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Night at the opera

Nous vivions à une époque où tout nouveau genre de SF émergent se voit affubler d'un nom en "punk". Le phénomène date bien sûr des années 80 et de l'émergence du cyberpunk à partir de 84 et de Neuromancer. D'ailleurs, le mot ne s'est pas imposé tout de suite, à un moment, le fandom américain appelait ça "mirrorshades" du fait de ces lunettes de soleil à verres chromés que portaient les protagonistes des récits sur les illus, ainsi que certains des auteurs.

 


La première grosse anthologie était d'ailleurs titrée chez nous "Mozart en verres-miroir". Quand les deux papes du genre, William Gibson et Bruce Sterling ont estimé avoir fait le tour du truc à la fin de la décennie, ils sont partis dans une direction rétrofuturiste qui fut rapidement appelée steampunk par comparaison.

Et puis ça s'est emballé et tout ce qui a suivi a été qualifié en punk : dieselpunk, biopunk, splatterpunk (si si, le mot a été utilisé dans les années 90 pour certaines formes de gore), seapunk, solarpunk, etc. J'ai moi-même parlé dans une vidéo du phénomène giscardpunk et l'ami Benjamin P. vient de sortir un bouquin sur l'univers effrayant du cogippunk.

Franchement, j'en viens à me dire que si les récits d'aventure spatiale décomplexée étaient apparus dans les années 90, on les aurait appelés spacepunk. Putain, j'ai envie de faire du spacepunk, d'un coup, retenez-moi.

 

Matsumoto forever 

Au fait, pourquoi ça s'appelle space opera ? On tend à croire que c'est à cause de la démesure traitée en mode poseur, d'un côté "opératique". Mais le côté poseur, on le trouve dans les trucs en punk. Le cyberpunk façon Gibson, c'était une accumulation de marqueurs sémiotiques dans l'air du temps, et le steampunk, derrière, fonctionne exactement de la même façon.

Et c'est quasiment le contraire. Enfin non, y a bien un lien avec les accumulations de clichés des space operas de l'âge d'or, mais l'utilisation du terme opera vient... du soap opera. C'est à dire de ces feuilletons radiophoniques sponsorisés par des marques de lessive et diffusés en journée en ciblant la ménagère de moins de 50 ans dans les années 30. Et donc des histoires à la fois à rallonge et à l'eau de rose, ancêtres de nos Feux de gloire et beauté, Plus belle la Barbara et ainsi de suite.

Je crois que le terme était utilisé de façon extrêmement péjorative par les gens qui faisaient de l'anticipation, un genre sérieux, elle. Même si c'est très bien, Northwest Smith ça reste du western avec des pilotes de l'espace (oui, c'est l'ancêtre d'Han Solo, clairement), le cycle de Lensmen/Fulgur c'est bourré d'idées qui seront pillées par tout le monde ensuite mais force est d'admettre que c'est difficilement lisible à présent, La légion de l'espace c'est un peu pareil...

Il faut attendre le début des années 50 pour avoir un space opera qui prend son échelle au sérieux : Fondation, par le père Asimov qui s'était taillé une réputation dès avant cela avec son cycle des robots... qui prenait au sérieux la figure de l'homme mécanique et tentait de la traiter de façon crédible.

Le processus aboutit quinze ans plus tard à Dune, qui relève du genre mais finit par se voir attribuer une case à part, celle... du planet opera. Dans la foulée, Star Trek parvient à mettre en scène le genre de façon régulière et suivie, là aussi en prenant le genre au sérieux et en essayant de lui donner un tour plus cérébral (de toute façon, la série n'avait pas les moyens techniques de mettre en scène d'énormes batailles).

La SF littéraire, dans l'intervalle, se détache peu à peu des clichés de l'aventure spatiale et si même John Brunner ou Norman Spinrad donnent dans le genre à l'occasion, ce n'est pas là qu'ils brillent le plus. D'ailleurs, par leurs préoccupations, certains de leurs bouquins du début des années 70 sont déjà du proto-cyberpunk.

Plein d'auteurs s'amusent néanmoins à faire évoluer le space opera. James Blish joue avec, tout comme Larry Niven, Carolyn Cherryh, John Varley ou même Ursula Le Guin bâtissent des univers qui relèvent du genre mais ne sont pas forcément centrés sur le piou-piou des lasers.

Et puis patatras, arrivent 1977 et Star Wars. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'ai grandi avec et je reste fan de la licence (avec un gros droit d'inventaire) (tiens, soit dit en passant la récente série animée Maul est plutôt cool) mais on repart directement vers le space opera à papa. Et pour cause, une des bases de travail de Lucas ce sont les sérials et les strips de Flash Gordon. Ça fige alors dans l'esprit du grand public une certaine idée de ce qu'est la SF, ça entraîne un renouveau du space opera décomplexé en gros cycles romanesques et par contrecoup l'invention du cyberpunk qui cherche justement à se détacher de tout ça. La boucle est bouclée.


 Depuis le genre a remonté la pente. On l'appelle toujours space opera, ou parfois nu-space op' pour ses plus récents représentants qui le prennent à nouveau au sérieux et l'émergence du nouveau Battlestar Galactica dans les années 2000 ou de The Expanse plus récemment montre qu'il a encore de beaux jours devant lui et peut donner des trucs bien plus malin que ces récits pulps qu'on comparait à des feuilletons radiophoniques pour ménagères.

Commentaires

Lord a dit…
"Soap Opera" c'est bel et bien un terme péjoratif. Car dès qu'on aborde plus sérieusement cette production foisonnante et o combien fondamentale dans la création des séries qui donne le zob tout dur à n'importe qui aujourd'hui, on parle de "Daytime Drama"
Alex Nikolavitch a dit…
ce que je voulais dire, c'est que space opera aussi était péjoratif à la base

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