Accéder au contenu principal

JC et ses doubles (Double Ellis, deuxième partie)

Hop, deuxième article sur Ellis, légèrement mis à jour par rapport à la version publiée en 2008.
Alan Moore ne le savait probablement pas à l'époque, mais quand il créa John Constantine dans les pages de Swamp Thing, au milieu des années 80, il avait introduit dans la psyché collective plus que le simple irritant, l'aiguillon motivateur que ce personnage était à l'origine. John Constantine s'est rapidement imposé comme un nouvel archétype hantant nos illustrés favoris. Et cet archétype hante particulièrement, depuis, l'œuvre d'un certain Warren Ellis, mutant à mesure, s'amalgamant, évoluant et revenant sur lui-même au point de s'offrir brièvement à l'auteur dans sa propre série.






Warren Ellis a écrit Hellblazer, la série consacrée au personnage. Ce run, fort méritoire et plein de qualités, n'a pourtant pas marqué durablement la série comme un de ses points hauts. Il n'aura pas eu l'impact dévastateur de celui de Garth Ennis. Il n'aura pas pris les chemins de traverse comme celui d'Azzarello. Ni tenté de grand retour aux sources comme celui de Carey. Et par la force des choses, il n'aura pas eu le côté fondateur de celui de Delano. Dix petits numéros, un onzième diffusé uniquement en ligne après avoir été refusé au dernier moment par l'éditeur, puis Ellis claque la porte et c'est terminé. Un run court, hétérogène, composé d'un arc de six épisodes (qui tire un peu à la ligne, à la façon de l'arc de Wolverine du même scénariste, il faut dire qu'il développait au même moment ses techniques de décompression narrative, et que ça a peut-être "contaminé" ses autres productions de l'époque) et de quatre récits courts et indépendants les uns des autres, habiles, noirs, parfois drôlatiques, jouant la carte de la variation sur les thèmes de la série. Plus ce fameux épisode inédit. Et pourtant, il semble y avoir un avant et un après. Pas dans Hellblazer, non. Ce run n'y aura laissé que peu de traces (mais aura été réimprimé en TPBs, contrairement au run de Paul Jenkins qui l'avait précédé, et qui malgré plusieurs beaux épisodes et les dessins parfaitement adaptés au propos de Sean Phillips, constitue indéniablement un point bas de la série). Mais dans l'œuvre d'Ellis, il a peut-être valeur de pivot.






C'est qu'il aura tourné autour du personnage, le Warren. Bien avant de pouvoir planter ses scripts dedans. Pete Wisdom, dans Excalibur, est déjà une tentative assez visible de faire du Constantine sans Titine. Curzon, dans Thor, sent aussi très fort la Silk Cut. Ces personnages de début de carrière ne marqueront pas les foules (Pete Wisdom est mort, puis est reviendu, je crois, mais bon) (quant à Curzon, la dream team Ellis/Deodato des récents Thunderbolts n'avait pas tout à fait sur Thor, c'est le moins qu'on puisse dire, son lustre actuel). Mais peu de temps après, Ellis va créer ce qui deviendra un de ses personnages emblématiques : Jenny Sparks. Le démarquage est net. Si Jenny est une fille, ne porte pas d'imper (en tout cas, pas souvent) et dispose de superpouvoirs costauds et d'une longévité accrue, la comparaison s'impose quand même. Grande gueule, souvent malheureuse en amour, fumant à la chaîne, et british jusqu'aux oreilles, Jenny est une transposition directe de Constantine dans un univers super-héroïque (alors que le Constantine incarné par Keanu Reeves, par exemple, c'est une transposition directe de Constantine dans un film de Blade). Là où Ellis semble avoir appris de ses précédents échecs, c'est que ce personnage peut fonctionner indépendemment de son modèle. Jenny se crée, peu à peu, sa propre mythologie, qui servira de starting block à un pan majeur du corpus ellisien, le binôme Authority/Planetary.




L'année suivante, grand choc. Si Spider Jerusalem a toutes les apparences d'un pur Constantinoïde (la clope, la grande gueule, le mauvais esprit, la puissance et les déboires) il relève en fait d'un tout autre archétype : Spider Jerusalem est l'avatar futuriste du journaliste "hors la loi" Hunter S. Thompson, qui n'a pas grand rapport avec le magicien en trench-coat. Quand Ellis reviendra dessus dans Planetary, en mettant en scène une passation de pouvoir entre Constantine et Jerusalem, ce sera en manière de grosse blague, pour en souligner toutes les différences (et la transformation physique du personnage, au début de Transmetropolitan, correspond physiquement à un passage d'Alan Moore à Grant Morrison, ce qui est peut-être signe d'émancipation d'Ellis par rapport à la figure tutélaire du wookie de Northampton et de ses créations).







L'ultime pseudo-Constantine avant JC, c'est bien sûr Elijah Snow. Relevant de la même mythologie que Jenny Sparks (les Enfants du Siècle), portant régulièrement un trech-coat, fumant à l'occasion, parfois balotté par les évènements, renfermé mais porté à l'ironie, porteur d'un passé plutôt lourd, soulevant les cailloux pour voir ce qui grouille en-dessous, il est encore porteur d'un héritage constantinien, mais qui semble nettement distant, ou pour le moins distancié. C'est un investigateur du paranormal, certes (ce que le vrai JC est parfois, mais pas toujours), mais il a aussi une mentalité de vieil homme, étrangère au vrai Constantine. Ellis joue là la carte des variations sur le thème, l'épuisant peu à peu.




Notons qu'à la même époque, Ellis a animé ou créé plusieurs personnages qui s'éloignent carrément du moule JC. Apollo et le Midnighter sont une variation modernisée et trashouille du World's Finest tandem Superman/Batman. Jackson King (pas une création d'Ellis, mais sa montée au grade de Weatherman vaut reformatage clair et net) semble avant tout inspiré par cet idéaliste de commandant Sisko de Star Trek DS9 (pourtant, Ellis n'est, de son propre aveu, pas un grand fan de la SF type Star Trek) (et notons que le Ultimate Nick Fury, s'il emprunte son minois à Samuel Jackson, doit beaucoup au Jackson King des derniers numéros de Stormwatch façon Ellis, le cynisme en plus). Quant au Docteur, malgré un decorum parfois Constantinien (les excès, la magie), il ressemble avant tout à une version shamanisée de Docteur Who. Car Constantine, pour sa part, n'a rien d'un shaman. Il a trop de recul par rapport à ce qu'il fait.





Et voilà qu'enfin, après avoir tourné autour du pot pendant des années, Ellis obtient enfin d'écrire directement ce personnage qui est, on le devine, une pièce maîtresse de sa mythologie personnelle. Mais entretemps, Ellis a commencé à s'en éloigner, à jouer avec l'archétype, et surtout à jouer avec d'autres archétypes. Peut-être l'a-t-il trop fait, et l'énergie initiale qu'il aurait pu déveloper a-t-elle été tarie avant. Ou peut-être est-il déjà trop tard, peut-être Ellis a-t-il déjà commencé à dépasser son obsession pour le personnage. Haunted, le long arc qui ouvre le run, est une histoire d'exorcisme. Et d'exorcisme d'un amour ancien. Ce n'est peut-être pas innocent. Et certains des récits qui suivront enfoncent le clou. Locked est une histoire de chambre devenue "malsaine" à force d'avoir été le théâtre de trop d'horreurs, pendant trop longtemps. The Crib est un conte manipulatoire traitant de la nature même de la magie. Où se situe, là-dedans, la part de réalité et la part de foi ? Et de la foi à la folie, la distance à franchir est peut-être très limitée. Souvent, avant Ellis, la série a tourné autour de ces questions. Mais jamais elle ne les a abordées aussi brutalement. Le coup de grâce vient avec Telling Tales, une véritable pochade, au cours de laquelle Constantine bourre le mou d'un fou de conspirations, lui faisant gober n'importe quoi. Ou bien ? Allez savoir, tiens, avec Constantine. Et tiens, "Telling Tales", raconter des histoires, c'est quand même le métier du scénariste lui-même, qui semble ne plus arriver à prendre tout ça bien au sérieux, un peu à la manière d'Alan Moore (le revoilà, il n'est jamais loin) quand il livrait une jolie préface à Whatever Happened to the Man of Tommorow ? Et suite à l'engueulade entre Ellis et son editor (concernant une histoire traitant des tueries dans les lycées), cet épisode sera le dernier d'Ellis sur la série, un curieux testament.


C'est curieux, mais par la suite, les personnages d'Ellis ne feront plus réellement référence à Constantine. Il est clair que l'auteur est tout simplement passé à autre chose. Les personnages d'Ocean (Nathan Kane pourrait évoquer une version futuriste de Jackson King), de Down, de Tokyo Storm Warning, de Global Frequency... Relèvent d'autres genres, d'autres univers, d'autres archétypes. Et il suffit de voir fonctionner l'inspecteur Richard Fell pour se dire que même les personnages qui pourraient prêter à comparaison ont pris une totale autonomie par rapport à leur encombrant grand frère. Fell, sous sa couche de mauvais caractère, est un authentique humaniste (ce en quoi il se rapproche plus de Jerusalem/Thompson). Gravel, anti-héros de Strange Kisses et de ses suites, n'est pas un Constantine, c'est un soldat, une brute, un autre genre de salopard. S'il est doté de pouvoirs magiques, il s'en sert sans la retenue de JC, il passe en force.




L'exorcisme semble avoir fonctionné. Comme si le spectre tabagique et trench-coatesque avait été définitivement exorcisé et ne hantait plus la maison Ellis…






Commentaires

soyouz a dit…
ça veut dire qu'on n'aura pas le Ellis chez les Moutons ?
Alex Nikolavitch a dit…
Si si, c'est prévu et programmé (pas avant 2013, ceci dit).

mais ces deux articles, sous cette forme-là, n'y avaient tout simplement pas leur place.
Anonyme a dit…
Monsieur Nikolavitch, en tant que fan du personnage, je vous dis merci pour cet article. Je me permets de mettre ici quelques liens par rapport au run d'Ellis et à son épisode fantôme Shoot. J'aurais volontiers mis votre article sur mon blog, si je me souvenais comment y accéder... (voilà ce qui arrive quand on ne le met pas à jour régulièrement !)

Court passage consacré à Ellis (je n'y dis pas grand chose) : http://constantinite.blogspot.fr/2009/05/hellblazer-les-scenaristes-hellblazer.html

Shoot, l'épisode jamais publié : http://constantinite.blogspot.fr/2009/03/shoot-lepisode-fantome.html

Signé : le Monsieur qui vous a appelé "Monsieur" l'autre fois.
artemus dada a dit…
Salut amigo, un excellent article comme d'habitude (j'avais déjà eu l'occasion de le dire sur SUPERPOUVOIR.Com à l'époque il me semble).

Au sujet du passage de témoin entre Alan Moore et Grant Morrison que tu soulignes, je ne crois pas qu'il ait lieu.

Il s'agit bien de Hunter S. Thompson/Spider Jerusalem et pas Morrison/king Mob (je développe un peu l'idée ici notamment avec photo à l'appui : http://www.comics-sanctuary.com/forum/planetary-t-1-warren-ellis-john-cassaday-t84091-45.html

Le forum propose une plus grande "ergonomie" que les commentaires d'un blog. [-_ô]
Alex Nikolavitch a dit…
ce passage Moore/Morrison, il fait référence au premier Transmetropolitan, quand Spider Jerusalem passe de barbu bourru à chauve hystérique (la scène de la douche), pas à Planetary.
artemus dada a dit…
Oui, mais c'est toujours (de mon point de vue en tout cas) Hunter S. Thompson, et pas Morrison (ni Moore d'ailleurs).
Qu'il soit hirsute et une conséquence de son mode de vie.
Son attachement aux armes est d'ailleurs assez "parlant", jamais Moore n'utiliserait une arme, et un pastiche de ce type : un Moore armé je n'y crois pas une seconde.

Non du début à la fin c'est Thompson/Jerusalem.

Du moins selon ma lecture [-_ô]
Alex Nikolavitch a dit…
Mon Joker, c'est la polysémie, là.
artemus dada a dit…
Puisque tu ne viens pas à Langagière ...

Je suis en train de réfléchir à un article, et je me demande si l'idée qui veut que Warren Ellis ait utilisé dans de nombreuses séries une sorte d’avatar de John Constantine n'est pas erronée.

En effet tous les personnages dont j'ai lu qu'ils étaient des "clones" de John Constantine sont en fait l'incarnation d'un stéréotype assez commun.

Une sorte d'anti-héros hâbleur, donnant l'impression d'être le maître d'un jeu qui en fait le dépasse, nihiliste ou du moins désabusé, et ayant des connexions avec le Milieu, les services de renseignements ou l'occulte (selon les contextes).

Ce type de personnage devait tout simplement plaire à Ellis, et bien évidemment Constantine et Spider Jerusalem et bien d'autres, sortent de ce moule culturel.

(Sinon dans mon commentaire précédent il faut lire "...hirsute est une conséquence...") [-_ô]
Alex Nikolavitch a dit…
Alors, ce personnage-là, ce "Jack of all trades" oui, il préexiste à Constantine. Mais Constantine en a cristallisé une version, je crois, qui combinait clope et britishness à un degré un peu inédit. Tout comme Superman, en brodant sur l'Hercule de foire, voire Hercule tout court, finit par générer un nouvel archétype. en tout cas, c'est comme ça que je le vois.

Posts les plus consultés de ce blog

Planches à histoires

J'ai pas mal remis les mains dans le moteur en termes de BD, ces derniers temps. Certains projets ont bénéficié de curieux alignements d'étoiles et il a fallu reprendre des scénarios, les retravailler, attaquer l'écriture d'autres trucs, tester des choses. Et donc, superviser aussi la phase de story-board. C'est un moment clé, le story-board en BD, on n'insistera jamais assez là-dessus. Un scénario, c'est un document technique, assez aride, destiné essentiellement au dessinateur pour qu'il puisse se mettre au travail sans avoir à se poser de question : le scénario est censé y répondre (dans les faits, il manque toujours des trucs, mais dans l'idéal, c'est vers ça qu'il faut tendre) (le fait qu'il reste des trucs à discuter, c'est ce qui fait qu'un dessinateur de BD n'est pas qu'un simple exécutant, d'ailleurs). Le story-board, c'est le moment où on convertit les mots sur le papier en enchaînement de dessins, en bro...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Vers un retour aux étoiles

J'évite généralement de faire dans la nécrologie dans ces pages, parce qu'on n'en finirait pas (mais bon, Bowie, dix ans déjà, je m'en remets pas) mais une disparition y a trois jours m'a surpris : celle de Erich von Däniken.  Si si, je vous jure, ce dessin de Kirby a un rapport Voilà un nom que je n'avais pas entendu depuis des lustres et, à dire vrai, ça fait typiquement partie de ces gens dont, quand on apprend la mort, la première réaction est de se dire "mais... il était pas cané depuis des décennies, lui?" De fait, le pire c'est que la plupart des gens de maintenant n'ont même jamais entendu parler de ce gars. Pourtant, son impact culturel est encore sensible aujourd'hui. Il suffit d'ouvrir youtube ou les chaînes de télé consacrées aux "documentaires". Si vous zonez assez longtemps dessus, vous tomberez fatalement sur un truc expliquant que les pyramides et le sphinx sont plus anciens qu'on ne le croit, que les Incas...

Retrouver le goût de l'absence

Normalement, à cette période, je devrais être en train de préparer mon séjour en Charentes. Cette année, ça faisait depuis au moins la rentrée que je le savais : y avait peut de chance que j'y aille. La situation au niveau de l'organisation du Festival d'Angoulème ne faisait que dégénérer chaque jour un peu plus et, si on n'avait jamais été dupes de son attitude vis à vis du tout venant des auteurs, on se retrouvait pile sur cette ligne de crête où il suffit d'un caillou mal placé pour que tout bascule d'un côté ou de l'autre. Hommage aux consoeurs qui, en menaçant de ce qui est devenu le "girlcott", ont permis à l'asso FIBD et à 9e Art de montrer frontalement leur vrai visage et l'étendue de leur mépris. Dès lors, le rejet a été massif. Lorsque les éditeurs ont annoncé soutenir le mouvement (dans les faits, ils en prenaient surtout acte et voyaient bien qu'ils avaient tout intérêt à lâcher l'affaire plutôt que de s'emmerder à m...

Go East (et puis West après)

 Bon, je serai pendant quatre jours aux Imaginales d'Epinal à dédicacer à tour de bras. Il y aura également une table ronde sur Dune samedi à 19h. N'hésitez pas à passer, à m'amener des trucs à signer, tout ça tout ça. J'en profite pour filer le programme de dans 15 jours, quand je serai aux Utopiales de Nantes. Donc un peu à l'autre bout du pays : Je participerai à trois tables rondes : Vendredi 29 octobre 14h00 – Demain, les super-héros militants avec, X. Dollo, A. Mottier, N. Allard  Samedi 30 octobre 11h00 – V for anonymat avec K. Si-Tayeb, R. Cousin, C. Ecken  Dimanche 31 octobre 18h00 - La politique du loup-garou avec M. Caussarieu, O. Bruneau, M. Dupont-Besnard

Un peu tôt pour Carnaval

J'ai enfin pris le temps de mettre le nez dans le nouveau Mignola, Le carnaval des cadavres , sorti à la rentrée chez Delcourt. Mignola, je suis fan depuis longtemps, depuis que j'avais pris ses Corum en VO (ils ont été traduits trente ans plus tard par ma pomme), le voyant évoluer sur Cosmic Odyssey, Le cycle des épées , son Alien qui était très bien et son Doc Strange que je vénère, puis ses Batman , avant d'arriver à Hellboy , l'univers qui l'a quand même pas mal occupé pendant les décennies suivantes.   Là, il se lance dans un nouvel univers, de fantasy, qui m'évoque très fort les contes de Dunsany (que Mignola doit probablement connaître) liés au cycle des Dieux de Pegàna (récemment réédité en intégrale chez Kalidor, je crois) qui reste un des fondements discrets de la fantasy d'avant Tolkien, ayant notamment influencé le Cycle du Rêve de Lovecraft.  Chez Dunsany, les grandes épopées sont esquissées en quelques pages, ce qui compte vraiment ce sont...

Do geekoids dream of electric myths ?

Même pas eu le temps de me remettre du festival d'Angoulème que j'avais dans ma boite aux lettres le retour de mon contrat signé chez les Moutons Electriques. Le bouquin s'intitulera Mythe et Super-héros , ce sera une étude fort érudite sur les rapports structurels entre mythe et illustrés modernes (insérez ici un "n'pas" prononcé sur un ton digne et compassé) et ça sortira, si tout va bien, à la rentrée 2010, donc dans pas bien longtemps. (Le graphiste m'envoie même des trucs absolument supers pour la couve. mais j'attends qu'on ait avancé pour vous montrer ça).

Qu'ils sont vilains !

En théorie de la narration existe un concept important qui est celui d'antagoniste. L'antagoniste est un des moteurs essentiels de l'histoire, il est à la fois le mur qui bloque le héros dans sa progression, et l'aiguillon qui l'oblige à avancer. L'antagoniste peut être externe, c'est l'adversaire, le cas le plus évident, mais il peut aussi être interne : c'est le manque de confiance en lui-même de Dumbo qui est son pire ennemi, et pas forcément les moqueurs du cirque, et le plus grand ennemi de Tony Stark, tous les lecteurs de comics le savent, ce n'est pas le Mandarin, c'est lui même. Après, l'ennemi est à la fois un ennemi extérieur et intérieur tout en même temps, mais ça c'est l'histoire de Superior Spider-man et c'est de la triche.  Tout est une question de ne pas miser sur le mauvais cheval Mais revoyons l'action au ralenti. L'antagoniste a toujours existé, dans tous les récits du monde. Comme le s...

Bal tragique à Pyongyang : un mort

Tiens, dans la série plus c'est gros, mieux ça passe, le gouvernement veut contraindre la SNCF à la rigueur. Et dans l'article du Figaro expliquant cela, on nous expliquait doctement que le déficit cumulé de la SNCF et de Réseaux Ferrés de France dépassait les... Mais.... Réseaux Ferrés de France, ça n'avait pas justement été créé pour séparer la compta ferroviaire entre le réseau (dont l'entretien est un gouffre) et l'exploitation ? Or, le plan annoncé par l'état (embauche hors statut, économies diverses) pèse essentiellement sur l'exploitation. On déshabille Jacques pour habiller Paul, en faisant croire qu'ils ont de toute façon une garde-robe commune, alors qu'elles ont été statutairement séparées. La belle arnaque, mais après tout, il n'y a rien de nouveau sous le Soleil. Sauf que ces annonces arrivent au moment où l'on libéralise le transport des voyageurs. Et les nouveaux opérateurs, ils mettent la main à la poche pour financer ...

Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.  Un exemple rigolo, c'est Alien . Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars , qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick. Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé...