), les militaires incompétents et/ou salauds…

Ce qui frappe, par là-dessus c'est la réécriture de l'univers à laquelle se livre Besson, dans la droite ligne de ce qu'il avait fait par exemple sur Adèle Blanc-Sec. La construction d'Alpha, la gestion de la station, tout cela est très anthropocentrique, quand la bande-dessinée montrait une humanité un peu perdue dans un univers trop vaste pour elle, qu'elle comprend mal et auquel ses cadres de pensée ne s'appliquent pas. Là, organisation militaire, centralisation humaine… Au moins, Valérian est pas trop mal restitué de ce point de vue : même si c'est une tête brûlée, il pense néanmoins dans le cadre, il demeure un agent formé et formaté, et c'est Laureline qui va lui botter le train une fois ou deux.

L'anthropocentrisme de Besson va hélas de pair avec son bon vieux fond raciste franchouille. "Boulan-Bators" ? Sérieux ? Non seulement il a changé les noms des espèces extraterrestres, mais en plus ça a été pour les ramener à la Terre ? Et si les Bagoulins, dans la BD, étaient des barbares sans honneur, Besson en fait de purs dégénérés. Il adore la BD ? Eh bien il ne l'a visiblement pas comprise, mais à un degré zacksnyderien. C'était déjà, de ce point de vue, l'effet que m'avait fait sa série de dessins animés sur le sujet, un truc trop libre pour être satisfaisant en tant qu'adaptation.

Donc voilà, j'ai pas détesté les aventures de Tartempion et Lanoline parce que c'est un chouette blockbuster de SF un peu bas du front, et qu'en tant que tel il fait bien le job.

Mais si vous vouliez du Valérian, cette année, il fallait plutôt aller regarder du côté de la BD de Lupano et Lauffray, dont l'humour pince-sans-rire et jusqu'au-boutiste est bien plus rafraîchissant, par Tau Céti !

Commentaires

Zaïtchick a dit…
Le film est sympa mais le scénario est boiteux : Passé l'intro (superbe), la première partie dans le marché alternatif est très dynamique et inventive (et va trouver un film français où on aligne 1/2h réussies, surtout en SF) puis la partie sur Alpha marque le coup parce que Besson a voulu adapter l'un des meilleurs albums de la série... où Valérian reste sur la touche ! D'où des bricolages où les enjeux ne sont pas clairs : on veut récupérer le commodore ? Ou le transmuteur ? Ou résoudre le mystère autour d'Alpha ? Pourquoi a-t-on enlevé le commodore ? Quel est le lien avec ce génocide au début ? Les Shingouz acceptent-ils les cartes bleues ? Et y a des trucs qui sonnent curieux : pourquoi l'ordinateur présente-t-il Alpha à des agents qui sont des habitués ? (pour le spectateur, of course) Valérian est une tête brûlé ("moi, je ne lis pas les mémo, je laisse ça à Batman") mais se la joue service service au dernier moment quand Laureline le retourne au nom de l'amour (alors que la fidélité et lui...)
Besson a utilisé la BD comme une caisse à outils (c'est ainsi que Christin a présenté l'animé produit par Europa) et à cassé le scénario équilibré de Christin pour faire un truc bancal autour d'un vague crime de guerre... C'est dommage, c'est un très bon réal mais un mauvais scénariste. On a donc un collage de trucs très sympa mais qui s'emboitent mal.
Et puis, il y a la façon de s'approprier les lieux et les personnages en changeant leurs noms : Point Central devient Alpha (mais c'est pas le point Central de la BD... OK), les Shingouz s'appellent pas pareil, Valérian et Laureline s'appellent pareil mais sont pas pareils...
Enfin, il a fabriqué le film pour plaire au public chinois pressentant un flop au box office US (vous croyez que les (bientôt "la") majors vont vous laisser piétiner leurs plates-bandes ? (On voit les taïkonautes au début, retrouve une capsule chinoise au cœur de point central et Besson invente un second rôle asiatique qui joue un rôle déterminant dans la résolution de l'intrigue...)
Maintenant, y a plus d'invention dans un plan de ce film que dans dix ans de cinoche français. Mais ça ne bouleversera pas les habitudes.
C'est con, au moment où les Américains redéfinissent leurs sagas de SF, Valérian avait une place à se faire.
Alex Nikolavitch a dit…
typiquement, Valérian qui braque l'artiste, c'était une scène vachement mieux quand c'était Laureline qui le faisait dans la BD, c'était beaucoup plus fin, avec ce qu'il fallait de tension…

les enjeux gigognes ne m'ont pas trop gêné, pour le coup. même si en effet ils ne s'emboitent pas tout à fait bien.

Posts les plus consultés de ce blog

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Considération geek

Une récente discussion sur un forum m'a conduit à réfléchir. C'était parti d'un truc assez idiot : un lecteur de manga qui lisait de temps en temps du comics s'étonnait du fait que les lecteurs de comics n'en avaient souvent pas grand chose à faire de commencer leurs séries dans l'ordre et du début du numéro 1, et que même les tentatives d'intégrales n'étaient souvent qu'approximatives, quand elles existaient. Ce à quoi les lecteurs de comics lui avaient répondu qu'il était un tout petit peu complexe de démarrer la lecture des aventures de Batman et de Spiderman à partir  du numéro 1, vu que primo, pour Batman le numéro 1 c'était Detective Comics 27 et pour Spider-Man Amazing Fantasy 15, et qu'en plus, sur respectivement 50 et 80 ans, c'était difficile de tout avoir, surtout que chacun des personnages avait eu droit à jusqu'à quatre ou cinq séries simultanément. De fait, le lecteur qui s'intéresse au comics se fait très vi...

Beware the blob

La perversion alimentaire prend parfois des allures d'apostolat suicidaire. Que ce soit en termes de picole ou de bouffe, il m'arrive de taper dans le bizarre et de tenter des expériences qui tétaniseraient d'effroi une créature lovecraftienne. Comme on a les amis qu'on mérite, et que j'ai dû commettre des ignominies sans nom dans une vie antérieure, certain de mes amis, camarades et autres proches ont aussi leur bouffées culinaro-délirantes. C'est ainsi que certain libraire sévissant dans une grande enseigne vendant de la culture neuve et d'occasion dans le quartier étudiant de Paris m'a initié à toutes sortes de pickles qui arrachent la gueule et à des boissons polonaises que même les Polonaises évitent de prendre au petit déjeuner. C'est aussi ce douteux personnage (ou un ami commun exilé, je ne sais plus, il y a des traumas que l'esprit humain tente miséricordieusement de brouiller) qui m'avait fait découvrir la pâte à tartiner au spe...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...

Il y a bien longtemps, dans un univers parallèle lointain, très lointain...

L'histoire est connue : le but de la vie du petit George Lucas, c'était de faire en film soit Flash Gordon , soit le Seigneur des Anneaux . Mais le King Feature Syndicate ne l'avait pas pris au sérieux et réclamait trop de pognon pour Flash Gordon (ça leur a permis de couler De Laurentiis quelques années après). Quant aux héritiers Tolkien... Mais justement... S'ils avaient dit oui au milieu des années 70 ? Et si Gary Kurtz et George Lucas l'avaient fait, ce foutu Seigneur des Anneaux ? Oh, à l'époque, ils n'auraient pas eu les sous pour filmer toute la trilogie d'un coup. En plus, ils n'étaient même pas surs de faire un deuxième film, tant la Fox avait contingenté l'argent. Après avoir auditionné Kenny Baker pour faire Frodond Deetwo, puis avoir renoncé, Lucas dut mettre au point tout un tas de nouveaux effets spéciaux pour que le pourtant petit Mark Hammill, jouant Frodon, n'ait pas l'air trop grand à côté d'Aragorn (Harrison ...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

The road to the War Zone

Il m'arrive parfois de mettre le nez sur la provenance gougueule de mes lecteurs : le système de ce blog me permet en effet de savoir quelles requêtes gougueule ont amené ici les gens qui ne me connaissaient pas (parce que les gens qui me connaissent ont depuis longtemps l'adresse de la War Zone, vous vous en doutez*). Et à chaque fois, je suis surpris, et souvent atterré. Que "Alex Nikolavitch" ou "War Zone" (mais parfois, visiblement, il s'agit de gens cherchant des infos sur la suite d'un jeu vidéo, je crois) ou Crusades caracolent en tête des requête, c'est un peu normal. Fulchibar aussi (si vous ne savez pas ce qu'est le fulchibar, ne vous en faites pas, nous non plus, mais c'est justement à ça que tient le concept) (et puis le fulchibar, ça ne s'explique pas. ça se vit). Les noms de personnalités évoquées dans ces pages servent aussi de point d'entrée, comme Vlad Drakul, Frédéric Lefebvre, Makhno, Tesla ou Crowley. C'est...

Ça streame grave

Bon, maintenant, il y a des sites de streaming légaux qui permettent d'écouter de la musique en ligne sans bourse délier (et qui, par contre, facturent le téléchargement, un business model qui n'est pas idiot). Belle innovation qui permet de découvrir ou redécouvrir plein de trucs sans avoir au ventre la peur de voir débarquer les gabelous hadopistes, la bave aux lèvres et l'oeil injecté, toutes matraques dehors. Donc tout roule. Mais en fait, c'est mal. C'est horrible. C'est même parfaitement honteux. Je vous explique. Je me suis connecté à un de ces sites pour écouter de la musique pendant que je bossais. J'ai grenouillé un peu dedans, regardant comment ça marchait, puis j'ai mis le bidule en tache de fond, remettant le nez dedans de temps en temps quand je faisais une pause dans mon travail. Un morceau entrainait une question, genre "tiens, qu'est-il devenu, lui, d'ailleurs ?" ou "oh, sur cette compile, je dois pouvoir trouver ç...

En voiture, Simonie

 Tiens, vu que c'est Halloween, et que ce soir, c'est surtout le virus qui sera de sortie, et vu que je suis devant mon ordinateur alors que, si on avait pas été confinés, je serais sac à l'épaule en train de descendre du TGV à Nantes pour participer aux Utopiales, je préfère oublier le présent et me plonger dans le passé, et dans un album de saison… Les plus anciens d'entre vous auront vu passer Spawn : Simonie , un bouquin qui avait été un peu remarqué à l'époque, et dont j'avais signé le scénar sur une idée de Jeff Porcherot. Les dessins étaient de l'excellent Aleksi Briclot, avec qui j'avais déjà fait quelques récits courts, et qui est désormais concept artist pour le MCU. L'histoire avait été prépubliée dans la revue Spawn de chez Semic, puis en album cartonné, et enfin aux US, où elle avait été très remarquée et avait pété les stats (sans doute plus pour le dessin d'Aleksi que pour mon scénar, je veux bien le reconnaitre). J'y lançais ...

Tombent les renards en feu

Ça faisait des années que j'utilisais et que je défendais Firefox, ce navigateur internet qui est le très lointain héritier de l'antédiluvien Netscape. L'outil était puissant, rapide, efficace, des lieux devant l'immonde Explorer. Mais depuis les mises à jour de cet été, tout déconne. Gestion du Java complètement aléatoire, persistances d'affichage anormales, perte de la prise en compte de balises HTML pourtant classiques... Et à chaque nouvelle mise à jour, je me prends à espérer que ces problèmes seront réglés, et à chaque nouvelle mise à jour, c'est pire. Tout se passe comme si la Mozilla Corporation, éditeur du logiciel, était devenue Microsoft de la grande époque. Firefox 6.0 sur Mac, c'est un merdier total. Et la version 5, sortie deux mois plus tôt, déconnait déjà dans les grandes largeurs. J'envisage très sérieusement de passer à un autre navigateur. Je n'aime pas ça : j'ai mes habitudes, mes paramétrages, mes kilos de signets, et il v...