Accéder au contenu principal

Chères études

C'est toujours amusant de voir les gros titres de la presse généraliste, quand elle commente des études scientifiques.

Là, par exemple, il y avait une alerte sur les émulsifiants. Et bien évidemment, elle est reprise partout, avec des titres du genre "la vérité sur les émulsifiants", s'interrogeant sur la nécessité d'en mettre partout.

Alors déjà, pour commencer, les émulsifiants sont un des éléments essentiels de la production alimentaire actuelle. Ils permettent de mélanger de façon harmonieuse des choses qui sinon ne se mélangeraient pas, comme l'huile et l'eau. Ça n'a l'air de rien, mais dans plein de trucs, sans eux, on aurait des patouilles dégueulasses en ouvrant le pot. Impossible de faire une mayonnaise sans un émulsifiant correctement mis en œuvre, par exemple.

Mais comme il y a eu des croisades violentes contre les colorants et les conservateurs, il était naturel que les émulsifiants s'en prennent aussi un peu dans la gueule. (je laisse de côté les croisades en cours contre le gluten et le lait, qui sont d'une drôlerie sans nom dans leurs arguments, mais qui ne se préoccupent pas de l'aspect chimie des choses)

Et donc, voilà une étude scientifique démontrant que les émulsifiants chimiques (les émulsifiants naturels comme les lécithines ne sont pas concernés) de type polysorbate provoquent des réactions inflammatoires dans le tube digestif, de l'obésité et des dérèglements métaboliques. Fermez le ban, les émulsifiants sont des méchants. Gros titres, anathèmes et lâchons sur eux la populace armée de fourches qui les poursuivra jusqu'au vieux moulin.

Mais il peut s'avérer intéressant de regarder les conditions de l'expérience. La façon dont a été menée l'étude.

Pour faire leur truc, nos vaillants chercheurs ont administré des émulsifiants à des souris,  en les mélangeant à leur eau de boisson. L'idée était de ne pas changer le reste de leur régime alimentaire histoire de bien caractériser l'action de l'émulsifiant seul. C'était une bonne idée, en soi. C'est de la mettre en œuvre qui était une ânerie.

Parce qu'on l'a vu plus haut, un émulsifiant fonctionne mélangé à deux produits, une phase aqueuse (pour parler scientifique) et une phase grasse. Un émulsifiant chimique agira un peu à la façon d'un tensioactif (d'un savon, quoi, ou d'un produit à vaisselle) en servant de médiateur entre la queue hydrophobe des lipides et les molécules d'eau que celle-ci a sinon tendance à repousser, il y a à la clé des réactions au niveau des électrons, mais pas de réactions chimiques à proprement parler. Techniquement, une fois qu'il est mis en œuvre, l'émulsifiant est pris en sandwich entre les molécules d'eau et de gras. L'intérêt, c'est qu'il suffit d'une très petite dose pour que ça marche.

Mais quand on le met en solution, et à dose plus importante, dans de l'eau pure, que se passe-t-il ? Eh bien sa partie lipophile ne trouve pas à s'exprimer. Elle agira donc là où elle trouvera des phases grasses, par exemple à la surface des cellules du tube digestif. Qu'elle pourra tout à fait décaper, du coup, comme si l'on avait bu du produit à vaisselle.

Parce que les émulsifiants sont conçus pour produire des émulsions, comme leur nom l'indique. Si on ne les émulsionne pas AVANT de les consommer, ils agiront comme ils sont censés le faire... Mais après la consommation.

Alors, il ne s'agit pas ici de défendre les émulsifiants chimiques, il y a sans doute des études à mener dessus pour savoir ce qu'il en est ou pas de leur innocuité. Mais tant qu'à faire, ce serait bien de faire des études sérieuses, pas ce genre de pitreries sous vernis scientifique qui ne prouvent rien. Parce que sinon, en faisant boire de la saumure à des souris, on peut aussi démontrer que le sel est un poison violent.

Accessoirement, il serait intéressant de savoir qui finance ce genre d'études, et surtout des études menées de cette manière et médiatisées de la sorte. Parce que c'est comme les études sur le café, prouvant qu'il a des effets délétères sur la santé : j'ai du mal à prendre au sérieux celles qui ont été effectuées en Utah, par exemple. Tout comme j'aurais du mal à prendre au sérieux une étude saoudienne qui conclurait que la viande de porc est cancérigène.

Commentaires

Odrade a dit…
Hum.
Tu veux ma recette de mayonnaise maison ? Garantie sans émulsifiant artificiel ? Moi c'est l'œuf qui émulsifionne le tout. Et je la garde 1 mois sans problème, vu les propriétés conservatrices du vinaigre et de l'huile.
O.
Alex Nikolavitch a dit…
La mayonnaise est en effet un cas d'école de l'émulsion naturelle grâce à un médiateur (le jaune d'œuf, en l'espèce).

Posts les plus consultés de ce blog

Les Zi-as

Hop, deuxième épisode, suite du précédent, consacré cette fois-ci aux IA, publié dans le même supplément numérique à Fiction. ici aussi, l'illus est de Gewll Intelligence Artificielle  Les mains dans le cambouis, la tête dans les étoiles « J'ai peur, Dave » lâchait au bout du compte le superordinateur Hal 9000 au moment où l'astronaute David Bowman le lobotomisait sans pitié aucune (désolé de vous avoir spoilé la fin du film au passage). Ce cri pathétique est autant destiné à son bourreau qu'au spectateur : il s'agit de faire comprendre que malgré sa froideur, malgré sa logique, malgré ses crimes, Hal n'est pas si différent de nous, que s'il présente une différence de nature matérielle, spirituellement c'est beaucoup moins tranché. Il peut sembler redondant de se livrer dans ces colonnes à une petite réflexion sur l'intelligence artificielle si peu de temps après avoir y évoqué le robot, tant les deux problématiques sont liées. Mais ...

Images subliminées

Dans mon rêve de cette nuit, on galérait à mettre au point les détails d'un voyage vers... l'Islande, je crois, et ça s'engueulait ferme.   Dans un coin de la pièce, une grande télé était allumée. Elle passait un film dont le son était au minimum. Vu la gueule de l'image et les sous-pulls que portaient la moitié des personnages, c'était un polar français des années 70. Pas de grosse star, à part un jeune Depardieu qui échappe à une tentative d'assassinat sans même se rendre compte qu'il était visé, en se rendant à un enterrement d'un gros bonnet, mais toutes les gueules de l'époque, par contre, ces acteurs que j'aime bien, dont je connais la tête et la voix par coeur, mais dont je suis incapable de retenir les noms, celui avec l'arcade sourcilière et la moustache, celui aux traits creusés, etc. Les gars s'entre-tuent autour de Depardieu discrètement. Le dernier plan du film, c'est un gars, le protagoniste, un gars habitué à jouer les ...

Beware the blob

La perversion alimentaire prend parfois des allures d'apostolat suicidaire. Que ce soit en termes de picole ou de bouffe, il m'arrive de taper dans le bizarre et de tenter des expériences qui tétaniseraient d'effroi une créature lovecraftienne. Comme on a les amis qu'on mérite, et que j'ai dû commettre des ignominies sans nom dans une vie antérieure, certain de mes amis, camarades et autres proches ont aussi leur bouffées culinaro-délirantes. C'est ainsi que certain libraire sévissant dans une grande enseigne vendant de la culture neuve et d'occasion dans le quartier étudiant de Paris m'a initié à toutes sortes de pickles qui arrachent la gueule et à des boissons polonaises que même les Polonaises évitent de prendre au petit déjeuner. C'est aussi ce douteux personnage (ou un ami commun exilé, je ne sais plus, il y a des traumas que l'esprit humain tente miséricordieusement de brouiller) qui m'avait fait découvrir la pâte à tartiner au spe...

Qui casse un oeuf me les casse au passage

Pour un boulot, il a fallut que je retrouver la VF de la comptine d'Humpty Dumpty. Et j'ai réussi à m'énerver tout seul comme un grand devant mon écran.   Bon, Humpty Dumpty, a priori vous connaissez via Lewis Carroll et L'autre côté du miroir. Mais à la base, c'est une comptine anglaise classique. À la base, elle s'énonce ainsi : « Humpty Dumpty sat on a wall. Humpty Dumpty had a great fall. All the king's horses and all the king's men Couldn't put Humpty together again. » Et vu que j'avais besoin de coller la ref dans une trad, j'ai regardé comment ça a été traité. Et je n'ai trouvé aucune VF qui me satisfasse vraiment. Je salue l'effort des confrères qui ont tenté de traduire le nom, en « Heumpty Deumpty », « Gros Coco », « Dodu-Mafflu » ou pourquoi pas « Rondu-Pondu », mais pareil, rien ne sort du lot. Le problème, c'est le reste : je suis quand même tombé sur un "put together" rendu par "remettre ensemble"...

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Burton is back !

Tiens, petite surprise dans ma boite aux lettres ce matin, il semblerait qu' Aux Sources du Nil , mon album sorti il y a déjà quelques années et consacré à Richard Burton (le vrai, pas l'acteur) ressorte sous une nouvelle couverture dans la collection Le Monde sur les grands personnages historiques. Je n'ai aucune idée de la date à laquelle il sera en kiosque, mais apparemment, il sera immédiatement suivi par Le Voyage à la Mecque , une autre aventure de ce baroudeur infatigable au caractère approximatif (respectivement, n°40 et 41 de la collec'). Edit (et Marcel) : apparemment, il est déjà dispo. Les deux albums avaient été coécrits avec Christian Clot (qui signe aussi le dossier explicatif, en fin de bouquin), et le premier dessiné par Dim-D et le second par Lionel Marty. Bref, c'est l'occasion pour ceux qui ne les auraient pas lu de redécouvrir ces albums, et au besoin de faire connaissance avec un explorateur assez impressionnant.

Mutant !

Tiens, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas fendu d'une rediff de vieil article. Celui-ci est sorti dans le n°18 de Fiction (nouvelle formule) vers 2013 (déjà) et était consacré à la figure classique du Mutant. Extrait d'un Mechanics Illustrated (Notons que c'est la première fois que Wolverine se fait allumer par Cyclope, bien avant la création des deux personnages) Le Mutant En cette époque où Fukushima et autres fuites radioactives conduisent à repenser radicalement la pêche, l’agriculture et la notion même de comestible, et où de grandes multinationales réécrivent le génome de bêtes grains de maïs qui finissent dans nos assiettes, ce terme inquiétant pourrait redevenir d’actualité. Mais actualité ne veut pas dire nouveauté. Car le mutant a été très tôt un des concepts clés de la science-fiction, même s’il n’était pas forcément nommé dès le départ (et même si la science-fiction elle-même ne portait pas encore de nom à l’époque). L’épouv...

Le super-saiyan irlandais

Il y a déjà eu, je crois, des commentateurs pour rapprocher le début de la saga Dragonball d'un célèbre roman chinois, le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) source principale de la légende du roi des singes (ou du singe de pierre) (faudrait que les traducteurs du chinois se mettent d'accord, un de ces quatre). D'ailleurs, le héros des premiers Dragonball , Son Goku, tire son nom du singe présent dans le roman (en Jap, bien sûr, sinon c'est Sun Wu Kong) (et là, y aurait un parallèle à faire avec le « Roi Kong », mais c'est pas le propos du jour), et Toriyama, l'auteur du manga, ne s'est jamais caché de la référence (qu'il avait peut-être été piocher chez Tezuka, auteur en son temps d'une Légende de Songoku ).    Le roi des singes, encore en toute innocence. Mais l'histoire est connue : rapidement, le côté initiatique des aventures du jeune Son Goku disparaît, après l'apparition du premier dr...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...