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Le dessus des cartes

 Un exercice que je pratique à l'occasion, en cours de scénario, c'est la production aléatoire. Il s'agit d'un outil visant à développer l'imagination des élèves, à exorciser le spectre de la page blanche, en somme à leur montrer que pour trouver un sujet d'histoire, il faut faire feu de tout bois. Ceux qui me suivent depuis longtemps savent que Les canaux du Mitan est né d'un rêve, qu'il m'a fallu quelques années pour exploiter. Trois Coracles, c'est venu d'une lecture chaotique conduisant au télescopage de deux paragraphes sans lien. Tout peut servir à se lancer.

Outre les Storycubes dont on a déjà causé dans le coin, il m'arrive d'employer un jeu de tarot de Marseille. Si les Storycubes sont parfaits pour trouver une amorce de récit, le tarot permet de produite quelque chose de plus ambitieux : toute l'architecture d'une histoire, du début à la fin.


Le tirage que j'emploie est un système à sept cartes. On prend dans le jeu les arcanes majeurs, les figures (rois, reines, valets, cavaliers) et les as.  La ligne horizontale de trois cartes représente les trois actes du récit, les quatre cartes intercalées en quinconce les éléments perturbateurs ou les outils de résolution apparaissant en cours de route, les chevilles et points de bascule de l'histoire.

Pas besoin d'être très calé en symbolique. Oui, la coupe peut représenter le sacré, le bâton la force, l'épée la violence et le denier l'argent, et certaines arcanes, comme La Mort parlent d'elles-mêmes. D'autres sont sujettes à interprétation, et ça peut être très libre. Le Pendu, pour une cartomancienne, c'est un retournement de situation. Pour un scénariste, ça peut être ça, mais aussi un suicide ou une exécution capitale. Un cavalier de bâton en première position peut être le protagoniste, par exemple un voyou travaillant au manche de pioche. Il ne faut rien s'interdire. Au contraire, il faut s'extraire de l'imagerie très connotée des cartes. Une reine de deniers peut ainsi être une banquière ou l'héritière d'une fortune quelconque. Le récit peut être contemporain, SF, ce que vous voulez. Les cartes ne sont qu'un outil pour vous mettre en route.

Voilà, j'ai passé une partie de la journée d'hier avec deux groupes d'élèves, des jeunes. Certains sont réceptifs au truc, d'autre moins. L'objectif n'est pas la qualité des synopsis produits, mais de montrer qu'avec ça, on a déjà une structure qui peut être assez solide, qu'il n'y a plus qu'à développer, amender, faire vivre un peu.

Le dernier tirage était chouette, d'ailleurs. J'ai gardé mes notes. Ça pourrait faire un roman de fantasy très sympa, un jour.

La dernière carte était l'as de bâton. Ça se finira par une bagarre.


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