Accéder au contenu principal

Vers l'infini, tout ça, tout ça

Je suis tombé sur le livestream d'un lancement Soyouz. Vous me connaissez, c'est le genre de trucs sur lesquels je suis capable de scotcher toute affaire cessante (pourtant, l'affaire en cours me tient à cœur : c'est la traduction des premiers comics que j'avais achetés en VO, y a un peu plus d'une trentaine d'années).

Je regardais donc le pas de tir en écoutant les commentaires, et puis y a eu un gros plan sur la fusée, et là, ça a été le drame. L'agence RosKosmos avait collé dessus une grosse affiche pour la coupe du monde de foot. Alors, je comprends la ferveur nationale et tout, mais ça m'ennuie qu'on vienne salir comme ça un des rares trucs encore à peu près beaux dans le monde, à savoir la conquête spatiale (bon, le pire de ce point de vue, c'est pas la pub footeuse, c'est Trump qui veut réactiver le programme Star Wars de papy Reagan) (Reagan avait l'excuse de l'Alzheimer. la citrouille humaine, là, c'est quoi son excuse, au juste ?). Et ça m'a rappelé fort opportunément que je ne vais pas tarder à entrer dans une période de diète médiatique, au cours de laquelle il faudra même éviter d'aller boire un café au bistro de peur qu'il y ait une télé au mur ou un fâcheux qui viendra me commenter le match de la veille, me demander ce que j'en pense et précommenter le match suivant. C'est un stress constant, les coupes du monde. Et même l'aspect marrant (la découverte de paris truqués, de dessous de tables et de crapoteries diverses), ça attendra forcément après, parce que les télés vont pas tuer la poule aux œufs d'or avant qu'elle ne soit fini (et du schproum après, y en aura) (parce que la FIFA ET les Russes ? quand ce sera fini, ça va être open bar sur les révélations crasseuses).

J'ai néanmoins préféré chasser de mon esprit ces considérations et me concentrer sur le lancement. Et puis mon regard est tombé sur les commentaires en live. Les commentaires en live, c'est comme les commentaires youtube ou les commentaires sous les articles du figaro.fr, j'y vais pas normalement. C'est l'apocalypse de la déchéance humaine, ces trucs là. Mais l'œil humain est ainsi fait qu'il est attiré par ce qui bouge. Et le défilement des mentions m'a piégé.

Cadeau : un timbre pour ces timbrés

Et donc, tous les vingts ou trente commentaires, il y avait une question intéressante de spectateur. Et, quand elle ne se perdait pas dans le flot, quelqu'un y répondait. Le problème, c'est le flot. Pas mal de gens qui semblaient s'être donnés le mot pour expliquer que ce lancement était une mise en scène, que ça ne pouvait pas exister parce que, et c'était scientifiquement prouvé, la terre était plate. Sauf que prouver que la terre n'est pas plate, c'est à la portée de n'importe qui sait localiser l'étoile polaire et voyage un peu vers le Nord ou vers le Sud (et on savait déjà le faire dans l'Antiquité, à une époque où non seulement on savait que la Terre était ronde, mais en plus on avait réussi à en mesurer la circonférence avec une marge d'erreur relativement faible). Je veux bien croire qu'une partie de ces types soient juste des trolls qui font les malins. On a les plaisirs qu'on mérite, mais pourquoi pas ? Le problème, c'est que d'autres y croient vraiment. Pour toutes sortes de raisons. Certains croient démontrer ainsi, semble-t-il leur intelligence "supérieure", dépassant l'endoctrinement scolaire, faisant surtout la démonstration qu'il n'ont pas écouté ni compris d'autres notions simples (de géométrie, notamment) qui fracassent leurs "démonstrations". D'autres croient défendre une vision religieuse du monde qui n'est même pas périmée : elle n'a tout simplement jamais réellement existé en Occident : si les docteurs de Salamanque se sont moqués de Colomb, ce n'est pas parce qu'ils croyaient la terre plate, mais qu'ils la savaient ronde, et avaient de plus de bien meilleurs chiffres que le navigateur. Avec les visions religieuses du "retour à la pureté", on est toujours sur des reconstructions orientées.

Mais du coup, j'essaie de piger ce qui se passe dans la tête de quelqu'un qui va délibérer aller sur une vidéo d'un évènement quand même assez anodin (des lancements Soyouz, y en a un paquet par an) pour poster mécaniquement toutes les 15 secondes "fake" "fake" "fake" comme un député LREM bavant des éléments de langage répétitifs et grotesques sur tous les plateaux de télé. On se sent fort, en faisant ça ? On a l'impression d'accomplir (à peu de frais) une mission sacrée ? Quel triste et misérable moyen d'exister, quand même.

Faut-il avoir l'âme racornie, quand même… C'est un peu comme ces élus qui se mettent à poster sur un fait divers dès qu'il y a possibilité qu'il ait été commis par quelqu'un issu de l'immigration (et doivent retirer le truc en catastrophe quand il s'avère que ce n'est pas le cas) (sauf ceux qui sont tellement dans leur bulle qu'ils ne voient pas passer la vérité, et laissent donc leur commentaire initial, c'est délicieux). Sauf que les platistes, aucun fait ne les dérange. Rien ne semble entamer leur certitude d'airain, c'est assez fascinant.

Au départ, on se dit que l'éducation a loupé quelque chose. Et puis dès qu'on y repense, on voit bien que c'est comme pour le créationnisme, l'homéopathie*, le récentisme ou la théorie du ruissèlement, ces inepties sont propagées par des gens qui y trouvent leur compte, qui en font un business ou le fondement idéologique de crapuleries, parfois les deux à la fois. Et même s'ils sont assez peu nombreux, en fait, ils font beaucoup de bruit. C'est épuisant. Lutter contre ça est indispensable, mais c'est épuisant.


*cas particulier, je le reconnais : ça avait du sens quand ça a été théorisé, au XVIIIe siècle, parce qu'on croyait encore aux esprits et qu'on n'avait aucune idée des échelles en jeu dans la structure fine de la matière. Bon, eux aussi, les tenants de l'homéopathie, ils ont du mal avec la notion de fait et de charge de preuve.

Commentaires

Stéph a dit…
C'est très exactement ça : épuisant.
Et pourtant de plus en plus souvent indispensable...
Unknown a dit…
Quand on lit, on se coupe du monde... quand on écrit, c'est le contraire...

Posts les plus consultés de ce blog

Paradoxe de Langevin et décalage dans l'espace-temps

Alors, me fiant à ce qu'annonçait mon éditeur (je sais ce que vous allez dire : me fier à un éditeur, fallait vraiment que je sois con. mais je suis comme ça, moi, pétri d'une innocence confiante qui fait tout mon charme. et mon infortune avec), j'avais annoncé la sortie de Cosmonautes ! le 4 septembre. Et visiblement, y dû y avoir confusion avec la station de métro, parce qu'en fait, c'est le 19, vérification faite. Donc, Cosmonautes ! ce sera dans les bacs dans un peu moins de deux semaines. Désolé pour le contretemps. Et Saint Louis , ce sera le 13 novembre, au fait. Là aussi, on décale. C'est comme ça. Si néanmoins vous ne voulez pas attendre, parce que l'impatience vous gagne à l'idée de tenir entre vos mains tremblantes mon nouvel opuscule, vous pourrez le trouver en avant première mondiale aux Caves Alliées, 44 rue Grégoire de Tours à Paris, le vendredi 12 septembre. Il y aura aussi Nicolas Nova, pour Futurs ? et Laurent Whale, pour ...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...

Chronique des années de cagnard, livre 2

J'ai de la chance dans le malheur : les grands arbres du quai limitent un peu le carnage. Tant que le trottoir et les façades sont dans leur ombre, ça génère un poil de fraîcheur. Mais à partir de 15-16 heures, le soleil tourne et paf, le trottoir et les façades s'échauffent. Et la pierre d'Oise dont sont faits la plupart des bâtiments du coin absorbe bien, et rend pendant des heures ensuite.   Mais le pire, c'est quand on doit sortir de la zone des arbres. La petite place du marché, plus loin, a été refaite il y a quelques années. Le vilain goudron a cédé la place à de jolis pavés de granit. Le problème, c'est de ce temps-là, chacun d'entre eux se transforme en une mini porte de l'enfer. Ils brillent, renvoient chaleur et radiations, de quoi roussir les poils de mollets. Même l'eau qui peut tomber dessus, lorsque les brumisateurs de la place s'active, lorsque le temps orageux lâche quelques gouttes, lorsqu'un cafetier ou un poissonnier passe un ...

Le Fils du Retour

J'étais allé traîner mes bottes dans une grande surface culturelle, une de celles dont le nom évoque une vieille chanson de Louise Veronica Ciccone, même pas pour y acheter des trucs, c'était sur le chemin d'une grande surface de bricolage où j'avais des trucs à récupérer d'urgence pour plier des travaux chez moi. Bref. Une jeune libraire était en train de ranger des trucs dans un rayon et de mettre un peu d'ordre (je sais pas si vous avez remarqué, mais en librairie, la plupart des clients semblent physiquement incapables de remettre un bouquin à l'endroit où ils l'ont pris pour le feuilleter, ce qui fait que n'importe quel rayon tourne au boxon en quelques heures dès lors que des gens passent devant, c'est ce ce qu'on appelle le Second Principe de la Littérodynamique ). J'en étais à remarquer que les éditions Bragelonne sortent du Robert E. Howard en mode rafale et qu'il va falloir que je rattrape mon retard en la matière. Le Bran M...

Le Messie de Dune saga l'autre

Hop, suite de l'article de l'autre jour sur Dune. Là encore, j'ai un petit peu remanié l'article original publié il y a trois ans. Je ne sais pas si vous avez vu l'argumentaire des "interquelles" (oui, c'est le terme qu'ils emploient) de Kevin J. En Personne, l'Attila de la littérature science-fictive. Il y a un proverbe qui parle de nains juchés sur les épaules de géants, mais l'expression implique que les nains voient plus loin, du coup, que les géants sur lesquels ils se juchent. Alors que Kevin J., non. Il monte sur les épaules d'un géant, mais ce n'est pas pour regarder plus loin, c'est pour regarder par terre. C'est triste, je trouve. Donc, voyons l'argumentaire de Paul le Prophète, l'histoire secrète entre Dune et le Messie de Dune. Et l'argumentaire pose cette question taraudante : dans Dune, Paul est un jeune et gentil idéaliste qui combat des méchants affreux. Dans Le Messie de Dune, il est d...

Riri, Fifi, Loulou et leurs cousins lointains

Je ne suis pas du tout le premier à faire le rapprochement, mais dans les histoires des personnages Disney comme dans la geste arthurienne, il n'y a pas vraiment de paternité. Les personnages y sont toujours les neveux les uns des autres. Quand il y a paternité, le père n'est jamais montré. Perceval a bien eu un père, mais il est mort bien avant le début de ses aventures. Pareil pour Arthur, on connaît l'histoire d'Uther, mais le gamin n'a jamais connu papa. Chez les canards, c'est pareil : Picsou est l'oncle de Donald, lui-même l'oncle de Riri, Fifi et Loulou. Les parents de cette joyeuse bande, on ne les voit jamais, ou ils ne sont évoqués qu'en passant. Ce motif curieux est ancien : chez certains peuples africains, c'est bien l'oncle maternel qui détient l'autorité sur les garçons et qui les éduque. Dans le monde arthurien, notamment dans le cycle de Chrétien de Troyes, Gauvain et d'autres sont les neveux d'Arthur, mais l...

Nestor Ivanovitch Makhno

" Quand il se développe, l'anarchisme ne reconnaît aucune limite. " (Nestor Makhno, 1888-1934) Dans la mythologie gauchiste, Makhno, homme d'action bien plus que théoricien, tient une place à part. D'aucuns aiment à le réduire à un simple "chef des anarchistes", expression paradoxale pourtant non dénuée de vérité, mais le personnage est, comme souvent dans ce genre de cas, plus complexe. Il faut déjà savoir que la "république" libertaire mise en place par Makhno et ses compagnons couvrait l'Est de l'Ukraine, un territoire peuplé de près de 7 millions d'habitants, qui vécurent donc pendant quelque temps sous ce que l'on appellera, faute de mieux, un régime anarchiste. Le mode de fonctionnement de cet état sans état semble avoir été viable, et ce sont des forces extérieures (principalement l'Armée Rouge commandée à l'époque par Trotski) qui en ont précipité la chute. Il faut dire que le communisme libertaire des makhnovist...

Seul au monde, Kane ?

Puisque c'est samedi, autant poursuivre dans le thème. C'est samedi, alors c'est Robert E. Howard. Au cinéma. Et donc, dans les récentes howarderies, il manquait à mon tableau de chasse le Solomon Kane , dont je n'avais chopé que vingt minutes lors d'un passage télé, vingt minutes qui ne m'avaient pas favorablement impressionné. Et puis là, je me suis dit "soyons fou, après tout j'ai été exhumer Kull avec Kevin Sorbo , donc je suis vacciné". Et donc, j'ai vu Solomon Kane en entier. En terme de rendu, c'est loin d'être honteux Mais resituons un peu. Le personnage emblématique de Robert Howard, c'est Conan. Conan le barbare, le voleur, le pirate, le fêtard, le bon vivant, devenu roi de ses propres mains, celui qui foule de ses sandales les trônes de la terre, un homme aux mélancolies aussi démesurées que ses joies. Un personnage bigger than life, jouisseur, assez amoral, mais tellement sympathique. Conan, quoi. L'autre...