Accéder au contenu principal

Fear and loathing at the FIBD

Gné ?

Ah oui... Je voulais vous raconter mon festival d'Angoulème. Non que ce soit particulièrement passionnant en soi, hein, ça reste un festival, avec ses passages obligés, ses galères classiques, ses tranches de rigolades et ses beuveries. Mais bon, les gens ont le droit de savoir, parait-il.

Donc...

Jeudi :
Pris le train dans l'après-midi. Emporté un peu de lecture et un film à regarder en chemin, Game Change avec Ed Harris et Julianne Moore, un truc assez épatant sur la campagne McCain / Palin de 2008. Julianne Moore est incroyable de vérité, et cette chronique d'un désastre annoncé est assez croustillante, les conseillers politiques ayant sélectionné le gouverneur de l'Alaska ne comprenant que graduellement ce qu'ils viennent de lâcher dans la nature.

Arrivé sur place juste à l'heure de la fermeture de la bulle New York, et il a fallu que je négocie ferme pour pouvoir entrer récupérer mon badge. Mais un agent de sécurité un peu habitué a dû décider qu'un type fagoté comme un clodo, insistant, mais parlant comme une personne raisonnablement éduquée était probablement un auteur de BD, donc j'ai pu entrer, et récupérer le précieux pass des mains de Philippe Marcel, mon éditeur chez la Cafetière.

Puis apéros divers, dîner, after au bar de l'hôtel Mercure (j'ai manqué de m'éborgner deux fois avec le petit bâton radioactif qu'ils foutent dans leur cocktail), et retour à une heure indue avec un collègue déchiqueté (mais qui contrairement à moi connaissait le chemin de notre logement), et qui tenait absolument à aller se cogner avec les beaufs devant la boite de nuit, juste pour le plaisir de la chose. J'ai réussi à l'embarquer et à le dissuader. En arrivant au logement (un plan avec le studio Makma), j'avais le choix entre partager une chambre avec lui, et une chambre avec un pote ronflant comme un moteur de C130 Hercules. J'ai choisi le C130 Hercules.

Vendredi :
Après le petit dèj et quelques dédicaces sur le stand, débat Spider-man, avec Xavier Lancel, de Scarce, Monsieur Lainé, toujours dans les bons coups, et Olivier Delcroix, qui avait dit grand bien d'une de mes traductions dans les pages du Figaro. Cordial et sympa, ce débat. Suivi d'un déjeuner cordial et détendu (merci encore pour une invitation qui m'a fait grand plaisir). Puis je suis descendu au Champ de Mars, pour voir un peu comment ça se passait chez les gros éditeurs, faire un tour chez Urban, serrer quelques mains, faire quelques bises, en évitant ainsi la foule du samedi.

Journée assez speed, en fait, à part l'intermède du déjeuner. Le dîner est cool, puis on file au Mercure, pensant que ce serait l'after. Sur place, je m'enquiers d'un dessinateur de mes amis, que je n'ai pas encore vu, mais on me répond qu'il est à New York. "ah bon, il y avait quelque chose du côté de la bulle New York, ce soir ?" "Non, New York, la ville." Bon. Je le verrai une autre fois, alors. La soirée se passe en coups à boire, en discussions diverses, en rendez-vous pris pour le lendemain. Et puis un passage à la backro... Non, ce n'est pas le terme... La pièce réservée par un autre de mes éditeurs, pour prendre une coupe de champagne et causer un peu. On en est déjà, à ce stade, à l'after de l'after, alors je me dis qu'après, il sera temps de rentrer.

Sauf que je n'ai fait qu'une fois le trajet, qu'il est compliqué, que je suis vanné et que j'ai peur de me perdre. Alors il faut que je localise un membre du studio Makma pour qu'on fasse la route ensemble. Et Mat, celui qui était dans le coin au moment où j'ai filé à l'after de l'after a disparu. Heureusement que je connais une ancienne collègue à lui (les anciens stagiaires des Humanos, c'est comme ceux qui ont connu les tranchées, ou les camps, ou un naufrage, ça rapproche) qui a son téléphone. Il est en fait à une autre after au gzzztchiiikchhhgzzzt. Bon, un raisonnement dans l'abstrait me donne à penser que "gzzztchiiikchhhgzzzt" c'est le Kennedy, un pub à l'autre bout de la ville. En fait, on finit par découvrir que c'est le bar d'un autre hôtel, moins loin, mais dans la direction exactement opposée. Et donc, nous filons à l'after de l'after de l'after où il faut bien boire un coup avec les copains qui y sont, forcément.

Puis retour au logement, et là, c'est le drame. Je papote encore avec quelques copains encore debout (et un déjà levé parce qu'il a un train très tôt), puis je vais me coucher, parce qu'il va falloir dormir : je donne une conférence dans la journée de samedi. Et dans le lit, je perçois la présence obsédante du trac, lové sous les couvertures, qui attend que je m'allonge pour me sauter dessus et me faire subir des actes réprouvés par la morale et Télérama. Je retourne donc papoter avec les copains, pour chasser cette angoisse sourde. Et du coup, je fais nuit blanche, passant la dernière demi-heure avant le petit dèj à réviser ma conférence.

Samedi :
Debout tôt, et pour cause. Je passe au stand, je dédicace tranquillement du Dernière Cigarette, du Apocalypses, des choses bien, quoi. Puis vient l'heure de la conférence, et le trac se réveille subitement. à ce stade, ça ne m'inquiète encore pas trop, j'ai toujours un peu le trac avant ce genre d'exercice, et j'ai quelques techniques pour le contrer. Le passage aux toilettes, par exemple : un coup de flotte sur la figure avant la conférence, ça donne du pep's. La bouteille d'eau sur la table aussi. Néanmoins, je sens des sueurs froides me dégouliner le long du dos. Et je m'avise alors que j'ai fait une erreur tactique : par bêtise ou par coquetterie, j'ai structuré ma conférence d'une façon un peu alambiquée, j'ai prévu des retours, des mises en miroir, et c'est en adéquation totale avec le fond de mon sujet. Sauf qu'après une nuit blanche et un mois plein de surmenage intensif (750 pages de trad, des pages de scénario, des dépannage divers, tout en essayant d'avoir une vie de famille et de sortir parfois de mon bunker pour voir si le monde existe toujours, dehors), un plan inutilement subtil est un moyen très sûr de se planter.

Je sens que la situation m'échappe et je commence à transpirer à grosses gouttes. Se servir un verre d'eau et le boire doucement pour reprendre le fil ne suffit plus : je m'enfile deux bouteilles en moins de cinq minutes. Ma dernière astuce, c'est de faire une pause dans le développement, et de m'arrêter sur un point de l'iconographie, projetée derrière moi, de focaliser dessus une minute en improvisant autour de l'image, et de reprendre le fil. Sauf qu'en me retournant, je m'aperçois que c'est pas la bonne image, je me suis planté quelque part dans le défilement. Et là, je cale, je bafouille, je transpire comme un bourricot et je commence à trembler comme une feuille. En d'autres termes, à me chier dessus devant 80 personnes qui se sont déplacées pour m'écouter. L'horreur absolue.

Je bafouille une excuse et je sors dans le couloir pour reprendre mon souffle. Il est plus simple de laisser la crise de panique et d'angoisse suivre son cours quand on est seul, roulé en boule par terre dans un coin, parce qu'on ne cherche plus à garder la moindre dignité. Ça permet du coup à la tension de retomber un peu. Dès que j'ai repris un peu contenance, j'y retourne. Jean-Paul Jennequin, l'organisateur, a réussi à tenir le public, à le faire attendre. Il vient d'assumer le rôle peu enviable du Monsieur Loyal qui meuble en attendant qu'on évacue le cadavre déchiqueté du dompteur mangé par ses propres tigres, et annonce le numéro des trapézistes.

Et de fait, la suite s'apparente à du trapèze volant sans filet : comprenant que mon plan ne suffira qu'à m'embrouiller un peu plus à chaque coup d'œil, je le plie et je l'empoche. Je finirai en impro, en me fondant pour l'essentiel sur le reste de l'iconographie. C'est pas optimal, mais au moins, ça me permet d'arriver au bout. Les manques et les flous de la conférence peuvent encore être compensés et comblés au moment des questions du public.

Sauf que le public a été formidable, compréhensif, compatissant. Il m'a vu m'effondrer et revenir quand même pour finir mon exposé. Alors par charité, il se refuse à prolonger mon supplice. C'est tout à son honneur, mais une conf bancale sans questions du public derrière, ce sera bien la démonstration sans appel de la catastrophe. Heureusement, Monsieur Lainé était dans l'assistance (on a toujours besoin d'un comparse dans le public, en fait) et a ouvert le feu histoire d'amorcer la pompe (je me demande si je ne me mélange pas dans mes métaphores, là), et à l'arrivée ça n'aura pas été trop piteux. Mais quand même, l'alerte est sérieuse : mon côté angoissé à la Woody Allen (ou "angoisses de midinette de merde", dans mon jargon personnel), n'attend qu'une occasion pour s'exprimer, et là il s'était emparé du mégaphone. Il va falloir que j'apprenne à gérer mon stress. Et surtout, ça m'apprendra à faire le malin et à foutre des coquetteries de structure dans un plan de conférence sur un sujet difficile. La prochaine fois, je reviens aux grosses parties thématiques, quitte à broder dessus en cours de route si je me sens en verve.

Après la conf, deux amis tentent de me trainer à déjeuner, mais mon estomac fait plus de nœuds qu'une convention de boy-scouts. De toute façon, à cette heure, tout est blindé, plein, refuse du monde. "Sauf un truc, là, regarde ! Il reste une table là-dedans !" On fonce, mais je m'arrête net devant le panneau affichant le menu : le Mont d'Or chaud sur lit de salade et le confit de canard, ça ne me semble pas exactement être ce dont j'ai besoin.

Du coup, je retourne au stand et je dédicace un peu, ça me permet de me remettre sur les bons rails avant mes rendez-vous de l'après-midi, pris la veille au soir. Une session de travail avec Christian Clot pour boucler Burton 2 (l'album a pris du retard, on ne sortira pas en Mars contrairement à ce qui était prévu (Plus d'infos ici-même en temps utile). En théorie, je ne devrais pas être en état de subir une réunion de ce genre, faite de propositions, contre propositions, prises de notes, écriture de bouts de dialogues et découpage divers ne sont pas faciles et demandent d'avoir l'esprit vif et disponible. Après une nuit blanche et un tel coup de calgon, je devrais être par terre, mais non, j'ai trouvé un second souffle , et même un troisième (réunion dans la foulée avec un autre scénariste sur un projet en co-écriture, dont je vous reparle d'ici cet été).

Et ensuite, restau, after au Mercure, mais pas question d'after d'after, après plus d'une quarantaine d'heures dans dormir. Il était urgent que je m'effondre comme un gros étron fumant dans mon lit, et que je récupère.

Dimanche :
En comparaison, la journée n'a pas connu d'incident notable. Un peu de dédicace, un peu de discussions boulot et de discussions amicales, puis aller manger un bout, puis sauter dans le train, retour à la maison, bisous à la famille, pâte à dents, et dodo.

Commentaires

soyouz a dit…
L’Apocalypse selon Nikolavitch, ça a de la gueule quand même. Enfin, c'est toi-même qui t'aies envoyé la (enfin les) bombe ! ;)
Mathieu Doublet a dit…
Hé bé, toujours aussi rock'n'roll !

Si jamais je te vois en conférence, je penserai à te poser une question, même si elle n'a aucun rapport avec le sujet. :)
Ancienne stagiaire des Humanos a dit…
Hé hé ! C'est encore plus drôle à lire quand on a soi-même assisté ou entendu parler en détail des événements. Le FIBD, chaque année, ça sent la poudre (à canon) et le houblon !
Mamie a dit…
C'est bon à savoir, ça, que les crises de panique en public ça arrive également aux grands messieurs. Et je note aussi le coup du plan alambiqué à éviter.

Posts les plus consultés de ce blog

Le parrain de la galaxie

 Récemment, pour des raisons familiales, je me suis refait une petite cure de Coppola. Les deux premiers Parrain , et Apocalypse Now . Cette succession assez rapide m'a amené à prendre une conscience plus aiguë des jeux de miroirs et de symétrie de ces films (je crois en avoir parlé, mais Le Parrain 2 est une des bases qui m'ont servi pour écrire Trois Coracles ). Ça m'a conduit à repenser à un truc.  Warp Nine, Mr. Sulu   La fin du Parrain , ce montage parallèle entre le baptême du fils de Michael Corleone et l'élimination systématique des ennemis de la famille et des traîtres (qu'on retrouve à la fin du Parrain 2 , d'ailleurs), il existe dans Dune . Enfin, dans Dune 2 , le Messie de Dune . Sauf que... c'est une scène coupée. Le vieil Herbert procédait souvent par soustraction. Il y a un paquet de chapitres des deux premiers Dune qu'il a finalement supprimés de la version publiée (et qui sont sortis bien plus tard dans une compilation, La Route de Dune...

Planches à histoires

J'ai pas mal remis les mains dans le moteur en termes de BD, ces derniers temps. Certains projets ont bénéficié de curieux alignements d'étoiles et il a fallu reprendre des scénarios, les retravailler, attaquer l'écriture d'autres trucs, tester des choses. Et donc, superviser aussi la phase de story-board. C'est un moment clé, le story-board en BD, on n'insistera jamais assez là-dessus. Un scénario, c'est un document technique, assez aride, destiné essentiellement au dessinateur pour qu'il puisse se mettre au travail sans avoir à se poser de question : le scénario est censé y répondre (dans les faits, il manque toujours des trucs, mais dans l'idéal, c'est vers ça qu'il faut tendre) (le fait qu'il reste des trucs à discuter, c'est ce qui fait qu'un dessinateur de BD n'est pas qu'un simple exécutant, d'ailleurs). Le story-board, c'est le moment où on convertit les mots sur le papier en enchaînement de dessins, en bro...

Retrouver le goût de l'absence

Normalement, à cette période, je devrais être en train de préparer mon séjour en Charentes. Cette année, ça faisait depuis au moins la rentrée que je le savais : y avait peut de chance que j'y aille. La situation au niveau de l'organisation du Festival d'Angoulème ne faisait que dégénérer chaque jour un peu plus et, si on n'avait jamais été dupes de son attitude vis à vis du tout venant des auteurs, on se retrouvait pile sur cette ligne de crête où il suffit d'un caillou mal placé pour que tout bascule d'un côté ou de l'autre. Hommage aux consoeurs qui, en menaçant de ce qui est devenu le "girlcott", ont permis à l'asso FIBD et à 9e Art de montrer frontalement leur vrai visage et l'étendue de leur mépris. Dès lors, le rejet a été massif. Lorsque les éditeurs ont annoncé soutenir le mouvement (dans les faits, ils en prenaient surtout acte et voyaient bien qu'ils avaient tout intérêt à lâcher l'affaire plutôt que de s'emmerder à m...

Un peu tôt pour Carnaval

J'ai enfin pris le temps de mettre le nez dans le nouveau Mignola, Le carnaval des cadavres , sorti à la rentrée chez Delcourt. Mignola, je suis fan depuis longtemps, depuis que j'avais pris ses Corum en VO (ils ont été traduits trente ans plus tard par ma pomme), le voyant évoluer sur Cosmic Odyssey, Le cycle des épées , son Alien qui était très bien et son Doc Strange que je vénère, puis ses Batman , avant d'arriver à Hellboy , l'univers qui l'a quand même pas mal occupé pendant les décennies suivantes.   Là, il se lance dans un nouvel univers, de fantasy, qui m'évoque très fort les contes de Dunsany (que Mignola doit probablement connaître) liés au cycle des Dieux de Pegàna (récemment réédité en intégrale chez Kalidor, je crois) qui reste un des fondements discrets de la fantasy d'avant Tolkien, ayant notamment influencé le Cycle du Rêve de Lovecraft.  Chez Dunsany, les grandes épopées sont esquissées en quelques pages, ce qui compte vraiment ce sont...

Sonja la rousse, Sonja belle et farouche, ta vie a le goût d'aventure

 Je m'avise que ça fait bien des lunes que je ne m'étais pas penché sur une adaptation de Robert E. Howard au cinoche. Peut-être est-ce à cause du décès de Frank Thorne, que j'évoquais dernièrement chez Jonah J. Monsieur Bruce , ou parce que j'ai lu ou relu pas mal d'histoires de Sonja, j'en causais par exemple en juillet dernier , ou bien parce que quelqu'un a évoqué la bande-son d'Ennio Morricone, mais j'ai enfin vu Red Sonja , le film, sorti sous nos latitudes sous le titre Kalidor, la légende du talisman .   On va parler de ça, aujourd'hui Sortant d'une période de rush en termes de boulot, réfléchissant depuis la sortie de ma vidéo sur le slip en fourrure de Conan à comment lui donner une suite consacrée au bikini en fer de Sonja, j'ai fini par redescendre dans les enfers cinématographiques des adaptations howardiennes. Celle-ci a un statut tout particulier, puisque Red Sonja n'est pas à proprement parler une création de Robert H...

Origines pas si secrètes

Même si dans l'espace, on ne vous entend pas crier, rien n'arrive dans le vide. C'est un fait connu, même une oeuvre marquante et, comme disent les Américains, "séminale" (ce qui est rigolo en parlant de mon sujet du jour), a toujours des sources, des racines ailleurs. J'ai fait des conférences explorant les éléments agglomérés lors de la création Superman ou de l'oeuvre de Lovecraft.  Un exemple rigolo, c'est Alien . Le film de Ridley Scott a marqué les imaginaires. On n'avait jamais vu ça à l'époque. Pourtant, une partie de son decorum, les travelings sur le vaisseau au départ, par exemple, vient de Star Wars , qui avait élaboré à partir de ce qu'il y avait dans le 2001 de Kubrick. Mais ça, ce n'est que la partie émergée du Nostromo. On peut fouiller tout le reste et trouver, qui pointent le bout de leur nez, bien des choses en somme. L'histoire de base n'est pas due à Ridley Scott, mais à Dan O'Bannon qui avait recyclé...

Toi, tu vas te faire appeler Arthur

Comme je le disais hier, les bandes annonce du prochain Guy Ritchie consacré au roi Arthur et à Excalibur me plongent dans un abîme de sentiments partagés. Il se trouve que, maintenant que le manuscrit de l'Île de Peter est entre les mains d'un pouvoir supérieur (celui de l'éditeur, pour faire court), j'ai pu attaquer mon prochain bouquin, et qu'il tape précisément dans cette période et cette mythologie-là. Et, vous connaissez ma maniaquerie documentaire, j'en suis à collectionner les cartes donnant les limites des royaumes et provinces du Vème siècle grand-breton, celles qui donnent les lignes de côtes, etc. Y a pas le quart de la moitié de tout ce matériel accumulé qui me servira de façon effective, mais c'est comme ça que je bosse, j'y peux rien. Je potasse les sources les plus anciennes pour tenter d'approcher au plus près une texture, une fragrance, pas forcément une réalité mais tout au moins une forme de vraisemblance. Je m'immerge. Je ...

Doctus cum libro

Je viens de me souvenir que j'avais promis de causer de mes lectures de vacances. Donc avant que le mois d'Août soit fini, il est peut-être temps que je m'y mette. Et avec les voyages en train, les soirées pastaga-moustiquaire, les nuits où il faisait trop lourd pour roupiller et les après-midi de crise de flemme (ou de panne d'inspiration), j'ai fait un peu le plein. Et comme d'habitude, ça aura été du vrac, de l'éclectique et une espèce de foutoir. Aventuriers des Etoiles , de Roland C. Wagner, est un recueil de deux romans de space op' se déroulant dans le même univers, un univers foutraque avec des personnages hauts en couleur (le pilote d'élite est bleu, par exemple). C'est ressorti chez Hélios, la petite collection de poche des Indés de l'Imaginaire (le collectif dont font partie nos amis les Moutons électriques), tout comme La Voix du Feu, d'Alan Moore, lu juste avant les vacances (ça aussi, c'est foutraque, mais pas du to...

Le slip en peau de bête

On sait bien qu’en vrai, le barbare de bande dessinées n’a jamais existé, que ceux qui sont entrés dans l’histoire à la fin de l’Antiquité Tardive étaient romanisés jusqu’aux oreilles, et que la notion de barbare, quoiqu’il en soit, n’a rien à voir avec la brutalité ou les fourrures, mais avec le fait de parler une langue étrangère. Pour les grecs, le barbare, c’est celui qui s’exprime par borborygmes.  Et chez eux, d’ailleurs, le barbare d’anthologie, c’est le Perse. Et n’en déplaise à Frank Miller et Zack Snyder, ce qui les choque le plus, c’est le port du pantalon pour aller combattre, comme nous le rappelle Hérodote : « Ils furent, à notre connaissance, les premiers des Grecs à charger l'ennemi à la course, les premiers aussi à ne pas trembler d’effroi à la vue du costume mède ». Et quand on fait le tour des autres peuplades antiques, dès qu’on s’éloigne de la Méditerranée, les barbares se baladent souvent en falzar. Gaulois, germains, huns, tous portent des braies. Ou alo...

Hail to the Tao Te King, baby !

Dernièrement, dans l'article sur les Super Saiyan Irlandais , j'avais évoqué au passage, parmi les sources mythiques de Dragon Ball , le Voyage en Occident (ou Pérégrination vers l'Ouest ) (ou Pèlerinage au Couchant ) (ou Légende du Roi des Singes ) (faudrait qu'ils se mettent d'accord sur la traduction du titre de ce truc. C'est comme si le même personnage, chez nous, s'appelait Glouton, Serval ou Wolverine suivant les tra…) (…) (…Wait…). Ce titre, énigmatique (sauf quand il est remplacé par le plus banal «  Légende du Roi des Singes  »), est peut-être une référence à Lao Tseu. (vous savez, celui de Tintin et le Lotus Bleu , « alors je vais vous couper la tête », tout ça).    C'est à perdre la tête, quand on y pense. Car Lao Tseu, après une vie de méditation face à la folie du monde et des hommes, enfourcha un jour un buffle qui ne lui avait rien demandé et s'en fut vers l'Ouest, et on ne l'a plus jamais revu. En chemin, ...