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Déesse 19

Je reviens vite fait sur cette question, lors du colloque de Lyon, qui nous avait entraîné si loin.

Le colloque portait sur les figures du Héros, et mon intervention sur l'us et abus du schéma campbellien de voyage initiatique (ce qu'on appelle aussi, dans notre jargon, le cycle de Skywalker, vu que le petit Luke en est l'exemple paradigmatique).

La question posée en fin de conférence portait sur ce schéma omniprésent, justement. Elle était formulée approximativement ainsi : "mais tout ça, c'est une initiation masculine. pourquoi n'y a-t-il pas un équivalent féminin ?"

L'explication elle-même est assez simple : les messieurs ont le machin tourné vers l'extérieur et les dames vers l'intérieur, et les schémas initiatiques correspondants suivent ça. Pour devenir un homme, le jeune guerrier quitte le village pour aller tuer un bison/ours/ennemi, pour devenir une femme, la jeune fille s'enferme dans la hutte des femmes et apprend les secrets de la vie. Et, assez souvent, ce qui est appris entre femmes l'est dans une langue particulière que les hommes ne savent pas parler.

Cette différence a deux effets.

Le récit héroïque colle mieux à une initiation de type masculin (même si le héros peut être une fille), parce qu'il est tout simplement plus spectaculaire. Le voyage effectué dans la hutte est intérieur, et demanderait du coup beaucoup plus de brio à un auteur qui voudrait l'exploiter dans le cadre d'un récit.

L'ethnologie a très rarement eu accès aux récits des femmes. Et quand il y a eu christianisation ou sécularisation, nombre d'entre eux ont tout simplement été perdus, quand les récits masculins survivant souvent au moins sous forme de contes populaires.

On ne s'en rend pas forcément compte de nos jours, mais beaucoup, beaucoup de mythes ont été perdus, y compris dans des ensembles que nous croyons bien connus. Il ne reste presque plus rien des mythes spécifiquement romains, et ils ont du coup importé ceux des Grecs pour combler le vide qui s'était creusé. Mais même chez les Grecs, nous n'avons plus accès qu'à des transcriptions tardives, qui ne rendent pas comptent de la richesse des variantes, et occultent certaines figures. Ne parlons même pas des mythes celtes et nordiques, dont il ne nous reste que des sources datant de l'époque chrétienne, ou des mythes slaves dont il ne reste presque rien, hormis des mentions cryptiques de missionnaires.

Et quand on remonte plus loin encore, c'est le Mystère pur. On sait qu'il a existé au paléolithique deux grandes figures divines ou sacralisées, une mère aux formes plus que généreuses, et un sorcier portant des bois de cerf (qui a peut-être laissé des traces en Cernunnos et quelques autres). Au néolithique le plus ancien, en Anatolie, émerge une figure divine nouvelle, féminine, dont voici l'image :


Elle est à l'évidence l'héritière des "Vénus" de temps plus anciens, mais, et c'est nouveau, la voilà flanquée de deux lions (ou lionnes) (difficile à dire : les lions du Proche-Orient et des Balkans n'avaient pas de crinière). Cette déesse aux deux bêtes se retrouvent ailleurs, ce sont parfois deux loups ou deux chiens, dans d'anciennes traditions, parfois deux ourses, ou plus curieusement, en Crête, deux serpents. Qui est-elle ? Faute de sources écrites, nous n'en savons pas grand-chose. Mais la présence des deux bêtes dangereuses indique peut-être un motif initiatique, une confrontation à la mort. C'est ça qui est nouveau, dans ce personnage, par rapport à ces ancêtres de la pierre taillée. L'association entre la fertilité, et donc la vie, et le danger, le risque de mort. Qu'est-ce que cela peut signifier, du point de vue de nos voyages initiatiques ? Sans doute pas mal de choses. Mais lesquelles ?

Commentaires

BettyLouve a dit…
De la Femme solaire sans ururteanisme, quelques exemples, de la féminité : http://lemiroirdevenus.free.fr/public/Document/Le_feminin_sacre.pdf
Celtiquement, ou from India...
Againstthewall and the machine
Aussi " le féminin solaire dans la mythologie" aux éditions du C.
Alex Nikolavitch a dit…
Merci pour le lien et les refs !

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