lundi 27 août 2012

Carbonisé !

Je compte les tagliatelles à la Carbonara au rang des plus grandes conquêtes de l'esprit humain. Surtout quand on mégote pas sur le parmesan. J'étais justement pas plus tard que dernièrement en train de méditer devant une assiette généreusement garnie en tagliatelles à la Carbonara (et en parmesan) quand je me suis avisé d'un détail en apparence insignifiant, mais qui pouvait avoir son importance.

La sauce Carbonara est, comme son nom l'indique, une invention des Carbonari. Alors là, je vous vois me regarder d'un œil torve et incrédule, mais je vous assure que je ne vous raconte pas des craques. Ou en tout cas, pas plus que d'habitude.

Donc, les Carbonari. Le nom remonte aux anciens charbonniers italiens, qui opéraient dans les forêts profondes des Apennins. Là, ils vivaient dans le dénuement et des cabanes, et ils produisaient du charbon de bois. Dès le Moyen-Âge, les dissidents politiques avaient pris l'habitude de se réfugier dans les cahutes des charbonniers, dont ils partageaient la maigre pitance le temps que les archers des Gibelins les oublient.

L'invention (en fait, l'importation grâce à Marco Polo) des nouilles rendit cet exil plus supportable : au lard et au fromage des charbonniers, les exilés pouvaient ajouter de la crème et des pâtes, et dès lors, il devient "in" d'entrer en résistance et de se réfugier dans les cabanes des "carbonari". La cabane en forêt, c'était devenu incontournable quand on voulait jouer les engagés, comme Cuba ou le Larzac dans les années 70. Le trip à la Thoreau, c'est mieux devant une bonne assiette.

Au tournant du 19ème siècle, cette tradition contestataire s'était bien installée dans les forêts. Les rituels professionnels des charbonniers en avaient fait une sorte d'alternative écolo-friendly de la franc-maçonnerie. Dès lors, tout le jus révolutionnaire et anticlérical de l'époque trouvait à s'exprimer chez les charbonniers, qui voyaient d'un bon œil ces gens leur apporter des pasta en échange du gîte et du couvert. L'idéologie de ces mouvements, vite importés en France, se rapprochait peu ou prou de celle des Illuminés de Bavière interdits quelques années auparavant, et les groupes mirent en œuvre des systèmes de cloisonnement qui seront repris par la suite par les groupuscules communistes.

Franc-maçons, Illuminati, complots communistes, il y a tout ça dans votre assiette quand vous vous servez des pâtes généreusement nappées de crème fraiche, de lardons, de parmesan et d'un jaune d'œuf. En mangeant de la carbonara, vous vous faites les propagateurs et les continuateurs d'un complot très ancien. C'est dingue, non ?

Prochainement, "l'attentat de la gare de Bologne était-il le fait des sectateurs de la sauce Bolognaise ?"

Et pour répondre à votre question, oui, j'ai arrêté la meringue, à présent associée à un terrible traumatisme. C'est aussi pour ça que je suis à fond dans les pâtes à la carbo. Hasta siempre pasta !

1 commentaire:

Franck Jammes a dit…

Dis-donc, qu'est-ce que tu peux raconter comme ânerie quand on remplit ton assiette...