Hier c'était la St Jérôme, et donc la fête des traducteurs. Ou la journée internationale des traducteurs. Qu'importe, c'était hier. Et aujourd'hui la journée internationale du café. Donc encore une journée dédiée aux traducteurs. Bref.
Mais plutôt que de parler de St Jérôme, je vais parler de monsieur Hieronymus, qui n'était pas un saint mais porte le même nom (oui, Hieronymus c'est Jérôme en latin. et Geronimo c'est la même en espagnol, sauf que c'est pas le sujet du jour).
En 1949, ce monsieur Hieronymus dépose le brevet pour une machine qui porte son nom. C'est un détecteur de radiations. La Bombe est devenue une réalité, la SF s'est emparée de la radioactivité et de tout ce qui est atomique, on est dans l'air du temps.
Qu'est-ce que sa machine a de particuliers ? Son principe même. La radiation qu'elle détecte n'est pas électromagnétique, mais d'une autre nature : l'énergie éloptique mêle lumière et électricité, c'est révolutionnaire ! Alors, vous allez me dire : "mais, mon Niko, le champ électromagnétique, c'est justement un truc qui est lié à la fois à la lumière et à l'électricité, on le sait depuis Maxwell ou, au pire, Einstein, non ?" Et vous auriez tout à fait raison. Mais M. Hieronymus n'a pas dû avoir le mémo.
Et ce genre de considérations n'ont pas l'air de l'arrêter, justement. Regardez le schéma, ça a l'air sérieux, non ?
De toute façon, le schéma ne montre pas l'élément le plus essentiel de la machine : l'opérateur lui-même. Car la détection est affaire de doigté. Lorsque la machine capte de l'énergie ou de l'émanation éloptique (Hieronymus, à ma connaissance, ne parle jamais d'ondes, ça c'est à mettre à son crédit, je vois trop passer de machins absurdes basés sur des "ondes" pas trop précisées, ou censés défendre contre des "ondes" encore plus floues), c'est le doigt sur une plaquette métallique qui va ressentir un chatouillis qui lui permettra d'analyser le phénomène. On est sur un truc très technique, et un principe apparenté aux électropsychomètres de Ron Hubbard. Une des applications envisagées concerne les remèdes homéopathiques.
Ce bidule aurait été oublié... pardon, a été globalement oublié, y a une probabilité majeur que vous n'en ayez jamais entendu parler, sans un certain John Campbell. Ça, y a des chances que vous connaissiez. Rédacteur en chef d'Astounding, et donc concurrent direct d'Hugo le Rat dont je causais dernièrement, et donc l'éditeur de gens comme Asimov, Van Vogt, Heinlein ou Sturgeon, excusez du peu. Ah, et Hubbard, aussi, quelle coïncidence. On raconte d'ailleurs que c'est lui qui aurait trouvé les lois de la robotique d'Asimov, ou tout du moins poussé ce dernier à formaliser son système pour lui donner la forme que nous lui connaissons. Ah, et Campbell est aussi l'auteur de Who goes there, qui a inspiré The Thing. Le film de Carpenter est nettement supérieur à la nouvelle d'origine, soi dit en passant, qui elle aussi aurait été oubliée, sinon.
Bref, Campbell a une obsession, les pouvoirs psy. Il pousse ses auteurs à les décliner à toutes les sauces dans son magazine. Et la machine de Hieronymus ? Bon sang, mais c'est bien sûr, c'est le champ psy qu'elle détecte ! Pour lui, ça crève les yeux ! Il défend donc cette technologie à longueur d'éditoriaux et entreprend une correspondance suivie avec l'inventeur.
Campbell était un gros facho. Vous allez me dire que vous ne voyez pas le rapport. Je ne serais pas si péremptoire. J'ai remarqué une porosité de la pseudo-science (on a beaucoup d'exemples récents). L'homéopathie a longtemps été un marqueur, d'ailleurs, via des phénomènes comme Steiner ou Hess avant de devenir plus mainstream.
Mais d'une certaine façon, ce soutien a joué en la faveur de Hieronymus. À la fin de sa vie, il expliquait que l'enthousiasme de Campbell avait été contre-productif et n'avait attiré l'attention que de fous amateurs de magie et de pouvoirs extrasensoriels, empêchant de développer un intérêt légitime pour sa brillante invention. C'est ballot, tout de même....


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