Accéder au contenu principal

Dijon et retour


Me voilà donc de retour après deux jours dans un colloque universitaire consacré au label Vertigo, chez DC Comics, avec en invité d’honneur l’excellent Frank Quitely.


J’ai ouvert la charge avec une communication liminaire, voire préliminaire, consacrée à l’archéologie du label, aux vieux comics d’horreur qui lui ont fourni une partie de son décorum, mais aussi au célèbre coup de fil de Len Wein à Alan Moore qui pourrait constituer d’une certaine manière le coup d’envoi de Vertigo, sa naissance dix ans avant son baptême.

Puis l’arrivée des grands anciens, des Gaiman, Morrison, Milligan et Ennis qui allaient peu après l’alimenter.

Ensuite, les autres intervenants sont passés aux choses sérieuses. Des considérations pointues sur les notions de labels indépendants et alternatifs (concluant au caractère hybride de Vertigo), avec pdes propositions de grilles d’analyse, une communication de Xavier Fournier évoquant tous ces éditeurs et labels qui auraient pu constituer une révolution du même genre, et un retour sur les trading cards sorties à l’époque et constituant une manière de manifeste esthétique, avec la référence à l’Art Nouveau, aux Symbolistes.

Puis une analyse du personnage de Spider Jérusalem et de ses paradoxes (Warren Ellis serait-il un genre d’anar de droite pas de droite?), une autre de Fables et de ses divers niveaux d’intertextualité, puis deux interventions sur Hellblazer, sur la série comme manifeste emblématique de Vertigo, et l’autre sur la représentation des sexualités, notamment celle de Constantine.

Tout cela est pointu, passionnant, et est l’occasion d’interrogations, de discussions et même de débats très cordiaux.

Le soir, bières avec certains des interventions puis dîner avec un certain vil faquin de ma connaissance suivi d’ une visite de Dijon by night.

Rentré un peu tard, mais bien dormi et j’ai pu prendre le petit déjeuner avec Quitely, décidément un type charmant en plus de dessiner comme un dieu.

Et c,est reparti pour une nouvelle journée, en anglais cette fois-ci. Un intervenant remet en cause, et de façon très intéressante la notion d’invasion british qu’on associe souvent à Vertigo, un autre travaille sur la distinction adult readers / mature reader , on revient sur les paniques portales et leur traitement dans la série. Décidément, le personnage de Constantine est riche et passionne tout le monde. On évoque l'humanisme du protagoniste (qui se transforme en nihilisme chez Azzarello).

Le cas Gaiman est étudié, ce qui permet de revenir sur les poses et postures associées à ces scénaristes.
Quitely vu par ouame

Et enfin, l’après-midi est consacrée à Quitely, à des expos auxquelles il a participé, puis il revient sur ses méthodes de travail, ses doutes, sa maniaquerie. C’est plein d’anecdotes à hurler de rire mais cela permet aussi de mieux comprendre son travail.

Au total, deux journées passionnantes. Dont je suis revenu avec quelques bouquins signés. Intervenants de haute volée, organisation au poil, rencontres formidables... vous auriez vraiment dû venir, tous !

Commentaires

artemus dada a dit…
C'est sûr que le programme et de ce que tu en dis devait valoir le coup. Et en plus Quitely en invité d'honneur.

Reste plus qu'a proposer ta propre intervention sous la forme d'un article. [-_ô]
Alex Nikolavitch a dit…
il est possible que les actes soient repris en recueil. je signalerai toute éventuelle publication.

l'intervention reprenait une partie de ce que je disais ici : http://www.brucetringale.com/demarchage-telephonique/

et remontait plus loin en arrière, aux origines des comics, aux paniques morales des années 50, etc.
Zaïtchick a dit…
ça ne nous dit pas si l'amour tarde à Dijon.

Posts les plus consultés de ce blog

Oh pinaise !

Les Humanos viennent de mettre en ligne la bande-annonce de Crusades. C'est con pour moi, je l'ai déjà lu, le bouquin. Mais quand même. ça donne envie. Et c'est ici .

Considération geek

Une récente discussion sur un forum m'a conduit à réfléchir. C'était parti d'un truc assez idiot : un lecteur de manga qui lisait de temps en temps du comics s'étonnait du fait que les lecteurs de comics n'en avaient souvent pas grand chose à faire de commencer leurs séries dans l'ordre et du début du numéro 1, et que même les tentatives d'intégrales n'étaient souvent qu'approximatives, quand elles existaient. Ce à quoi les lecteurs de comics lui avaient répondu qu'il était un tout petit peu complexe de démarrer la lecture des aventures de Batman et de Spiderman à partir  du numéro 1, vu que primo, pour Batman le numéro 1 c'était Detective Comics 27 et pour Spider-Man Amazing Fantasy 15, et qu'en plus, sur respectivement 50 et 80 ans, c'était difficile de tout avoir, surtout que chacun des personnages avait eu droit à jusqu'à quatre ou cinq séries simultanément. De fait, le lecteur qui s'intéresse au comics se fait très vi...

Beware the blob

La perversion alimentaire prend parfois des allures d'apostolat suicidaire. Que ce soit en termes de picole ou de bouffe, il m'arrive de taper dans le bizarre et de tenter des expériences qui tétaniseraient d'effroi une créature lovecraftienne. Comme on a les amis qu'on mérite, et que j'ai dû commettre des ignominies sans nom dans une vie antérieure, certain de mes amis, camarades et autres proches ont aussi leur bouffées culinaro-délirantes. C'est ainsi que certain libraire sévissant dans une grande enseigne vendant de la culture neuve et d'occasion dans le quartier étudiant de Paris m'a initié à toutes sortes de pickles qui arrachent la gueule et à des boissons polonaises que même les Polonaises évitent de prendre au petit déjeuner. C'est aussi ce douteux personnage (ou un ami commun exilé, je ne sais plus, il y a des traumas que l'esprit humain tente miséricordieusement de brouiller) qui m'avait fait découvrir la pâte à tartiner au spe...

Zéros sociaux

Ça fait déjà quelques temps que je reçois au moins une fois par semaine un mail m'avertissant que telle ou telle personne de mon entourage veut m'inviter sur un service internet que, par commodité et pour ne pas le nommer, j'appellerai Fesse-de-Bouc. Bien entendu, pour ne serait-ce que voir le profil de la personne invitante, il faut se connecter au site, et pour ça, créer un compte. Donc impossible de savoir à quoi on s'inscrit exactement sans s'inscrire. C'est quand même redoutablement vicieux, comme système. Alors d'accord, vous allez me dire que, gagna, Fesse-de-Bouc, c'est gratuit, blabla, que ça n'engage à rien, tralala, etc...) Mais avant de mettre mon nom et mes coordonnées dans un truc (et rappelons que, de nos jours, un nom et des coordonnées, ça vaut de l'argent, c'est pour ça que tous les formulaires d'inscription sur internet sont censés être munis d'une case interdisant de monnayer les informations de ce type), j'aim...

L'Empereur-Dieu de Dune saga l'autre

Hop, suite et fin des redifs à propos de Dune. Si jamais je me fends d'un "les hérétiques", ce sera de l'inédit. Le précédent épisode de notre grande série sur la série de Frank Herbert avait évoqué l'aspect manipulatoire de la narration dans  Dune , cette façon d'arriver à créer dans l'esprit du lecteur des motifs qui ne sont pas dans le texte initial. La manipulation est patente dans le domaine du mysticisme. Demandez à dix lecteurs de  Dune  si  Dune  est une série mystique, au moins neuf vous répondront "oui" sans ambage, considérant que ça va de soi. Il y a même des bonnes sœurs. C'est à s'y tromper, forcément. Et, un fois encore, le vieil Herbert (on oubliera charitablement le jeune Herbert et son sbire Kevin J. en personne) les aura roulés dans la farine. Dune  est une série dont l'aspect mystique est une illusion habile, un savant effet de manche. Certains personnages de la série sont mystiques. Certaines...

The road to the War Zone

Il m'arrive parfois de mettre le nez sur la provenance gougueule de mes lecteurs : le système de ce blog me permet en effet de savoir quelles requêtes gougueule ont amené ici les gens qui ne me connaissaient pas (parce que les gens qui me connaissent ont depuis longtemps l'adresse de la War Zone, vous vous en doutez*). Et à chaque fois, je suis surpris, et souvent atterré. Que "Alex Nikolavitch" ou "War Zone" (mais parfois, visiblement, il s'agit de gens cherchant des infos sur la suite d'un jeu vidéo, je crois) ou Crusades caracolent en tête des requête, c'est un peu normal. Fulchibar aussi (si vous ne savez pas ce qu'est le fulchibar, ne vous en faites pas, nous non plus, mais c'est justement à ça que tient le concept) (et puis le fulchibar, ça ne s'explique pas. ça se vit). Les noms de personnalités évoquées dans ces pages servent aussi de point d'entrée, comme Vlad Drakul, Frédéric Lefebvre, Makhno, Tesla ou Crowley. C'est...

Tombent les renards en feu

Ça faisait des années que j'utilisais et que je défendais Firefox, ce navigateur internet qui est le très lointain héritier de l'antédiluvien Netscape. L'outil était puissant, rapide, efficace, des lieux devant l'immonde Explorer. Mais depuis les mises à jour de cet été, tout déconne. Gestion du Java complètement aléatoire, persistances d'affichage anormales, perte de la prise en compte de balises HTML pourtant classiques... Et à chaque nouvelle mise à jour, je me prends à espérer que ces problèmes seront réglés, et à chaque nouvelle mise à jour, c'est pire. Tout se passe comme si la Mozilla Corporation, éditeur du logiciel, était devenue Microsoft de la grande époque. Firefox 6.0 sur Mac, c'est un merdier total. Et la version 5, sortie deux mois plus tôt, déconnait déjà dans les grandes largeurs. J'envisage très sérieusement de passer à un autre navigateur. Je n'aime pas ça : j'ai mes habitudes, mes paramétrages, mes kilos de signets, et il v...

Visions d'ailleurs

 Une petite note ne passant pour signaler la sortie d' Alan Moore : Visions , chez les copains de Komics Initiative, un recueil de petites choses inédites par chez nous du Wookiee de Northampton. Couve du toujours excellent Laurent Lefeuvre Pourquoi j'en cause ? Ben déjà parce que Alan Moore, raison qui se suffit à elle-même, je crois, mais surtout, ce recueil contient l'essai Writing for Comics , dont j'assure la traduction, qui n'est absolument pas un manuel à l'usage du scénariste de BD voulant appliquer les recettes du maître tel une ménagère achetant un bouquin de Paul Bocuse parce qu'elle doit recevoir à Noël, mais une sorte d'ovni philosophique, mi méditation désabusée sur ce qu'est ou devrait être la bande dessinée en tant que médium, mi exhortation à refuser les facilités de l'écriture, et à dépoussiérer les méthodes. Ce n'est absolument pas une méthode clé en main, donc. D'autant que Moore déteste cordialement les méthodes clé e...

Mangé aux mythes

Bon, je sue sang et eau pour finir dans les délais la rédaction de Mythe et Super-Héros , mon ouvrage à paraître chez les Moutons Electriques. Et puis je me suis avisé qu'il faudrait que je commence à réunir l'iconographie, aussi. Depuis ce matin, je scanne, je cherche, j'épluche. Et j'adore. Mais c'est du boulot, la vache, j'aurais pas cru à ce point.

Ça streame grave

Bon, maintenant, il y a des sites de streaming légaux qui permettent d'écouter de la musique en ligne sans bourse délier (et qui, par contre, facturent le téléchargement, un business model qui n'est pas idiot). Belle innovation qui permet de découvrir ou redécouvrir plein de trucs sans avoir au ventre la peur de voir débarquer les gabelous hadopistes, la bave aux lèvres et l'oeil injecté, toutes matraques dehors. Donc tout roule. Mais en fait, c'est mal. C'est horrible. C'est même parfaitement honteux. Je vous explique. Je me suis connecté à un de ces sites pour écouter de la musique pendant que je bossais. J'ai grenouillé un peu dedans, regardant comment ça marchait, puis j'ai mis le bidule en tache de fond, remettant le nez dedans de temps en temps quand je faisais une pause dans mon travail. Un morceau entrainait une question, genre "tiens, qu'est-il devenu, lui, d'ailleurs ?" ou "oh, sur cette compile, je dois pouvoir trouver ç...