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Cap ou pas Cap ?

Ça fait quelques années que je ne lis plus qu'épisodiquement du Marvel. Il y a des auteurs ou des personnages auxquels je m'intéresse encore, mais les convulsions de l'univers Marvel lui-même, les grands événements qui changent tout, ça m'indiffère assez depuis un bout de temps.

Forcément, ça me conduit à louper des trucs pas mal, alors je me fais régulièrement des sessions de rattrapage. J'ai récupéré il y a pas longtemps les Hulk de Mark Waid, par exemple, que j'ai trouvé plus plaisants que ce qu'on avait pu m'en dire. J'avance dans les Thor de Jason Aaron, bien fichus.

Et puis on m'a prêté dernièrement les Captain America de Nick Spencer. Ceux qui suivent tout ça se souviendront peut-être qu'ils avaient fait scandale y a une paire d'années quand il avait été révélé que Captain America était un agent d'Hydra DEPUIS LE DEBUT !


L'épisode dont la case ci-dessus constituait la dernière page n'était même pas encore sorti que cela s'offusquait d'une telle trahison par les auteurs de ce qui constituait l'essence même du personnage, de la volonté de ses créateurs, du lectorat, etc, etc.

Et comme dans beaucoup de scandales de ce genre, je remarque que les plus bruyants sont les moins concernés.

Parce qu'on peut démontrer que ceux qui ont inondé internet de vociférations ne lisaient pas la série.

Cette case est extraite de Steve Rogers Captain America n°1,  écrit par Nick Spencer. Un premier numéro, c'est l'occasion de faire bouger les lignes, d'accrocher de nouveaux lecteurs. Mais Marvel étant ce qu'elle est en ce moment, c'était loin d'être le premier numéro que Spencer consacrait au personnage. En fait, quand il arrive à cette révélation, ça fait près de deux ans qu'il anime un titre appelé Sam Wilson, Captain America. Et qu'en fait, si on lit cette série précédente, on voit bien que cette révélation scandaleuse était préparée de longue date et ne saurait constituer une surprise… que pour ceux qui ne l'ont pas lue.

Car une bonne partie de la fin de SWCA tourne autour de manipulations du SHIELD avec un Cube Cosmique, un objet dont, depuis de vieux épisodes de Kirby consacrés au Captain, on sait qu'il permet de réécrire le réel. Or, lors d'un de ces épisodes, Steve Rogers se trouver ainsi "réécrit". Oh, la modification qu'il subit est positive (il retrouve sa jeunesse et ses pouvoirs) mais il n'empêche. D'autant que dans les mêmes épisodes, le Cube a surtout servi à réécrire des méchants pour en faire de bons citoyens (ce qui pose de très intéressants problèmes éthiques que la série tente de développer).

Dès lors, pour le lecteur familier des épisodes précédents, l'hypothèse d'une manipulation grâce au Cube tombait sous le sens. Et le n°2 de SRCA confirmait de toute façon cette piste. Fermez le ban, on a là une histoire certes construite sur un coup de théâtre un peu facile et conçu dans une idée de shock value, mais certainement pas de quoi se scandaliser. Pour l'ouvrir comme certains l'ont fait, il fallait n'avoir lu que la case incriminée et le résumé de l'épisode. Et accessoirement ne rien connaître aux mécaniques feuilletonnesques des comics, qui nous ont livré ce genre de retournements par paquets de douze depuis 80 ans que les super-héros existent.

Cela a été mis sur le compte d'un fandom de plus en plus toxique (comme précédemment le Gamergate et les Sad Puppies), mais c'est aussi un indice du fonctionnement (ou non fonctionnement, d'ailleurs) du débat, de nos jours. Les esprits s'enflamment à toute allure, et l'on remarque là aussi des déclarations très agressives de gens qui sont soit non concernés, soit se greffent sur des discussions pour verser de l'huile sur le feu. On l'a vu dans l'affaire de la gamine voilée dans The Voice, dans l'affaire de ce bouquin maladroit sur l'adolescence où le débat a tout simplement été confisqué par des pétitionnaires voulant le faire interdire (c'est très malin : la vraie discussion de fond sur le sexisme s'est éteinte d'un coup, pour céder la place à un débat biaisé et piégé sur la censure) (le même débat que nous ressortent les cadres du FN et autres supplétifs de l'extrême droite genre Zemmour qui pleurnichent qu'on les empêchent de s'exprimer, mais viennent l'exprimer à la télé, à la radio et dans la presse).

Il y a là une méthode qu'on voit appliquée de plus en plus souvent dans plein de domaine. Confiscation de débats légitimes par des agités qui le rendent impossible. C'est même devenu une méthode de gouvernement (il suffit de voir les déclarations de Collomb sur les associations d'aide aux migrants) et le problème n'est même plus celui d'une droitisation de la société (ou en tout cas de l'expression publique, et là aussi il y a une nuance à ne pas oublier) (et le problème, c'est qu'à gauche-gauche, on a de plus en plus recours à ce genre de méthodes aussi).

N'oubliez pas que c'est précisément ce genre de biais du débat qui a permis l'émergence de Trump… Nous ne sommes pas à l'abri. Et avec les nullités, mis en examen et autres échappés d'école de commerce qui sont au gouvernement, on a peut-être déjà perdu la guerre.

C'est fou comme, de nos jours, la simple lecture d'un comic book de consommation courante donne à réfléchir sur l'état du monde…

Commentaires

Laurent Lefeuvre a dit…
Hello !
Vachement bien vu !

Hélas, je vois les choses comme toi.

Salutations ! =:^)

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