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Allan a bonne mine

J'avais dans mes étagères depuis un bail une poignée de Rider Haggard, récupérés pour certains dans un lot de Néo obtenu à vil prix, pour d'autres en bouquinerie pour compléter des séries pour le jour où j'en entreprendrais la lecture. Vous savez comment ça se passe, je n'ai jamais complété ni She, ni Alan Quatermain, mais j'en avais quelques uns, donc, qui prenaient la poussière.

L'an passé, à l'approche de l'été, je m'étais lu quelques Tarzan de E.R. Burroughs, en me prenant la série dans l'ordre (jusqu'alors, je n'en avais lu que deux ou trois, épars), dans la foulée de mon visionnage de tous les films avec Johnny Weissmüller (qui a quand même, je le maintiens, vachement des faux airs de Benjamin Biolay en slip) (j'ai récupéré cette année, dans une brocante, les Pellucidar. Je les lirai bientôt, je pense).




Cette année donc, j'ai enfin lu du Alan Quatermain, que je ne connaissais que par les films avec Richard Chamberlain et par la Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ainsi que par plein de références croisées, bien sûr). Et c'est très surprenant. Bien sûr, c'est de la grande aventure africaine à l'ancienne (avec même le coup de l'éclipse pour se tirer d'un mauvais pas, si ça se trouve c'est la première occurence de ce trope bien usé depuis), mais plusieurs éléments m'ont cueilli.


Déjà, Quatermain lui-même. Loin du proto Indiana Jones que j'imaginais, ou d'un espèce de Richard Francis Burton fictif, on a dès le départ un type sur le retour, un peu désabusé, qui se présente lui-même comme un type pas courageux (et qui est jaloux du dentier d'un de ses camarades, apparemment de meilleur qualité que le sien). S'il est carré et réglo, il ne fait preuve d'aucune espèce de "noblesse d'aventurier" ni quoi que ce soit de ce genre. Il est même discrètement cynique à l'occasion. Le profil de héros, là-dedans, ce n'est pas lui, c'est son camarade Sir Henri. Mais le rôle de faire valoir est lui aussi joué par quelqu'un d'autre, le cocasse capitaine Good. Quatermain est surtout un narrateur, un narrateur dont la connaissance du pays et du terrain est précieuse autant pour le lecteur que pour ses compagnons. La version qu'en donne Moore dans la Ligue n'est donc pas si iconoclaste.

Deuxième surprise, c'est remarquablement documenté. On n'est pas dans une Afrique de bazar, un continent noir fantasmé à la Tarzan. J'ai vérifié, du coup, et Rider Haggard a en effet séjourné sur place, et… et ça se sent. Les détails sonnent vrai, et pas à la Jules Verne, il y a trop de petits trucs concrets qui ne sentent pas le réchauffé, la notule d'encyclopédie.

Et le plus étonnant, c'est que c'est incroyablement peu raciste. Alan Quatermain et les Mines du Roi Salomon date de 1885, et contrairement à pas mal de romans d'aventures de l'époque, il respecte les indigènes, y compris les ennemis. Certes, on y trouve souvent de bonnes bouffées de paternalisme, mais pas de jugements de valeur. Dans le deuxième tome de la série, le guerrier zoulou Umslopogaas, s'il a les caractéristiques du serviteur noir herculéen à la Lothar dans Mandrake… N'est certainement pas un serviteur. C'est un chef qui s'est attaché à Quatermain en raison de leur respect mutuel. Et s'il est à l'occasion incroyablement brutal, il demeure un guerrier noble, pas un bon sauvage, mais un être plus primitif dans ses manières que Quatermain sans lui être présenté comme inférieur. Ça aurait pu être un personnage à la Robert E. Howard, si justement Howard n'avait pas eu une teinte raciste.

Bref, une excellente surprise. Je sens que je vais compléter tout ça sous peu. Ça a été réédité y a pas si longtemps chez Terre de Brume, si le genre vous plaît, foncez.

Commentaires

Unknown a dit…
De quoi recharger tes AQ...

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