Dans mon rêve de cette nuit, une éditrice me demandait de lui prêter main forte parce que Tardi avait commencé une nouvelle série sur HP Lovecraft et ne s'en sortait plus, apparemment sa santé mentale commençait à en souffrir passablement. Il avait besoin d'un scénariste pour le remettre sur les rails.
Je me plongeais dans la lecture des deux albums déjà parus, une espèce d'errance de Lovecraft dans une mégalopole bizarre, faire d'immenses immeubles décrépits et étroits, un truc à mi-chemin entre ses Nestor Burma, ses illustrations de Céline, Kafka et La musique d'Erich Zann. Je ne comprenait pas grand-chose au récit et très vite, avec cette logique propre aux rêves, j'en suis devenu le protagoniste. Je portais une gabardine et un chapeau melon et je traquais Lovecraft dans ces passages, ces courettes intérieures, ces enfilades de couloirs sombres éclairés au bec de gaz.
Je finissais bien vite par comprendre que Lovecraft ne cherchait pas quelque chose, il l'avait trouvé et le fuyait. L'envers du décor de la ville, c'étaient ces tuyaux du gaz et ceux du réseau de messagerie pneumatique. Tout cela courait, se déployait et serpentait dans les interstices, derrière les panneaux plâtrés, entre les maisons, dans les recoins des cages d'escalier. Je prenais conscience avec horreur du caractère tentaculaire de ces tubulures discrètes et omniprésentes, qui devenaient démentes dans leur structure dès qu'on s'aventurait dans les caves et les locaux techniques : il y avait là des détendeurs, des volants d'inertie, des soupapes de décharge, parfois des étincelles bleutées qui me faisaient craindre le pire.
Je remontais dans les derniers étages, je cherchais quelqu'un à qui en parler, quelqu'un à avertir, mais mes rares amis n'étaient plus eux-mêmes, ou avaient saisi quelque chose dans la nature de ces tuyaux, ils comptaient s'en servir dans un but secret et terrible.
J'ai tenté de les en dissuader. Il y a eu un bruit étrange dans la maison.
Ça m'a réveillé.

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