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Il ferait beau voir aux Portes de corne et d'ivoire…

J'ai rendu dernièrement un texte qui a été un peu compliqué à accoucher. Il s'agissait d'une nouvelle destinée à une anthologie sur le thème du rêve. Par certains côtés et pour certains passages, l'écriture en a été paradoxalement facile : si vous me lisez depuis longtemps, vous avez déjà dû tomber sur ces textes un peu absurdes où je vous raconte mes rêves, et vous savez donc qu'ils sont parfois très riches de paysages et de lieux. J'ai donc exploité sans vergogne ce fond onirique personnel, et cela a donné quelques descriptions que je crois belles et poétiques.

Le gros problème, quand on écrit le rêve, mais qu'on est également censé livrer un texte qui se tienne et qui dépasse le côté surréaliste d'une recension d'aventures  nocturnes, c'est que la logique de l'écriture et celle du rêve coïncident rarement.  D'ailleurs, étymologiquement, le mot "logique" renvoie au langage articulé. Les rêves procèdent de représentations beaucoup plus symboliques et intimes que la parole. Les mettre en mots, c'est déjà les abîmer un peu. Les coucher par écrit, en atténuer la spontanéité (enfin, je dis ça, mais je cartographie les miens) (si si, j'ai un carnet où je tente de dresser la carte des endroits qui reviennent à plusieurs reprises dans mes rêves) (mais c'est bizarre, certains ce chevauchent).

Autre souci : un texte doit avoir un début, un milieu et une fin, et ce n'est pas toujours le cas d'un rêve, qui s'embranche parfois étrangement, et dont il ne reste au réveil que des fragments flous qui ne coïncide pas toujours entre eux. Qui plus est, ma présence dans cette anthologie imposait d'autres contraintes formelles, que vous découvrirez quand le bouquin sortira. Bref, arriver à restituer ce côté fluctuant et parfois décousu du rêve tout en écrivant un texte qui se tienne, cela a représenté un défi intéressant.

En attendant, voici un petit extrait du truc :

Péristyles effondrés succédaient à des murs décrépits et à des fontaines dont seule la pluie remplissait encore parfois les vasques envahies d'herbes folles. Tout en arpentant les larges avenues rendues obscures par la nuit tombée, il s'avisa que le plan de la cité reproduisait à sa façon celui d'une ville où il avait passé plusieurs années de son enfance. Sur une impulsion irraisonnée, il s'engouffra dans une rue latérale menant à l'endroit correspondant à l'emplacement de sa maison.

Elle était là où il s'attendait à la trouver. Certes, elle était ici de marbre rongé plutôt que de bois peint, et avait le toit en terrasse commun aux édifices de la région et non les pans obliques recouverts de bardeaux dont il avait le souvenir, mais c'était bien elle, indubitablement ; il le sentait dans son ventre quand bien même il ne le voyait pas par ses yeux.


Pris d'une irrépressible envie d'entrer, de partir explorer les recoins familiers rendus nouveaux par cette forme inédite, il tendit la main vers la porte… et marqua un temps d'arrêt. 


Sinon, les Rencontres de l'Imaginaire de Sèvres, c'est demain ! Venez nombreux !

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